245 pages avec bibliographie, 18 €. Ed. Pygmalion.
Stephen LEACOCQ
LE PLOMBIER KIDNAPPÉ
« Un des types les plus drôles que je connaisse ». Ainsi Groucho Marx jugeait-il Stephen Leacocq (1869-1944). Avis d’expert. Celui que
l’on surnommait le Mark Twain canadien est
en effet, aux côtés d’un James Thurber et d’un
Robert Benchley, un représentant éminent de
la grande tradition humoristique américaine.
Il faut donc rendre grâce au Dilettante de
rééditer, après L’Île de la tentation (2003), ce
recueil de nouvelles qui va encore plus loin
dans la parodie et l’humour absurde. Les
« bonnes vieilles histoires » ici réunies — histoires parapsychiques, de naufrage, des temps
modernes, d’amour récompensé, de soldats,
de maison hantée, d’amour filial — abordent,
comme on le voit, les sujets les plus divers.
Chacune est un petit joyau de nonsense.
C’est que Leacock n’a pas son pareil pour
subvertir les stéréotypes. A partir d’un canevas classique, ses intrigues franchissent allégrement les frontières de la logique pour se
retrouver sur l’autre versant, celui du délire
qui débouche sur l’absurde. Une mécanique
bien réglée mais tournant à vide. Le ton, lui,
demeure, comme il se doit, imperturbable, et
le dénouement aussi loufoque qu’imprévisible. Délectable.
P.-L. MOUDENC. _____
157 pages, 14 €. Editions Le Dilettante.
Cinéma
Dans la série cinéma et conscience politique, deux nouveautés américaines :
Good night and good luck sur le mccarthysme et Jarhead — La fin de l’innocence sur la première guerre du Golfe. L’acteur George Clooney a de la suite
dans les idées. Après son coup d’essai derrière les caméras, Confessions d’un
homme dangereux, dans lequel il se penchait sur l’étrange personnalité de Chuck
Barris, présentateur de jeux à la télé et
tueur pour la CIA, il brosse dans son
second opus, Good night and good luck,
le portrait d’un autre homme célèbre de la
AUTRES LIEUX,
AUTRES MŒURS
Le 2 janvier, TF1 annonçait triomphalement avoir monopolisé 97 des 100
meilleures audiences des programmes de
télévision diffusés en 2005. Sa meilleure
performance depuis 1990, obtenue grâce
à la retransmission du match de foot
France-Chypre (13,32 millions de téléspectateurs), à certains journaux de
Patrick Poivre d’Arvor et à la diffusion de
séries comme « Les Cordier juge et flic »,
« Julie Lescaut » ou l’indestructible
“Navarro” avec Roger Hanin.
En Russie, en revanche, c’est l’adaptation télévisée du « Maître et Marguerite »,
l’admirable roman de Mikhaïl Boulgakov,
qui fait un malheur : 55 % des Russes de
plus de 18 ans en ont suivi le premier épisode, diffusé le 19 décembre par la chaîne
publique Rossiya, et l’intérêt ne s’est pas
démenti depuis, les téléspectateurs commentant avec passion les dialogues, les
décors et l’intrigue de cette œuvre pourtant difficile et très complexe, machine de
guerre contre le stalinisme.
télévision américaine : Edward R. Murrow. Ce journaliste de la chaîne CBS qui
fut en 1953 l’un des artisans de la chute du
sénateur Joseph McCarthy, initiateur de la
« chasse aux sorcières » communistes, terminait invariablement son émission d’information See it now par la phrase, Good
night and good luck. Cet angélique journaliste, évidemment démocrate, interprété
ici par David Strathairn, coupe Volpi du
meilleur acteur à Venise, entreprit de
dénoncer dans son media , après avoir
convaincu son équipe et son producteur
(joué par Clooney) de la nécessité et de la
justesse de son combat, les méthodes
“irrégulières” pratiquées par le sénateur
du Wisconsin à partir d’une affaire banale,
celle d’un militaire chassé de l’armée de
l’air en raison des sympathies supposées
de son père et de sa sœur pour les “Commies”. Histoire de reconstituer avec le plus
de véracité possible le climat de l’époque,
Clooney a tourné Good night and good
luck (au budget dérisoire de 8 millions de
dollars) en noir et blanc, ce qui lui permet
d’intercaler aux moments clés de son film
des bandes d’actualité saisissantes avec
McCarthy himself. Lequel semble toutefois
bien bénin au regard des totalitaires “néocons” d’aujourd’hui.
●
Jarhead — la fin de l’innocence nous
entraîne dans une période plus récente de
l’histoire américaine, le premier assaut du
clan Bush contre « Saddam Hitler » en
1991. L’opération Tempête du désert vient
d’être lancée. Des bataillons de Marines
sont expédiés dans le désert séoudien pour
participer à la curée. Parmi eux, Anthony
Swofford, 20 ans, engagé volontaire, qui
tirera de son expérience un livre de souvenirs peu amène pour l’armée américaine, servant de base au scénario de ce
film explosif et original réalisé par l’Anglais Sam Mendes, oscarisé pour American Beauty. Dans cette guerre claironnée
“propre” par l’état-major et
le gouvernement américains,
où les frappes prétendument
“chirurgicales” de l’aviation ont remplacé les bons
vieux affrontements directs
d’antan, les naïfs Marines,
endoctrinés d’une haine
patriotique vengeresse et
brûlant d’en découdre avec
les saddamites, n’auront en
fait à tuer que… le plus clair
de leur temps. Ils ont subi un
entraînement humiliant destiné à faire d’eux d’« impitoyables ordures
dans le cruel royaume de Dieu », selon la
phraséologie pittoresque du féroce sergent
instructeur de service (on pense à Full
metal jacket de Kubrick) et ils ne font
qu’attendre dans la chaleur suffocante, les
frustrations et l’ennui, un ennemi fantôme
d’une manière beaucoup moins distinguée, on s’en doute, que la garnison du
Désert des Tartares, le chef-d’œuvre de
Dino Buzzati.
Sam Mendes brosse un portrait au vitriol
de cette US Army en pleine déliquescence
morale, embourbée dans un sur-place
éprouvant aussi pour les nerfs et la sensibilité des spectateurs lors de certaines
séquences particulièrement crues. La réalisation est un brin esthétisante mais le
scénario qui ménage quelques moments
chocs entre de longues plages de torpeur
et l’interprétation uniformément remarquable contribuent à faire de Jarhead —
la fin de l’innocence un des films marquants de ce début d’année.
Patrick LAURENT.
Hollywood s’en va-t-en guerre (suite)
LE DERNIER ALBUM DE CHARD
10 € l’exemplaire (12 € franco) ou
25 € les 3 exemplaires (29 € fco).
Dédicace sur demande.
Chèques à Editions des Tuileries,
1 rue d’Hauteville, 75010 Paris.
N° 2746 — 13 JANVIER 2006 — RIVAROL 11
Il n’avait jamais disparu de nos
mémoires qui conservaient fidèlement le
souvenir de cet homme aux multiples
visages. Aventurier, romancier, nouvelliste, polémiste et par-dessus tout politiquement très incorrect, au service du
« trône et de l’autel » et autres nobles
causes jusqu’à l’Algérie française et
l’OAS.
Nos lecteurs le savent, des universitaires lui ont consacré le 4 novembre
2005, dans le cadre de la Sorbonne nouvelle, un colloque évoquant l’homme et
l’œuvre, mais les actes n’en seront
publiés que fin 2006.
D’ici là, il n’est pas interdit de se procurer le livre Chroniques (1). Plus d’une
trentaine de nouvelles extraites d’ouvrages comme Bâtons dans les roues soit
d’articles égrenés dans différentes publications disparues comme Le Rire ou
Le Crapouillot. Un festival d’humour, de
cocasserie, de gentille dérision à déguster sans modération. Du grand (il n’y
S’IL existait un Ordre de la Libération des esprits du communisme,
Simon Leys en serait au moins
commandeur, pour avoir crevé la baudruche des mensonges de Mao-TséToung. En leur temps, ses livres : Les
habits neufs du président
Mao (1971) et Ombres
chinoises (1976) ont
sauvé beaucoup de naïfs
prêts à gober les bobards
répandus en Occident par
des complices ou des
imbéciles, comme ce R.P.
dominicain qui croyait
revoir là-bas la fraternité communautaire
des premiers chrétiens, et à qui Leys dut
signaler que les camarades ouvriers chinois attachaient leurs vélos avec de
solides cadenas, par crainte des camarades voleurs.
Cette œuvre de salubrité accomplie,
Simon Leys, ou plutôt Pierre Ryckmans,
universitaire belge parfait connaisseur de
la langue et du monde chinois (il a
emprunté son pseudonyme à un roman de
Segalen qui se passe en Chine) et qui
s’est fixé en Australie, revint à ses premières amours, c’est-à-dire la littérature,
aussi bien occidentale que chinoise, à
laquelle il a consacré des livres tantôt
systématiques, tantôt de dilettante.
Pourquoi cacher que ce recueil de citations — “idiosyncratiques”, c’est-à-dire
digérées selon l’humeur de leur collecteur — déçoit un peu ? D’abord, parce
qu’elles sont toutes données sans référence, et que de nos jours on voit circuler tellement de citations approximatives, déformées ou erronées, qu’on peut
légitimement souhaiter vérifier.
Ensuite — et cela renforce la
méfiance — parce qu’ici le Russe Tchékhov, le Néerlandais Multatuli, les Allemands Lichtenberg, Gœthe, Schopenhauer, Nietzsche, Wittgenstein, Thomas
Mann, Walter Benjamin, Hermann Hesse
sont cités en anglais, moyennant traduction française ensuite. De deux choses
l’une : ou Leys voulait donner le texte
original, et dans ce cas les bibliothèques
universitaires de Sydney, sans parler
d’Internet, pouvaient le lui fournir ; ou
bien il choisissait seulement la version
française, ce que nul ne lui aurait reproché ; mais à quoi bon cet écran anglais ?
Bref, on a l’impression d’un recueil de
notes prises nonchalamment au fil de
lectures, parfois de seconde main, sans
nulle recherche ultérieure. Il manque ici
deux syllabes au vers de Voltaire « Le
secret d’ennuyer est [celui] de tout
dire ». Oui, Bainville a écrit que « tout a
toujours très mal marché », mais il
empruntait expressément ce mot à Péguy
qui, lui, disait « ça a toujours très mal
marché » (Note conjointe, p. 161 de
l’édition Pléiade des Œuvres en prose).
En somme, ce recueil, “idiosyncratique” en effet, en apprend plus sur l’auteur lui-même que sur ceux qu’il cite. On
pourrait deviner ses racines flamandes à
la place que tiennent ici les Nordiques
(Erasme, le prince de Ligne, Multatuli,
Marcel Thiry) ; on sent aussi qu’il est
chrétien, à l’abondance des citations de
Bloy (superbes), de Waugh (subtiles), de
S. Weil (souvent plates), etc. Qu’il soit
sinisant, c’est évident, à voir tout ce qu’il
emprunte à des auteurs
chinois (cités en chinois, pas en anglais !)
de textes beaux comme
les peintures anciennes
de leur pays (en
revanche, pas un Japonais, pourquoi ?) Et la
collection de maximes
iconoclastes sur le travail et la liberté fait
soupçonner, chez ce contempteur du
communisme, un (doux) anarchiste.
Bernard VIELESCAZ. _____
Les idées des autres, idiosyncratiquement
compilées par Simon Leys pour l’amusement
des lecteurs oisifs, éd. Plon, 135 pages, 14 €.
jamais eu de petit) Perret. Et, aux éditions
du Rocher, on annonce un essai de Pol
Vandromme sur l’auteur du Caporal
épinglé tandis qu’est prévue au Dilettante
une réédition de Mutinerie à bord. De plus, il existe, animé par la famille
de Jacques Perret (que l’on voit ci-contre
croqué par Aramis) et proposant des
documents inédits, un site internet
<http://www.jacques-perret.com> et
Jean-Baptiste Chaumeil, infatigable
mainteneur de la mémoire et de l’actualité “perretiennes”, vous engage à participer au Cercle des Amis de Jacques Perret intitulé “Le Caporal” — vous l’auriez
deviné (2).
2006 sera-t-elle l’ année Perret ?
J.-P. A. _____
(1) 255 pages avec index. Préface de
Cavanna. 19 €. Ed.Arcadia, 9-11 rue du
Champ de l’Alouette, 75013 Paris. Tél. 01-40-
09-79-79 ou <arcadia-éditions@wanadoofr>.
(2) Cf. J.-B. Chaumeil, 16 rue Brezin, 75014
Paris. Joindre un carnet de timbres pour frais
d’envoi.
Jacques Perret : le retour Simon Leys et les “idées des autres”
passé, ce n’est pas de répéter à la lettre,
c’est de garder la flamme qui animait les
créations et la vie des grands siècles.
Et comme « le christianisme est notre
monde », c’est sa sagesse pratique,
mais plus encore son sens spirituel,
la ressemblance divine qui nous
permet de dire “Père” à Dieu, et sa
leçon de contemplation, d’humilité,
de patience, que nous devons
retrouver. Il y a « famine du sacré »
disait Monnerot, on ne s’en guérit
pas avec des ersatz comme la
drogue, la transe, et « l’hédonisme
lourd » (Monnerot encore).
Dom Gérard rappelle ce qu’était
ce monde chrétien, ses institutions, ses
vertus, cette charité — amour actif — que
l’on trouvait partout, du mendiant au roi,
suffisamment pour l’emporter sur ceux
qui ne l’avait pas. C’est ce qui faisait la
force et la cohésion de cette forme accomplie de la civilisation. Voilà ce qu’il faut
retrouver, dit l’auteur. Il est animé d’une
espérance puissante ; il faut prendre le
mot dans son sens plein, celui de la vertu
théologale. Il ne s’agit pas de l’attente de
bienfaits qui nous tomberaient du ciel,
mais d’une volonté qui s’est donné un but.
Le mot de vertu veut dire force, il ne faut
pas l’oublier.
Il est clair que pour mettre la société en
marche, et d’abord pour qu’elle se sente
vivante, et une, il faut le désir d’atteindre
le but et l’effort de chacun. A commencer,
bien sûr, par les pasteurs, les guides naturels du troupeau et j’entends par ce mot
non seulement le clergé, mais l’ensemble
« Toute civilisation privée de mémoire
est menacée de mort », dit Dom
Gérard. Si l’on préfère sur ce point
une autorité plus laïque, je citerai Jacques
Soustelle : « La désaffection des membres
d’une société à l’égard de leur civilisation
est l’indice d’un processus profond de
désagrégation ». (Les Quatre Soleils)
Question capitale. Nous vivons une rupture — et précisément une volonté de rupture — avec le passé historique et plus
encore avec le passé spirituel de l’Europe.
Au point de refuser de reconnaître « ses
racines chrétiennes ». C. G Jung disait,
lui : « Le christianisme est notre monde »
(L’Homme à la recherche de son âme) ce
qui est plus sérieux mais sans doute audelà de la capacité intellective de nos politiques. Ce rejet du passé a tourné au masochisme. Nous sommes coupables, nous
devons avoir honte, nous repentir sur le
dos de nos anciens. C’est une sorte de
mouvement de panique, d’ailleurs artificiel, un de ces phénomènes que savent
créer les media et les perroquets qui les
écoutent.
En profondeur, dans l’arrière-pensée,
chez les vivants épargnés par la maladie,
c’est autre chose. Les murs sont ruinés
mais les fondations restent intactes. Ce qui
justifie l’auteur de lancer ce cri de défi :
Demain la Chrétienté. Le moine qui
parle ainsi est un fils de ce saint Benoît qui
a mérité le titre de Père de l’Europe. Un
constructeur qui sut « protéger et purifier
les assises de l’antique sagessse naturelle
contituée par l’héritage gréco-latin en
élevant graduellement ses disciples de la
piété et de la probité romaines, jalousement conservées par ses ancêtres montagnards sabins, jusqu’à l’imitation des
mœurs divines qui est le but de la vie
monastique ». C’est à cet exemple,
par la sueur des paysans, le sang des
chevaliers, la prière des clercs que
s’édifia la Chrétienté. Un royaume
temporel, donc imparfait, avec ses
vertus et ses crimes, ses élévations
et ses révoltes. Rien de la société
utopique planifiée par un génie systématique. Un monde bâti par des
hommes pécheurs selon la nature
des choses. Puis vinrent les félures,
l’illusion orgueilleuse que l’homme
est bon par nature, que le temps nous
mène par une évolution heureuse et fatale
à une société sans défaut.
L’ESPÉRANCE
EST UNE VOLONTÉ
Depuis deux siècles, l’illusion l’emporte
et nous aveugle, chaque fois détrompée,
chaque fois restaurée. Ça ira. Ça ne va pas
du tout mais ça ira. D’où le mépris du
passé, auquel nous sommes supérieurs par
définition. On se bouche les oreilles pour
ne pas entendre Simone Weil quand elle
dit : « La destruction du passé est peutêtre le plus grand crime. » Ou Valéry :
« La véritable tradition dans les grandes
choses n’est point de refaire ce que les
autres ont fait mais de retrouver l’esprit
qui a fait ces choses et qui en ferait de tout
autres en d’autres temps. » Maurras ne dit
pas autre chose. La tradition, la leçon du
des élites. On ne peut accepter d’eux ni
défaillance, ni équivoque. C’est sans
doute le point le plus difficile, notre système pour trier les meilleurs favorisant
l’espèce “renard” au détriment de l’espèce “lion”, comme disait Machiavel. Si
vous voulez, la ruse et la souplesse au
détriment du caractère.
Dom Gérard évoque le temps où les
évêques défendaient la cité contre les Barbares, saint Aignan à Orléans, saint Loup à
Troyes, saint Avit amenant les Wisigoths
contre Attila et sainte Geneviève défendant
Paris. On préfère aujourd’hui ouvrir les
portes à l’Autre, à tous les Autres, et livrer
des églises pour en faire des mosquées. On
refuse de convertir, parce qu’on a plus de
respect pour le sacré de l’Autre que de respect et d’amour pour la Vérité qu’on prétend représenter. Drôles d’apôtres. Dom
Gérard, lui, n’a pas l’habitude des feintes
et des masques. Il parle net : « Les évêques
ont fini par dire que l’avortement est “un
échec”… Les misérables ! N’ont-ils pas de
langue pour crier et dénoncer le monumental blasphème qui monte de la terre en
offense au Dieu créateur ? »
Ce livre, plein de sagesse et de passion
à la fois, est un appel, qui ne s’adresse pas
seulement aux baptisés mais à tous ceux
qui mesurent le désastre de notre temps,
les impostures, la manipulation des
esprits, les capitulations de tous ordres.
_____
Demain la Chrétienté, par Dom Gérard, 216
pages. 17 €. Ed. Sainte-Madeleine. F-84330
Le Barroux.
Le défi du christianisme par Georges LAFFLY
www.rivarol.com
Chaque jeudi, vous pouvez consulter
notre site Internet, pour vous assurer
que notre hebdomadaire a bien paru et
en connaître le sommaire.
Pour toutes les correspondances
administratives, utiliser l’adresse
<contact@rivarol.com>, l’adresse
<galic@rivarol.com> étant réservée
au courrier rédactionnel. Les lecteurs
internautes qui souhaitent faire figurer
leur adresse électronique doivent le
spécifier et les autres peuvent nous
demander de transférer leur message
au correspondant choisi.
CERTES, l’inénarrable Jack
Lang vient de comparer la
fin du mandat de Jacques
Chirac à « une dernière
vague qui vient mourir sur la
grève » mais ce n’est pas à lui, et pas davantage au rimailleur Villepin, le Saint John
Perse pour vide-greniers, que Jean-Louis
Borloo pensait en disant qu’il a la « puissance du poète, celui par qui les grandes
phrases peuvent être dites ». Non, l’aède
célébré par le ministre de la Cohésion
sociale est… son collègue Azouz Begag ! Il
faut donc l’admettre : c’est inspiré par les
Muses que, prenant sa lyre, Zouzou intimait
aux z-issus l’ordre de « traverser le périphérique » pour aller chez « les descendants de
Vercingétorix », de « casser [leurs] portes,
et si elles ne veulent pas s’ouvrir », d’« y
aller aux forceps », en « une invasion de criquets ».
UN 1er JANVIER (ET LA SUITE)
A TRAIN D’ENFER
Pendant la nuit de la Saint-Sylvestre dont
on nous avait tant vanté la sérénité après les
désordres de novembre, l’invasion a eu lieu.
Dans un train Nice-Lyon pour laquelle la
SNCF avait offert des billets à 1,20 euro.
Offre saisie au vol par une centaine de
Jeunes « des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, descendus la veille pour réveillonner
sur la cCôte d’Azur ». Ce qui s’est traduit
pour les cinq cents autres voyageurs par trois
heures de terreur abjecte pendant lesquelles
le rezzou s’est déchaîné : passagers agonis
d’injures racistes et systématiquement rackettés, deux jeunes filles — menacées de
mort si elles se hasardaient à parler — faisant même l’objet d’une tentative de viol. Le
climat atteignit un tel paroxysme que les
quatre agents de la sûreté générale ayant pris
place à bord ne purent qu’asssister impuissants au déchaînement de violence et que le
conducteur du train ayant stoppé aux Arcs,
dans le Var, les trois gendarmes présents
attendirent prudemment l’arrivée d’importants renforts pour intervenir. Mais la plupart
des agresseurs s’étant échappés après leurs
méfaits, non sans « lancer des morceaux de
ballast sur les voitures », deux seulement —
les Marocains Aziz Ed Doubia et Ashraf
Bouzizoua, le second, en situation irrégulière sur le territoire, étant de plus en état de
récidive légale — devaient être interpellés…
dans un wagon de première totalement
dévasté, maculé de vomi et de déjections.
Présentant le 4 janvier ses vœux à la
presse, le chef de l’Etat — qui, le
31 décembre, avait juré d’« intensifier
encore la lutte contre la violence et la délinquance » — a rituellement condamné ces
actes « totalement inacceptables », promettant que « les coupables seront recherchés
et punis comme il se doit ». Mais que faisaient en France les “coupables” qui y sont
entrés illégalement et y sont restés malgré de
précédents exploits ? Et comment aurait
réagi le donneur de leçons si, au lieu de
demeurer « complètement prostrés » selon
les témoins, et de subir l’indicible, les voyageurs normaux, qui étaient tout de même
majoritaires, s’étaient ligués contre la horde
sauvage et l’avait balancée par les portières,
quitte à estourbir quelques “criquets” ? Lesquels, en tout cas, ne peuvent que se sentir
encouragés par la lâcheté ambiante —
aggravée par le désarmement moral et judiciaire décrété en haut lieu (1). Selon Azouz
Begag, « le socle du modèle républicain,
c’est de dire : bouge-toi et la France t’aidera à bouger ». Il est en effet certain que tout est fait pour
inciter les Jeunes à “bouger”. Ce qu’ils ont
d’ailleurs fait le 6 janvier, cette fois à bord
d’un RER Tournan-Paris dont trois usagers
ont été attaqués au couteau et détroussés,
puis, le lendemain, à bord d’un train MelunParis où une vingtaine de « petits frères »
maliens et sénégalais ont raflé tous les objets
de valeur des voyageurs, copieusement
abreuvés d’insultes et de gestes obscènes
d’échouer à Cachan. Car, comme son premier fiancéAli — fils d’un ambassadeur du
Maroc à Stockholm —, l’actuel compagnon de l’héritière, Mohamed UladMohand, est « de grande tente », non pas
éboueur ni même dealer mais cinéaste de
son état, et même producteur du documentaire «Le secret», diffusé le 6 janvier sur
France 3 en hommage à Mitterrand et dont
Mazarine est l’héroïne. On le voit : si
Fifille est une antiraciste convaincue, elle
garde une conscience de classe des plus
aiguës. D’ailleurs, n’a-t-elle pas donné à
son rejeton le prénom d’Ascot que portèrent paraît-il des chevaliers du
Moyen-Age ? Dont on espère
qu’ils ne périrent pas aux
Croisades, sous les coups des
Sarrasins…
Né le 17 juillet dernier, le
petit Ascot a connu le 10 janvier sa première Aïd el-Kébir commémorant l’acte de foi du patriarche Abraham
acceptant de sacrifier son propre fils à
l’Eternel qui, au dernier moment, l’arrêta
et lui fit égorger un mouton. Ses heureux
parents auront-ils eux aussi égorgé le mouton, bien entendu dans « la sérénité » et
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