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coinad

11/17/25

 


La procédure, progressive, est achevée. Elle a consisté,

suivant l’évolution de la situation, 1) en un constat solennel,

devant le þing ; 2) et 3) en deux vísur de malédiction

adressées, l’une (alors qu’Egil n’est encore qu’un homme

dépouillé de son droit dans la société) aux grands dieux

fonctionnels garants, en tout lieu, de l’ordre social, l’autre

(quand il vient en outre d’être banni) au dieu local, protecteur

du pays dont il vient d’être chassé ; 4) enfin, au moment de

quitter définitivement la Norvège après avoir procédé à sa

vengeance, en une opération magique qui contraint le

peuplement invisible, la foule des génies de ce même pays, à

chasser le couple royal.

Tout cela, si naturel, n’avait pas été sérieusement contesté

avant l’intervention de deux savants considérables, le

Norvégien Magnus Olsen et, en Suède, M. Bo Almqvist qui,

l’un et l’autre, pour illustrer des propositions nouvelles, l’un

sur la poésie scaldique, l’autre sur les poteaux de dérision en

général, avaient besoin que les choses se fussent passées

autrement. Des discussions ainsi orientées d’avance par une

« nécessité » extérieure sont rarement convaincantes et je ne

pense pas que celles-ci aient été bien conduites. Mais

l’important, dans l’actuel débat, est que le groupement des

grands dieux, Ases et Vanes, de la vísa 28 y a couru des

risques.

Magnus Olsen a fait de ces huit vers une analyse

particulièrement fine, que je traduis (Maal og minne, 1944,

pp. 184-185).

Après qu’Óðinn (Odin), « le grand parmi la troupe des dieux, rǫgn » (cf.

Hávamál, str. 142, hroptr rǫgna), puis Freyr et Njǫrðr (Niord) ont été

nommés par leurs noms, le quatrième des grands dieux, Thor, apparaît sous la

forme landáss. C’est lui qui doit sévir contre celui qui a présentement la

puissance.

Mais, après cette glose excellente, Magnus Olsen procède,

entre ce landáss de la fin de la vísa 28, et le landalfr du début

de la vísa 29, à une identification inattendue qui a pour

conséquence, ou présupposé, de rendre suspect tout le récit de

la saga entre les deux vísur, de faire de celles-ci un poème

unique en deux parties, et d’effacer, dans la deuxième, tout ce

que la nouveauté de la circonstance apporte d’original. Du

moins, et c’est ici pour nous l’essentiel, la vísa 28 reste-t-elle

intacte, avec son landáss valant Thor, un Thor qui déborde

indûment sur la vísa 29 :

Le roi Éric, dit Olsen, est le briseur de la loi et du droit, lǫgbrigðir. Les

mots que le scalde a choisis ne pouvaient pas, dans ce contexte, prêter à

malentendu : personne d’autre que Thor ne pouvait tenir le rôle qui lui est

attribué ici de mainteneur de la vie sociale (cf. Miðgarðs véorr), en tant qu’il

agit instantanément contre l’illégalité et l’injustice.

Nous n’aurions pas à nous étendre sur la question, en

principe distincte, des rapports des deux vísur, puisque

Magnus Olsen ne conteste pas ce qui seul nous importe. Mais

M. Bo Almqvist a renouvelé la proposition du maître

norvégien sous une forme qui, elle, exige que le landáss de la

vísa 28 ne soit pas Thor. Nous devons donc la considérer en

elle-même, dans toute son extension.

Les deux auteurs admettent avec raison qu’Egil est bien

l’auteur des deux vísur et, sans raison, que, bien qu’elles soient

insérées à des endroits distincts du récit de la saga et qu’elles y

soient séparées par d’importants événements, elles ne forment

qu’une seule pièce poétique artificiellement découpée. Mais,

pour le reste, ils divergent sensiblement.

Au début de notre siècle, à la suite de conférences données

à Upsal, Lund et Kristiania, Magnus Olsen rédigea un article

important sur les inscriptions magiques des pierres runiques,

reproduit en 1938 dans ses Norrøne studier (pp. 1-23). Frappé

par la parenté (vocabulaire, procédés rythmiques) de nos deux

vísur, il supposait qu’elles avaient été d’abord consécutives et

que c’est l’auteur de la saga, deux siècles plus tard, qui les

aurait artificiellement séparées et placées en deux endroits de

son récit. Du même coup, ce récit lui-même, depuis le þing

orageux où le roi avait fait tort à Egil jusqu’au retour d’Egil en

Islande, devenait suspect : ce n’était plus de l’histoire, mais du

roman, et il ne fallait pas en tenir compte. D’autre part,

entraîné par sa thèse sur la valeur magique des pierres

runiques (toutes les matières qu’on étudie deviennent vite

impérialistes !), Magnus Olsen supposa : 1) qu’Egil n’avait

pas composé ces deux vísur solidaires comme une œuvre

purement littéraire, mais comme une formule efficace de

dérision et de malédiction ; 2) que c’est donc ce double poème

magique qu’il avait gravé sur le poteau de dérision avant de

quitter la Norvège, et non pas le texte en prose que contient la

saga et qui ne serait qu’une invention du conteur.

Cet ensemble d’hypothèses, et d’abord celle de l’unité des

vísur, est soutenu par plusieurs arguments.

1) Arguments de vocabulaire : les deux vísur répètent à

plusieurs reprises, avec des allitérations, le même mot land,

« terre, pays », qui en est en quelque sorte le ciment ; en

particulier, landáss (28, v. 8) reçoit l’écho du landalfr (29,

v. 1). Aux mots gjalda et reki associés en 28 (v. 1 et 2),

répondent en 29 gjalda (v. 5) et rekstr (v. 8) ; granda,

rapproché de land, se trouve dans le dernier vers de chacune

des deux vísur (28 et 29, v. 8).

2) Argument de technique poétique : l’allitération en l de

trois mots à la fin de la vísa 28 se retrouve dans trois mots du

début de la vísa 29.

3) Argument d’archéologie poétique : un calcul subtil,

peut-être complaisant, révèle que, si l’on transcrit les quatre

demi-strophes en caractères runiques et dans l’état de langue

correspondant, on obtient une symétrie qui ne s’observe pas

ailleurs, et quatre fois le même total de caractères : 72. À titre

de spécimen, voici la transcription runique de la deuxième

demi-strophe (28, v. 5-8) :

texte de la

saga :

folkmýgi lát flýja,

Freyr ok Njǫrðr, af jǫrðum,

leiðisk lofða stríði

landáss, panns vé grandar

runes de Magnus

Olsen :

fulkmuki lat fluia (16 signes)

frauR auk niurþr af iurþum (22 signes)

laiþis lufþa striþi (17 signes)

latas þans ui krataR (17 signes).

Le sujet du livre de M. Bo Almqvist, Norrön niddiktning,

1. Nid mot furstar (Nordiska texter och undersökningar, XXI,

1965), est différent : il étudie, dans la littérature nordique, la

poésie de dérision, d’outrage.

C’est aussi à l’inscription du poteau qu’il s’intéresse. À la

différence de Magnus Olsen, il pense que la saga en transcrit

le texte authentique en prose et ne lui substitue pas le texte

« runifié » des deux vísur. Mais il est d’accord avec Magnus

Olsen pour refuser de considérer comme de l’histoire le récit

de la saga et, par conséquent, pour en extraire les vísur, les

souder et les situer librement dans une histoire autrement

conçue.

Il retient les deux premiers arguments de Magnus Olsen,

mais convient que le troisième, fondé sur une reconstitution

runique (qui avait séduit d’autres savants, tels qu’Erik Noreen

et Sigurður Nordal), est au moins fragile. Puis il ajoute des

arguments de fond.

1) Il est peu vraisemblable, dit-il, qu’Egil, s’il a commencé

par invoquer toutes les puissances de l’Asgard, ensuite, quand

son bannissement est censé lui avoir donné une raison

supplémentaire et plus forte de maudire le couple royal, se

contente d’invoquer des personnages de niveau inférieur, tel

qu’est certainement le landalfr. C’est donc que le landalfr est

présent partout, que, en dépit de áss, c’est lui qui est déjà

présent dans landáss, et que la vísa 28 ne contient pas un

peuplement divin homogène de « grands dieux » — donc ne

contient pas la fameuse triade trifonctionnelle.

2) Les premiers vers de la vísa 29 se réfèrent encore aux

injustices d’Éric, qui ont occupé seules la vísa 28, alors que

c’est seulement au troisième vers de cette vísa 29 que le poète

se tourne contre la reine Gunnhild qui, dès lors, restera sa cible

jusqu’au dernier couple de vers où sera faite la synthèse

(vengeance demandée sur le roi et sur sa femme) : comme s’il

y avait, mis à part toute autre considération extérieure, une

division du travail entre les deux vísur.

3) Le contexte en prose des deux vísur, dans la saga, serait

artificiel : a) le premier vers de la vísa 28 n’est pas préparé :

l’armement de son navire étant achevé, Egil prend

affectueusement congé d’Arinbiorn et aussitôt récite le poème,

à un moment, donc, où rien ne paraît spécialement propre à

exciter sa colère ; b) le morceau de prose qui suit, entre les

deux vísur, est un mélange de matières hétérogènes qui ont dû

être ajoutées par le conteur du XIIIe

siècle pour préparer le

lecteur à comprendre les expressions de la vísa 29 (le roi

meurtrier de ses frères, Egil officiellement banni). Il n’y a

donc pas de raisons sérieuses de penser que ces événements se

sont passés après la composition de la vísa 28. Mieux : comme

ces excursus n’ont pu manquer de causer à l’auteur quelque

difficulté pour renouer ensuite le fil du récit concernant Egil, il

aura inventé de toutes pièces les pêcheurs chargés de

l’informer de son bannissement : on a peine à croire, dit-il, que

de tels personnages anonymes, qui surgissent comme des

dieux ex machina au moment opportun pour l’auteur, aient

réellement existé.

Ainsi ré-amarrées l’une à l’autre, mais détachées

d’événements éliminés eux-mêmes comme fictifs, les deux

vísur sont prêtes à dériver sans défense dans le sens que

souhaite M. Almqvist pour pouvoir les mettre au service de la

thèse de son livre. Il en fait d’ailleurs un usage ingénieux :

elles auraient été composées ensemble au moment même où

Egil dressait son poteau de dérision, sur lequel l’inscription en

prose aurait bien été pourtant celle, en prose, qu’a recueillie la

saga. Les vísur en auraient été comme l’accompagnement oral

et poétique, destiné à prolonger la malédiction dans les

mémoires des absents comme l’inscription la mettait

durablement sous les yeux des passants. M. Almqvist note

qu’il existe, parmi les poteaux de dérision, une variété appelée

skáldstǫng ; ce mot obscur, pense-t-il, s’éclaire si l’on admet

qu’il désigne justement ceux de ces poteaux qui sont ainsi

accompagnés, doublés, commentés par des poèmes de

circonstance.

Pour notre problème, l’important est que l’unité des deux

vísur, qu’il pense avoir ainsi consolidée, conduit M. Almqvist

à effacer Thor de la vísa 28 au profit du landalfr, interprété

lui-même en landvættr d’après l’inscription en prose : le

personnage désigné successivement par les deux périphrases

poétiques landáss et landalfr serait en réalité ce que

l’inscription en prose suggère qu’il est : le chef (guide, roi, des

landvættir). Proposition qu’il appuie sur des arguments hardis,

tels que ceci : 1) Thor n’est nommé dans aucun autre poème

d’Egil ; c’est donc que le culte de ce dieu lui était étranger, par

conséquent la périphrase landáss ne peut le désigner ; 2) on

voit bien le service qu’Egil peut attendre des vættir et de leur

chef, tandis qu’il serait difficile de justifier que Thor ou un

autre Ase intervienne sous un surnom si peu transparent, alors

que les autres dieux, l’Ase Odin et les deux grands Vanes,

Niord et Freyr, conserveraient leurs noms.

Le lecteur voudra bien ici se reporter à l’analyse que j’ai

faite plus haut du récit de la saga où, je le répète, rien n’est

invraisemblable, historiquement ni littérairement, et à mon

commentaire des vísur 28 et 29 : si on les laisse à leurs places,

chacune après un événement qui modifie la situation, on

constate que la vísa 28 exprime les sentiments d’Egil dépouillé

de ses biens mais non pas interdit de séjour, et la vísa 29 les

sentiments d’Egil banni, chassé non plus de ses biens mais du

royaume de Norvège. Dans la première, il invoque la triade

des grandes puissances fonctionnelles, Ases et Vanes,

solidairement garants des justes rapports sociaux, et donc du

droit. Dans la deuxième, comme dans l’inscription du poteau,

il mobilise les génies qui peuplent le pays où il ne pourra plus

vivre ni aborder. Le mot land n’a probablement pas la même

orientation dans landáss d’une part, landalfr et landvættir

d’autre part : Thor, l’Ase, est le garant des propriétés foncières

anciennes (« le haut siège ») ou nouvelles (colonisation) ; or

c’est de ses lǫnd (land au pluriel) qu’Egil est chassé quand il

l’invoque ; l’« Alfe du pays », « les vættir du pays » occupent

le terrain où vit toute une population ; or c’est d’un tel

« terrain », de la Norvège, qu’Egil est banni quand il les

invoque. Déclarer d’entrée que les trois termes composés dont

land est le premier terme sont équivalents, le plus haut

entraînant le plus bas (Olsen), ou le plus bas entraînant le plus

haut (Almqvist), c’est supprimer plus que des nuances : c’est

un contresens.

Le reste, l’entreprise de démolition des événements de la

saga est subjective, arbitraire : pourquoi les pêcheurs

rencontrés au large des côtes de Norvège seraient-ils des

« dieux ex machina » ? Pourquoi seul un « génie mineur », et

non un grand dieu, intéresserait-il Egil dans le moment où les

rapports sociaux les plus nécessaires, les plus sacrés, sont

violés ? Si le nom de Thor est évité, n’y a-t-il pas d’autres

explications qu’une bouderie en soi bien étonnante de la part

d’un homme qui, en tout état de cause, croyait à la puissance

de ce dieu ? J’en vois deux : celle que j’ai avancée tout à

l’heure, c’est-à-dire une précaution contre les effets immédiats

du nom imprudemment prononcé ; ou celle-ci : n’y avait-il pas

intérêt, à la fin de cette vísa, à réunir dans un mot composé la

notion d’Ase et la spécification même du litige, les terres ? Si

des mots comme land, gjalda, granda apparaissent dans les

deux vísur, n’est-ce pas que, dans les deux circonstances, la

notion de « terre » avec ses nuances, la notion de

compensation, de punition équivalente, et la notion de « viol

du droit » y sont également essentielles ? Il en est ainsi de

toutes les objections : la dénonciation des prétendues

maladresses ou embarras de l’auteur de la saga, les hypothèses

sur les variations d’humeur d’Egil, l’appréciation des

singularités stylistiques relèvent de la critique la plus

impressionniste.

Le lecteur a maintenant sous les yeux tous les éléments qui

lui permettront d’apprécier les critiques que M. Page

m’adresse en cette occasion, dans la conscience qu’il a de ses

devoirs envers les undergraduates qui lui sont confiés (art.

cité, pp. 66-67).

Dans le premier chapitre des Dieux des Germains, Dumézil a essayé de

démontrer qu’il existait chez les Germains du Nord une triade composée

d’Óðinn, de þórr, et d’un ou de plusieurs Vanes. Une de ses preuves est une

strophe de la saga d’Egill Skallagrímsson, strophe attribuée à ce scalde : Egill

y maudit le roi Eiríkr qui a volé son trésor (sic) et l’a exilé. Voici le texte de

cette strophe telle que son dernier éditeur la donne :

(Suit la vísa, avec la traduction française que j’en avais faite en 1959

dans Les Dieux des Germains, d’après la construction syntaxique de Finnur

Jónsson — que j’ai écartée ensuite dans la version anglaise de mon livre, voir

ci-dessous.)

Il est regrettable qu’une vísa citée comme preuve de la triade ne

contienne que deux de ses trois termes, car Þórr n’y apparaît pas sous son

nom. Dumézil affirme que landáss « dieu du pays » s’applique à lui, mais

c’est une interprétation, non un fait. Dumézil dépend du commentaire de

Finnur Jónsson, qui est de 1894. Dans son édition de l’Egils saga en 1933,

Sigurður Nordal n’était pas si sûr ; il pensait que landáss était probablement

Þórr, mais ne citait pas de preuve décisive. De Vries, écrivant en 1937, n’était

pas de cet avis et regardait le mot comme équivalent à landvættr « esprit

gardien du pays ». En 1944, Magnus Olsen notait les deux interprétations

sans clairement exprimer de préférence. De Vries, dans la deuxième édition

de son grand livre, peut-être sous l’influence de Dumézil, rapportait cette fois

landáss à Þórr. Le dernier éditeur de la stance, E. O. G. Turville-Petre, cite

les deux traductions, apparemment encore sans préférence. Il est clair qu’elle

n’est pas un exemple certain de la triade que Dumézil veut établir, bien

qu’elle soit un exemple possible. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas une

tranchante affirmation que « landáss = Þórr », mais un examen précis de la

stance et de sa place dans l’Egils saga.

Par exemple, il s’agit de savoir comment il convient de diviser la

deuxième demi-strophe [28, v. 5-8]. La traduction de Dumézil montre qu’il y

lit deux phrases, folkmýgi lát flýja af jǫrðum landáss et Freyr ok Njǫrðr

leiðisk lofða stríði pann er vé grandar. Or ce n’est qu’une des deux

possibilités. Nordal et Turville-Petre préfèrent diviser en deux couplets

folkmýgi lát flýja Freyr ok Njǫrðr af jǫrðum et leiðisk lofða stríði landáss

þann er vé grandar. Les deux constructions donnent un sens. La différence

est que, suivant la deuxième, le mot landáss se trouve en contraste avec le

tyran er vé grandar, « qui détruit les temples ». Puisque þórr a le surnom

Véurr qui a été interprété comme « protecteur des sanctuaires » (de Vries,

1962, s.v. Véurr), il serait en effet approprié d’invoquer ce dieu contre un roi

qui les détruit — bien que Dumézil n’ait pas vu ce renfort à sa thèse.

Nous devons en outre tenir compte de la démonstration d’Olsen, suivant

laquelle cette stance est à comprendre dans un rapport étroit avec celle qui la

suit dans la saga. Cette deuxième stance qui suit est adressée à un landalfr

qui peut, par conséquent, être le même que le landáss. Or le mot landalfr

n’est pas particulièrement approprié pour Þórr et semble signifier « esprit

gardien du pays ». Un peu plus tard dans la saga, Egill élève une níðstǫng,

dont l’intention est de contraindre les landvættir, esprits du pays, à expulser

son ennemi. Olsen a soutenu (« Om troldruner », Edda, V, 1916, pp. 235-

239) que les deux vísur avaient été gravées en runes sur la níðstǫng. Si Egill

est ainsi montré appelant à son aide les esprits de la région, la première des

stances n’est pas une preuve de la triade divine de Dumézil. Je ne dis pas cela

pour prendre parti entre l’une et l’autre interprétation, mais seulement pour

montrer que le choix que Dumézil fait de l’une est faiblement fondé.

Nous devons enfin rappeler la suggestion de Jón Helgason, appuyée sur

des raisons philologiques, selon laquelle la vísa en question ne serait pas du

tout d’Egill, mais une composition plus tardive. Même pour Dumézil, je

suppose, un texte du XII

e

siècle est une donnée moins certaine, relativement à

une croyance païenne viking, qu’une vísa du X

e

siècle. Le spécialiste de

philologie nordique ne peut pas se satisfaire du traitement que Dumézil

applique à ce cas et peut légitimement suspecter la manière dont il opère avec

la documentation dans d’autres langues, moins accessibles.

Avant toute discussion, une mise au point. Il y a en effet

deux constructions possibles, dans la seconde partie de la vísa

28 : 1) étant donné les contorsions admises par le « style

scaldique », on peut admettre que les vers 5 et 8 forment une

phrase et les vers 6 et 7 une autre, insérée en parenthèse dans

la première ; c’est le parti pris par Finnur Jónsson et adopté

notamment par Magnus Olsen (1916, repris dans Norrøne

studier, 1938, p. 12) ; je l’ai moi-même suivi en 1959 dans

l’édition française de Dieux des Germains ; 2) on peut

construire de façon continue les vers 5 et 6, puis les vers 7 et

8 ; c’est le parti choisi par Sigurður Nordal, Íslenzk fornrit, II,

1933, p. 163 ; comme cette deuxième construction, par la

suite, m’a paru meilleure (plus simple, et plus satisfaisante,

comme dit M. Page, pour le service précis de « protecteur des

vé » demandé au landáss Thor), je l’ai substituée à celle de

Finnur Jónsson dans la version anglaise de mon livre (Gods of

the Ancient Northmen, éd. Einar Haugen, University of

California Press, 1973, p. 5) — que M. Page n’ignore

certainement pas, puisqu’il la mentionne dans sa note 1. Alors

pourquoi s’attarder sur la construction à laquelle j’ai renoncé

publiquement il y a dix ans ? Et surtout pourquoi faire comme

si cette hésitation entre les deux possibilités avait la moindre

incidence sur le problème de la triade ? Avec la deuxième,

tout comme avec la première, les raisons données ci-dessus de

lire Thor sous landáss subsistent — légèrement renforcées

même, Page auctore.

Passons à l’entreprise de démantèlement du témoignage.

Dans toute philologie, un érudit peut toujours — et souvent

le doit-il pour son usage personnel — collectionner toutes les

thèses qui ont été proposées avant lui sur la question, les plus

probables et les autres, les plus originales, voire les plus

saugrenues. On connaît beaucoup d’utiles dissertations de

doctorat qui n’ont pas d’autre contenu. Mais a-t-il le droit,

pour contester la ou les plus probables, de les mettre toutes sur

le même plan, de leur donner même poids et de les renvoyer

dos à dos ? C’est un sophisme bien connu, cher en effet à

beaucoup de philologues, que M. Page commet plusieurs fois

dans l’article où il me « revisite » (voir ci-dessus). On ne se

lasse pas de le réduire à son armature : « X et beaucoup

d’autres ont dit que 4 + 4 = 8, mais Y a dit que 4 + 4 = 9 et Z a

même dit que 4 + 4 = 999 ; ils ont peut-être (ou : sans doute,

ou : certainement) tort, mais le fait qu’ils aient pu le dire

montre assez que 4 + 4 = 8 n’est en tout cas qu’une opinion. »

Je laisse de côté le projet de M. Jón Helgason qui est, de

l’aveu même de M. Page, une « tentative suggestion » qui n’a

pas eu d’écho et je passe à l’essentiel. M. Page met en balance

une opinion singulière avec la proposition raisonnée de la

grande majorité des philologues, de ceux qui comprennent

landáss comme Thor. De plus, il réduit cette grande majorité à

quelques noms. Chose plus grave (et redoutable exemple pour

les undergraduates), il altère délibérément l’opinion du

principal d’entre eux, d’un de ceux dont il met par ailleurs en

valeur une autre proposition, Magnus Olsen. Depuis 1916,

depuis l’article repris dans les Norrϕne studier, le savant

norvégien a traité plusieurs fois, toujours dans la même

perspective, des deux vísur de l’Egils saga. M. Page cite Maal

og minne, 1944, pp. 184-185, qui peut en effet être considéré

comme l’expression la plus mûrie de sa thèse : on a vu plus

haut avec quelle netteté Olsen y soutient que landáss (auquel il

a seulement le tort d’annexer le landalfr de la vísa 29) est

Thor. Cela devient sous la plume de M. Page :

In 1944 Magnus Olsen noted both interpretations without showing clear

preference.

À l’usage, donc, des undergraduates que M. Page est si

soucieux de préserver de ma contagion, je dois transcrire

l’original norvégien, en espérant que, s’il accepte que ses

futurs germanistes ne lisent pas le français, il est plus exigeant

pour les langues scandinaves :

Så trer Óðinn frem som den store i rǫgn-flokken, og to andre, innbyrdes

nær forbundne guder, Freyr ok Njǫrðr, nevnes ved navn — de rår for trivsel

der hvor kongen nu intet har å gjøre —, og endelig viser den fjerde av de

store guder, Tor, sig i skikkelse av Landǫ́ss : h a n (souligné dans le texte :

« C’est lui qui… ») skal vemmes ved den som nu er makthaveren 1

.

Oui, sans hésitation : « Thor se présente sous la forme

landáss : c’est lui qui a qualité pour sévir contre le souverain

en place. » Il paraît que cela se rend en anglais, « without

showing clear preference ». Alors où sera la clarté ?

Malheureusement, ce qu’on appellera par politesse

« unaccuracy » n’est pas réservé aux phrases de Magnus

Olsen. M. Page nous dit que Sigurður Nordal « n’était pas si

sûr » que landáss fût Thor. Voici ce que dit Nordal en

islandais moderne, page 163 de son édition :

landǫ́ss er líklega þór, smbr. hinn heidna lögeið : hjálpi mér svá Freyr ok

Njǫrðr ok áss inn almáttki 2

.

L’adverbe líklega, « probablement », ne comporte pas de

réserve, mais constate seulement le fait que, le dieu n’étant pas

nommé par son nom, il faut le traduire, avec le risque minime

d’erreur que comporte toute traduction. On ne doit pas non

plus omettre le texte parallèle que Nordal cite, après d’autres,

à l’appui du seul sens qu’il envisage, « Thor », ni le remplacer

par l’affirmation, « [Nordal] quoted no cogent evidence ».

Nordal, enfin, émet si peu de réserves sur l’équation « landáss

= Thor » que, après son commentaire, dans sa traduction de la

vísa en islandais moderne, il écrit non pas landáss, mais

directement :

Þór sé gramur (geri sér leiðan) mannfjandanum, sem spillir

þinghelginni 3

.

À lire M. Page, on pourrait croire que la traduction Thor,

statistiquement, n’est qu’une hypothèse parmi d’autres, sans

plus de faveur que d’autres. Nouvelle déformation des faits.

Outre qu’il n’y a pas de raison de penser que Jan de Vries ait

changé d’opinion, entre 1937 et 1957, « sous mon influence »

(il était bien capable de réfléchir tout seul et de réviser le

dossier après vingt ans), beaucoup d’autres auteurs importants,

et depuis longtemps, se sont prononcés dans le même sens.

Pourquoi éliminer les grands classiques ? Déjà Elard Hugo

Meyer, Germanische Mythologie (1891 !), p. 188, rappelle,

dans les Skírnismál, str. 33, la triade Óðinn, Ása-bragr, Freyr,

où Ása-bragr désigne sûrement Thor (et tout le passage de

Meyer sur la triade — publié sept ans avant ma naissance —

est excellent). En 1900, dans sa contribution au Grundriss der

germanischen Philologie2

, III, p. 364, Eugen Mogk écrit :

Thor : der Gott der Familie, der Gott des Gaues, der Gott des öffentlichen

und privaten Lebens, der höchste Gott schlechthin, der überall angerufen

wurde, wo die menschliche Macht nicht ausreichte […]. So erscheint er als

der erste der Asen (ásabragr), Egill nannte ihn schlechthin den landáss (et

toute la suite).

Et combien d’autres, tels qu’Axel Olrik et Hans Ellekilde,

dans leur Nordensgudeverden, I, 1926-1951, pp. 457-458 !

Voici encore Wolfgang Lange, Studien zur christlichen

Dichtung der Nordgermanen, 1000-1200, 1958, p. 185 : bien

que, dans le texte parallèle, souvent cité, de la Landnámabók,

il préfère comprendre áss inn almáttki non comme Thor, mais

comme une figure nouvelle, artificielle, suscitée par le

christianisme, il n’hésite pas pour le landáss de l’Egils saga :

« Genannt werden Óðinn, Freyr ok Njǫrðr, landáss (wohl

Thor). » Ici non plus, « wohl » n’implique pas d’hésitation : il

vaut « c’est-à-dire probablement ».

Contre-épreuve : les interprétations autres que Thor sont

très rares. Les unes — on a vu celle de M. Bo Almqvist que

M. Page ignore curieusement — sont commandées pour les

besoins d’une thèse. Les autres sont d’une grande légèreté :

Finnur Jónsson, rééditant le vieux Lexicon poëticum antiquæ

linguæ Septentrionalis de Sveinbjörn Egilsson, propose…

Odin, en sorte qu’Odin, déjà nommé dans la première moitié

de la vísa 28, reparaîtrait dans la seconde moitié, après la

mention de Freyr et de Niord ! Dans ses dernières années

d’activité, on a même vu un curieux changement d’opinion de

Magnus Olsen, Edda- og skaldekvad. IV. Egils lausavísur,

1962, p. 30 : landáss désignerait Ull, le toujours énigmatique

dieu Ull — dont le savant norvégien s’était beaucoup occupé à

travers la toponymie et qu’il avait pris en affection : obscurum

per obscurius…

Je n’apprécie guère l’argument d’autorité, le recours à des

« opinions graves », qui ne valent jamais une bonne raison

tirée de la cause elle-même. Mais puisque M. Page s’en sert et

prétend établir un bilan des opinions d’experts d’où il

ressortirait qu’il y a autant et plus d’« autorités » défavorables

que favorables à l’« opinion » Thor, on ne peut que constater

ses manipulations, ses truquages. La plupart de ses démarches

témoignent du même arbitraire, de la facilité avec laquelle il

dissimule ce qui le gêne en même temps qu’il se fabrique des

appuis illusoires. Pourquoi, par exemple, utilisant contre moi

la construction de Magnus Olsen, pourquoi ne renvoie-t-il pas

ses undergraduates à la réfutation très bien raisonnée que

M. Anders Bæksted a faite dès 1952 de la thèse de son grand

prédécesseur sur les chapitres LVI-LVII de l’Egils saga et du

jumelage artificiel des vísur 28 et 29 qui en résulte ? Elle se

trouve aux pages 206-212 de Målruner og troldruner.

Runemagiske studier (= Nationalmuseets Skrifter.

Arkæologisk-Historisk Række, IV, Copenhague). M. Bæksted

et moi ne nous plaçons pas au même point de vue, mais nos

discussions aboutissent au même résultat — la restauration du

témoignage — et ne s’opposent en rien.

Une dernière remarque. À lire M. Page, on pourrait croire

que c’est moi qui « veux » établir, hardie nouveauté, qu’Odin,

Thor et Freyr (ou Freyr et Niord) forment une triade. C’est

trop d’honneur. En fait, il y a peu d’auteurs qui en aient douté,

qui en doutent. Mon seul service a été de montrer le caractère

organique, trifonctionnel de ce groupement, d’observer en

quoi il prolonge l’idéologie trifonctionnelle qui, à travers le

monde indo-européen, s’exprime souvent par des groupements

divins analogues, et aussi en quoi il se distingue de ces autres

groupements par des caractères originaux (voir, en dernier

lieu, la reprise de mon vieil article sur la Rígsþula, dans

Apollon sonore, pp. 209-216 [réédité ici même, pp. 151-162]).

1. Voir supra, la traduction résumée de cette citation. [Note de F.-X. D.]

2. « landǫ́ss [c’est-à-dire landáss] est probablement Thor. Cf. le serment juridique

de l’époque païenne : “Que Freyr et Niord me viennent en aide, et l’Ase toutpuissant.” » [Traduction de F.-X. D.]

3. « Que Thor se courrouce contre l’ennemi des hommes [il s’agit d’une périphrase

pour désigner un guerrier, ici le roi Éric] qui viole le caractère sacré de

l’assemblée. » [Traduction de F.-X. D.]

NOTE

M. Régis Boyer vient de bénéficier de nouvelles

illuminations. Après avoir découvert, « en bonne ethnopsychologie », que les dieux scandinaves se distribuent suivant

leurs rapports au soleil, à « l’élément liquide et magique » et à

« l’élément chtonien » (Yggdrasill. La Religion des anciens

Scandinaves, 1981), il fabrique aujourd’hui un groupement

trifonctionnel « exactement dumézilien » où intervient une des

notions envisagées dans la présente esquisse (« Les trois

fonctions Duméziliennes appliquées à la magie Scandinave »,

Linguistica et philologica. Gedenkschrift für Björn Collinder,

Vienne, Philologica Germanica, VI, 1984, pp. 23-34) : le

seiðr, magie explorant l’avenir, serait de première fonction ;

blót, le sacrifice, s’appliquerait « de façon satisfaisante » à la

deuxième, et le níð « libidineux » à la troisième. Outre qu’il

n’est pas recommandable de constituer artificiellement des

triades, fonctionnelles ou non, avec des éléments hétérogènes

que les usagers n’ont jamais mis en tableau, comment oublier

que le seiðr passait pour être originellement la magie des

Vanes ? Comment enlever le blót « sacrifice » au niveau le

plus sacré ? Et, s’il est vrai que la malédiction-dérision qu’est

le níð prétend souvent provoquer une déchéance sexuelle

(Preben Meulengracht Sørensen, Norrønt nid, Odense, 1980),

ce n’est pas toujours le cas. En particulier, dans la vísa 28 et

dans la scène étudiée ici, cette orientation n’apparaît pas. Il est

vrai que M. Boyer se tire d’affaire en écrivant : « On pourrait

s’étonner de la semi-absence [pourquoi “semi-” ?] de

l’élément déterminant, à mon sens, de toute l’opération,

l’élément sexuel : je tiens qu’il figure, métaphoriquement si

l’on veut, dans ce cheval ou cette jument dont tant d’autres

textes non équivoques, à commencer par le Völsa páttr, nous

disent assez l’importance. » Ainsi, par une étrange contagion,

le crâne de cheval accroché par Egil au poteau qui porte

l’inscription du níð devient sexuel parce que, dans un tout

autre rituel, un pénis de cheval, convenablement traité et

manipulé, est un talisman de prospérité. Quant au déplacement

de la vísa 28 de l’Egils saga, M. Boyer va plus loin que ses

prédécesseurs : il la transporte, sans autre explication qu’un

« évidemment », du chapitre LVI au chapitre LVII et il en fait le

texte même du níð. Il veut bien dire que je reste un de ses

« maîtres à penser ». Cela ne me paraît pas certain.

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

A. LES PRINCIPALES SOURCES

SCANDINAVES CITÉES PAR GEORGES

DUMÉZIL1

L’Edda de Snorri

Edda Snorra Sturlusonar. Édition de FINNUR JÓNSSON,

Copenhague, 1931.

SNORRI STURLUSON, Edda. Gylfaginning og Prosafortellingene

av Skáldskaparmál. Édition d’Anne HOLTSMARK et JÓN

HELGASON, Copenhague, Oslo et Stockholm (Nordisk

Filologi, A, I), 1950.

SNORRI STURLUSON, L’Edda. Récits de mythologie nordique.

Traduit du vieil islandais, introduit et annoté par FrançoisXavier DILLMANN, Paris, Gallimard (« L’Aube des

peuples »), 1991. [Ce volume comprend l’ensemble formé

par la Gylfaginning et les principaux passages en prose des

Skáldskaparmál. — Cinquième réimpression revue et

corrigée : 1998.]

L’Egils saga

Egils saga Skalla-Grímssonar. Édition de SIGURDUR NORDAL,

Reykjavik, Hið íslenzka fornritafélag (Íslenzk fornrit, II),

1933.

Die Saga von Egil. Traduction allemande avec une

introduction, une postface et des notes par Kurt SCHIER,

Düsseldorf et Cologne (Saga, I), 1978 — nouvelle édition

entièrement refondue : Egils Saga. Die Saga von Egil

Skalla-Grimsson, Munich, Diederichs (Saga), 1996.

Egils Saga. Traduction anglaise de Christine FELL (pour la

prose) et de John LUCAS (pour la poésie), Londres et

Toronto, Dent et University of Toronto Press, 1975.

Les Gesta Danorum de Saxo Grammaticus

Saxonis Gesta Danorum. Tomus I : Textum continens. Édition

de Jørn OLRIK et Hans RÆDER, Copenhague, 1931 ; tomus

II : Indicem verborum conficiendum curavit Franz BLATT,

Copenhague, 1957.

Paul HERRMANN, Erläuterungen zu den ersten neun Büchern

der Dänischen Geschichte des Saxo Grammaticus. Erster

Teil : Übersetzung, Leipzig, 1901 ; zweiter Teil :

Kommentar (Die Heldensagen des Saxo Grammaticus),

Leipzig, 1922.

SAXO GRAMMATICUS, The History of the Danes. Volume I :

English Text par Peter FISCHER, Cambridge, 1979 ;

volume II : Commentary par Hilda ELLIS DAVIDSON, 1980.

[Réimpression en un volume : Woodbridge, Brewer, 1996.]

SAXO GRAMMATICUS, La Geste des Danois. Gesta Danorum,

livres I-IX. Traduit du latin par Jean-Pierre TROADEC.

Présenté par François-Xavier DILLMANN, Paris, Gallimard

(« L’Aube des peuples »), 1995.

Les Gesta Hammaburgensis ecclesiae Pontificum

d’Adam de Brême

Édition et traduction allemande de Werner TRILLMICH dans

Quellen des 9. und 11. Jahrhunderts zur Geschichte der

Hamburgischen Kirche und des Reiches, Darmstadt,

Wissenschaftliche Buchgesellschaft (Ausgewählte Quellen

zur deutschen Geschichte des Mittelalters. Freiherr vom

Stein-Gedächtnisausgabe, XI), 1961.

ADAM DE BRÊME, Histoire des archevêques de Hambourg,

avec une Description des îles du Nord. Traduit du latin,

présenté et annoté par Jean-Baptiste BRUNET-JAILLY, Paris,

Gallimard (« L’Aube des peuples »), 1998.

Les poèmes eddiques

Norrœn Fornkvæði. Islandsk Samling af folkelige Oldtidsdigte

om Nordens Guder og Heroer almindelig kaldet Sæmundar

Edda hins fróða. Édition de Sophus BUGGE, Christiania,

1867.

Eddadigte I. Vǫluspá, Hávamál. Édition de JÓN HELGASON,

Copenhague, Oslo et Stockholm (Nordisk Filologi, A, IV),

1951. [Deuxième édition revue et augmentée : 1955.]

Eddadigte II. Gudedigte. Édition de JÓN HELGASON,

Copenhague, Oslo et Stockholm (Nordisk Filologi, A, VII),

1952. [Troisième édition revue et corrigée : 1956.]

Parmi les diverses tentatives de traductions françaises des

poèmes eddiques, signalons uniquement ici le recueil de :

Felix WAGNER, Les Poèmes mythologiques de l’Edda.

Traduction française d’après le texte original islandais

accompagnée de notices interprétatives et précédée d’un

exposé général de la mythologie scandinave basé sur les

sources primitives, Liège et Paris (Bibliothèque de la

faculté de philosophie et lettres de l’université de Liège,

LXXI), 1936.

On trouvera également un choix de poèmes mythologiques

dans l’élégante traduction due à :

[Pierre] RENAULD-KRANTZ, Anthologie de la poésie nordique

ancienne. Des origines à la fin du Moyen Âge, Paris,

Gallimard (collection Unesco d’œuvres représentatives.

Série européenne), 1964.

On dispose depuis peu d’une excellente édition critique

(accompagnée d’une traduction en anglais et d’une riche

annotation) de quelques-uns des poèmes cités par Georges

Dumézil dans le présent volume, en particulier la Vǫluspá, la

Rígsþula, la Lokasenna et les Skírnismál :

The Poetic Edda. Volume II : Mythological Poems. Édition,

traduction, introduction et commentaire par Ursula

DRONKE, Oxford, Clarendon Press, 1997.

Les poèmes scaldiques

Den norsk-islandske Skjaldedigtning. A : Tekst efter

håndskrifterne, I-II. B : Rettet tekst med tolkning, I-II.

Édition de FINNUR JÓNSSON (avec une traduction en prose

danoise), Copenhague et Kristiania, 1912-1915.

Norrôna lovkväden från 800 — och 900-talen. Édition et

traduction suédoise d’Ivar LINDQUIST, Lund, Gleerup

(Nordisk filologi. Undersökningar och handböcker, II),

1929.

Den norsk-isländska skaldediktningen I-II. Édition d’Ernst A.

KOCK, Lund, Gleerup, 1946-1949.

Pour une traduction française de plusieurs poèmes

scaldiques, voir l’ouvrage de Pierre RENAULD-KRANTZ signalé

ci-dessus.

L’Ynglinga saga

SNORRI STURLUSON, Ynglingasaga. Édition d’Elias WESSÉN,

Copenhague, Oslo et Stockholm (Nordisk Filologi, A, VI),

1952.

Parmi les différentes éditions de l’Histoire des rois de

Norvège ou Heimskringla, dont l’Ynglinga saga constitue en

quelque sorte l’introduction, signalons uniquement ici :

SNORRI STURLUSON, Heimskringla I. Édition de BJARNI

ADALBJARNARSON, Reykjavik, Hið íslenzka fornritafélag

(Íslenzk fornrit, XXVI) 1941.

C’est sur cette édition qu’a été établie la plus récente

traduction, qui est accompagnée de nombreuses notes

explicatives :

SNORRI STURLUSON, Histoire des rois de Norvège

(Heimskringla). Première partie : Des origines mythiques

de la dynastie à la bataille de Svold. Traduit du vieil

islandais, introduit et annoté par François-Xavier

DILLMANN, Paris, Gallimard (« L’Aube des peuples »),

2000.

PRINCIPAUX OUVRAGES DE GEORGES

DUMÉZIL CITÉS DANS LES ARTICLES

DE CE RECUEIL, DANS LA PRÉFACE OU DANS

LES NOTICES DE PRÉSENTATION2

Le Festin d’immortalité. Étude de mythologie comparée indoeuropéenne, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner

(« Annales du Musée Guimet-Bibliothèque d’études »,

XXXIV), 1924, XIX + 300 p.

Mythes et dieux des Germains. Essai d’interprétation

comparative, Paris, Librairie Ernest Leroux (« Mythes et

religions », I), 1939, XVI + 160 p.

Avec Les Dieux des Germains, ce livre fera prochainement

l’objet d’une nouvelle édition, accompagnée d’une préface par

François-Xavier Dillmann, qui sera publiée dans la collection

« Studia nordica » de la Société des études nordiques 3

.

Mitra-Varuna. Essai sur deux représentations indoeuropéennes de la Souveraineté, Paris, Presses

universitaires de France (Bibliothèque de l’École des

hautes études. Section des sciences religieuses, LVI), 1940,

XII + 150 p.

Jupiter, Mars, Quirinus. Essai sur la conception indoeuropéenne de la société et sur les origines de Rome, Paris,

Gallimard (« La montagne Sainte-Geneviève »), 1941,

264 p.

Naissance de Rome (Jupiter, Mars, Quirinus, II), Paris,

Gallimard (« La montagne Sainte-Geneviève », III), 1944,

222 p.

Naissances d’archanges. Essai sur la formation de la

théologie zoroastrienne (Jupiter, Mars, Quirinus, III),

Paris, Gallimard (« La montagne Sainte-Geneviève », IV),

1945, 190 p.

Tarpeia. Essais de philologie comparative indo-européenne,

Paris, Gallimard (« Les mythes romains », III), 1947,

294 p.

Jupiter, Mars, Quirinus, IV. Explication de textes indiens et

latins, Paris, Presses universitaires de France (Bibliothèque

de l’École des hautes études, Section des sciences

religieuses, LXII), 1948, 190 p.

Loki, Paris, Maisonneuve (« Les dieux et les hommes », I),

1948, 295 p.

Mitra-Varuna. Essai sur deux représentations indoeuropéennes de la souveraineté, Paris, Gallimard (« La

montagne Sainte-Geneviève », VII), 1948,

216 p.L’Héritage indo-européen à Rome. Introduction aux

séries « Jupiter, Mars, Quirinus » et « Les Mythes

romains », Paris, Gallimard (« La montagne SainteGeneviève », IX), 1949, 256 p.

Le Troisième Souverain. Essai sur le dieu indo-iranien

Aryaman et sur la formation de l’histoire mythique de

l’Irlande, Paris, Maisonneuve & Larose (« Les dieux et les

hommes », III), 1949, 186 p.

Les Dieux des Indo-Européens, Paris, Presses universitaires de

France (« Mythes et religions », XXIX), 1952, 146 p.

La Saga de Hadingus (Saxo Grammaticus I, V-VIII). Du mythe

au roman, Paris, Presses universitaires de France

(Bibliothèque de l’École des hautes études. Section des

sciences religieuses, LXVI), 1953, 176 p.

Rituels indo-européens à Rome, Paris, Klincksieck (« Études

et commentaires », XIX), 1954, 96 p.

Aspects de la fonction guerrière chez les Indo-Européens,

Paris, Presses universitaires de France (Bibliothèque de

l’École des hautes études. Section des sciences religieuses,

LXVIII), 1956, 112 p.

Déesses latines et mythes védiques, Bruxelles, Latomus

(collection « Latomus », XXV), 1956, 124 p.

L’Idéologie tripartie des Indo-Européens, Bruxelles, Latomus

(collection « Latomus », XXXI), 1958, 122 p.

Les Dieux des Germains. Essai sur la formation de la religion

scandinave, Paris, Presses universitaires de France

(« Mythes et religions », XXXVIII), 1959, 130 p.

Loki. Traduction allemande d’Inge Köck. Introduction d’Otto

Höfler, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft,

1959, XX + 244 p.

La Religion romaine archaïque, avec un appendice sur « La

Religion des Étrusques », Paris, Payot (« Bibliothèque

historique »), 1966, 680 p. — deuxième édition revue et

complétée : 1974.

Mythe et épopée, I. L’idéologie des trois fonctions dans les

épopées des peuples indo-européens, Paris, Gallimard

(« Bibliothèque des sciences humaines »), 1968, 656 p.

— deuxième édition revue et complétée : 1974.

Avec Mythe et épopée, II et III (voir ci-dessous), cet

ouvrage a été réimprimé en 1995 dans la collection « Quarto »

des Éditions Gallimard (à partir de la dernière édition corrigée

par l’auteur), avec une préface de M. Joël H. Grisward, une

bibliographie de Georges Dumézil et une table des matières

détaillée.

Heur et malheur du guerrier. Aspects mythiques de la fonction

guerrière chez les Indo-Européens, Paris, Presses

universitaires de France (collection « Hier »), 1969, 151 p.

Idées romaines, Paris, Gallimard (« Bibliothèque des sciences

humaines »), 1969, 305 p.

Du mythe au roman. La Saga de Hadingus (Saxo

Grammaticus, I, V-VIII) et autres essais, Paris, Presses

universitaires de France (collection « Hier »), 1970, 209 p.

— réimpression corrigée : Presses universitaires de France,

« Quadrige », 1983.

Mythe et épopée, II. Types épiques indo-européens : un héros,

un sorcier, un roi, Paris, Gallimard (« Bibliothèque des

sciences humaines »), 1971, 406 p.

Mythe et épopée, III. Histoires romaines, Paris, Gallimard

(« Bibliothèque des sciences humaines »), 1973, 366 p.

— troisième édition revue et complétée : 1981.

Gods of the Ancient Northmen. Édité par Einar Haugen.

Introduction par C. Scott Littleton et Udo Strutynski,

Berkeley, Los Angeles et Londres, University of California

Press (Publications of the UCLA Center for the Study of

Comparative Folklore and Mythology, III), 1973, XLVI

+ 157 p.

Fêtes romaines d’été et d’automne suivi de Dix questions

romaines, Paris, Gallimard (« Bibliothèque des sciences

humaines »), 1975, 298 p.

Les Dieux souverains des Indo-Européens, Paris, Gallimard

(« Bibliothèque des sciences humaines »), 1977, 269 p.

— deuxième édition revue et complétée : 1980.

Romans de Scythie et d’alentour, Paris, Payot (« Bibliothèque

historique »), 1978, 380 p.

Apollon sonore et autres essais. Vingt-cinq esquisses de

mythologie, Paris, Gallimard (« Bibliothèque des sciences

humaines »), 1982, 256 p.

L’Oubli de l’homme et l’honneur des dieux et autres essais.

Vingt-cinq esquisses de mythologie (51-75), Paris,

Gallimard (« Bibliothèque des sciences humaines »), 1985,

338 p.

Loki. Nouvelle édition refondue, Paris, Flammarion

(« Nouvelle bibliothèque scientifique »), 1986, 261 p.

Le Roman des jumeaux et autres essais. Vingt-cinq esquisses

de mythologie (76-100), publiées par Joël H. Grisward,

Paris, Gallimard (« Bibliothèque des sciences humaines »),

1994 (publ. mars 1995), 337 p., 4 pl. hors texte.

1. Pour chaque source (ou collection de sources), nous indiquons uniquement les

éditions qui ont été utilisées au cours de la préparation du présent recueil. Afin de

permettre au lecteur de situer l’œuvre dans son contexte, nous donnons en outre un

choix, nécessairement limité, de traductions de ces œuvres en français ou dans une

autre langue de grande diffusion.

2. Pour plus de précisions sur ces travaux (réimpressions ultérieures, traductions

dans diverses langues, etc.) et sur l’ensemble de l’œuvre, renvoyons à la

remarquable bibliographie établie par M. Hervé COUTAU-BÉGARIE, L’Œuvre de

Georges Dumézil. Catalogue raisonné, suivi de textes de Georges Dumézil, Paris,

Economica (Histoire), 1998, 212 p.

3. Siège social : École pratique des hautes études, Section des sciences historiques

et philologiques. À la Sorbonne, 45-47, rue des Écoles, 75005 Paris.

© Presses universitaires de France,

pour les textes de Du mythe au roman, 4

e

éd. 1987.

© Éditions Gallimard, 2000.

Éditions Gallimard

5 rue Gaston-Gallimard

75328 Paris

http://www.gallimard.fr

GEORGES DUMÉZIL

Mythes et dieux

de la Scandinavie

ancienne

À côté de monographies célèbres comme Mythes et dieux

des Germains, Loki, La Saga de Hadingus (Du mythe au

roman et Les Dieux des Germains, le grand historien des

religions rédigea toute une série d’études sur nombre de

thèmes mythiques et de figures divines de la Scandinavie

ancienne. Elles concernaient en particulier le personnage

féminin de Gullveig, qui fut comparé à la figure de Tarpeia

dans la Roma archaïque, mais aussi des dieux tels que Baldr,

Heimdall et Vidar, qui jouèrent un rôle de premier plan dans le

drame eschatologique des anciens Scandinaves (Le Ragnarok)

ou encore plusieurs épisodes mythologiques ou légendaires

connus tant de la littérature norroise (en particulier l’Histoire

des rois de Norvège et l’Edda de Snorri Sturluson) que des

Gesta Danorum de Saxo Grammaticus et des récits

folkloriques recueillis à l’époque moderne.

Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne rassemble une

vingtaine de ces études qui étaient jusqu’alors disséminées

dans des revues savantes ou insérées dans des recueils

d’hommages ou d’esquisses.

Cette édition électronique du livre

Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne de Georges

Dumézil

a été réalisée le 16 septembre 2016 par les Éditions

Gallimard.

Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage

(ISBN : 9782070755868 - Numéro d’édition : 90872).

Code Sodis : N26225 - ISBN : 9782072261206.

Numéro d’édition : 198408.

Ce document numérique a été réalisé par Nord

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