L'anatomie, science fondamentale, uniquement morphologique à son origine, s'oriente actuellement vers
un aspect fonctionnel et clinique.
A 1 MÉTHODES D'ÉTUDE
Nombreuses, utilisées quotidiennement en clinique,
elles ne cessent de s'enrichir.
1 I Les procédés d'observation directe
a) L'inspection note les proportions, les formes, les
postures et les mouvements.
b) La mensuration permet l'étude des modifications
de taille d'un organe ou d'un segment du corps. Elle
étudie au:.:.i li::. variaùons d'angle du corp~.
c) La pesée étudie les variations de poids d'un viscère
ou de l'organisme.
d) La palpation permet, par le toucher du corps,
d'identifier les saillies osseuses, de définir la consistance
1. Du gre.: a11ato111é : couper à travers. Le terme • anatomie • a été
créé par Aristote.
2. La -..:icnce de la mort est la thanatologie.
des organes, et d'apprécier les pulsations vasculaires
(fig. 1.1).
e) La perwssion localise les viscères mats ou sonores
en frappant la surface du corps avec le doigt.
f) L'a uscultation détecte les sons émis par les organes.
nG. 1.1. Palpation du scaphoïde dans la tabatière
anatomique
3
ANATOMIE GÉNÉRALE
g) L'endoscopie examine les cavités du corps en utilisant
une instrumentation spéciale. Grâce à la vidéo, cette
exploration est devenue plus performante. Exemple: la
gastroscopie permet de voir l'intérieur de l'estomac.
Ir) La dissection 3
Technique fondamentale de l'anatomie, elle permet
d'« examiner ce véritable livre qui est le nôtre: le corps
de l'homme» (Vésale). Elle a permis, sur des bases solides, l'essor de l'anatomie et de la chirurgie. EJle est utilisée quotidiennement en chirurgie pour séparer et
isoler les structures anatomiques.
La pratique de la dissection pédagogique au cours du
cursus de l'étudiant est importante, car« tout ce qui
est mort comme fait, est vivant comme enseignement»
(Victor Hugo).
La pratique de la dissection au cours de l'histoire passe
par des hauts et des bas qui se confondent avec les progrès et les déclins de la médecine, mais surtout de la
chirurgie.
• Pendant J' Antiquité
- Aristote (384-322 avant J.-C.), premier anatomiste,
découvre par la dissection animale la fonction de
certains organes (cœur, rein ... ). L'anatomie comparée est née.
- Hérophile (340-300 avant J.-C.), à Alexandrie, dissèque de nombreux corps humains, 600 pense+on.
- Galien ( 131-201 après J.-C.), instruit à Alexandrie,
publie de nombreux ouvrages et crée la neuroanatomie.
Son influence est si grande que, pendant deux siècles,
on se contente de commenter ses œuvres sans les
vérifier par la dissection: l'anatomie se fixe, empêchant tout progrès médical.
• Pendant Je Moyen Âge, contrairement à l'opinion
généralement admise, la dissection n'a jamais été
sanctionnée d'excommunication par l'église médiévale, qui exigeait cependant une autorisation.
- La décrétale du Pape Boniface VIII, en 12994,
condamne seulement l'usage de certains Croisés,
qui, pour rapatrier les ossements de leurs compagnons, découpaient et faisaient bouillir leurs corps.
- En 1472, le Pape Sixte N, favorable aux études médicales, émet la bulle qui reconnaît l'anatomie comme
une discipline« utile à la pratique médicale et artistique».
3. Ou latin 1l1ssecare: couper en deux, séparer.
4. D«rétalt' émise le 27 septtmbre 1299: • Dett'stande feritatis •
(coutume détestablt).
4
• C'est au xv1• siècle que la dissection humaine s'impose sous l'impulsion d'artistes (Léonard de Vinci,
Michel-Ange) et de barbiers, les chirurgiens de l'époque, Vésale (1514-1564), Ambroise Paré (1510-
1592) . . .
L'anatomie moderne naît avecla publication du remarquable ouvrage de Vésale De hronani corporis fabrica.
• Le xvu• siècle est marqué par la découverte d'organes mais surtout de la fonction circulatoire par
William Harvey (circulation sanguine) et Pecquet
(circulation lymphatique).
Après la réussi.te de l'intervention de la fistule anale du
roi Louis XIV par l'anatomiste et barbier FélixdeTassy,
l'anatomie fut enseignée dans les Jardins du Roi et eut
enfin ses lettres de noblesse.
• En 1650, le Japon découvre l'anatomie occidentale
à travers une traduction hollandaise de l'œuvre d' Ambroise Paré. En l 77 l, la dissection officielle programmée d' Aocha Baba, dite la «Vieille mère du thé vert »,
condamnée à être écorchée vive, a permis de constater
que l'anatomie chinoise était erronée.
• De nos jours, la dissection est encore interdite dans
certaines religions (musulmane intégriste, hindouiste ... ).
2 I Les procédés d'observation indirecte
(imagerie médicale)
a) La radiologie
Elle fait appel aux rayons X 5 et permet d'obtenir: soit
un clic/ré standard, correspondant à une image de la
projection du corps sur un film; soit une tomographie,
donnant une image de coupe anatomique.
Elle procède de trois techniques.
• La radiographie sans préparation (fig. J .2)
Seuls les organes radio-opaques tels le squelette et les
structures gazeuses sont visualisés.
• La radiographie avec préparation (fig. 1.3)
Ici, la substance radio-opaque, ou produit de
contraste, est déposée à l'intérieur d'une cavité ou
d'un condui t. Il s'agit donc d'un« moule radiographique» dont l'interprétation exige une connaissance de l'a,natomie normale. La substance opaque
est:
5. La prem1èrt image anatomique publiée en 1895 par Rocntgtn était
la main de sa fomme.
' FIG. 1.2. Radiographie sans préparation : le thorax
- soit de la baryte ingérée.
Exemple: radiographie du tube digestif;
- soit un produit iodé: celui-ci peut être injecté localement ou absorbé et éliminé par l'organe à étudier.
Exemple: urographie intraveineuse;
-soit de l'air stérile insufflé.
Exemple: insufflation colique.
FIG. 1 3. Radiographie du côlon (lavement baJYté)
(cliché Dr Ph. Chartier)
INTRODUCTION Il
FIG. 1.4. Tomodensitométrie : coupe transversale de l'abdomen
1. rate 3. foie
2. estomac 4. aorte
• La tomodensitométrie ou sca11ographie 6
(fig. 1.4 et 1.5)
Dans cette technique, le film photographique est
remplacé par un détecteur électronique qui analyse
la différence d'absorption tissulaire des rayons X.
6. Scanner é1an1 le 1erme le plu~ couramment utilisé.
FIG. 1.5. Tomodensitométrie du rachis cervical :
image en 3D (clichê Dr F. Goubault)
5
ANATOMIE GÉNÉRALE
Cette analyse plan par plan, par un ordinateur, se
traduit par des images de coupes anatomiques, ou
des images reconstruites dans les trois dimensions de
l'espace (images en 3D).
b) La scintigraphie (fig. 1.6)
Elle étudie un organe après injection d'une substance
radioactive spécifique, captée par celui-ci. Exemple:
scintigraphie osseuse.
Si la radiographie révèle les anomalies morphologiques, l'imagerie isotopique fait apparaître surtout les
troubles fonctionnels.
c) L'échographie (fig. 1.7)
Elle utilise les ultrasons pour l'étude des organes mous.
Méthode de choix pour l'exploration du foie, du rein
et de l'utérus gravide mais aussi du cœur.
FIG. 1.7. Échographie : coupe sagittale médiane d'une tête
fœtale de 12 semaines d'aménorrhée
Elle donne de véritables images de coupes anatomiques
du corps de manière anodine et ambulatoire.
d) L'imagerie par résonance magnétique (IRM)
(fig. 1.8)
Le principe est de faire résonner ou osciller certains
noyaux du corps (particules de proton, en particulier),
le sujet étant placé dans un champ magnétique intense.
Les variations de cette résonance qui diffèrent selon les
structures anatomiques sont analysées par un ordinateur qui restitue des images anatomiques d'une précision inégalée, surtout pour les organes mous.
Elle permet par exemple la différenciation des substances grise et blanche de l'encéphale.
e) Tomographie par émission de positons
Technique d'avenir, associée à la tomodensitométrie
ou à l'i RM, elle permet l'exploration morphologique
et fonctionnelle des organes.
FIG. 1.8. Imagerie par résonance magnétique : coupe sagittale
médiane de la tête et du cou, avec une tumeur du cervelet (1)
FIG. 1.6. Scintigraphie osseuse : squelette entier (we antérieure) (document Siemens)
6
3 1 Les techniques particulières
Très variées, elles sont spécifiques aux laboratoires
d'anatomie. Citons les plus courantes.
a) La microscopie
Les progrès techniques du microscope permettent
d'étudier les structures des organes dans les trois
dimensions (stéréologie), mais aussi de mesurer ces
structures avec plus de précision (morphométrie).
b) Les mo1'1ages
Le moulage consiste à injecter un produit plastique ou
du latex, dans lesconduitsou lescavités,puisà effectuer
la corrosion de la pièce. On obtient ainsi un moulage
tridimensionnel exact.
c) La diapha11isatio11
Mise au point par Spalterholz,ce procédé rend les tissus
translucides.
d) La reconstructio11 embryologique
Elle consiste en un agrandissement tridimensionnel
d'un organe ou d'une région embryonnaire à partir de
coupes sériées d'embryon. La technique de Born s'appuie sur des reconstructions en cire. Grâce à l'informatique, des reconstitutions en 30 peuvent être envisagées.
e) La plasti11atio11
La plastination, techniquedeconservation anatomique
inventée par Gunther Von Hagens ( 1985), permet de
disposer de pièces pédagogiques sèches, sans odeur,
robustes et de manipulation facile.
La technique consiste, après fixation de la pièce au formol, à la déshydrater, puis à l'imprégner sous pression
avec un polymère.
B 1 DIFFÉRENTES ORIENTATIONS
DE L'ANATOMIE
Il faut distinguer l'anatomie (ou anatomie normale)
de l'anatomie pathologique qui étudie les structures
malades du corps. L'anatomie présente de multiples
aspects qui peuvent être regroupés en trois branches
principales.
1 I L'anatomie macroscopique
a) L'ariatomie descriptive
Elle étudie les différents organes séparés. Elle donne de
chacun unedescription,suivantun plan logique, en un
INTRODUCTION Il
style concis et dépourvu d'ambiguïté. C'est la base de
l'anatomie.
b) L'anatomie de surface
Elle étudie les formes et les reliefs superficiels du corps.
Elle est la base de l'anatomie artistique et de la typologie.
c) I.:antiitomie topographique
Elle étudie les rapports que contractent entre eux les
différen1ts organes d'une même région.
d) I.:arrn1tomie générale
Elle étudie de façon synthétique l'organisation morphologi.que et fonctionnelle des systèmes anatomiques.
e) L'anartomie comparée
Elle étudie les rapports qui existent entre les structures
homologues de tous les animaux, y compris l'espèce
humaine. L'étude de l'enchaînement des transformations chronologiques constitue la phylogénèse.
f) L'a11atomie fo11ctio1111elle
Elle étudie les relations qui unissent la morphologie et
la fonction des organes.
g) L'am,rtomie a11thropologique
Elle étudie les variations morphologiques existant
entre les humains.
h) L' ana1tomie radiologique et l'anatomie échographique étudient indirectement le corps humain à partir
d'une imagerie obtenue par leur technique spécifique.
2 I L'anatomie microscopique ou histologie
Elle étudie les structures microscopiques qui constituent le corps.
3 I L'anatomie du développement
a) I.:ontogénèse
Elle concerne la transformation morphologique de
l'individu normal de la fécondation à l'âge adulte; d'où
deux périodes, intra-utérine et postnatale.
• Période intra-utérine
- L'embryologie étudie le développement de l'embrycin, c'est-à-dire un être humain de 8 semaines
de développement maximum (soit 10 semaines
d'aménorrhée).
7
ANATOMIE GÉNÉRALE
- La fœtologie étudie le développement du fœtus. Il
fait suite à l'embryon et devient enfant à la naissance.
- L'organogénèse concerne la formation des organes.
• Période postnatale
Elle correspond au développement de l'enfant.
On distingue la première enfance ( 1 rc année), la
moyenne enfance (de 1 à 6 ans), la grande enfance
(de 6 ans à la puberté) et l'adolescence (de la puberté
à la maturité, c'est-à-dire environ 18 ans pour les filles
et 20 ans pour les garçons).
b) La tératologie
Elle étudie les malformations et les monstruosités
congénitales
Il peut s'agir soit d'une insuffisance d'organogénèse,
ou dysgénésie,soitd'un arrêt d'organogénèse, ou aplasie, soit d'une absence totale d'organogénèse, ou agénésie.
L'examen fœto-pathologique (ou anatomo-pathologique du mort-né) vise à rechercher des anomalies
d'organogénèse permettant d'éclairer un conseil génétique.
Comme toutes les sciences, l'anatomie possède son
langage propre destiné à faciliter la communication et
la compréhension. Ces termes techniques ont pour but
essentiel de définir, de situer, et d'orienter toute partie
de l'organisme.
Les termes anatomiques constituent la base d11 langage
médical.
A 1 NOMENCLATURE ANATOMIQUE
Il a été dénombré, à la fin du x1x• siècle, plus de
50 000 termes anatomiques utilisés dans la littérature
médicale pour désigner les 5 000 structures fondamentales du corps humain.
L'absence de concordance des termes utilisés dans
chaque pays a conduit la Commission Fédérative de
Terminologie Anatomique (FCTA) à proposer la« Terminologia A11atomica7 »(TA). Adoptée dans tous les
7. La terminologie anatomique ( 1998) est l'aboutis~mcnt d'un travail international commencé dè; 1895 par la No111i11n A11t1to111icn
de Bâle (NAB) et amélioré au cours de nombreux congrè> internationaux d'anatomie.
8
4 1 Remarque
La thèse de la récapitulation qui connut un grand succès au cours du x1x• siècle résume l'évolution par la
formule:« L'ontogénèse récapitule la phylogénèse. »
Selon cette idée, chaque étape de la croissance d'un
individu est un vestige d'une étape dans l'échelle animale.
En s'appuyant sur l'anatomie pour justifier cette théorie, de nombreux auteurs: G. Cuvier, Ch. Darwin,
E. Heackel, S. Freud, P. Broca, S.G. Morton, etc., ont
parfois tiré des conclusions liant l'anatomie à des aptitudes ou comportements des individus: ce qui aboutissait à une hiérarchisation incohérente et subjective
des races.
Soulignons avec Stephen Jay Gould que« les analogies
sont utiles, mais limitées; elles peuvent traduire des
contraintes communes, mais pas forcément des causes
communes». Ainsi, des crânes petits correspondent
habituellement à de petits cerveaux, mais les petits cerveaux ne correspondent pas forcément à des individus
moins intelligents. Citons par exemple le petit cerveau
du célèbre écrivain Anatole France ( 1 017 grammes),
prix Nobel de littérature en 1921.
pays, celle-ci contient environ 7 800 termes latins de
référence internationale.
Les pays francophones et le Collège Médical Français
des Professeurs d'Anatomie ont adopté la traduction
littérale de cette terminologie anatomique internationale.
Les principes de base de la terminologie anatomique
(TA) se résument en quatre points essentiels.
1. Les termes choisis constituent un repère pour la
mémoire ; ils ont donc une valeur informative et
descriptive.
Exemple: muscle long fléchisseur du pouce.
2. La TA supprime tous les épo11ymes. En effet, ces
noms propres varient d'un pays à l'autre.
3. La TA supprime les homo11ymes pour éviter les
confusions (à quelques rares exceptions près).
Exemple: muscle pyramidal et muscle piriforme
(anciennement pyramidal du bassin).
4. Dans la TA, il ya liarmo11isatio11 des termes intéressant une même région.
Exemple: artère fémorale, veine fémorale, nerf
fémoral (anciennement nerf crural).
B 1 posmoN ANATOMIQUE DE RÉFÉRENCE
(fig. J.9)
Elle est définie ainsi par une convention internationale:
«Corps humain, vivant, debout, les membres supérieurs pendant le long du corps, la paume des mains
tournée en avant, le regard droit et horizontal.»
Toutes les descriptions anatomiques se réfèrent à cette
position. , . Sur un sujet couché, le fœtus et 1 animal, la nomenclature reste la même.
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