Cette résistance, l’ancien député la veut
légale et d’abord électorale. « Aux urnes
citoyens », rendez-vous en 2007 ! Il y a
aussi la bataille (difficile) de l’opinion.
Sur ce terrain-là, Pierre Descaves a fondé
un site internet <www.France-resistance.com>. Mais il ne tombe pas dans le
travers (habituel) de nos milieux, c’est à
10 N° 2788 — 1er DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL
dire la manie de l’exclusion. Au
contraire, il établit et publie la liste des
media qu’il considère comme ses alliés.
La presse, RIVAROL en tête. Les éditeurs amis. Différentes associations
civiques (un oubli : celle des Amis de
Raoul Salan). Evidemment, c’est le
désert dans les radios (sauf une : Courtoisie) et les télévisions qui constituent une
écrasante force de frappe, de manipulation et d’intoxication. Mais dont le règne
n’est peut-être pas éternel.
C’est par un message d’espoir et d’optimisme que Pierre Descaves conclut son
livre, préfacé par Bruno Gollnisch et
illustré, au fil des pages, par une grosse
quinzaine de très savoureux dessins de
Chard tel celui reproduit ci-contre. Que
demander de plus ?
J.-P. A. _____
455 pages, 35 € (port 5 € pour la France, 10 €
étranger). Editions Deterna. Commandes à nos
bureaux, chèque à l’ordre d’Editions des Tuileries, 1 rue d’Hauteville, 75010 Paris.
Littell après
Tournier :
les Goncourt
du IIIe Reich Les Bienveillantes, ce sont ces furies,
ces créatures d’enfer, qui s’acharnent sur
Oreste après qu’il a tué sa mère. Mais le
héros des Euménides fait place, chez Littell, à un officier SS. Ce qui explique que
l’on ressente, à la lecture du texte, l’impression du déjà-vu, déjà-lu, dix fois,
cent fois. Pourquoi Littell n’a-t-il pas
choisi un sujet plus actuel ? Celui d’un
officier américain par exemple, chargé de
faire parler les suspects à la prison
d’Abou Ghraïb ou à celle de Guantanamo ? Ou celui d’un officier de Tsahal
qui, avec ses chars, a massacré les civils
de Beït Hanoun ou d’une autre localité de
la bande de Gaza ? Il doit bien y avoir,
parmi ces gens-là, des hommes qui, eux
aussi, se posent des questions. Mais c’est ainsi : le SS
se voit dévolu, dans la littérature Politiquement Correcte, le rôle du croquemitaine ou de la sorcière des
contes de Grimm. Dans Le
Roi des Aulnes, Prix Goncourt en 1970
comme Les Bienveillantes l’a été en
2006, Michel Tournier nous avait déjà
servi cette soupe-là, d’ailleurs bien plus
réussie car plus subtilement épicée.
Pour faire bonne mesure, l’hauptsturmführer Aue est homosexuel, et l’atmosphère du livre, glauque de bout en
bout, plonge dans le sordide quand le
héros raconte ses ébats avec des garçons
de passage ou avec sa sœur jumelle.
Nulle part on ne trouve chez Littell cette
dérision qui fait la force de Céline, ou les
cocasseries qui égayent les pages les plus
scabreuses d’Henri Miller. Nulle part,
non plus, cet éclair, cette étincelle qui
aurait pu arracher le livre à la boue. De
plus, l’ouvrage abonde en longueurs. Le
premier chapitre est assommant et les
méandres où Littell nous entraîne, par la
suite, jusqu’au plus haut niveau de l’administration SS, ne présentent guère d’intérêt. Il y a 300 pages à exclure de ce
pavé, parfois bien écrit, le plus souvent
très laborieux.
Jonathan Littell ne vaut pas le détour.
François MORA. _____
Jonathan Littell. Les Bienveillantes.
900 pages — 25 € — Gallimard 2006.
S OUS un titre à la Alphonse Boudard,
La Salsa des cloportes (1), le cher
Pierre Descaves, vétéran de la droite
nationale, doyen du bureau politique du
Front national, grand et très ancien « ami
de RIVAROL », a écrit un gros ouvrage —
tout à la fois Mémoires et essai
politique — divisé en trois parties.
Titre (éloquent) de la première : « Ma vie
d’activiste ». Qualificatif se voulant à
l’origine infamant affublé aux adversaires,
mais dont Pierre Descaves est fier comme
en témoigne sa biographie évoquée sans
haine et sans crainte. Né à Khenchela
(Algérie) en 1924, passé par les Chantiers
de jeunesse, il avait fait ses études au collège de Slane à Tlemcen (ici manque une
note qui aurait précisé qu’interprète principal de l’armée de la conquête, de Slane
avait traduit et publié Ibn Khaldoun au
milieu du XIXe siècle). Le bac passé, il
interrompit ses études pour rejoindre l’armée d’Afrique et participer à ses campagnes. Après 1945, à Paris, il obtient ses
diplômes et devient expert-comptable et
expert judiciaire, activité dans laquelle il
se taille une réputation méritée. Mais à partir de 1953-54, la décolonisation de
l’Afrique du Nord va le lancer dans le
combat politique. D’abord au sein des
associations de “rapatriés” puis dans le
mouvement Poujade. Enfin dans la lutte
pour l’Algérie française qui le concerne
d’autant plus que son père, commissaire de
police, a été assassiné en 1958 par le FLN
en Algérie. Il monte ses propres réseaux
jusqu’à son arrestation en décembre 1960
et son internement à Saint-Maurice l’Ardoise dont il s’évade en 1961. Désormais
clandestin mais actif puisqu’il monte (avec
Belvisi) l’attentat (manqué) de Pont-surSeine. Après 1962, il arrive à « rentrer
dans la légalité mais pas assagi ». Et, de
1979 à 1986, entame un combat contre le
fiscalisme au sein d’un syndicat professionnel (le SNPMI de Gérard Deuil).
Mais c’est aussi le retour à la politique
active avec le Front National dont il
devient sur le terrain l’un des meilleurs
propagandistes. Renouant avec ses origines picardes, il est élu député FN de
l’Oise de 1986 à 1988, conseiller général
de 1998 à 2004 et reste conseiller régional de Picardie, ayant fait de Noyon sa
place-forte et de l’Oise un bastion électoral du FN. Voilà beaucoup pour un seul
homme. Sur tous ces divers épisodes et
ces nombreuses avanies (détaillées dans
son livre), Pierre Descaves s’exprime
avec franchise, humour et modestie.
Mais c’est l’indignation et la colère qui
l’emportent quand, dans la deuxième partie où il traite des problèmes actuels, il
analyse « la destruction des structures de
la nation ». Quelques titres (parmi des
dizaines) de ces chapitres sont significatifs : « La provocation à la haine » —
« La sécurité n’est plus assurée » — « La
loi morale bafouée » — « Le désastre
économique » — « Les couples hors
normes favorisés ».
Nous dira-t-on que toutes ces déviances
Cinéma
Cette semaine, la rubrique ciné passe
d’un extrême à l’autre avec, d’une part,
une comédie française chorale et dépressive, Cœurs d’Alain Resnais, et de l’autre
un film de monstre coréen hilarant, The
Host de Bong Joon-Ho .
A 84 ans, Alain Resnais, qui n’est pas le
doyen des cinéastes français encore en
activité (l’honneur échoit à Eric Rohmer,
86 ans), fait preuve d’une vitalité créatrice pouvant en remontrer à nombre de
petits génies trentenaires. Cœurs, Lion
d’argent du meilleur réalisateur à la dernière Mostra de Venise, en apporte
l’éblouissante démonstration. Longtemps
intitulé Petites peurs partagées, son 34e
film est une adaptation de Private fears
in public places, une pièce de l’auteur
dramatique anglais Alan Ayckbourn qu’il
avait déjà porté à l’écran en 1988, dans
son célèbre diptyque Smoking/No smoking. Mais cette fois, le scénario, écrit
par Jean-Michel Ribes, francise les personnages et le lieu de l’action qui n’est
plus Londres mais Paris, dans le quartier
de la Bibliothèque Mitterrand. Un
endroit rendu encore plus désolé et triste
par la neige qui ne cesse de tomber pendant tout le film sur six cœurs en hiver en
proie à une bile noire et se livrant à des
chassés-croisés tragi-comiques : Thierry,
un agent immobilier célibataire (Dussolier) qui se démène pour trouver un
appartement pas trop exigu à Dan, un
ancien militaire alcoolique au chômage
(Lambert Wilson) et à Nicole sa compagne (l’Italienne Laura Morante) et
dont la sœur cadette Gaëlle (Isabelle
Carré) recherche l’âme sœur par voie de
petites annonces. La bigote Charlotte
(Azéma), son employée à l’agence qui lui
a prêté une K7 d’émission religieuse, se
dévoue pour faire la garde-malade au
chevet du vieux père acariâtre et n’en
finissant plus de mourir (un rôle invisible
mais mémorable pour Claude Rich dont
on n’entend que les éclats de voix furibonds) de Lionel (Arditi), barman de nuit
dans un grand hôtel ayant une aventure
avec Nicole…
Le lamento continuel de tous ces protagonistes étriqués, confits dans leur solitude intérieure et leur mal-être, donne lieu
à un film touchant et mélancolique, d’une
gravité à pleurer par moments mais fort
drôle à d‘autres et qui ne sombre jamais
dans la désespérance morbide. La mise en
scène suprêmement élégante de Resnais et
les prestations tout en finesse de sa troupe
d’habitués, plus les deux petites nouvelles,
transcendent la déprime ambiante et font
de Cœurs l’un des grands coups de cœur
français de l’année.
●
Le jeune cinéaste coréen Bong Joon-Ho
avait attiré l’attention des cinéphiles
européens voici trois ans avec son magistral polar Memories of murder. Avec The
Host il fait tout aussi fort en s’attaquant
cette fois à un sous-genre du fantastique
fort prisé en Asie, au Japon notamment
(la série des Godzilla), le film avec
bébête géante. Jadis nés des expérimentations nucléaires, les monstres mutants
d’aujourd’hui sont des rejetons de la pollution causée par la négligence criminelle des hommes. Dans le cas qui nous
intéresse ici, le vil pollueur est américain
et a fait déverser en 2000 des déchets
toxiques dans la rivière Han qui traverse
Séoul. Six ans plus tard, une créature
monstrueuse et affamée, mi-batracien miAlien (celui de Ridley Scott), surgit des
flots, sème la panique et la mort dans la
population et emporte dans son antre,
dans les égouts de la ville, une fillette
dont le grand-père tient un petit snackbar au bord de la rivière. Contre l’avis
des autorités coréennes et des Américains, incompétents et dépassés par l’ampleur du désastre, les pittoresques
parents de la gamine, convaincus qu’elle
est encore en vie, courent sus à la Bête
immonde.
Bong Joon-Ho, jouant avec virtuosité
sur plusieurs tableaux, télescopant les
genres et en détournant les codes, ne se
limite pas aux seules séductions fantastiques et horrifiques du récit qui éclatent
dès le premier quart d’heure grâce à des
effets spéciaux saisissants lors du surgissement du monstre en plein jour. The
Host est aussi un film d’action spectaculaire et plein de suspens, un méli-mélo
familial plein de sensibilité et de tendresse avec des personnages attachants
(dignes cousins asiatiques de la famille
azimutée de Little Miss Sunshine), une
comédie burlesque aux
gags ravageurs et surtout une satire subtilement subversive de la
société coréenne complètement vampirisée par
son protecteur américain, le véritable
“monstre” de l’histoire.
Bref une curiosité complètement débridée susceptible de plaire à de
nombreuses catégories
de spectateurs.
Patrick LAURENT.
Les Mémoires d’espoir de Pierre Descaves
La bile et la bête
OIGNEZ VILAIN…
Financé exclusivement par la France et
notamment, de l’aveu même de son producteur Jamel Debbouze
dans Le Nouvel Observateur,
par les conseils généraux
que tient la “droite” et plusieurs ministères, le film
“Indigènes”, acheté aux
Etats-Unis par la Weinstein
Company, représentera
néanmoins l’Algérie dans la
catégorie « films étrangers » lors de la
course aux Oscars. Où il a de bonnes
chances d’être primé.
Deux livres majeurs d’Hervé RYSSEN
LES ESPÉRANCES PLANÉTARIENNES
(paru en 2005, 432 pages, 26 euros)
PSYCHANALYSE DU JUDAÏSME,
(paru en 2006, 400 pages, 26 euros)
Commandes à : Éditions Baskerville, SDE Domiciliations,
14 rue Brossolette, 92300 Levallois. Chèque à l’ordre de
HERVE FRANCOIS. Ajouter 2 euros de frais de port.
(Dessin de CHARD.)
N° 2788 — 1er DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL 11
Le Cœur de Louis XVII ? L’incroyable
odyssée du précieux viscère — subtilisé
par le docteur Pelletan lors de l’autopsie
de l’enfant mort au Temple en juin 1795
et dont les restes furent inhumés au cimetière Sainte-Marguerite — justifie pour le
moins l’interrogation du titre que
Claude Mouton-Raimbault a donné à son
étude (1).
Reprenant point par point les ouvrages
de l’orléaniste Philippe Delorme,
Louis XVII. Sa mort au Temple confirmée
par la science, et du naundorffiste Philippe A. Boiry, Louis XVII avait-il deux
cœurs ? qui utilisent peu ou prou les
mêmes sources… interprétées suivant les
besoins de leurs thèses contradictoires,
l’auteur recense dans chacune d’elles un
certain nombre d’“anomalies” et même
d’invraisemblances qui jettent la suspicion sur l’authenticité du « pieux larcin »
désormais rapproché de ses père et mère
dans la basilique de Saint-Denis.
Si le cœur dit “Legoy”, déposé en 1789
au Val-de-Grâce et réputé appartenir au
premier dauphin, connut lui aussi maintes
tribulations, on suit avec effarement les
pérégrinations du cœur dit “Pelletan” :
volé fin 1809 par Tillos, élève du praticien, rendu contre reçu en 1814 par la
veuve du voleur, refusé par Louis XVIII
lors de la première Restauration puis,
après les Cent Jours, hébergé dans la
bibliothèque de l’archevêché de Paris,
mis à sac en 1830, retrouvé le lendemain
dans les déblais par l’un des fils Pelletan
qui le confie à un Me Barre… qui le propose en 1883 au comte de Chambord
dans son exil autrichien du château de
Frohsdorf… dont hérite le duc de Madrid,
lequel accepte enfin le don.
L’auteur de cette enquête estime quant
à lui que l’apparentement aux Habsbourg
révélé par l’ADN n’apporte pas l’évidence que « la pieuse relique » soit celle
du dauphin-martyr et que « le doute subsistera tant que l’ADN du crâne (cimetière Ste-Marguerite) et des cheveux
(Pontoise) » n’aura pas été fait. Mais
« au-delà du doute, l’espérance ! »
Marie-Gabrielle DECOSSAS. _____
(1) 115 pages, 12 €. Editions de Chiré.
L’AUTOBIOGRAPHIE remonte à
la plus haute Antiquité. Tout au
moins à l’Ancien Testament, si
l’on veut bien considérer que la réponse
de l’Eternel à Moïse, « Je suis celui qui
suis », en constitue, dans sa forme lapidaire, l’archétype. Si le terme lui-même
est récent dans son acception actuelle (le
Dictionnaire de l’Académie le signale en
1856 comme néologisme et il apparaît
chez Littré quelques années après), le
genre a perduré au cours des siècles et
dans toutes les littératures. Non sans susciter d’innombrables questions, singulièrement depuis que les sciences humaines
ont envahi le champ de la littérature.
Nouvelle critique, psychocritique, psychanalyse, structuralisme en ont fait un
de leurs terrains de chasse favoris. Car il
s’agit d’abord d’en délimiter le concept.
De démêler l’inextricable écheveau qui
fait de l’auteur, du narrateur et du héros
un personnage à la fois un et multiple. De
distinguer l’autobiographie du journal
intime qui, lui, ne suppose pas de destinataire. D’évacuer enfin le faux problème
de la bonne foi de l’écrivain, de la vérité
ou du travestissement, volontaire
ou non, du récit.
On voit par là que les universitaires, prompts à couper les cheveux en quatre, laissent de côté
l’essentiel. A savoir la qualité
esthétique du texte, son pouvoir
d’émotion, l’empathie créée avec
le lecteur. Tous domaines restés
hors de portée des cuistres de toute
espèce.
Ce qui est certain, c’est qu’on
n’écrit pas son autobiographie
sans intention. Des Confessions de
saint Augustin à celles de Rousseau, des Essais de Montaigne aux
Antimémoires de Malraux en passant par l’Histoire de ma vie de
George Sand ou les Mémoires
intérieurs de Mauriac — ce sont là
seulement quelques exemples —,
chaque auteur indique clairement
son but : témoignage, justification, exemplarité d’une vie, reconstitution d’un itinéraire spirituel, souci de transmettre une
expérience, autant de raisons de se raconter.
En définitive, si l’autobiographie peut
atteindre au statut d’œuvre d’art, c’est
parce que, comme l’a bien noté Georges
Gusdorf, « la fonction proprement littéraire, artistique, a (…) plus d’importance
que la fonction historique et objective. »
●
Voilà pourquoi les trois copieux
volumes constituant l’Œuvre complète (*) de Christian Guillet offrent
l’une des meilleures surprises de la rentrée. Cette succession de neuf récits initialement publiés entre 1959 et 1998
relève en effet d’une tentative originale :
reconnaître, à travers les annales couvrant plus de quarante années de sa
propre vie, tous les thèmes qui sont les
fondements de la condition humaine.
Tentative qui n’est guère éloignée de
celle de Montaigne, si l’on admet avec ce
dernier que « tout homme porte en soi la
forme entière de l’humaine condition. »
Ainsi peut-on suivre, quasiment depuis
son enfance (encore que celle-ci soit à
peine évoquée, faute de souvenirs précis), le parcours de Christian Guillet, né
à Paris en 1934. Et dès le premier récit,
Le Rouge au front, on tombe sous le
charme.
Non que ce qui est conté soit extraordinaire, l’auteur lui-même nous en avertit :
« Incapable de tailler dans le grand, je
me suis efforcé de concentrer des petites
choses, faisant ce livre par additions
continuelles, sans jamais retrancher. (…)
Que voulez-vous, la vie elle-même n’est
qu’une suite désordonnée de petits
événements sans
aucun lien. »
Mais c’est justement de cette accumulation de petits faits que naît la magie.
On découvre au fil des pages un narrateur-héros attachant à proportion même
de sa “banalité”. Capable d’analyser avec
une extrême finesse son évolution psychologique, des rapports avec ses parents
aux premiers émois adolescents, de la
découverte de la femme et de la sexualité
à la formation d’un sens esthétique exigeant.
Son aversion pour la scolarité, ses
études (droit, hypokhâgne, sciences po)
jalonnées de rencontres et de passions
inassouvies, la genèse de son caractère,
autant d’épisodes revécus avec minutie,
donnant lieu à des développements d’une
précision scrupuleuse. Les traits ébauchés dans ce premier récit préfigurent
ceux de la maturité. Telle est l’ambition
de l’auteur de percer à jour, pour le profit de son lecteur, tous les indices qui,
depuis sa prime enfance, le prédestinaient
à devenir ce qu’il est.
Cela ne va pas sans hésitations ni
doutes, tant sur la matière que sur
le style. Voire sans naïvetés qui
n’échappent pas à l’auteur. Il se
montre soucieux de la réception de
son livre, se reproche ses
réflexions sur son œuvre au détriment de l’œuvre elle-même. « Tant
pis, on verra du moins ce que j’aurais voulu faire : le livre d’un
homme pour qui n’existe que l’autobiographie. »
Le second récit, Toutes les heures
de la nuit, est dominé par la figure
de Christiane, jeune fille à laquelle
il doit la véritable révélation de la
sensualité. Elle finira par le quitter
pour en épouser un autre, le renvoyant à ses chimères jusqu’à
d’autres rencontres féminines narrées dans Adieu trophées. Ce troisième volet qui clôt le tome 1 est toutefois, pour l’essentiel, consacré à son passage sous les drapeaux, en Allemagne,
puis en Algérie.
On en retient notamment des pages sur
De Gaulle, « ce vieil adolescent (qui) fut
notre dernier romantique », où la lucidité
est parfois battue en brèche par une admiration par trop inconditionnelle, et des
réflexions sur la guerre d’Algérie : « Les
Français se sont désintéressés de l’Algérie
(…) et l’Arabe a subi sa victoire comme
nous la défaite, emporté par un mouvement
de décolonisation qui le préoccupe si peu
qu’incapable bientôt d’assumer son indépendance, il profitera des intérêts contradictoires de puissances étrangères pour
accomplir de force, sous un autre joug, ce
qu’il refusait sous le nôtre plus bénin. »
●
Le tome 2 comporte lui aussi trois
récits, Le Temps du partage, La Porte
d’ivoire et L’Adoration perpétuelle. Il
couvre la période 1963-1976. Voici l’auteur-narrateur marié à Simone, après
maints détours amoureux, et bientôt père
d’un garçon dont il conte la naissance et
les sentiments qu’elle lui inspire avec un
grand luxe de détails.
« Je le regardais, écrit-il, comme s’il eût
été doué d’un pouvoir hypnotique et avec
une attention telle qu’au bout de
quelques heures il m’arrivait de ne plus
le voir, son impuissance à marcher ou
même à bouger me laissait imaginer à
loisir qu’un jour peut-être il irait jusqu’à
voler… » La croissance du nourrisson,
son premier langage, ses premiers pas,
son évolution donnent lieu à des développements baroques ou attendrissants.
De même l’entrée de l’auteur en
Maçonnerie (il en démissionnera vite,
pour « désaccord métaphysique ») et l’intérêt qui s’ensuivit pour la politique lui
inspirent-ils des
réflexions dénotant son
indépendance d’esprit.
Ainsi constate-t-il, non
sans bon sens, que si
notre pays est ingouvernable, « il n’aurait peut-être pas sombré
sans l’avènement de la démocratie —
laquelle ne correspond au génie de notre
nation que pour donner libre cours à son
indiscipline essentielle, et à un individualisme fatal à ce régime qui seul exigerait
la vertu de tous ».
Plus loin, il prophétise que « l’égalité
présupposée des individus, qui a engendré l’envie et la haine et le malheur, les
réduira peu à peu à une uniformité effective (…) et elle cache un profond mépris
pour les hommes qu’elle vous incite à ne
point prendre la peine de distinguer les
uns des autres, sacrifiant l’élite à la collectivité au détriment de laquelle chacun
s’efforce si bien de vivre que les plus
besogneux nourrissent les plus paresseux. »
Mes lecteurs me pardonneront la longueur de ces citations. Elles permettent
de mieux cerner un écrivain dont l’originalité éclate à chaque ligne, qu’il s’agisse
du récit des événements de sa vie courante ou de considérations plus générales.
La quête ardente d’une foi, la critique
acerbe d’un clergé « plus sécularisé que
les laïcs » nourrissent ainsi les meilleures
pages de L’Adoration perpétuelle.
Le dernier volume regroupant lui aussi
trois récits (Au nom du père, Les dernières tentations et Chapelle ardente) a
pour figure centrale son père dont il
découvre l’amour qu’il nourrit pour
Simone, sa propre épouse. Celle-ci, qui
ne se montre pas indifférente, a donné
entre temps un petit frère à leur fils
Christophe. Avant de se résoudre, non
sans hésitations ni scrupules, à avorter
d’un troisième enfant.
On ne s’attardera pas sur des épisodes
familiaux où s’affrontent des passions
antagonistes, ni sur les liaisons successives qui parachèvent l’éducation sentimentale de l’auteur. Pas davantage sur
ses séjours en Chine et au Brésil où il
présente son œuvre, bien qu’ils soient
l’occasion de pittoresques notations de
voyage. Chapelle ardente (1989 à 1994)
s’achève sur la mort du père et l’entrée
du narrateur dans la vieillesse.
Résumée ainsi à grands traits, cette
Œuvre complète perd nombre de ses
vertus. Elle vaut en effet par les nuances,
la subtilité de l’analyse (par quoi elle fait
penser à celle de Proust). Par l’originalité
de son auteur auquel on ne saurait reprocher son auto-complaisance, puisqu’il se
prend pour sujet et se place délibérément
au centre de son livre sans pour autant
jouer les héros. Il faut y ajouter le style,
d’une pureté classique. Il entre pour
beaucoup dans la séduction exercée par
cette œuvre singulière.
_____
Œuvre complète. Editions L’Age d’Homme,
collection « Au cœur du monde ».
Tome 1 : I Le rouge au front, II Toutes les
heures de la nuit, III Adieu trophées. 423 pages,
27 €.
Tome 2 : IV Le Temps du partage, V La Porte
d’Ivoire, VI L’Adoration perpétuelle. 445
pages, 27 €. Tome 3 : VII Au nom du père, VIII Les dernières tentations, IX Chapelle ardente. 413
pages, 27 €.
Christian Guillet, un autobiographe singulier
Enquête sur le cœur d’un enfant martyr
LIVRES PROPOS
par P.-L. MOUDENC
Vingt années de chronique
littéraire dans RIVAROL,
classiques et modernes,
de Marcel Aymé à Vigny
Ed. Dualpha, 430 pages, 35 €
En vente à nos bureaux (39 € fco)
chèque à Editions des Tuileries.
AVEC sa discrimination
positive, le président de
l’UMP ne serait-il pas en
retard d’une bataille, avec le
risque subséquent de perdre
la guerre ? « Sarko l’Américain » devrait en
effet savoir que dans ces Etats-Unis qui sont
sa Terre promise, l’Affirmative Action a été
quasiment abandonnée. Ainsi, dans ce qui
fut tout à la fois le bastion et l’étendard de
cette politique, l’université californienne
UCLA, les Noirs hier si nombreux ne représentent plus que 1,98 % des nouveaux étudiants, désormais “caucasiens”, chicanos et
surtout asiatiques dans leur énorme majorité.
Ceci expliquerait-il cela ? Décrivant le
« verdoyant campus » de l’UCLA, La
Presse de Los Angeles souligne que « les
temps ont changé »: « Les édifices sont
impeccables, les jardins entretenus avec
soin ». Assez loin de Nanterre ou de Villetaneuse…
Les temps semblent avoir changé, en effet,
et sans se laisser prendre au vieux mirage de
l’hirondelle qui ferait le printemps, de petits
signes apparaissent, oh, bien timidement, qui
pourraient inciter à l’optimisme. Ce sont les
lecteurs qui, périodiquement, nous supplient
de leur « donner de bonnes nouvelles » qui
vont être contents !
CES “LOIS MÉMORIELLES”
QUI “VIOLENT
LA CONSTITUTION”
Et d’abord la plus récente et la meilleure
de ces nouvelles : à l’approche du premier
anniversaire le 11 décembre de la pétition
« Liberté pour l’histoire », 56 juristes, pour
la plupart universitaires de très haut niveau
tel Bertrand Mathieu, directeur du Centre de
recherche de droit constitutionnel, dénoncent la « liste déjà longue de dispositions
visant, soit à interdire la manifestation
d’opinions, soit à écrire l’Histoire et à
rendre la version ainsi affirmée incontestable comme les textes sur le génocide juif,
l’esclavage ou la colonisation ». Logiquement, ces juristes réclament donc l’abrogation des « lois mémorielles », résultat d’un
« abus de pouvoir du législateur » qui « se
substitue à l’historien pour dire ce qu’est la
réalité historique et assortir cette affirmation de sanctions pénales » en cas de négation. « Ces lois, que les autorités compétentes se gardent bien de soumettre au
Conseil constitutionnel, violent à plus d’un
titre la Constitution ». Laquelle, rappellent
sévèrement les protestataires, « s’oppose à
ce que soient reconnus des droits collectifs
à quelque groupe que ce soit, défini par une
communauté d’origine, de culture, de
langue ou de croyance… Elles violent également le principe d’égalité en opérant une
démarche spécifique à certains génocides et
en ignorant d’autres », ainsi que « la liberté
d’expression, de manière disproportionnée,
mais aussi et surtout la liberté de la
recherche ».
Ces avocats et professeurs parlent d’or.
Seront-ils mieux entendus que ne l’ont été
au cours de l’année écoulée les champions
de « Liberté pour l’Histoire » ? On rêve d’un
campus où les étudiants feraient grève pour
obtenir non pas « plus de moyens » ou la
retraite à 40 ans, mais tout simplement un
chouïa de libre-arbitre.
Encore un effort, en tout cas, et l’on verra
peut-être les universitaires les plus distingués revêtir leur toge pour interpeller les
candidat(e)s à la présidentielle et les sommer, comme je le suggérais dans ma chronique du 10 novembre, de s’engager solennellement à libérer Clio de ses chaînes. Indéfendables sur le plan juridique, absurdes sur
le plan intellectuel.
DES TRAFICS HUMAINS
PIRES QUE L’ESCLAVAGE
Le Vatican, où l’on a pourtant longtemps cultivé le culpabilisme comme une
fleur rare, songerait-il à s’en affranchir,
au moins en ce qui concerne la génocidaire traite triangulaire dont, il est vrai,
tout à prouver en justice que celui touchant éventuellement Aziz et Fatoumata.
A quand la création d’un SOS-Mocheté,
d’un SOS-Agisme ?
APRÈS L’ELECTION DE SARKO,
LE DÉLUGE (MIGRATOIRE) !
Qu’on ne compte cependant pas sur
Mme Valérie Pécresse, député des Yvelines et porte-parole de l’UMP, pour
embrasser cette juste cause. Elle, ce qui
l’intéresse au premier chef, c’est « la
construction d’une société métissée » car,
comme elle le confiait le 23 août dernier
au Monde, « la France est une société
métissée qui ne se voit pas comme telle »
alors qu’« il faut pourtant le savoir : les
habitants des ghettos et ceux des beaux
quartiers finiront par se mélanger. Nos
frontières vont s’ouvrir à de nouvelles
formes d’immigration, venant d’Asie
comme des pays de l’Est ». Un avenir qui
la réjouit.
Et, comme si ça ne suffisait pas, la jolie
blonde d’expliquer cinq semaines plus
tard (cette fois sur Europe 1, le 4 octobre)
que s’il n’est « malheureusement pas
possible de régulariser massivement
l’ensemble des immigrés en situation
irrégulière comme cela a été fait en
Espagne et en Italie », c’est parce que les
Français sont “xénophobes”. Avec « un
FN à 15 % » à quelques mois de la présidentielle, il convient donc d’avancer par
petites touches, « au moins jusqu’en
2007 ».
Et après ça le déluge ! Ce n’est pas
200 000 mais un million de clandestins
qu’un Sarko enfin président s’empresserait de régulariser, puis de naturaliser.
L’IMMIGRATION CONTRE
LA CAUSE DES FEMMES
La radieuse perpective évoquée par
Mme Pécresse, énarque et versaillaise (ça
ne s’invente pas), me revient alors qu’une
autre notabilité UMP, le ministre délégué
à la Cohésion sociale et à la Parité Catherine Vautrin, a présenté le 22 novembre
son plan pour endiguer les « violences
faites aux femmes », dont une décéderait
« tous les trois jours en France des suites
des coups assenés par son conjoint”. Cette situation horrifie Mme Vautrin mais
aussi Amnesty International qui enjoint à
notre gouvernement d’« agir énergiquement » pour régler ce « problème qui doit
être une priorité de la campagne pour
l’élection présidentielle de 2007 » car
« les violences faites aux femmes sont
une violation de leurs droits humains ». Antienne reprise par Ségolène Royal proclamant non sans démagogie que la
« première loi » qu’elle ferait voter à
peine élue présidente serait « une
loi contre les violences faites aux
femmes ».
Faites par qui ? Mystère. Car si
nos démocrates flétrissent volontiers « la violence » (dans la
famille, les transports, à l’école),
ils se gardent toujours de désigner nommément — et racialement — les violents. Or la
meilleure, voire la seule façon de
mieux protéger les femmes ne
serait-elle pas de pratiquer la
tolérance zéro en matière d’immigration ? C’est ce qu’avait
suggéré Camille Galic dans un
édito déjà ancien et, des cinq présidentiables interrogés le même
22 novembre par Le Parisien,
Jean-Marie Le Pen a été le seul à
faire entendre cette voix du bon
sens : pour « mieux lutter contre
les violences conjugales », il faut
certes, selon le président du Front
national, « mener une grande
politique familiale assurant la
stabilité matérielle et morale des
familles françaises », mais
d’abord « résoudre le problème
de l’immigration, principal vecteur de l’islamisation de notre
société et donc de la dégradation
de la condition féminine. »
CQFD, comme le confirment
quelques cas récents. Par exemple
celui — qui « rappelle
une sombre période de
l’histoire de France,
celle de la Libération
quand les femmes
étaient tondues pour
avoir fréquenté des soldats allemands », cf.
Le Progrès de Lyon — de l’adolescente
tunisienne d’Oullins tabassée et tondue
par son frère et son père (qui a été remis
en liberté) parce qu’elle fréquentait un
“Gaulois”… Celui de la Marocaine Chahrazad brûlée à 60 % il y a un an en SeineSaint-Denis par un soupirant pakistanais,
depuis réfugié dans son pays natal dont il
n’est revenu que le 17 novembre… Ou
encore celui de la Franco-Sénégalaise
Mama Galledou également brûlée vive, le
27 octobre, dans l’incendie d’un bus marseillais qu’elle avait empruntée pour rentrer chez elle (1). Tous ces drames, affreux
(et affreusement onéreux pour notre Sécurité sociale obligée de financer les multiples opérations destinées à rendre figure
humaine aux victimes), ne sont-ils pas
avant tout des drames de l’immigration ?
Ce qui n’avait pas empêché la Ligue des
droits de l’homme, commentant le calvaire de Chahrazad (qui, en guise de
consolation, a été naturalisée le
22 novembre en grande pompe par Sarkozy soi-même sur recommandation de
Chirac), de prétendre avec impudence que
« l’horreur qu’inspire de tels actes donne
la mesure de la violence et de l’archaïsme
des rapports de sexe dans lesquels vit
encore la société française ».
“LE PEN AU PLUS HAUT”
La société française ou bien plutôt l’admirable « société métissée » dont Valérie
Pécresse souhaite tant l’avènement, hélas
différé par la “xénophobie” ambiante et
ce maudit FN à 15 % ? Et même à 17 %
selon un sondage CSA pour Le Monde
(du 25 novembre) qui se désole de voir
« Le Pen au plus haut », voire à 20 %
selon François Hollande cité par L’Express (du 23/11). L’ancrage de ces 17 à
20 % de résistants dans le réduit breton
et la crainte salutaire qu’ils inspirent aux
apprentis-sorciers du grand mélangement
universel ne constituent-ils pas aussi, en
soi, une excellente nouvelle ?
_____
(1) Selon le procureur Jacques Beaume, les
incendiaires, « quasiment tous scolarisés »
mais « ayant déjà fait l’objet de procédures
pénales pour recel de scooter, rébellion à
agents ou dégradations de bus », ont simplement cédé à « une sorte d’excitation collective
pour monter une opération de cette nature » mais « leur objectif n’était en aucun cas d’atteindre une passagère ». On respire.
Chronique de quelques bonnes nouvelles
la contestation est beaucoup moins risquée que celle de la Shoah par exemple ?
Ancien envoyé de Rome auprès des
Nations-Unies et actuel président du
Conseil pontifical pour la pastorale des
migrants et des personnes déplacées, le
cardinal Renato Martino a reconnu le
14 novembre que « le trafic des êtres
humains, notamment celui des femmes
contraintes à la prostitution et des
enfants soumis au travail forcé, s’est
intensifié » et que « des personnes sont
réduites en esclavage parce qu’elles
dépendent de certains criminels qui prennent possession d’elles ». Autant d’abominations « pires que la traite des Noirs
au cours des siècles passés ».
Cela en effet allait sans dire puisque, les
esclaves étant des biens précieux, souvent achetés fort cher, ils étaient par définition bien traités (« le rêve d’un canut
lyonnais : être esclave dans une plantation de Caroline du Sud et se la couler
douce », ironisait pendant la guerre de
Sécession l’humoriste français Alphonse
Karr — cité par D. Venner dans « Le
Blanc Soleil des vaincus »), ce qui n’est
pas le cas des malheureuses Moldaves
tombées aux mains de proxénètes kossovars, des orphelins sierra-léonais enrôlés
par les milices tribales ou des clandestins
chinois bossant comme des forcenés jusqu’au remboursement complet, et assorti
d’exorbitants intérêts, de leur transfert
vers le “paradis” occidental. Mais il est
bon que Rome le dise.
L’AGISME, SUPER-RACISME
De même que l’Observatoire des discriminations, lié à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, vient d’admettre dans
son « Premier Baromètre national de la
discrimination à l’embauche » présenté
le 21 novembre par le sociologue JeanFrançois Amadieu que la discrimination
la plus répandue et la plus grave n’est
nullement fondée sur la couleur de la
peau, la religion ou les préférences
sexuelles comme le prétend Louis
Schweitzer, président de la HALDE, mais
sur l’âge… et le physique, plus ou moins
avantageux. En d’autres termes, et n’en
déplaise à SOS-Racisme, une Vénus
noire a bien plus de chances de trouver
un job qu’un quinqua ventripotent et
bigleux. Et une Elodie ou même une
Nadia domiciliée près de St-Germain des
Prés sera toujours préférée à une habitante d’Asnières prénommée Jeannine ou
Martine, prénoms sentant par trop les
années 1950 de l’autre siècle car, principe n° 1, « sur le marché du travail, on
est vieux de plus en plus jeune ».
Mais ce “racisme”-là, bien réel, est évidemment plus difficile à combattre et surpar
Claude LORNE
(Dessin de CHARD.)
3:HIKMPD=[UXUZ[:?c@h@j@k@k; M 02536 - 2790 - F: 3,05 E
● suite page 2
Belgique, Luxembourg : 3,25 €
Canada : . . . . . . . . . . . . . 5,25 $
Mayotte : . . . . . . . . . . . 3,89 €
Suisse : . . . . . . . . . . . . . . . 5 FS
Port. Cont. : . . . . . . . . . . 3,50 €
RIVAROL.
R I VA R O L
“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”
N° 2790 HEBDOMADAIRE DE L’OPPOSITION NATIONALE ET EUROPÉENNE 15/12/2006
N° 2790 du 15 DÉCEMBRE 2006
www.rivarol.com
donc des bavures comme celle dont la
région de Thar Thar a été le
8 décembre, et pour la troisième fois,
le théâtre quand les forces américaines
ont tué vingt personnes, dont quatre
femmes et deux enfants. Un nouveau
“dérapage” qui n’améliore pas le moral
de l’armée, et encore moins celui du
peuple américain, dont l’hostilité à cette
occupation sanglante s’était manifestée avec éclat le 7 novembre, lors des
élections de mi-mandat qui ont donné
aux démocrates la majorité au
Congrès.
D’où la tentative de la vieille garde
républicaine de sauver non plus le soldat Bush mais le Great Old Party en
vue de la prochaine présidentielle, en
2008. Ce n’est donc pas un hasard si,
parmi ses 79 “recommandations”, le
rapport Baker suggère que, « d’ici au
premier trimestre 2008, en liaison avec
la situation sécuritaire sur le terrain,
toutes les brigades de combat qui ne
sont pas nécessaires pourraient être
retirées d’Irak ». Même si le rétablissement, au moins provisoire et superficiel, de la « situation sécuritaire »
implique pour les Etats-Unis une révision déchirante : celle d’« entrer en
contact direct avec l’Iran et la Syrie afin
de faire en sorte que ces
pays s’engagent à pratiquer
une politique constructive en
Irak » (recommandation
n° 9). « Faire en sorte », cela
signifie que, recommandation n° 13, « les Etats-Unis
doivent renouveler et maintenir leur engagement
envers une paix globale
entre Arabes et Israéliens, et
ce sur tous les fronts, d’une
part pour le Liban et la Syrie,
d’autre part pour Israël et la
Palestine dans la ligne de
l’engagement pris par le président Bush en juin 2002 en
faveur d’une solution à deux
Etats ». Avec restitution
« par les Israéliens du plateau du Golan à la Syrie »
(recommandation n° 16).
C’EST bien là où le bât
blesse. A l’heure précise où Téhéran accueille
une conférence révisionniste que le département
d’Etat américain a qualifiée de “honteuse”, comment Israël et la diaspora
pourraient-ils accepter de voir
Washington réintègrer Téhéran dans
le «Grand Jeu» alors que tout le
remodelage du «Grand MoyenOrient» par les néo-conservateurs
était justement de neutraliser l’« Axe
du Mal » ? Et comment pourraient-ils
se satisfaire d’un retour au plan de
Bush père quand ils le firent battre à
la présidentielle de novembre 2002
précisément parce qu’ils refusaient
que fût tenu l’engagement de juin
2002 ? C’est d’ailleurs pourquoi,
sachant qu’il ne tiendrait pas longtemps à la Maison-Blanche s’il reprenait à son compte la politique procheorientale de son illustre géniteur, plus
soucieux des intérêts pétroliers que
de ceux d’Israël, George W. s’entoura
de la clique de neo-cons qui, eux,
n’avaient en tête que la survie de
l’Etat hébreu, fallût-il pour l’assurer
Une approche révisionniste du sida
De Pinochet ou de Castro, quel est le massacreur ?
Les ravages du racisme antifrançais
Un crime contre l’humanité enfin reconnu
DANS sa cellule de
condamné à mort,
qu’aura pensé Saddam Hussein du rapport
Baker-Hamilton présenté le
7 décembre à Washington
et visant à apporter « une
conclusion responsable à
ce qui est maintenant une
guerre longue et
coûteuse » ? Qu’aura surtout pensé le Zaïm, si vilipendé et si humilié par ses
vainqueurs, du constat
désormais officiel selon
lequel « les Irakiens n’ont
été libérés du cauchemar
d’un joug tyrannique que
pour tomber dans le cauchemar actuel de la violence aveugle » ?
Incroyable constat, en effet,
qui légitime a posteriori le
« joug tyrannique » que le
1er mai 2003, du pont du
porte-avions Lincoln, et
« Mission accomplie »,
George W. Bush se flattait
d’avoir abattu après une guerreéclair, au profit de la démocratie
triomphante.
NE nous faisons aucune illusion : le
rapport établi sur l’Irak par un
« groupe d’études » composé de l’exsecrétaire d’Etat de Bush père et de
plusieurs de ses anciens collègues
républicains (Lawrence S. Eagleburger,
Vernon E. Jordan, la juge à la cour
suprême Sandra Day O’Connor, etc.),
mais aussi de démocrates comme Lee
Hamilton, coparrain de la commission,
est un catalogue de bonnes intentions.
Il a donc peu de chances de débloquer
une situation “épouvantable” de l’aveu
même de Tony Blair, le complicecaniche de Bush fils dans l’aventure
irakienne. « Une situation pire qu’une
guerre civile » estime de son côté le
secrétaire général des Nations unies
Kofi Annan. Avec quelque raison
puisque, selon la revue scientifique britannique The Lancet, « près de 655
000 Irakiens ont été tués depuis l’invasion militaire de mars 2003 », soit
« plus de 4 000 morts par semaine »
dont trois sur dix « directement imputables aux forces de la Coalition sans
distinction entre civils et militaires »
(voir RIVAROL du 20 octobre). 655 000
morts en trois ans, c’est « donc plus de
trois fois le total des victimes de la
guerre au Darfour. Si ce n’est pas un
génocide, c’est en tout cas une hécatombe », écrivions-nous alors.
Mais, du point de vue états-unien,
cette Blitzkrieg censée faire « zéro
mort », et qui n’en fit que 141 en marsavril 2003, s’est depuis révélée meurtrière. La barre des 3 000 GIs tués a en
effet été franchie avec ces derniers
mois une accélération semant la
panique dans l’US Army et favorisant
(Dessin de CHARD.)
Imprimé en France/Printed in France
2 N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL
A la tête de cette patate chaude a été
nommé en 2004 Yves Guéna (84 ans),
l’un des ex-grands barons du gaullisme,
ancien député, sénateur et
président du Conseil
constitutionnel, ce qui lui
assurait déjà une confortable retraite. Il fut imposé
par Jacques Chirac, qui
n’hésita pas pour le caser à
faire sauter le titulaire du
poste, l’ambassadeur
Denis Bauchard. Le fait du
prince dans toute sa splendeur ! Mais
l’octogénaire ne dispose pas de l’autorité
(ou de la disponibilité) nécessaire pour
diriger et gérer la maison et il était question qu’il démissionne pour laisser la
place à Dominique Baudis dont le mandat à la tête du conseil supérieur de l’audiovisuel prend fin en janvier 2007. Et
qui connaît sans doute mieux l’Orient que
Guéna, étant l’auteur de plusieurs livres
sur le Levant, où il fut en poste comme
correspondant de France 3, et l’époux
d’une demoiselle Saiah. Mais pataquès,
Yves Guéna (dont on aimerait connaître
les émoluments) ne voudrait pas descendre de son cocotier avant l’expiration
de son mandat en juillet 2008.
UNE BONNE FILIÈRE
D’IMMIGRATION
De l’IMA aux imams, il n’y a qu’un pas
sémantique. Mais le sujet est sérieux. On
sait que lorsque fut créé en 2003 par
Nicolas Sarkozy le Conseil français du
culte musulman (CFCM), l’une des raisons évoquées était que cela permettrait
la formation en France d’imams modérés
et “intégrés”, formés dans trois centres.
Or Le Figaro affirmait le 7 décembre
que, de ces établissements ne sortent
chaque année qu’une dizaine d’imams.
Les inscrits ne manquent pas mais ce sont
surtout des étudiants qui veulent « obtenir des papiers et ne terminent pas leur
cursus ». Une bonne filière légale d’immigration…
Alors, d’où viennent les centaines
d’autres imams exerçant dans les 1 500
lieux de culte que compte désormais
l’Hexagone ? 150 à 160 sont des fonctionnaires venus de leur pays d’origine
(Maroc en tête, Algérie, Turquie) et sur
600 autres imams “permanents”, la majorité est issue du “bled” maghrébin et
connaîtrait un certain succès car incarnant un islam
très traditionnel, voire fondamentaliste. Selon un
théologien de la Mosquée
de Paris, « ils sont
capables de citer par cœur
les 114 chapitres et les
6247 versets du Coran ».
Au pays de Descartes et de
Voltaire c’est en effet une
référence ! Pour les milliers d’élèves des écoles
coraniques jouxtant les mosquées et fonctionnant « dans la plus totale opacité »,
Le Figaro précise que nombre de ces
imams « ont la double nationalité ».
Autant dire qu’il serait impossible de les
expulser en cas de besoin.
ISLAM : MGR DEFOIS
PERSISTE ET SIGNE
Ajoutons la création (récente) sur le sol
français d’instituts islamiques. Comme, à
Lille, l’Institut Avicenne financé en principe par le Qatar et la Libye. Son président est Mohamed Bechari, dissident du
CFCM. Lors de l’inauguration le
25 novembre, il a remercié son « amie
Martine Aubry », « qui n’a pas besoin de
cela pour obtenir les voix des
musulmans », a-t-il ajouté.
A Lyon, depuis septembre, fonctionne
le centre Shâtibî aux mains de disciples
des frères Ramadan, Egyptiens dont le
père fonda le mouvement des Frères
musulmans, qui a obtenu 80 députés lors
des dernières législatives égyptiennes.
A Strasbourg, il est question d’une université (privée) des sciences islamiques
qui serait financée par la France au nom
du Concordat. Mais, en 2005, les universitaires de Paris IV ont refusé d’enseigner
l’histoire des institutions françaises à des
étudiants “religieux”, c’est-à-dire musulmans. Il y a encore des “résistants”. Mais
pour combien de temps ? Et parmi eux,
on ne rangera pas en tout cas Mgr Defois,
archevêque-évêque de Lille. Lors de
l’inauguration de l’institut Avicenne, il
avait stupéfié certains assistants en affirmant tout de go : « L’islam fait partie de
nos racines européennes » (voir édito de
notre dernier n°). Il a confirmé le
2 décembre dans La Voix du Nord, en
déplorant que « les gens ignorent l’histoire et le rôle que la culture arabe,
musulmane, a eu dans le fonctionnement
de l’Europe ». Détail : Mgr Gérard
Defois fut recteur de la Faculté catholique de Lyon. En juillet 1996, archevêque de Reims, il s’était publiquement
désolidarisé du pèlerinage organisé, dans
le cadre du voyage de Jean Paul II, par la
Confrérie Notre-Dame-de-France, le
trouvant trop “tradi”.
Jean-Paul ANGELELLI.
L’ORDRE DE MALTE
CONVERTI
AU POL’ COR’
Tout comme les présentateurs de la
Météo nous invitant dans chaque journal télévisé à « fêter les Julien », ou les
“Natacha”, sans jamais préciser l’origine
de ces prénoms, les éditeurs de calendriers omettent soigneusement, désormais, de mentionner “saint” devant le
patron du jour. Laïcité oblige ! Mais estil admissible que l’Ordre de Malte, en
France en tout cas, se plie à cet oukaze ?
S’il devait n’en rester qu’un à respecter
la Tradition, c’est bien lui, comme notre
amie la baronne Louis de Condé, petitefille du marquis Giuseppe Paternò
di Sessa, ancien Grand Bailli de l’Ordre,
vient de le rappeler à Thierry de Beaumont-Beynac, président de l’Ordre de
Malte France en lui reprochant de se
« conformer au politiquement correct (…)
contrairement au courage qu’un ordre chevaleresque devrait toujours manifester ». Estimant
que « la principale caractéristique des prénoms
tient justement au caractère de sainteté de ceux
qui les ont élevés jusque sur les autels »,
Monica de Condé ajoute : « Pourquoi
cacher ce qui fait la force de
notre religion, pourquoi se
plier à l’atmosphère ambiante
qui refuse tout rappel du religieux, dans un pays, la
France, qui a vu toute son
histoire — comme d’ailleurs
toute l’Europe — se former
autour des valeurs du Christianisme ? Apparemment pour vous aussi Noël, malgré votre
rappel, est maintenant réduite à une fête laïque,
voire même païenne, en tout cas commerciale et
très utile pour attirer des dons, mais totalement
vidée de sa vraie substance. En outre, parce que
la nature a horreur du vide, au fur et à mesure
que régresse la religion catholique, la seconde
religion de France, l’islam, progresse à grand
pas. Par votre attitude (négligence, indifférence,
ignorance ?) malheureusement, vous y contribuez par votre démission. » « Refusant de cautionner toute tentative
d’abaissement de notre identité chrétienne »,
notre amie a renvoyé calendrier et cartes
de vœux à l’Ordre de Malte. Un
exemple que pourraient suivre nos lecteurs ayant reçu le même calendrier.
Démocrates, ne s’en offusqueront
pas, étant tout aussi inféodés, en
commençant par la présidentiable
Hillary Clinton, au vote-qui-n’existepas.
ALORS, beaucoup de bruit pour
rien ? A l’évidence. Reste que le
rapport de la commission sur l’Irak est
l’hommage rendu par le vice à la
vertu — en l’occurrence la vertu de
résistance opposée, dans ce journal par
exemple, à l’effroyable et planétaire
bobardement ayant précédé et suivi
l’agression du printemps 2003, avec
l’avalanche de mensonges et de montages sur l’arsenal « de destruction
massive », l’uranium acheté au Nigeria,
la collusion de “Saddam-Hitler” avec AlQaïda, la nécessité morale d’en finir
avec le régime intrinsèquement pervers
de Bagdad , etc. En cela, ce rapport est
une bataille gagnée par le véritable
« Axe du Bien » contre les Grands
Satans médiatiques qui mènent le
monde. Même s’il reste à gagner la
guerre.
<galic@rivarol.com>.
plonger toute la région dans l’“anarchie” (cf. l’idéologue Michael
Ledeen).
Au prétexte que, « s’il était appliqué,
le rapport Baker renforcerait l’islam
radical dans le monde entier » (alors
que c’est justement le chaos provoqué
en Irak et les souffrances infligées à
ses habitants qui exacerbent le fanatisme islamique), le gouvernement
Olmert a d’ailleurs très vite dit niet, un
veto confirmé à Washington par sa
ministre des Affaires étrangères Tsipi
Livni. Résultat immédiat : quelques
heures après avoir reconnu qu’« une
nouvelle approche était nécessaire »
sur l’Irak, George W. Bush repoussait
les “recommandations”, sommait l’Iran
de renoncer « de manière vérifiable »
à ses activités nucléaires et la Syrie de
« cesser ses activités
déstabilisatrices ». Seule concession
du locataire de la Maison-Blanche : il
va soutenir le « nouvel effort diplomatique » tenté par Blair pour relancer
les pourparlers israélo-palestiniens.
On voit que rien n’a donc changé
sous les cerisiers de Washington
mais gageons que la plupart des
SUITE DE L’EDITORIAL
B AROUF, et baroud à l’Institut du
Monde arabe (IMA) dont le personnel est en grève parce qu’il est
question d’y licencier 8 à 10 salariés sur
les 150 qu’il compte. Et qui ne semblent
pas débordés, la fréquentation n’étant pas
à la hauteur de l’ambition du projet
comme le soulignait Claude Lorne dans
notre n° du 17 novembre à propos de
l’exposition « Venise et l’Orient ».
L’Institut est ce bâtiment à moucharabiehs dû à l’architecte Jean Nouvel et
situé à Paris quai Saint-Bernard, non loin
de la fac de Jussieu. Inauguré en 1987
pour servir de pont culturel (tarte à la
crème habituelle) entre la France et le
monde arabe, il organise des débats et des
expositions et comprend une bibliothèque
de plusieurs milliers de volumes, un restaurant à terrasse dominant la Seine, une
vaste librairie, un espace de vente de produits orientaux, etc. Mais son financement pose problème. A l’origine, il devait
être assuré par la France pour un montant
de 60 % et à 40 % par les vingt-deux
Etats de la Ligue arabe, fourbi créé par
les Anglais en 1945. Mais comme il fallait s’en douter, ces derniers répugnent à
cracher au bassinet. Conséquence :
l’IMA enregistre un déficit annuel de 2 à
5 millions d’euros pour un budget annuel
de 22 millions (en 2005), à charge pour
le Quai d’Orsay d’assurer la soudure.
C’est beau, c’est grand, c’est généreux la
France, comme disait Qui vous savez.
Une réforme du statut serait urgente
mais il y faudrait l’accord de tous les fondateurs et il n’est pas sûr que nos amis
arabes soient très coopératifs.
De l’IMA aux imams
L’abondance de l’actualité nous contraint à renvoyer à notre prochain numéro le
compte rendu de la réunion du 9 décembre avec les messages reçus et les (brillantes)
allocutions d’Anne Brassié et de Ghislain de Diesbach, respectivement présidente
et vice-président de l’Association des Amis de RIVAROL. Que ceux qui n’ont pu
s’y rendre sachent en tout cas que leur effort financier pour la promotion de notre
hebdomadaire a été déterminant puisque la vente de RIVAROL via les NMPP est
restée remarquablement stable entre 2005 et 2006 alors que toute la presse écrite
enregistrait un recul moyen de 10 % pour ce qui est de la distribution dans les
kiosques. Merci à tous !
UN TRÈS GRAND MERCI AUX “AMIS” !
LE FN SUR LE TERRAIN SOCIAL
Pas besoin d’aller à Calcutta pour rencontrer la misère, car la France, comme l’Europe, s’est aussi tiers-mondisée. La « France d’en bas » en chiffres, c’est plus de 87 000
personnes sans domicile ; plus de 809 000 personnes privées de domicile personnel ;
plus de 41 000 personnes se contentant d’habitats de fortune ; plus de 150 000 vivant
dans des logements insalubres. En tout, plus de 3 082 500 Français connaissant un
problème de logement ! Comme le disait si bien Charles Péguy : « La patrie est toujours défendue par les gueux, livrée par les riches. »
Aussi, pour essayer de remédier à cet état d’urgence, le pasteur Blanchard, ancien
animateur de l’Entraide nationale, a créé dans l’Essonne l’Action Sociale Populaire
(ASP). Reste à réunir des vêtements chauds, de la nourriture de longue conservation, des produits d’hygiène pour les bébés, du matériel de bricolage, mais aussi et
surtout des bénévoles (entraide, bricolage, comptabilité, terrain) afin que le slogan
du FN, « Le social c’est le Front National ! », ne soit pas un vain mot. Le Front n’est-il
pas le premier parti ouvrier de France, ce qui signifie que nombre de ses électeurs
potentiels sont victimes des délocalisations et des regroupements d’entreprises ? C’est
pour les aider que l’ASP (1) a par exemple remis en état le studio d’un jeune national
réduit au chômage et l’appartement d’un patriote RMIste.
J. D. _____
(1) BP 7, F-91201 Athis-Mons. Tél. 06-74-03-18-15 ou <http://actionsocialepopulaire.over-blog.com/>.
N° 2790 — 15 DÉCEMBRE 2006 — RIVAROL 3
score important dans les urnes, il fera
connaître sa décision avant Noël.
BUFFET AU PLACARD ?
A gauche du Parti socialiste la confusion
est extrême. Réunis les 9 et 10 décembre à
l’Ile-Saint-Denis dans le 9-3, les quelque
1 500 délégués des 750 collectifs unitaires
locaux ont été incapables de se mettre
d’accord sur le nom de leur représentant à
la présidentielle. Et cela bien que MarieGeorge Buffet soit arrivée largement en
tête, avec 55 % des voix des militants
devant la sémillante Clémentine Autain
(23 %), adjointe apparentée PC au maire
de Paris, et Yves Salesse (20 %), président
en congé de la fondation Copernic.
Au terme de deux jours de débats particulièrement houleux, où l’on se traitait tour
à tour de “staliniens” et d’“anticommunistes”, le PC a renoncé in extremis à proclamer sa secrétaire nationale candidate
des collectifs antilibéraux, une large fraction des délégués estimant qu’« un dirigeant d’un parti n’est pas en mesure de
représenter le rassemblement dans sa
diversité ». Pour contourner le veto posé
sur sa candidature, l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports de Jospin a in fine proposé d’être relégitimée par la base en faisant revoter cette semaine les 16 500 militants des collectifs.
Inacceptable pour les opposants à Buffet
qui accusent le PC, il est vrai, spécialiste
du noyautage, d’avoir créé de toutes pièces
des collectifs en régions pour gonfler artificiellement le score de son numéro un. De
sorte que la mouvance de la gauche antilibérale est plus que jamais dans l’impasse
alors même que le choix par le PS de Ségolène Royal au profil (faussement) droitier
lui ouvrait théoriquement un boulevard.
Par son immaturité, ses querelles d’ego et
de boutique, son incapacité chronique à se
doter d’un chef incontesté, son absence de
discipline (on est loin, là, des petits soldats
de Lutte ouvrière !), la gauche de la gauche
est en train de ruiner ses chances de succès. Qui s’en plaindra ?
APRES TAUBIRA ET BOUTIN,
LE “CHE” SE DÉGONFLE
Si le PC rit jaune, le PS peut afficher sa
bonne humeur après avoir obtenu le ralliement de Christiane Taubira en octobre,
puis désormais de Jean-Pierre Chevènement à la candidature de Ségolène Royal.
Alors qu’il avait annoncé le 6 novembre
sur TF1 qu’il irait jusqu’au bout de sa
démarche, « le miraculé de la
République » s’est effacé le 10 décembre,
ayant obtenu du PS pour son minuscule
MRC (Mouvement républicain et citoyen)
dix circonscriptions législatives.
« L’homme de la nation » qui avait milité
pour le non à la Constitution européenne
soutient sans vergogne une candidate qui a
voté oui. Bel exemple de conviction !
Il faut dire que la crainte d’un 21-Avril
bis est un puissant moyen de pression des
grands candidats envers les dissidents de
leur camp. Si à gauche Hollande a obtenu
le retrait de Taubira et de Chevènement, à
droite Sarkozy a obtenu celui de Christine
AQUATRE mois
de la présidentielle, les
acteurs de la pièce se
mettent progressivement en place. Il faudra certes attendre le
20 mars 2007, date de
la validation par le
Conseil constitutionnel des candidats en
lice, pour savoir lesquels d’entre eux ont
obtenu les cinq cents
précieux paraphes.
Mais d’ores et déjà les
principaux postulants
(Royal, Sarkozy, Bayrou et Le Pen) sont en
campagne.
COMBIEN
DE CANDIDATS ?
Battra-t-on en 2007
le record de candidatures de 2002, soit seize en tout ? L’atomisation de l’offre, le financement public des
formations politiques, la perte d’influence
des “grands” partis devraient logiquement
tendre vers une multiplication des ambitions présidentielles. Cependant les modifications scélérates introduites par le législateur depuis 2002 pourraient réduire le
nombre final des candidatures. Ainsi, le
recueil des signatures ne se fera plus désormais en cinq semaines mais sur dix jours
ouvrables seulement, puisque le dépôt des
candidatures s’achèvera le 16 mars 2007 à
minuit, soit 37 jours avant le premier tour
de la présidentielle contre 19 auparavant.
Il s’agit évidemment de handicaper les
candidats hors Système et cela d’autant
plus que la publication des parrainages
reste en vigueur. Si les pouvoirs publics et
les états-majors des partis assurés d’avoir
les paraphes nécessaires n’ont pas voulu
modifier la législation sur ce point, c’est
qu’ils se réservent la possibilité d’exercer
jusqu’au dernier moment un inadmissible
chantage aux signatures.
TROIS TROTSKISTES
POUR LE PRIX D’UN,
QUATRE PETITS ECOLOS
En attendant donc de connaître le nom
des candidats admis à participer à l’élection-reine de la Ve République, l’on peut
déjà constater quelques points de ressemblance entre la présidentielle à venir et celle de
2002. Si tous vont au
bout de leur démarche,
on devrait avoir comme
il y a cinq ans trois candidats classés à l’extrême gauche trotskiste,
l’inamovible Arlette
Laguiller au nom de
Lutte ouvrière, Olivier Besancenot pour la
Ligue communiste révolutionnaire et
Gérard Schivardi pour le Parti des travailleurs. S’agissant de ce qu’il est
convenu d’appeler l’écologie politique,
l’atomisation n’est pas moins grande :
Dominique Voynet a été confirmée candidate des Verts lors de leur congrès au début
du mois (où a été mis en minorité son malheureux compétiteur Yves Cochet) mais
Antoine Waechter veut aussi se présenter
comme « seul candidat de l’écologie libre
de toute ambition ministérielle ».
Il faut dire que nul ne se bouscule pour
offrir un maroquin au chef du fantomatique
Mouvement écologiste indépendant (MEI)
qui n’a a priori pas plus de chance d’obtenir ses parrainages qu’en 1995 et 2002 —
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