1 rue d’Hauteville, 75010 Paris. Prix : 5 €. Abt un an : 43 €.
Chèques à l’ordre d’Editions des Tuileries
Spécimen gratuit sur simple appel au 01-53-34-97-97 ou <contact@rivarol.com>.
Liban : psychose de coup d’Etat et de guerre civile
● De Odile BONNIVARD, responsable de
Solidarité Des Français (BP 10906, F-75829
Paris cedex 17 ou www.associationsdf.com) :
ET LES NÔTRES, DANS TOUT ÇA ?
Nous le disons depuis longtemps, la Cour des
Comptes le confirme aujourd’hui : le SAMU
social de Paris (115), créé pour héberger les
sans-abri parisiens, répond en priorité aux
demandes des familles
d’origine étrangère qui
débarquent en masse dans
la capitale et font la loi
dans les centres d’hébergement. Au détriment des
plus démunis des nôtres,
rejetés, laissés pour compte
et obligés de se débrouiller seuls.
Les chiffres sont accablants : les seuls frais
d’hôtels, pour 2006, que le SAMU social
consacre aux miséreux venus de loin s’élèvent à 37 millions d’euros, contre 24 millions
pour l’année 2004, soit déjà un boom de
54 %. Plus scandaleux : environ 150 hôteS ÉGOLÈNE ROYAL parle au Hezbollah mais ne le comprend pas
encore très bien, comme sa tournée
aventureuse dans un Orient apparemment
trop compliqué pour elle (même si, dit-on,
elle avait auparavant été “briefée” par l’ancien ministre des Affaires étrangères
Hubert Védrine) l’a démontré. Mais sa
candidature s’en remettra certainement, la
démocratie étant devenue ce qu’elle est, et
son petit déplacement sera vite oublié par
les Libanais et Israéliens qui ont d’autres
soucis en tête que l’image internationale de
la compagne de François Hollande.
Car ce qui menace le Liban, c’est le
retour de la guerre civile ou un coup
d’Etat. La guerre civile serait d’une autre
nature que celle précédant la période de
« paix syrienne » car le rapport de forces
intercommunautaire a changé : non seulement les chrétiens sont de moins en moins
nombreux en raison d’une plus faible natalité et d’un exode continu, mais ils demeurent plus divisés que jamais. Une prise de
pouvoir des chiites par la rue n’est donc
pas exclue, pas plus qu’un coup d’Etat
militaire pour empêcher la mise à mort de
la constitution garantissant les subtils équilibres d’un Liban rêvé.
RÉVOLUTION ORANGE,
RÉVOLUTION VERTE
Une question vient immédiatement à l’esprit. Que se passerait-il si les chiites s’emparaient du pouvoir par un coup de force ?
Que ferait Israël ? Et si Israël décidait d’intervenir au nom de sa sacro-sainte sécurité,
que ferait la FINUL ? Et, au cœur de la
FINUL, la France qui en fournit le plus
gros contingent et soutient l’actuel gouvernement libanais ?
Il faut bien voir que l’aveu par les USA
du désastre irakien et l’obligation de négocier pour s’en tirer avec les ennemis
syriens et iraniens est une catastrophe pour
le camp occidental au Liban. Cela renforce
le camp arabo-islamiste et anti-“croisé”.
Les Libanais les plus lucides parmi les
chrétiens le savent bien. Après l’échec de
l’opération israélienne « Châtiment équitable » (sic), puis la défaite annoncée de
Washington, les périls s’accumulent sur le
Liban multiconfessionnel.
L’opposition au gouvernement pro-occidental ne faiblit pas comme l’a montré la
gigantesque manifestation du 10 décembre.
Les contestataires occupent jour après jour
la place face au Sérail où se trouve assiégé
le gouvernement du sunnite Fouad Siniora.
Les extrémistes verts ont bien assimilé la
tactique des révolutions “orange” dites
démocratiques et manipulées largement par
Washington. La mort d’un jeune chiite de
20 ans transformé en martyr n’a pas dégénéré lors de ses obsèques mais a permis à
la mobilisation du Hezbollah et des partisans du général Aoun de se maintenir. Le
président du Parlement Nabih Berri, une
influente personnalité chiite appartenant à
l’opposition pro-syrienne, a lancé un nouvel appel au calme mais promis que l’opposition ne désarmerait pas. Le chef de
l’opposition chrétienne, Michel Aoun, lui,
a promis une « escalade de la pression
populaire » si le gouvernement refuse de
négocier sur la formation d’un gouvernement d’union nationale réclamé par l’opposition, soit l’alliance entre chiites et une
partie de la communauté chrétienne. Craignant un dérapage, la France et l’Allemagne ont fait appel à la Syrie pour jouer
un rôle modérateur — c’est en fait pour
Paris, qui soutient à travers le Premier
ministre Siniora le camp du défunt Rafic
Hariri, une façon d’admettre, avec du
retard, que rien ne se fera sans Damas.
LES CHRÉTIENS DÉCHIRÉS
Les diplomates sont sur le qui-vive et
l’armée libanaise est soumise à rude
épreuve. Elle tente d’éviter les affrontements intercommunautaires et se déploie
également aux frontières. Les Israéliens
n’hésitent pas à annoncer un coup d’Etat
du Hezbollah fomenté par Damas pour le
plus grand profit de l’Iran et leur presse
n’écarte pas l’hypothèse d’une prochaine
nouvelle guerre libanaise contre le Hezbollah.
Le dilemme des chrétiens est de faire le
bon choix pour sauver leur identité et les
racines historiques du Liban. L’ancien
général Michel Aoun, antisyrien de toujours, joue paradoxalement la carte du
Hezbollah, qu’il juge incontournable. Pour
lui, l’organisation chiite est un mouvement
de résistance plus anti-israélien que prosyrien. Cette approche est jugée suicidaire
par Samir Geagea et le reste du camp chrétien : le chef des Forces libanaises joue les
sunnites et les druzes pour sauver, grâce à
leurs particularismes, les chrétiens du
Liban. L’homme est devenu plus pragmatique pendant son long embastillement et
veut regrouper tous les chrétiens, même les
partisans d’Aoun. Il compte énormément
sur la France pour mobiliser l’Europe en
faveur d’un Liban des équilibres communautaires.
Le Hezbollah, bras armé de la Syrie et de
l’Iran, et le gouvernement libanais, suppôt
des USA, voilà une sacrée simplification,
mais elle s’est imposée. Tout le monde le
dit, il règne à Beyrouth une atmosphère de
veillée d’armes et chacun se dit prêt à en
découdre comme si un bol éphémère de
liberté avait fait oublier le martyre des
années 1980. Le Liban enivré de convictions contraires, de passions opposées et de
fanatisme est à nouveau au bord de la fracture nationale, avec tous les dangers que
cela implique au niveau régional.
P.-P. B.
liers “parisiens” se partagent ce juteux marché. Loyer mensuel d’une chambre pratiqué
par ces marchands de sommeil : 2 040
euros ! Les besoins excédant dramatiquement l’offre, les dames patronnesses du
SAMU social, totalement débordées, ont
délégué à des “privés” la recherche de nouveaux « gisements hôteliers ». Prestation facturée : 383 000 euros… Dans ce système
infernal, les nôtres, une fois de plus, passent
après les autres, autrement dit jamais !
[SdF organise une Soupe de Noël le 22 décembre
à 20 h. Tous les concours sont les bienvenus].
● De Michel BELLE :
BÉCASSE DU POITOU
Ségolène Royal est d’une indécence et d’un
cynisme inouïs. Durant le mois de juillet 2006,
mois de saccage du Liban, mois du massacre
des innocents, le PS est resté muet, paralysé
par la peur et l’incompétence. La bécasse du
Poitou part néanmoins en visite au Liban, le
temps de quelques images utiles à sa propagande. D’emblée, elle a montré l’étendue de sa
sottise, de sa maladresse et de sa stupidité. Elle
n’a rien entendu, en dépit de ses grandes
oreilles, de ce que disait le député du Hezbollah — ce pitoyable mensonge réflexe ne
trompe personne. Chirac aurait dû lui prêter
son sonotone.
● De René S. (Versailles) :
AVIS AUX AAARGHONAUTES
Certains internautes se sont inquiétés à la
suite d’un message du 24 novembre intitulé
« Site AAARGH : les fournisseurs d’accès doivent filtrer ! » Ils ne savaient pas, en effet, que
l’AAARGH avait su déjouer les pièges tendus
par les censeurs puisque ce site peut être
consulté sans peine à l’adresse suivante:
<http://aaargh.k0nsl.com/>.
● De Christophe B. (courriel) :
LA RÉVOLUTION RACIALE
EST EN MARCHE
Le combat des cultures et des religions a peu
à peu remplacé la lutte des classes devenue
caduque. Notre pays façonné par des siècles
d’histoire chrétienne et gauloise, éclairé d’une
certaine manière par quelques avantages issus
de la révolution française, connaît depuis vingt
ans une pression sans précédent de la part
d’une population étrangère venue s’installer
sans se défaire de son mode de vie et de ses
habitudes.
Confronté à des mœurs d’importation dont
l’influence est grandement facilitée par la plupart des décisions gouvernementales (discrimination positive, aides sociales en tous
genres, etc.), le socle identitaire de notre nation
se trouve chaque jour un peu plus déstabilisé.
Sans un changement radical de politique et
d’hommes capables d’appliquer les bonnes
décisions, le Sud, fécond et miséreux, absorbera notre beau pays, enlisé par son attachement incompréhensible à la religion des droits
de l’homme, véritable dogme de la préférence
étrangère.
● De S. L. (Paris) :
MORT D’UN BRETON
Je ne partage pas la passion de ce sport
spectacle qu’est le foot, et n’arrive toujours
pas à comprendre les réactions des supporters ou des clubs incriminés. Mais je
déplore la mort du jeune Breton Julien
Quémener et la blessure grave d’un autre
supporter qui a pour prénom Mounir, tous
deux ont été victimes le 23 novembre des
balles d’un policier antillais (RIV. des 1er et
8 décembre). Je vous laisse imaginer si le
policier avait été breton et les victimes
antillaises alors qu’il ne fut entendu que
comme témoin assisté, on croit rêver. Mais
casser du facho n’est pas un crime bien sûr.
De plus, quand on donne raison à
M. Zidane qui agresse un joueur adverse, il
ne faut pas s’étonner ensuite des débordements des stades.
8 N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL
Bibliothèque RIVAROL
— Jean-Paul ANGELELLI : Une guerre au couteau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 €
— Maurice BARDÈCHE : L’œuf de Christophe Colomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 €
— CHARD : - 7 cartes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 € franco
- 20 ans de malheur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 €
- La France métisse de A à Z . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 €
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— Christophe DOLBEAU : Les parias . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 €
— Roland GAUCHER-Philippe RANDA : Les réseaux de Georges Albertini . . . 24 €
— Philippe GAUTIER : La Toussaint blanche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 €
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- Une nuit blanche à Honfleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 €
— Marc LAUDELOUT : RIVAROL, l’hebdomadaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 €
— Robert POULET : L’homme qui n’avait pas compris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 €
NOUVEAUX TITRES
— Anne BRASSIÉ : Brasillach ou encore un instant de bonheur . . . . . . . . . . . 27 €
— CHARD : Ma déclaration des droits de l’homme . . . . . . . . . 10 € ou 12 € franco
— Eric DELCROIX : Manifeste libertin (contre l’ordre moral antiraciste) . . . 18 €
— Pierre DESCAVES : La Salsa des cloportes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 €
— Pierre GILLIETH : B.A.-BA Gaulois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 €
— Anne KLING : La France LICRAtisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 €
— Georges LAFFLY : Monnerot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 €
— P.-L. MOUDENC : Livres propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 €
— Dr Jean-Claude PÉREZ : L’islamisme dans la guerre d’Algérie . . . . . . . . . 35 €
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- Les saisons de Drieu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 €
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la Vigerie, F. Pichard. Gérant : Quitterie Saclier de
la Bâtie. CPPAP n° 0208 I 82763, ISSN n° 0035 56 66.
N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL 9
Amérique latine : le bon et le tyran
Né en 1928 en Argentine, Ernesto Rafael
Guevara de la Serna périt le 8 octobre 1967
à La Higuera, en Bolivie. A l’approche de
ce 40e anniversaire, attendons-nous à un
florilège d’hommages et c’est Christian
Birebent, ancien élève de Sciences Po, docteur en histoire, qui ouvre le feu avec ce El
Che sous-titré « Une vie pour la révolution ».
Déjà excessive du temps d’un communisme triomphant, la légende d’“El Che”
et la faveur dont il continue à jouir auprès
des jeunes sont incompréhensibles quatre
décennies plus tard. Faut-il en effet que les
gamins soient lobotomisés pour afficher
sur leur tee-shirt ou dans leur chambre le
portrait d’un homme qui multiplia les
échecs et, par ses excès, découragea ou
dégoûta ses compañeros ? Eût-il vécu plus
longtemps, nul doute d’ailleurs que ce fou
furieux eût été liquidé sur l’ordre de Castro dont, jeune étudiant en médecine, il
avait rejoint le Mouvement du 26 juillet,
groupe paramilitaire dirigé par le Barbudo
supremo avant la prise de pouvoir de 1959.
Ministre très en vue du nouveau gouvernement cubain, il se planta en effet dans
toutes ses entreprises,
notamment l’industrialisation du pays et, comprenant
enfin qu’il y avait loin de la
théorie révolutionnaire à la
pratique, préféra en 1965
aller semer la révolution
d’abord au Congo-Léopoldville (nouveau revers) puis en Bolivie où,
dénoncé par les paysans qu’excédaient son
autoritarisme, sa cruauté et l’avidité de ses
commandos, il fut capturé et exécuté
sommairement par l’armée. Une
aubaine pour La Havane qui, ainsi
débarrassée par «la Réaction» d’un
agitateur si encombrant qu’il en était
devenu insupportable, put en toute
quiétude organiser le culte de cet
Argentin bizarrement élevé par Castro au rang de « Cubain de naissance ». Egalement très soulagés, les Soviétiques que ce fils de grands bourgeois
avait souvent critiqués pour leur pratique trop faible selon lui du « vrai
socialisme ».
Cet homme dont le gauchisme occidental a fait une icône avait les mains
ruisselantes de sang. « Brute
sociopathe » selon les réfugiés cubains,
il aurait pris plaisir à ordonnancer
lui-même la mise à la torture et l’exécution de centaines de personnes
dans les prisons castristes, mais aussi
parmi les pauvres paysans dans les
zones contrôlées par ses guérilleros.
Ce qui est sûr, c’est qu’il fut l’organisateur du goulag cubain, dont le premier camp fut créé sous sa surveillance à Guanahacabibes, et que
le titre de « boucher de la Cabaña » qui lui fut
donné n’était pas usurpé.
Dressant le « bilan historique de l’action du
Che », M. Birabent admet qu’il a « largement
échoué » et estime que, dans son cas, « l’histoire réelle risque de s’estomper au profit de la seule
légende ». Mais, sur l’histoire réelle, ce livre
est trop allusif pour combattre la légende.
J. L. _____
El Che, par Ch. Birebent, 272 pages, 22 €.
Editions Grancher.
“El Che” Guevara, légende et réalités
qui n’existe plus. L’erreur des indianistes
n’est pas d’être fiers de leur identité mais de
vouloir faire comme si leur monde n’avait
pas été changé à jamais par la colonisation.
Quoi qu’il en soit, Rafael Correa, ancien
ministre de l’Economie, candidat de la
gauche anti-yankee et ami de Chavez, l’a
emporté avec environ 57 % des suffrages,
contre 43 % pour le milliardaire Alvaro
Noboa, alors que les sondages annonçaient
un scrutin serré. Le candidat conservateur
Noboa a immédiatement contesté sa défaite
et demandé un recomptage des bulletins de
vote dans une situation à la mexicaine inversée puisque, dans l’ancienne patrie des
Aztèques, c’est au contraire le socialiste
Obrador qui n’admet toujours pas sa défaite
du 2 juillet dernier devant le conservateur
Felipe Calderon — lequel a finalement été
investi le 1er décembre.
Alvaro Noboa, l’homme le plus riche d’Équateur grâce à la banane, avait fondé son
discours sur la peur du “communisme”, agitant la menace qu’avec Rafael Correa, l’Équateur deviendrait un « nouveau Cuba »,
qu’il pourrait plonger dans la « guerre
civile ». En face, le candidat social-national
soutenu par une bonne partie des Indiens (la
moitié de la population) affirmait au
contraire que la politique de Noboa mènerait à un « fondamentalisme d’extrême
droite ». Noboa est en effet réputé proche
des évangélistes et des néo-conservateurs
américains.
Trois semaines après l’élection du sandiniste Daniel Ortega au Nicaragua, avec l’appui d’Hugo Chavez, l’Équateur est ainsi une
nouvelle ligne de front entre le président
vénézuélien et l’Administration américaine.
Après son incontestable victoire du
3 décembre, Chavez risque donc d’être
l’homme de l’année 2007 pour le continent
américain. Des étrennes dont George
W. Bush se serait certainement passé.
Pierre-Patrice BELESTA. _____
(1) On a beaucoup reproché à Pinochet et aux
autres “golpistes” les dizaines d’enlèvements
de l’automne 1973. Mais beaucoup de ces “kidnappés” devaient réapparaître sous une autre
identité en Argentine où certains d’entre eux
furent même emprisonnés et torturés pour leurs
activités subversives.
C OMME si l’on
assistait à un passage de relais, la
réélection triomphale de
Hugo Chavez à la présidence du Venezuela avec
plus de 61 % des suffrages
face à son principal opposant, le social-démocrate
Manuel Rosales (moins de
39 %) a coïncidé le
3 décembre avec l’absence de Fidel Castro aux
grandes célébrations
organisées pour ses
80 ans et avec l’hospitalisation d’Augusto Pinochet, frapé d’un grave
malaise cardiaque
quelques jours après ses
91 ans. Clin d’œil de
l’histoire : certains quittent la scène et d’autres
s’y installent.
“DICTADOUCE”
POUR AUGUSTO PINOCHET
Celui qui présida le Chili du “golpe” de
septembre 1973 à 1990 s’est éteint le
10 décembre. La grosse presse, qui avait été
autant indignée que surprise par les manifestations de sympathie autour de l’agonisant
puis du défunt devant la dépouille duquel ils
ont été des dizaines de milliers à défiler dans
la cour de l’Ecole militaire de Santiago,
ignore ou veut ignorer que, pour de nombreux Chiliens, il avait évité au pays une
dérive marxiste totalitaire avec la prise de
pouvoir par les fanatiques du MIR (la
Gauche révolutionnaire qui, débordant le
régime d’Unité populaire de Salvador
Allende, avait plongé le pays dans l’anarchie
en 1971-1973). De même avait-il assuré son
progrès économique comme sa transition
vers ce que le général lui-même
a appelé d’une formule savoureuse la “dictadouce”. A noter
que des anciens pairs du général, seule Margaret Thatcher a
osé faire part de sa “tristesse”.
L’actuel président américain a
cru bon en revanche de se
joindre à la meute des hyènes
en accablant le défunt Pinochet
alors que Bush père fut le patron de la CIA
et n’était donc pas étranger au “golpe” de
1973.
Les cris d’orfraie des pseudo-« défenseurs
des droits de l’homme » furieux que la
Camarde les aie privés d’un procès à grand
spectacle du “criminel” Pinochet n’en sont
que plus choquants. Tout comme les manifestations violentes orchestrées à Santiago
par l’extrême gauche après la mort du
“tyran” et l’annonce que les honneurs militaires lui seraient rendus — des funérailles
nationales étant évidemment exclues encore
qu’elles auraient été méritées.
“GOULAG TROPICAL”
POUR CASTRO
Car après la répression ayant suivi le coup
d’Etat, le Chili s’était répétons-le “démocratisé” sans drames et surtout enrichi, avec une
élévation du niveau de vie concernant toutes
les classes sociales. Il n’en sera certainement
pas de même pour le Cuba de l’après-Fidel.
Pinochet a su passer la main, le clan Castro
s’accroche. Cela fait une sacrée différence,
comme les vrais historiens le constateront (1).
Le Quid impute en effet 2 900 meurtrtes et
assassinats au régime Pinochet, mais 9 800
à celui de Castro. Ce qui n’empêche pas
celui-ci, malgré le « goulag tropical » perdurant à Cuba, d’avoir toujours eu meilleure
presse — à l’étranger en tout cas — que
l’ancien chef d’Etat chilien. A cet égard, un
procès du marxiste Castro aurait été bien
plus intéressant que celui du conservateur
Pinochet. Mais les mêmes qui enragent
aujourd’hui de n’avoir pu faire condamner
le caudillo chilien de son vivant et réclament
encore pour lui un Nuremberg posthume
(qui pourrait d’ailleurs avoir lieu en 2008 en
France en 2008 où un procès est instruit par
la juge Sophie Clément), sont très satisfaits
de l’impunité dont continue à bénéficier le
lider maximo cubain.
Ce dernier, atteint d’un cancer, est-il
proche de la fin ? Après son absence à la
grande parade militaire prévue en son honneur, Cuba se prépare, non sans inquiétude,
à entrer dans une phase nouvelle sous la
conduite de Raul, frère de Fidel et gardien
déclaré de la « continuité révolutionnaire ».
Ce dernier a fait une timide ouverture,
immédiatement repoussée, vers Washington.
CHAVEZ EST-IL COMMUNISTE ?
Mais si les Etats-Unis vont être débarrassés de Fidel, ils ne le seront pas forcément
du castrisme et certainement pas de son
enfant mutant, la révolution bolivaro-socialiste.
Hugo Chavez se réclame volontiers de
Fidel Castro. Il l’a fait une fois de plus, et
bruyamment, après avoir été réélu à la présidence du Venezuela, une victoire dont
L’Humanité s’est non moins bruyamment
réjouie.
Pour autant, Chavez est-il communiste ? A
beaucoup de ses partisans, il apparaît — à
tort ou à raison — moins socialiste que
populiste et nationaliste. Et fort attaché au
pouvoir : ne souhaiterait-il pas modifier la
constitution de telle sorte qu’elle ne limite
plus le nombre de mandats
(actuellement : deux,
comme aux Etats-Unis),
ce qui lui assurerait une
présidence à vie, comme
celle dont jouit depuis
1959 le Barbudo Supremo,
plus vieux chef d’Etat du
monde en exercice ?
« Unissons-nous et nous
serons libres », s’est
exclamé Chavez depuis le
palais de Miraflores à
Caracas devant des milliers de partisans en délire,
en s’adressant à l’Amérique latine entière au soir
de sa réelection du
3 décembre, victoire qu’il
a donc dédiée aussi à son
homologue cubain. Contre
« l’impérialisme nordaméricain », l’ancien
colonel de paras poursuivra sa révolution nationale
et continentale en espérant
infliger d’autres défaites au diable Bush et à
cette Amérique qui veut dominer le monde
et coloniser le continent latin.
Au crépuscule de Fidel Castro, Hugo Chavez, lui-même rescapé en 2002 d’un coup
d’Etat manqué inspiré par les USA et, en
2004, d’un référendum “révocatoire” organisé par les amis deWashington, prend plus
que le relais de la résistance aux Etats-Unis.
Son ambition bolivarienne semble en effet
s’inscrire dans une offensive à l’échelle du
Cône sud plutôt que dans une guerre de positions. Avec les revenus du pétrole et ses
61 % de suffrages, il peut revendiquer un
rôle de leader sud-américain.
CONTAGION DANS
LE CÔNE SUD
Après le Pérou et la Bolivie, l’Equateur,
autre signe convergent, s’est en effet choisi
un président anti-américain, proche de Chavez, populiste et indianiste. Un nouveau
pays hispanique rejoint donc le camp disparate d’un nationalisme de gauche. Ce vote
crée une sorte d’arc andin ou d’arc inca,
rêvant utopiquement d’un retour à un passé
La France LICRAtisée
par Anne KLING :
préface d’Alain Soral
463 pages 35 €
ou (39 € fco)
En vente à nos bureaux
chèque à
Editions des Tuileries.
1 rue d’Hauteville, 75010 Paris
(Dessin de CHARD.)
LE DERNIER ALBUM DE CHARD
10 € l’exemplaire (12 € franco) ou
25 € les 3 exemplaires (29 € fco).
Dédicace sur demande. Chèques à
Editions des Tuileries,
1 rue d’Hauteville, 75010 Paris.
que la médecine, l’hygiène amélioreraient le
genre humain, adouciraient les conditions de
vie, et il avait son programme social (le
« communisme Labiche », dans L’Ecole des
Cadavres — un titre très hogarthien !)
ENTRE CANDIDE
ET TOM JONES
En vérité, Hogarth ne s’est pas limité au
genre satirique. L’exposition du Louvre fait
découvrir le portraitiste, qui restait hâtif, et
on le lui reprocha (mais sa Marchande de
Crevettes de 1740 figure dans tous les dictionnaires en France, parce qu’elle a quelque
chose d’un Manet). Nous lui reprocherons
surtout des visages rarement expressifs. On
s’extasie sur la toile représentant ses six
10 N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL
domestiques... Aucun des six n’exprime
autre chose qu’une honnête médiocrité.
L’exposition montre aussi les très mondaines scènes de genre que réalisait Hogarth.
Conversations d’hommes. Salons où l’on
prend le thé. Et cette très jolie scène où la
comédienne allemande Eva Veigel, qu’avait
épousée le grand acteur Garrick, vient lui
enlever la plume au moment où il écrit une
Préface. A moins qu’elle ne vienne guider sa
plume ? Car on nous dit avec gravité qu’elle
était « son Egérie ». Connaissant Hogarth,
et malgré toute la dignité du tableau, on
pourrait penser à un clin d’œil plus coquin.
Mais Garrick se prenait sans doute au
sérieux. Plus que Fielding, le romancier de
Tom Jones, qui était pourtant magistrat, mais
permettait à Hogarth de le caricaturer en président de chambre sévère ou somnolent. Et
plus que John Gay, autre ami de Hogarth, et
immortel auteur de l’Opéra du Gueux dont
le peintre a représenté la scène du procès. Au
fond, comme John Gay, c’est une
grande comédie sociale que Hogarth
nous a laissée, mais plus âpre, plus
large aussi dans ses thèmes et ses
méditations, et pas si éloignée du
Candide de Voltaire, qui est contemporain.
L’exposition du Louvre présente
80 pièces. L’exposition de la Tate
Britain à Londres, de février à avril,
sera plus vaste (et Madrid prendra la
suite de mai à août). Le catalogue du
Louvre (35 €) n’est guère satisfaisant, car il se perd en discours sur les
précurseurs et de prétendus héritiers
de Hogarth sans nous donner le
minimum : une explication des multiples détails de ses tableaux (le
volume de Flammarion en 1978,
Tout l’Œuvre peint…, est encore
supérieur sur bien des points !)
Comment expliquer, par exemple, la
présence si fréquente de nègres (un
valet noir caresse même une laitière
au teint de rose), négresses,
négrillons dans les tableaux et gravures de Hogarth ? Pur pittoresque
londonien ? Symboles de la sensualité ? Ou bien Hogarth, en bon disciple des philosophes, suggère-t-il
l’égalité des humains ? Le catalogue
est muet sur ces questions précises
et concrètes.
Et puis, comme notre bon confrère
Samuel traitant, lui, de l’exposition de dessins de Rembrandt (Présent du
11 novembre), dénonçons l’arnaque qui
nous fait payer dix euros un obligatoire billet
groupé Hogarth + Rembrandt. Hogarth doit
s’en retourner dans sa tombe, lui qui détestait « the ridiculous manner of Rembrandt »… (On songe encore à Céline, à son
mépris pour la « façon tarabiscotée de
Proust »…)
François LECOMTE.
AVEC sa façon de composer des
séries de quatre, six ou douze gravures sous-titrées, William Hogarth
(1697-1764), dont une exposition est présentée au Louvre jusqu’au 8 janvier, est
incontestablement un précurseur de la bande
dessinée. Et de la bande dessinée la plus
hard. Prenons Le Mariage à la mode (en
français dans le titre). Tout le monde a vu
l’un des trois premiers tableaux (car ce sont
des tableaux avant d’être des gravures) : 1.
le contrat de mariage ; 2. le petit déjeuner
des jeunes mariés, quelques jours plus tard,
après une nuit échevelée passée à dilapider
la dot au jeu ; 3. la toilette de Madame, avec
toutes sortes d’entremetteurs. On connaît
moins la suite : 4. Monsieur découche et f…
la vérole à une jeune personne prostituée par
sa mère (tout le monde se retrouve chez le
charlatan) ; 5. Madame prend un amant, qui,
surpris en flagrant délit, tue Monsieur. 6.
Madame s’empoisonne quand on lui
annonce que son amant vient d’être pendu,
et l’on voit sur son petit garçon les séquelles
de la syphilis. Bilan, donc, de cette série a
priori fort comique : trois morts précoces,
une jeune femme infectée, un enfant infirme.
Cette brutalité, on la retrouve dans les
Quatre Etapes de la Cruauté, ou la Carrière
d’un Roué (huit tableaux), la Carrière d’une
prostituée (idem). Plus brutal encore : les
deux tableaux intitulés Avant, Après. C’està-dire avant et après l’acte de chair, qui, lui,
n’a pas les honneurs d’une image, il est
réduit explicitement à une chiennerie
puisque le couple des jeunes amants est doublé par un chien : en rut, puis s’endormant.
« L’infini mis à la portée des caniches », dira
plus tard Céline de l’amour charnel…
Hogarth ne faisait pas dans la dentelle, et il
avait délibérément rompu avec l’académisme. Quand on jette un coup d’œil sur sa
biographie, on est frappé des analogies avec
Céline, justement, autre artiste en rupture.
Comme Ferdinand, il naquit au cœur d’une
capitale grouillante, dont il connut vite les
bas-fonds, les vices, les cabarets, mais aussi
les ateliers et les théâtres. Il n’eut pas
la patience des études régulières,
malgré un père professeur de latin,
mais endetté (Céline avait un grandpère agrégé de grammaire). Il se rattrapa en épousant la fille de son
patron, le peintre d’histoire James
Tornhill, comme Céline épousa la
fille du Pr Follet, à Rennes — et en
se donnant une culture par des lectures boulimiques (sur son autoportrait, il garde sous le coude Shakespeare, Milton, Swift). Il est xénophobe, mais pacifiste (en 1760, une
gravure contre la guerre que mène
l’Angleterre en Europe lui vaut
quelques avanies). Il ose tout montrer, dans un style neuf qui peut
dérouter, plus proche de l’illustration
que de la grande peinture, accumulant avec verve les détails, les allusions : plusieurs actions même figurent souvent sur la même toile (l’assassin s’en va par la fenêtre, les gendarmes entrent déjà par la porte).
Certes, Hogarth se situait, pour sa
part, dans un courant dominant de
son siècle, celui de l’humanitarisme.
On rencontre beaucoup de francsmaçons parmi ses amis. Mais après
tout, avant la grande désillusion des
années 1940, Céline aussi espérait
Cinéma
Ce n’est pas si fréquent. Le maître mot de
la rubrique ciné cette semaine est religion,
mais pour une fois ce n’est pas le christianisme qui est mis sur la sellette. En effet,
deux des nouveautés à l’affiche ont trait
l’une à la foi musulmane et à cet autre
opium du peuple post-marxiste (Karl et
non pas Groucho) qu’est le football, Hors
jeu, et l’autre aux rapports tumultueux
entre islam et judaïsme, Mauvaise foi.
Hors jeu ou comment l’esprit (de contestation) vient aux filles iraniennes supportrices de leur équipe nationale. Dans son
dernier film, Grand Prix du jury du dernier
festival de Berlin, Jafar Panahi aborde
sous l’angle de la comédie sportive la
condition féminine dans la République
islamique, sujet qu’il avait traité dans un
registre beaucoup plus grave et dramatique dans Le Cercle en 2000 (le chemin de
croix de six pécheresses dont une prostituée dans la capitale iranienne). Sa nouvelle héroïne est prête à tout pour pouvoir
pénétrer dans le stade de Téhéran afin
d’assister au match de qualification pour
la Coupe du monde opposant l’Iran au
“Onze” du Bahreïn. Mais les femmes sont
strictement bannies de stade, les docteurs
de la loi coranique leur interdisant l’accès
aux manifestations sportives sous le prétexte qu’il serait indécent qu’elles voient
des hommes en petite culotte, spectacle
réservé aux mâles de leurs familles. Ses
vêtements de garçon et son visage peinturluré aux couleurs du drapeau national ne
trompent pas les vigilants Gardiens de la
révolution et de la moralité publique. Elle
est interceptée et parquée avec d’autres
dangereuses délinquantes folles de foot
dans un enclos grillagé sous la surveillance de jeunes soldats, en attendant
d’être emmenée à la brigade
des mœurs. L’un des
bidasses, accepte de commenter le match pour les prisonnières tel qu’il peut
l’apercevoir à travers un
trou dans le mur…
Dans un style réaliste
proche du reportage d’actualités filmé
quasiment en unité de lieu et de temps,
Panahi brosse un portrait léger, voire franchement comique par moments (la scène
des toilettes) de la société théocratique iranienne. Dans Hors jeu, le football et la
liesse populaire qu’il engendre après la
victoire des joueurs iraniens, aussi bien
chez les radicaux que chez les progressistes, révèlent avec force, mais d’une
façon subtilement détournée par l’humour
et la dérision, l’absurdité et l’iniquité de
la misogynie d’Etat.
●
« Il est arabe, elle est juive, ils vont avoir
un enfant… » C’est d’une manière beaucoup
plus balourde que l’affiche de Mauvaise foi
nous révèle d’emblée le sujet et les enjeux
du premier film réalisé par l’acteur beur
Roschdy Zem : les couples mixtes et les problèmes qui vont avec. Le scénario écrit en
duo avec le comédien feuj Pascal Elbé (l’un
des trois fistons de Noiret dans Père et fils
de Boujenah) ne fait pas dans le détail (pardon !), enfonçant à toute allure les portes
ouvertes sur les corollaires d’un thème de
société aussi porteur : le racisme, la tolérance, l’intolérance, le droit à la différence,
les communautarismes et leurs crispations
etc. Mais ils le font sans trop se prendre au
sérieux. Refusant le misérabilisme tout
autant que le sensationnalisme, Zem et Elbé,
se basant sur leur vécu personnel (l’épouse
du premier est juive), ont imaginé un couple
de BoBos parisiens aisés filant le parfait
amour, indifférents au fait religieux, tout en
ne reniant pas leur culture d’origine :
Ismaël, prof de piano et Clara, psychomotricienne. L’annonce faite à Clara qu’elle est
enceinte va briser la paix du ménage. Leurs
familles respectives, mises au courant de
leur situation, sont scandalisées d’une telle
mésalliance, surtout le papa askhénaze de
Clara qui ne veut à aucun prix d’un gendre
arabe (un numéro savoureux de Jean-Pierre
Cassel) et les deux tourtereaux vont retrouver les préjugés et les réflexes identitaires
de leurs communautés respectives contre
lesquels ils se croyaient immunisés. La
comédie de mœurs folklorique des débuts
vire peu à peu à la foire d’empoigne ethnicoreligieuse. Très riche d’enseignements par
les temps qui courent…
Patrick LAURENT.
Folles de foot et crises de foi
Hogarth : un Céline anglais ?
Tom Nero au faîte de la cruauté (3e étape) : après avoir maltraité
enfant les animaux, il tue et dépèce sa compagne enceinte. La quatrième étape montrera son propre cadavre, charcuté dans un amphithéâtre de médecine.
ENTRE NOUS
(Une ligne : maximum 50 signes et espaces.)
Demandes d’emploi : 3,05 €. Autres
rubriques : 3,81 €. CARNET (Mariages, naissances, deuils…) : 5 €. Domiciliation sous un
numéro : 3,05 €. TVA 19,60 % en sus.
Les textes doivent nous parvenir dix jours
avant la parution et être rédigés en caractère
d’imprimerie très lisibles.
BIBLIOPHILIE
◆ Ch. livre de Jean des Vallières « Et voici la
Légion étrangère » (Ed. André Bonne 1962).
Ecr. Jean Biraud, 20140-Moca-Croce.
DIVERS
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bouteille hors frais de port (conditions spéciales pour fédérations FN). Rens. : FN-51,
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1/3 temps sur Versailles. CDI. Idéal pour
50/60 ans. Envoyer CV + lettre. Ecr.
n° 2790/1271.
LE NOËL DES “PETITS PRINCES”
Les enfants qui lisent sont des petits princes. En leur honneur, Le Libre
Journal et Marie-Claude Monchaux ont pris l’initiative de décerner le
Prix des Petits Princes, deux fois par an, en décembre et en juin. Dans
ses choix, Mme Monchaux est assistée de Jeanne Smits, directrice de Présent, d’Anne Brassié (Radio Courtoisie), Gabrielle Cluzel (Monde et Vie) et
d’Hélène Fruchard, critique de livres pour enfants.
Les « Prix des petits princes » ont été attribués cette année aux « Contes
de Noël » (par Louis Fontaine, éd. Via Romana — voir RIV. du 8/12), à « Thérèse, la
petite fleur de Lisieux » (par Bénédicte de la Roncière, Téqui), à « Patira » (par Raoul
de Navry, Elor) et, pour les plus petits à : « J’apprends à dire merci » (Fleurus).
www.rivarol.com
Chaque jeudi, vous pouvez consulter
notre site Internet, pour vous assurer
que notre hebdomadaire a bien paru et
en connaître le sommaire.
Pour toutes les correspondances
administratives, utiliser l’adresse
<contact@rivarol.com>, l’adresse
<galic@rivarol.com> étant réservée
au courrier rédactionnel. Les lecteurs
internautes qui souhaitent faire figurer
leur adresse électronique doivent le
spécifier et les autres peuvent nous
demander de transférer leur message
au correspondant choisi.
N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL 11
dront le sobriquet de « baron fou » puis,
nommé néanmoins général de l’armée tsariste, il retrouve sa Sibérie en février 1917
mais arrive en octobre la révolution bolchevique. Sous les ordres de Semenov, Ungern
combat les Rouges mais, refusant d’obéir à
l’amiral Koltchak, chef suprême des Blancs,
le tandem approche le Japon, disposé à créer
un État-tampon dans l’extrême-orient russe,
sous l’autorité de Semenov. Un crime de
haute trahison pour Koltchak et Denikine
dont les menaces font finalement reculer
Semenov. Mais pas Ungern qui continue la
lutte en Transbaïkalie, puis en Mongolie à
partir d’octobre 1920. Avec ses « gardes
blancs » russes et asiates (Tatars, Bachkirs,
Bouriates et Mongols), il rêve de restaurer la
monarchie en Russie et « d’exterminer tous les
Juifs et les Commissaires (communistes) de
Russie » (les deux ne faisant souvent qu’une
seule et même personne). Toutefois, celui qui
revêtait volontiers l’uniforme mongol (voir
photo ci-contre extraite de l’ouvrage) et en
qui le Dalaï-Lama de l’époque voyait la réincarnation d’un Mahakala, divinité bouddhique, finira misérablement, exécuté en
septembre 1921 à Novosibirsk, et les
hommes du « baron fou » devenu le « baron
sanglant » connaîtront le même sort.
L’itinéraire et la personnalité d’Ungern
avaient fasciné Jean Mabire qui lui consacra
un livre. A son tour, Erik Sablé nous brosse
son portrait, assez différent — ne serait-ce
que parce qu’il insiste sur le côté luthérien
du Balte, descendant d’un Porte-glaive, alors
que Mabire voyait plutôt chez lui la tentation du paganisme. Mais tous deux sont
d’accord sur un point : ce n’est pas Ungern
qui était fou, c’était l’époque. Et s’il n’était
pas un tendre, le bilan de ses crimes (comErik SABLÉ
UNGERN
Comme son contemporain l’explorateur
suédois Sven Hedin, comme de nos jours
Stéphane Tesson, le Balte Robert Nicolas
Maximilien (dit Roman Fédorovitch) von
Ungern von Sternberg, né en 1885, diplômé
de l’École militaire Pavlovsk, à Saint-Pétersbourg, et de là envoyé en Sibérie, s’enthousiasma pour les peuples nomades, Mongols
et Bouriates. Ce qui explique sans doute sa
trajectoire pendant la Première Guerre mondiale : combattant d’abord en Galicie avec
une bravoure et une témérité qui lui vaumis d’ailleurs par représailles) reste dérisoire
au regard des dizaines de millions de morts
qu’allait faire le Moloch soviétique en
quelques décennies.
J. L. _____
124 pages avec illustrations et étude astrologique
de Marin de Charette, 12 €. Collection « Qui
suis-je ? » Ed. Pardès, BP 11, F-77880 Grez-surLoing. Tél. 01-64-45-67-23. Egalement paru
dans la même collection : Wagner, par Jacques
Virel (128 pages, 12 €.)
Michel-Eric PAYRAUD
LA DROITE EN
500 QUESTIONS
Entre vieux copains de fac ou de meeting
pour se distraire avec une ou plusieurs parties de Trivial Pursuit politique, ou tout
seul pour savoir si on tient encore le niveau
malgré du poids des ans l’irréparable
outrage, voici un bouquin épatant : un
recueil d’un demi-millier de questions
(dans tous les domaines : histoire de France
et du monde, littérature, politique, philosophie…) auxquelles devrait savoir
répondre l’honnête homme (femme) de
droite, qu’il s’agisse de désigner le fondateur d’Ecône, l’auteur des « Chants du soldat », le fondateur de la British Union of
Fascists ou le créateur du corps des Lansquenets.
In fine, l’auteur remercie les auteurs et
publications qui lui ont permis d’établir
son Quiz. RIVAROL y figure en bonne
place (une question porte d’ailleurs sur
René Malliavin, créateur de notre hebdomadaire et, auparavant, de la revue Ecrits
de Paris) mais Michel-Eric Payraud nous
aurait-il oubliés que nous n’en conseillerions pas moins chaudement la lecture de
son livre. En effet, beaucoup des questions
posées (et qui, toutes, reçoivent bien
entendu une réponse circonstanciée) vont
bien plus loin qu’un simple contrôle des
connaissances. Par exemple celle-ci
(n° 445) : « Sous la Révolution, la Convention interdit tous les clubs et sociétés de
femmes. Vrai ou faux ? » Vrai, bien sûr, car
« les Conventionnels voulaient restaurer les
vertus des femmes, ce qui exigeait le retour à
leurs “fonctions naturelles” ». Et les excluait
de la vie publique, avis à Royal !
Et voici ma question préférée (n° 407) :
quel journal se félicitait donc en 1940 du
fait que « les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se
multiplient », ajoutant : « Nous en sommes
heureux » ? Non pas le Je
suis Partout du « sinistre
tandem » Cousteau-Rebatet (que l’on retrouvera à
RIVAROL), mais L’Humanité du stalinien Marcel Cachin. Pour lequel, à
cette époque au moins,
l’occupation allemande
n’était donc « pas particulièrement inhumaine » puisqu’il mit tout en œuvre pour
obtenir la reparution de son quotidien.
Sans succès, hélas, ce que l’on n’a pas fini
de regretter. N’empêche que, comme le
rappelle M. Peyraud dans sa réponse, deux
négociateurs communistes qui avaient été
arrêtés par les autorités de Vichy furent
promptement « libérés par les Allemands le
25 juin 1940 ».
J. L. _____
154 pages, 19,90 €. MEP Editions, BP 10257,
F-60332 Liancourt Cedex. Tél. 06-68-00-95-24
ou <www.quiz-droite.fr>.
UN DES traits particuliers de nombreux romanciers américains est
qu’ils ont conservé, mieux que
leurs homologues de la « vieille Europe »,
comme disait Rumsfeld, une sorte de candeur qui les place de plain-pied avec leurs
personnages. Une forme de naturel. Voire
de rusticité. Il n’y a chez eux ni la distance,
ni la distinction, ni la gourme qui subsistent toujours peu ou prou chez nos écrivains, même les plus réalistes, même les
plus “régionalistes”.
C’est vrai de Fenimore Cooper et de
Mark Twain, de Walt Whitman, de Jack
London. Et on trouverait des traits semblables chez Hemingway, Faulkner ou
T.S. Eliot comme chez Henry Miller et
Jack Kerouac.
Cela, qui procède d’une ignorance ou
plutôt d’un refus des conventions à l’honneur chez les Pères fondateurs aussi bien
que d’un rejet du puritanisme, a contribué
à définir une catégorie d’auteurs issus du
peuple, aux antipodes des intellectuels de
cabinet. On a parfois qualifié d’écrivains
“prolétariens” ces adeptes du parler vrai et
le terme n’est pas usurpé.
Ils ont l’expérience d’une vie semblable
à celle de leurs héros. Parfois, ce sont euxmêmes des aventuriers. Souvent, ils ont
exercé des métiers manuels, côtoyé des
paysans et des ouvriers qu’ils ont eu tout
loisir d’observer d’après nature. Leur
œuvre en porte la marque, même si elle
n’est pas toujours naturaliste au sens strict
du terme.
●
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