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coinad

11/18/25

 


LE DERNIER ATOUT DE BUSH

Les violentes attaques de la gauche ne

sont pas gratuites. Dès le 24 juin 2001,

Alito était interrogé par le conseiller spécial du président et futur ministre de la

Justice, Alberto Gonzales. Le 5 mai 2005,

il était auditionné par un panel placé sous

la présidence de Cheney. Bush le rencontrera le 14 juillet. La candidate pressentie, Harriett Miers, se désistant le

28 octobre, il était proposé le 31 octobre.

Tout a donc bien été prévu de longue

date. Il est le dernier atout qu’il reste à un

Bush en pleine déroute pour récupérer la

droite radicale — qui va jusqu’à Buchanan et David Duke — à laquelle il doit

son élection et qui, au fil des années, l’a

lâché. Sur l’Irak, sur la NouvelleOrléans, sur le scandale Plame ou le 11-

Septembre, dont l’inéluctable démystification aura des conséquences terribles

pour tous les dirigeants US, la droite radicale a porté les coups les plus dévastateurs au système mis en place depuis la

Maison-Blanche. Même dans la campagne de Cindy Sheehan — mère d’un

soldat tué en Irak — dont les manifestations ont pesé lourd dans le basculement

de l’opinion publique contre la guerre

d’Irak, l’activisme de l’extrême droite

n’est pas passé inaperçu.

Celle-ci a d’ailleurs fermement encouragé Alito, au cas où il serait tenté de

composer, à « faire passer les principes

avant le parti » et à « garder une attitude

ferme (dans son projet) de remettre la

Cour suprême sur ses fondations traditionnelles ». Ce qui n’enlève rien au fait

qu’il soit l’homme actuellement le plus

qualifié et le plus compétent pour cette

tâche.

Très apprécié de ses pairs, il est considéré comme un juriste soucieux uniquement des faits et appliquant la loi avec la

plus grande prudence. Un bel hommage

lui a été rendu par le juge d’extrême

gauche Timothy Lewis —« Sam croit en

la modération judiciaire et au respect de

la Justice » — qui rapporte ce que lui

avait dit le juge noir Léon Higginsbotham, légende libérale des Droits

Civiques : « Sam Alito est un juge magnifique et un homme exceptionnel. Il est

mon conservateur préféré. Intellectuellement honnête. Sans a priori. Imperméable

à l’idéologie ». Lui-même en conviendra

devant la Commission du Sénat : « Je ne

tiens aucun compte de mes opinions personnelles. Je ne fais qu’appliquer la

loi ».

Ce sont donc, bien conscients du danger, les politiques et l’énorme lobby

féministe US qui se sont dressés contre

lui. Le voyant justement comme un

adversaire déterminé de l’affirmative

action sur laquelle il aura l’appui de Clarence Thomas, le seul juge noir de la

Cour suprême, et qu’il tient, comme l’interruption volontaire de grossesse, pour

absolument inconstitutionnelle.

Sur l’avortement, s’il lui est parfois

arrivé de prononcer des jugements conciliants, il se montre intraitable. Reconnaissant qu’il est actuellement difficile de

revenir sur l’arrêt Roe v. Wade, équivalent de notre Loi Veil, légalisé par la Cour

suprême grâce au vote surprise de Sandra

O’Connor, il penche pour une stratégie

du coup par coup. « Cela, dit-il, rend

claire notre position et tacitement ne

concède aucune légitimité à Roe : simplement nous considérons que la question

reste vivante et ouverte ».

A la Cour suprême, il pourrait prendre

la tête d’une fronde à laquelle se joindraient Thomas, Scalia et Roberts. Une

cinquième voix — parmi les Républicains Stevens, Souter ou Kennedy —

ferait la différence. On imagine le séisme

que représenterait un retour à la stricte

règle constitutionnelle sur des sujets

aussi brûlants que les lois racistes dites

civiques, l’avortement ou l’homosexualité. Un séisme qui s’étendrait d’ailleurs

à l’ensemble du monde occidental.

Remettant en perspective les règles naturelles bafouées depuis un demi-siècle.

Rendant aux lois humaines leur caractère,

transcendé par des

expériences multimillénaires mais

balayé par d’odieuses

révolutions. Restituant à ceux qui en

sont privés depuis

des années le simple

droit à la parole

publique. Aux Noirs qui se battent contre

l’indignité des quotas humiliants et des

privilèges injurieux. Aux femmes comme

Norma Mc Corvey, la Roe dont l’arrêt

honteux porte le pseudonyme (1), mais

qui a rejoint depuis longtemps les rangs

de ceux qui militent contre l’avortement,

ainsi que le Dr Bernard Nathanson, exgrand prêtre de l’interruption de grossesse qui, lui aussi, consacre désormais

sa vie à lutter contre une double

barbarie — celle des enfants démembrés.

Et celle des milliers de femmes mortes de

cancers pour avoir avorté, adolescentes.

Une autre tragédie totalement occultée…

Jim REEVES. _____

(1) La juge Esther Ginsburg, juive d’extrême

gauche nommée par Clinton, a d’ailleurs souvent regretté publiquement d’avoir voté la loi

Roe v. Wade. Mais puisqu’on évoque ici la

question des quotas, pourquoi ne pas rappeler,

au-delà du nombre des Blancs, que, représentant 2 % de la population américaine, les juifs

composent 23 % de la Cour Suprême ?

Sam Alito, le petit juge US qui

peut remettre l’Occident sur son rail

C’est le 28 décembre que s’est éteint

Pierre Château-Jobert, né à Morlaix en

1912 d’un père tué au front en 1915.

Incorporé en 1934, blessé durant la

campagne de France, il s’engage dans

les Forces Françaises à Londres en 1940,

sous le nom de Conan, qu’il rendra

célèbre. Lieutenant à la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère engagée en

Erythrée, en Syrie et en Libye, puis

commandant du 3e Bataillon d’Infanterie de l’Air, il créera par la suite le

Centre Ecole de Parachutisme Militaire

avant de rejoindre en 1947 l’Indochine

où il combattra du Tonkin à la Cochinchine. Commandant en Algérie du

2e Régiment de

Parachutistes Coloniaux (RPC), il participera en 1956 à la

campagne d’Egypte.

Affecté au Niger lors

du putsch du

22 avril 1961, il ne

s’en solidarise pas

moins avec les officiers pro-Algérie

française, ce qui lui

vaut plusieurs mois

d’arrêts de forteresse. A peine libéré,

il rejoint clandestinement l’Algérie et

se met aux ordres du

général Salan, et le général Multrier,

commandant de la zone Est Constantinois dira : « L’OAS progresse vite dans le

Constantinois quand Château-Jobert en

prend la tête » (cité sur le site

<www.salan.asso.fr/>). Des “progrès”

que, clandestin en France puis dans un

couvent espagnol, l’officier paiera en

1965 d’une condamnation à mort par

contumace. Il ne retrouvera qu’en

novembre 1968 sa Bretagne natale, où

ce mystique poursuivra désormais son

combat sur les plans idéologique et spirituel (Manifeste Politique et social, La

confrontation Révolution-Contrerévolution, La voix du pays réel, Doctrine d’action contre-révolutionnaire, etc., disponibles aux Editions de Chiré).

Commandeur de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération,

croix de guerre 1939-45 avec 11 citations, ce grand « soldat perdu », que

De Gaulle avait si cruellement trahi,

avait eu la joie de voir le 16 mai 2001

le PC du 2e Régiment Parachutiste

d’Infanterie de Marine, héritier direct

de “son” 2e RPC, baptisé « PC Lieutenant-colonel Château-Jobert ».

J.-P. R.

NOS DEUILS

Né en 1927 à Avignon dans une

famille où on lisait L’Action Française,

Maurice RANC s’était engagé dans la

Milice… deux jours après le débarquement du 6 juin 1944 ! Il avait à peine

17 ans. Comme les autres combattants

de la Milice et de la LVF, il avait

ensuite été versé dans la Waffen SS.

Capturé en mars 1945, il avait connu

les camps soviétiques, puis les tribunaux de l’Epuration. Son jeune âge et

l’ardeur émoussée des épurateurs lui

avaient permis d’échapper au pire.

Fidèle rivarolien, il avait été, sous le

pseudonyme transparent de François

Ranque, l’un des trois protagonistes du

livre de notre collaborateur Luc

Deloncle : « Trois jeunesses provençales

dans la guerre » (disponible à la Bibliothèque RIVAROL, 23 €).

“Conan” ou le soldat trahi

Goya, Friedrich, Delacroix… —, des

œuvres habituellement et injustement

classées comme mineures : instruments

de mathématique, cornes de rhinocéros

ou de licorne (en fait, de narval) somptueusement enchâssées, portraits de fous,

mais aussi telle stèle antique d’un homme

disparu en mer, tous objets qui, isolés,

paraîtraient dépourvus de sens, révèlent

par leur groupement un fil conducteur et

un arrière-plan sentimental. Au

XVe siècle, Christine de Pisan fait rimer

“ancolie” avec “mélancolie” comme

Apollinaire au XXe ; la tristesse des personnages de l’Américain Hopper les isole

de leur environnement d’hôtels et de stations-service aussi complètement que

celle du roi d’Espagne Philippe II rend

pathétiques ses somptueux habits.

Bien sûr, si l’on regarde cela froidement,

on peut discuter la pertinence de telle ou

telle œuvre dans cet ensemble. Pourquoi

l’exposition s’achève-t-elle sur une reproduction en plomb — métal de Saturne, planète qui gouverne la mélancolie — du

chasseur-bombardier Messerschmidt 262

Schwalbe (= hirondelle), premier avion de

guerre à réaction à avoir effectivement

combattu en 1944-45 ? et sur une citation

de Péguy disant « Ils ne pensent qu’à leur

retraite » ? On peut aussi rêver sur ce

monde d’hier — mélancoliquement (2).

Marcel SIGNAC. _____

(1) « Mélancolie, génie et folie en Occident »,

au Grand Palais de Paris (en collaboration avec

les Musées de Berlin), jusqu’au 16 janvier t.l.j.

(sauf mardi) 10-20 h, possibilité de réservation

pour éviter l’attente ; beau catalogue (59 €) où

l’on remarque particulièrement l’article de

Marc Fumaroli sur « la reconquête du sourire

dans la France classique ».

(2) La nostalgie peut se nicher partout : un

Américain s’est avisé de fabriquer des répliques

du Schwalbe, avec un moteur plus récent, et

aujourd’hui une dizaine d’entre eux volent

comme avions civils pour de riches amateurs…

10 N° 2745 — 6 JANVIER 2006 — RIVAROL

Génération

Battisti

Vous vous souvenez du hourvari autour

de Cesare Battisti ? Un faux Robin des

bois transalpin et véritable quadruple criminel de droit commun, proche des Brigades rouges, qui, en 2004, quand Rome

demanda son extradition à la France qui

l’hébergeait depuis 1990, devint la

coqueluche de l’Intelliguentsia française — ce qui souleva l’indignation

de l’opinion

publique et de la

classe politique italiennes — gauche

et droite confondues. Journaliste au Figaro, Guillaume

Perrault (à ne pas confondre avec Gilles

Perrault, l’obsédé des pull-over) rétablit

la vérité sur ce dossier sulfureux dans un

livre intitulé Génération Battisti.

Après avoir examiné les faits pour lesquels Battisti a été condamné par contumace en Italie tout en les replaçant dans

leur contexte, l’auteur passe au crible

l’œuvre littéraire de ce triste individu,

porté aux nues pour ses polars : « Dès son

premier livre, Battisti écrit ainsi un

roman idéologique destiné à ennoblir ses

meurtres. Et ça marche. Editeurs, critiques et lecteurs sont nombreux à penser

qu’il s’agit d’une description fidèle des

années de plomb. »

Quant aux braillards de la Cesare Academy, de Fred Vargas à François Hollande en passant par

Philippe Sollers et

l’inévitable BHL, ils

sont fermement remis

à leur place.

Le journaliste termine son travail de

décrassage idéologique avec une salutaire piqûre de rappel : eh oui, la culture

de l’excuse vis-à-vis de la violence ne

date pas d’hier, elle remonte à 1789 : « Le

terrorisme […] est bon dans ce qu’il

annonce. Ce qu’il comporte de regrettable est dû aux résistances rencontrées […] En France, le sang ne compte

pas, pourvu qu’il soit versé au nom des

bonnes causes. » (p. 147)

Bref, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs ! De l’excuse de la violence

on peut passer à son approbation pure et

simple : les extraits du torchon maoïste

La Cause du Peuple sur l’affaire de

Bruay-en-Artois reproduits pages 161-

163 du livre (sous-titré : « Ils ne voulaient pas savoir ») donnent le vertige.

Que n’aurait-on entendu si un journal de

droite avait publié de tels appels au lynchage !

En somme, une excellente mise au point

sur ce que le préfacier dudit ouvrage —

l’ancien ambassadeur de France Gilles

Martinet, pourtant l’un des parrains du

Nouvel Obs’, tout confit en dévotion

devant Cesare — qualifie de « grand

moment d’incompréhension entre une

partie de la classe politique et de l’intelliguenstia françaises et l’ensemble de la

classe politique italienne. »

Frédéric CHATAIGNER. _____

Génération Battisti. 206 pages, 18 €. Ed. Plon.

C’est, dit-on, l’exposition (1) la

plus snob de la saison d’hiver

parisienne (en concurrence avec

sa voisine dans le Grand Palais :

« Vienne 1900, Klimt, Schiele,

Moser, Kokoschka »). C’est en

tout cas l’une des plus belles, par

la qualité et la variété des œuvres

extrêmement nombreuses qui y

sont présentées — peintures,

sculptures, gravures, livres, objets

de toute sorte, de toute époque, de

toute dimension ; mais toutes

occidentales, sans aucun emprunt

aux civilisations extérieures — et

surtout la plus étrange, par la

sinuosité de son parcours.

La mélancolie, qu’est-ce ? La

notion a évolué selon les époques

et les auteurs qui s’y sont référés.

Pour nous, le mot évoque une

douce tristesse, telle qu’elle a été

mise à la mode par les Romantiques : le “Lac” de Lamartine,

Chateaubriand rêvant à Combourg… Mais ce n’est là qu’un

des avatars du mot et de l’idée.

Etymologiquement, la “mélancholie”, c’est la « bile noire »,

l’une des quatre “humeurs” de la

médecine des Anciens, d’où subsiste l’expression « se faire de la bile » : une inquiétude très forte pouvant aller jusqu’à la

dépression suicidaire, comme chez l’Ajax

d’Homère, qui finit par se percer de son

épée.

Au Moyen-Age, cela devient l’acedia,

fléau des couvents, tenue pour un péché,

car le chrétien doit vivre dans l’espérance. Au milieu des malheurs du

XVe siècle, Charles d’Orléans se dit

« écolier de Mélancolie ». Avec la

Renaissance, voici le docteur Faust, le

savant auquel la connaissance est impuissante à apporter la paix de l’âme. C’est

ensuite la “vanité” des peintres du

XVIIe siècle ; la tristesse cachée des personnages de Watteau, bien sentie par Verlaine (« Ils n’ont pas l’air de croire à leur

bonheur… ») ; puis la bourrasque du

Romantisme européen, la poétique des

ruines ; le satanisme du XIXe siècle, le

symbolisme d’Odilon Redon, l’expressionnisme de Munch…

Flux et reflux des idées, des sentiments

et de leur expression dans les arts (y compris la musique, avec David jouant de la

harpe — et parfois, selon les peintres, du

violon ! — pour distraire Saül) sont ici

l’occasion de présenter, à côté de noms

illustres — Gérard de Saint Jean, dont on

voit ci-dessus le “Saint-Jean Baptiste”, de

Dürer bien sûr, Cranach, Arcimboldo,

Giorgione, Zurbaran, La Tour, Füssli,

Cinéma

Le succès international de Fahrenheit 9/11

de Michael Moore semble avoir relancé la

tendance du cinéma politique et contestataire outre-Atlantique, sous l’éteignoir

depuis un certain onze septembre. En effet,

l’usine à rêves nous proposera dans les prochains mois toute une flopée de films en

prise directe avec les cauchemars contemporains. Premiers de la liste à affronter le

feu des sorties en salles : The Constant Gardener et Lord of War.

Adapté du dernier livre de John le Carré,

La constance du jardinier (Seuil), The

Constant Gardener (ce titre en VO constitue un nouvel exemple par l’absurde de la

préférence étrangère dans notre beau pays)

dénonce avec virulence, mais sans quitter

les sentiers du Politiquement Correct balisés par la mauvaise conscience et le masochisme des Occidentaux, les dégâts humains

provoqués en Afrique par les multinationales de l’industrie médico-pharmaceutique

qui testent leurs produits sur les populations

locales. Le jardinier en question, interprété

par Ralph Fiennes, est un diplomate anglais

de deuxième ordre en poste au Kenya, qui se

lance dans une enquête pleine de dangers

pour découvrir la vérité sur la

mort de son épouse (Rachel

Weisz), militante activiste

engagée dans l’humanitaire et

la cause des droits de

l’homme (noir), retrouvée

sauvagement assassinée dans

le nord du pays, alors qu’elle

s’apprêtait à révéler un nouveau crime contre l’humanité souffrante du

tiers-monde subsaharien.

Construit en forme de puzzle avec moult

retours en arrière, le scénario ne lésine pas

sur les rebondissements, le suspens et les

scènes d’action palpitantes, ce qui aide, un

peu, à faire passer la pilule (amère) permettant de digérer un message politique très

lourd sur les vilenies du Nord post-colonial

toujours perpétrées contre ses anciens colonisés du Sud. The Constant Gardener est

aussi une histoire d’amour post mortem qui

se déploie de façon assez touchante dans les

innombrables retours en arrière, grâce au

talent et au charisme des deux interprètes.

Le réalisateur brésilien Fernando Meirelles

en fait cependant un peu trop dans sa mise

en scène, si formaliste et pleine d’artifices

par moments qu’on la dirait cousue de fil

blanc. Un comble !

Dans Lord of War, le ton employé par le

réalisateur Andrew Niccol (celui qui a

écrit le scénario de Truman

show de Peter Weir) est

plutôt celui du cynisme et

de la satire décapante. Ce

qui convient fort bien pour

brosser le portrait haut en

couleur d’un drôle de

salaud qui ne s’encombre pas de dilemmes

moraux pour parvenir aux sommets de la

réussite dans la carrière commerciale

qu’il a choisie, celle de marchand de mort.

Yuri Orlov (Nicolas Cage), le seigneur de

la guerre dont il s’agit, jeune émigré

ukrainien végétant dans le restaurant

familial, découvre sa vocation dès sa première transaction à Brooklyn dans les

années 1980 : la vente d’un vieil Uzi

israélien. A l’insu de sa famille, Yuri

devient vite l’un des plus puissants trafiquants d’armes de la petite planète, très

populaire surtout auprès des dictateurs

africains et de leurs rebelles dans leurs

sanglants conflits ethniques. Bon époux,

père sévère désapprouvant les jouets violents (il confisque le revolver en plastique

de son fils), il estime qu’il ne fait qu’aider

les gens à se défendre et qu’il tue moins

avec ses armes, « vendues à toutes les

armées du monde, sauf à l’Armée du

Salut », que la bagnole et les cigarettes.

Le bonheur conjugal et domestique de

notre sympathique antihéros est quand

même menacé par Jack Valenti (Ethan

Hawke), un incorruptible agent d’Interpol

qui lui cherche des poux dans la tête au

prétexte que ses activités illégales font une

concurrence déloyale vis-à-vis des principaux marchands de canons, les grands

pays démocratiques (ou soi-disant). Malgré quelques longueurs et des ruptures de

ton un peu trop appuyées vers le pathos

lors des interventions du frère cadet

toxico, un personnage bien inutile, Lord

of War, porté par le numéro de cabotinage

grandiose de Nicolas Cage, est une œuvre

jubilatoire à l’humour féroce et d’une

extrême lucidité, dans laquelle Niccol ne

manque aucune de ses cibles. A l’image de

l’époustouflante scène

d’ouverture qui retrace en

caméra subjective la trajectoire d’une balle de A à

Z, depuis le moulage de

l’acier jusqu’à son point

d’impact final, entre les

deux yeux d’une petit Africain.

Imparable !

Patrick LAURENT.

L’usine à rêves et les marchands de mort

Une exposition : la mélancolie de l’Occident

Ecrits de Paris

AU SOMMAIRE DE JANVIER 2006

Jérôme BOURBON : De 1905 à 2005, cent ans de fanatisme laïciste — Jean FERMANVILLE : Le rêve le plus long de l’Histoire… des banlieues — René BLANC :

Dette, or, immigration, les peuples plus que jamais mystifiés — Jérôme

MOREAU : Le bon sens commande le taux d’imposition unique — SOMMAIRE

DES PRÉCÉDENTES LIVRAISONS — Petrus AGRICOLA : Le leurre du Plan

Climat — Pierre PERALDI : La colonisation en question — Carrefour des lecteurs — Jean NAUX : La Sarre, une migraine qui ne passe pas — Jacques-Marie

URVOY : Bloc-notes d’un catholique : de Lacarrière à Tanoüarn — Arnaud

CHALLE : Un tournant de l’entre-deux-guerres : le conflit d’Ethiopie

(1935–1936) — Georges LAFFLY : Les livres… de Moudenc — Patrick LAURENT : Tiercé gagnant pour notre 7e Art — Notes de lecture.

1 rue d’Hauteville, 75010 Paris. Prix : 5 €. Abt un an : 43 €.

Chèques à l’ordre d’Editions des Tuileries

Spécimen gratuit sur simple appel au 01-53-34-97-97.

N° 2745 — 6 JANVIER 2006 — RIVAROL 11

lui apprendra à lire, écrire et compter en

échange du bêchage de son jardin et du pansage de sa mule, mais point le latin.

Marmiton du comte de Laval, puis

apprenti-barbier, saignées et purgations

l’ouvrent à la vocation de chirurgien. A

Paris, trois années d’Hôtel-Dieu — où

l’autodidacte étoffe ses maigres connaissances livresques — confirment une exceptionnelle habileté manuelle et un don inné

d’observation.

Les ambitions italiennes écervelées de

François Ier l’emmènent sur les champs de

bataille, d’abord en Piémont, dans les

bagages du duc de

Montejan, en tant

qu’urgentiste chargé

de réparer les dégâts

des arquebusades et

autres « combustions

faictes par la pouldre à

canon ». Il met en

œuvre la technique de

la ligature des artères

substituée à la barbare

pratique du fer rouge

pour juguler les

hémorragies et expérimente le pansement

froid sur les plaies,

traitées auparavant…

à l’huile bouillante. Il

s’illustrera dans son art

au cours de bien

d’autres campagnes.

Doté d’une belle

Jean-Pierre POIRIER

AMBROISE PARÉ

« Médecin, apothicaire, chirurgien et cuisinier » par « autorité — celle de ses maîtres

anciens (Hippocrate, Galien) et modernes

(Vesale…) —, raison et expérience », Paré

ajoute à tous ces titres celui d’authentique

écrivain dans ses Œuvres complètes répertoriées au fond du livre, « initiateur de la

prose scientifique française », par défaut de

latin certes, mais plus encore par choix, à

l’instar de ses contemporains humanistes

Montaigne, Rabelais

et son ami Ronsard.

Quand Ambroise voit

le jour en 1510 à

Bourg-Hersent sous les

murs de Laval, dernier

de quatre enfants,

quelques ares de terre

ingrate nourrissent mal

la nichée du père Paré

qui adjoint au labour

ses talents de coffretier

à la commande, le

puissant seigneur du

comté et ses fastueux

entours lui assurant

une honnête pratique… mais pas la fortune pour dispenser au

benjamin l’éducation

prônée par Erasme. Un

chapelain du château

endurance physique et morale, autant

homme de terrain que de cabinet — conjuguant honnêteté intellectuelle et sens des

relations avantageuses —, il sut gagner la

confiance de Catherine de Médicis, qui

l’intronisa « chirurgien du roi », et la considération de ses pairs. La traverse, quasi de

bout en bout, de ce XVIe siècle tumultueux, malgré les turbulences des guerres

de Religion, sa discrète inclination pour la

Réforme et ses démêlées avec la Faculté de

Médecine, lui laissera une confortable fortune, une descendance bien alliée et une

immense notoriété.

Le docteur J.-P. Poirier, issu d’une longue

lignée de médecins, embrasse en historien

la vie exemplaire de son célèbre devancier,

parfaitement inscrit dans son temps : dans

un style toujours élégant, l’auteur ménage

un heureux balancement entre le jargon

technique, hermétique mais savoureux, et

la chronique des grands événements, renchérissant volontiers sur l’humour de son

héros — le chapitre consacré au Discours de

la mumie (poudre de momie égyptienne !),

des venins, de la

licorne (dont la

corne combat

l’infection !) et de

la peste est irrésistible de drôlerie.

M.-G. D. _____

347 pages — chronologie et bibliographie comprises —

22,50 €. Editions

Pygmalion.

ALMANACH VERMOT

C’est une institution qui fête ses centvingt ans ! Avec une formule qui n’a pas

changé, d’où sa valeur historique pour les

collectionneurs. Une page correspondant à

chaque jour de l’année, bourrée de dessins

(souvent lestes), de proverbes, d’informations insolites, de calembours pas toujours

raffinés (Nous gars de Montelimar !) mais,

par les temps qui courent, une lecture

roborative n’est pas à négliger. Et dans les

premières pages (une tradition du Vermot),

les bobines, certaines inénarrables (« leurs

figures » disait Barrès), de nos députés à

l’Assemblée Nationale et au Parlement

Européen. Avec, les précédant, notre Président souriant niaisement comme à son

habitude. Mais on peut toujours déchirer

cette page. Et déguster le reste.

J.-P. A. _____

400 pages, 14,50 €. Publications Georges Ventillard.

DE la crise du roman qu’a connue le

siècle dernier, il n’y avait, en définitive, que deux façons de sortir.

Par le bas — et ce fut ce qu’on appela le

« nouveau roman » avec sa négation du

psychologique, la réification des personnages, le refus de l’intrigue et du style au

sens traditionnel des deux termes, la

volonté délibérée de tout aplatir par haine

du héros, notion considérée comme obsolète, bourgeoise et réactionnaire.

L’espèce de ces froids théoriciens, de ces

“arpenteurs” (ainsi Kléber Haedens désignait-il les “néo-romanciers” dans son

Paradoxe sur le roman), ne survécut guère

à une mode éphémère. Elle est, à l’heure

actuelle, en voie de disparition. Même si

elle se survit dans des revues confidentielles. Même si quelques lointains épigones s’en réclament encore. On ne saurait

affirmer que le public les plébiscite.

L’autre manière, inverse, consistait aussi

à dépasser les formes anciennes, mais en

visant plus haut. Autrement dit, à donner

au roman une dimension qui ne réduirait

pas les personnages à leur seule psychologie, ou l’intrigue au seul enchaînement des

faits, mais s’attacherait aux ressorts

secrets. A introduire la métapolitique, voire

la métaphysique, dans ce que Raymond

Abellio, véritable précurseur, appelait

« roman du huitième jour ».

L’auteur de La Fosse de Babel y voyait la

culmination, la forme ultime du genre, et

il n’est pas surprenant que peu s’y soient

risqués. Les rares écrivains qui lui ont

emboîté le pas ont connu des fortunes

diverses (je pense notamment à Jean Parvulesco dont l’œuvre romanesque, inégale,

compte quelques réussites au milieu de

ratages abyssaux).

Ce que l’on pourrait appeler « roman initiatique » est, en quelque sorte, le roman

d’apprentissage ou de formation, le Bildungsroman prisé par les Allemands et

dont l’archétype demeure, plus d’un siècle

avant Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe, Les Aventures de

Simplicius Simplicissimus, chef-d’œuvre

de Grimmelhausen.

S’y ajoute toutefois une dimension quasi

eschatologique. L’expérience sensible s’y

double d’une quête

intérieure. Le jeune

héros s’y voit, au

terme de son initiation, confier un rôle

qui le situe au-dessus,

ou tout au moins en dehors, de la condition

humaine ordinaire. Sinon un messie, un

intermédiaire entre deux mondes. Une

manière de passeur.

Avec un premier roman, Le Songe d’Empédocle (L’Age d’Homme, 2003), Christopher Gérard s’est engagé dans cette voie

escarpée. Il a commencé par créer et diriger la revue Antaios, publier quelques

essais remarqués, dont un Parcours païen

autobiographique, et continue, sous une

autre forme, son exploration apologétique

des mythes européens antérieurs au christianisme.

Ainsi nous donne-t-il aujourd’hui un

autre roman, Maugis (1), qui se situe dans

le droit fil du Songe d’Empédocle. Il en

reprend quasiment le thème et en prolonge

les échos.

Car son héros éponyme, ô combien saisissant si l’on en juge par l’illustration de

couverture extraite d’un tableau de

M. Eemans, Le Pèlerin de l’Absolu, son

Maugis, donc, est chargé d’une mission

comparable à celle dont était investi Oribase dans l’ouvrage précédent. Il appartient du reste à la même société initiatique

que celui-ci, la Phratrie des Hellènes, fondée selon la légende par le sage d’Agrigente, revivifiée par l’empereur Julien, et

dont la mission est de perpétuer à travers

les siècles l’enseignement

et le culte du panthéon

païen.

Avant qu’il ne devînt

Maugis l’Egaré, puis

l’Enchanteur, du nom du

magicien dépositaire, à en

croire la tradition ardennaise, des savoirs et des

pouvoirs de l’ancienne religion, tout prédestinait François d’Aygremont à ce rôle

de passeur.

Un père qu’il n’a jamais connu, mort en

héros durant la Grande Guerre, une

enfance peuplée de mythes celtes, hellènes

et germains que lui conte sa mère, la très

savante Oriande. Un cœur pur, un esprit

subtil et brillant, et « le don de plaire, uniquement à ceux qui lui convenaient ». Une

éducation parfaite à Oxford, lieu magique

où se côtoient la connaissance et la beauté,

Apollon et Dionysos. Enfin, pour lui révéler le culte d’Aphrodite, Doria la Saxonne,

la belle aristocrate aussi instruite qu’avisée, consciente de l’abîme où va sombrer

la vieille Europe et qui lui prône la révolte

« contre ce monde de boutiquiers ».

Le récit débute au cours du second conflit

mondial. Le lieutenant François d’Aygremont défend avec héroïsme, dans sa tranchée, face à la Meuse, dans ce qui fut jadis

le territoire de la déesse Arduinna, les

XVII Provinces menacées par les Teutons.

Vain combat. Blessé, fait prisonnier, évadé,

il apprend de la voix prophétique d’un

merle le destin qui lui est échu : « Il viendra sur la terre noire un fils sans père.

Altier son front, perçant son regard. Les

morts lui parleront. Il verra les destins et

mènera les forces à sa guise. Il trouvera

son chemin. »

Sans doute pourrait-on voir quelque paradoxe dans le fait que ce païen convaincu

participe à la croisade contre les forces du

Reich, alors même qu’elles sont censées

défendre des valeurs identiques aux

siennes et vouloir restaurer en Europe les

anciens cultes. Mais la simple observation

montre qu’il ne s’agit que d’un faux-semblant. Pas question de pactiser avec la barbarie, la direction collégiale de la Phratrie

des Hellènes est formelle sur ce point.

On ne sera donc pas surpris de retrouver

Maugis, après la défaite de son pays, dans

la clandestinité, au sein d’un réseau de renseignement chargé de l’aide… aux

Hébreux persécutés !

Encore n’est-ce là que le début d’une

épopée qui va le conduire, égarement des

plus dangereux, à reprendre contact avec

des frères exclus de la Phratrie, compromission qui va faire de lui un proscrit

contraint de fuir à travers l’Europe en

ruines, jusqu’à Bénarès. Entre-temps il

aura connu des amours tumultueuses,

accepté une mission secrète en Irlande où,

nouvel Enée, il descendra aux Enfers,

découvert enfin, révélation inouïe, le mystère de sa naissance et sa véritable nature.

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