Les représailles de Doudjail furent
sanglantes. Mais quel est le bilan de la
“libération” de l’Irak par la grande démocratie américaine ? Selon la revue médicale britannique The Lancet que nous citions dans
notre n° du 20 octobre, « près de 655 000
Irakiens ont été tués depuis l’invasion militaire de mars 2003 », soit « plus de 4 000
morts par semaine » dont six sur dix tués par
balles et trois sur dix « directement imputables aux forces de la Coalition sans distinction entre civils et militaires ». Ainsi,
grâce à Bush, le pays arraché aux griffes de
“Saddam-Hitler” subit, toujours selon The
Lancet, « un 11-Septembre tous les 5 jours ».
« 655 000 morts en trois ans, plus de trois
fois le total des victimes de la guerre au
Darfour. Si ce n’est pas un génocide, c’est
en tout cas une hécatombe », écrivionsnous en commentant ces chiffres accaperdu », a menacé Aleksandar Vucic,
secrétaire général des ultranationalistes du
SRS, première formation au Parlement à
Belgrade.
Des élections générales devraient être
organisées en Serbie dans la foulée du référendum. Elles seront dominées par la question du Kossovo. La volonté populaire s’exprimera une nouvelle fois pour l’intégrité de
la nation historique, mais sans doute en vain.
La communauté internationale a réaffirmé que l’issue du référendum en Serbie
n’aurait pas de conséquences sur les négociations actuellement en cours sous les
auspices de l’ONU pour doter le Kossovo
d’un nouveau statut international. Mais les
Albanophones insinuent que ces différents
scrutins sont autant de manœuvres dilatoires de la part de Belgrade pour décaler
l’agenda des négociations sur l’avenir du
Kossovo, négociations qui auraient dû
aboutir avant la fin de l’année. La foi
orthodoxe et le nationalisme chevillés au
cœur, la Serbie joue la montre et multiplie
les artifices en espérant un miracle.
Et il semble bien que seul un miracle
puisse maintenant sauver le Kossovo albanisé et islamisé par la faute de ses dirigeants
et d’une Europe qui préfère on ne sait pourquoi les Turcs aux Slaves. Mais même nourris aux dollars et aux euros de la démocratie, les hommes pour vivre ont besoin de
leurs racines. L’ex-Yougoslavie et l’Est
européen le rappellent à chaque vote. Il n’est
pas forcément nécessaire d’espérer pour
voter avec son cœur contre les raisons de
l’ennemi.
Pierre-Patrice BELESTA.
o-fascisme et terrorisme du mensonge
blants. L’auteur de la “Busherie” sera-t-il
un jour jugé ? Et s’il passait par miracle
devant un tribunal, aurait-il le panache de
l’Irakien qui, à aucun moment de son interminable procès, n’a montré la moindre
crainte, témoignant au contraire le plus parfait mépris aux magistrats qu’il a connus
prosternés à ses pieds et qu’il traite à
juste titre de “collabos” et de
« traîtres vendus à l’étranger », qu’il
assigne devant le tribunal de Dieu ?
C’est début octobre qu’a été commémorée, fort discrètement
d’ailleurs, la clôture en 1946 des procès de Nuremberg dont les condamnés furent pendus… L’histoire repassant les plats, celui qui s’était employé à
faire une nation de cette construction aussi
récente qu’artificielle qu’est l’Irak se voit
aujourd’hui promis au même sort humiliant, au risque pour ses bourreaux d’aggraver encore le « choc des civilisations » et
d’attiser la guerre civile dans l’ex-Mésopotamie. Incompréhensible, sauf pour ceux
qui se souviennent que l’objectif avoué des
neo-conservatives américains et notamment de leur idéologue Michael Ledeen est
d’instaurer dans le « Grand MoyenOrient » de leur rêve messianique non pas
la paix et la démocratie mais bel et bien « le
chaos », seule chance de survie de leur
Terre promise.
Camille GALIC.
des réformateurs que le peuple pourrait
suivre. Cela reste à prouver.
LE CAS IRANIEN
Reste le cas atypique de l’Iran. La République islamique est-elle, comme le fut le
régime du shah, un fascisme qui est devenu
religieux plutôt que d’être monarchique ? Ce
n’était certes pas l’objectif de Khomeiny qui,
lui, voulait comme ses continuateurs revenir
aux temps anciens et apparaît comme un prophète de la régression. Mais l’Iran est la plus
vieille civilisation à avoir été islamisée. Le
chiisme est en partie un refus identitaire et ethnique de se plier à l’islam sunnite des Arabes.
Il y aurait beaucoup à dire du reste sur la colonisation arabe (et exempte de toute repentance) par la religion, notamment en terres
berbères. Il est d’ailleurs curieux que nos anticolonialistes, qui flétrissent les Croisades et la
christianisation forcée des Amériques, se
moquent de la conquête et de l’islamisation
par le cimeterre puis le yatagan du monde
méditerranéen et de ses peuples premiers, sans
parler de régions entières de l’Europe (voir
l’article de Georges Laffly en page 11). Les
Perses, peuple premier s’il en est, européen
mais oriental comme l’avait pressenti
Alexandre, rival de Rome, du Turc et des
Mongol, peuvent connaître un islamisme particulier. Leur passé n’a en tout cas rien à voir
avec celui des pillards caravaniers de la péninsule arabique. Ni le même sang, ni la même
histoire ni vraiment la même religion, cela fait
beaucoup de divergences. Et l’islamisme des
chiites n’est pas celui des Séoudiens et ne le
sera jamais.
Il y a bien tentative au sein de la religion de
mobiliser le peuple vers la modernité avec des
références à un passé glorieux bien avant le
déferlement des cavaliers du Prophète. Les
positionnements idéologiques de l’Iran vis-àvis du dernier conflit mondial méritent également de s’interroger sur la nature très spéciale
de cet islamisme révisionniste diraient certains
(encore que l’ancien président Khatami ait
récemment déclaré, à l’encontre de son successeur Ahmadinejad, que lui ne contestait
nullement la version officielle de la Shoah).
Mais même s’il y a là une exception, elle
confirme la règle. L’islamisme n’est pas un
fascisme, affirmer et imposer le contraire
relève de la désinformation et de la propagande. L’empire de la bonne conscience et du
Bien autoproclamé est aussi un empire du
mensonge.
Pierre BOISGHILBERT.
Nuremberg-sur-Tigre
Ahmadinejad lors de son passage du 21 septembre à New York,
en compagnie de rabbins américains antisionistes. D.R.
Un Noir musulman à la Chambre,
un autre à la Maison-Blanche ?
ALORS que tout le monde veut se
séparer de tout le monde et que
l’apartheid devient la seule solution
pour éviter les génocides et la tyrannie impitoyable du plus grand nombre, on a obligé
les Blancs d’Afrique du Sud à renoncer à la
seule forme de gouvernement qui assurait,
au-delà de leur domination, leur simple survie. L’idéologie antiraciste n’a
qu’un ennemi, l’homo europaeus
non islamisé ou non métissé. La
tribu blanche d’Afrique a été trahie
par des chefs indignes ou naïfs,
incapables de “maintenir” comme
aurait dit Guillaume d’Orange.
Pieter W. Botha, qui avait dirigé
l’Afrique du Sud de 1978 à 1989, jusqu’à
ce que ses problèmes cardiaques le forcent
à passer la main à Frederik De Klerk, s’est
éteint le 31 octobre à l’âge de 90 ans, au
contraire de son maître Hendrik Frensch
Verwoerd (8 septembre 1901-6 septembre
1966), fondateur de la “Republik”
d’Afrique du Sud et qualifié de « grand
architecte de l’apartheid », qui fut poignardé à mort en plein parlement du Cap
par Dimitri Tsafendas, d’origine portugaise
et mozambicaine (jugé irresponsable, Tsafendas échappa à la peine de mort).
Les media ont répété que Botha avait été
surnommé « Groot Krokodil » (le Grand
crocodile en afrikaans), car son mandat
correspondait aux les années les plus dures
du régime de l’apartheid. En fait, arrivé au
pouvoir après les émeutes de Soweto, il se
considérait plutôt comme un réformateur
de l’apartheid, défendant un régime de
ségrégation raciale évolutif. Il avait ainsi
levé les restrictions sur le mariage mixte,
tout en déclenchant, en 1986, l’état d’urgence et une grande vague de représailles
pour faire face à la contestation, notamment dans les centres urbains, et en défendant le « développement séparé » dans
l’enseignement et l’habitat. De même, artisan des “bantoustans” dotés de larges
droits politiques, refusa-t-il d’accorder le
droit de vote aux noirs du reste de la
“Republik”, mais en assouplissant néanmoins certaines dispositions du
régime.
Il a toujours dit que « ne pas vouloir mélanger les gens n’était pas
les mépriser mais tenir compte de
leurs différences ». Dans une interview accordée récemment à l’approche de son 90e anniversaire, Botha affirmait qu’il n’avait jamais considéré les
Noirs comme inférieurs mais il il regrettait
l’évolution du pays enfoncé dans une criminalité provoquant l’exode des blancs et
paralysant l’économie.
Né le 12 janvier 1916, Pieter W. Botha,
fils d’un agriculteur de l’Etat libre
d’Orange, avait abandonné ses études
universitaires en 1935 pour travailler à
l’organisation du Parti national. Durant
la Seconde Guerre mondiale, il rejoignit
la Ossewabrandwag, une organisation
favorable à l’Allemagne. Elu au Parlement en 1948, l’année de l’arrivée au
pouvoir du Parti national, qui commence
à élaborer la législation de l’apartheid, il
entra au gouvernement en 1961, fut
nommé ministre de la Défense en 1966
puis Premier ministre en 1978, enfin président en 1984. Victime d’une attaque en
janvier 1989, Botha abandonna la tête du
parti National où lui succéda De Klerk,
alors ministre de l’Education. Mais resté
à la présidence, il organisa une rencontre
secrète avec Mandela (qu’il avait refusé
de libérer de sa — très confortable —
résidence surveillée de Robben Island
malgré la pression internationale). Dans
ses Mémoires, Mandela décrit Botha
comme « un homme charmant, aimable,
surprenant mais intransigeant ». Un
mois plus tard, Botha sent le danger, provoque — et perd — un bras de fer politique avec Frederik de Klerk. Il est
contraint de démissionner. Les électeurs
blancs ne le savent pas, mais ils viennent
en votant pour la facilité trompeuse du
compromis de condamner à mort leur
Afrique du sud. La commission Vérité et
Réconciliation, instituée ensuite par le
gouvernement de Mandela pour enquêter
sur les abus sous le régime de l’apartheid,
avait conclu en 1998 que Pieter Botha
avait commis des violations flagrantes
des droits de l’Homme. Quel chef d’un
Etat en guerre n’en commet pas ? Il refusera en tout cas de se présenter devant la
Commission présidée par l’archevêque
Desmond Tutu, dénonçant un “cirque”.
Reconnu coupable d’outrage à la cour
pour avoir refusé de témoigner sur son
rôle en tant que président du redouté
Conseil de sécurité sud-africain, il est
condamné à un an de prison avec
sursis — mais il devait gagner en appel
sur un point de procédure.
Entre le bâtisseur Verwoerd et le bradeur
De Klerk, le « vieux crocodile » tenta de
sauver ce qui pouvait l’être dans un univers
en pleine mutation où l’Occident, dont la
“Republik” se croyait à la fois une place
forte et le coffre-fort pour l’or et les diamants, trahit sans pitié la « tribu blanche »
d’Afrique du Sud, abandonnée à son sort.
P.-P. B.
RSA : mort du “Grand Crocodile”
est encore plus excessive sur cette question
que ne le sont George Bush ou John Kerry.
Lorsqu’il siégeait à la Chambre de l’Illinois,
Obama était considéré comme « plus à
gauche que Mao-Tsé-Toung ». Certes, il lui
faudra modérer son tiers-mondisme, son
anti-occidentalisme, ainsi que ses positions
en faveur de l’avortement, du mariage
homosexuel, des trafics génétiques ou de
l’immigration, assez proches, il est vrai, de
celles d’Hillary Clinton. Cela suffira-t-il
pour qu’une Amérique encore très blanche
et conservatrice cède à une révolution aussi
brutale ? On peut en douter et un ticket les
rassemblant ne serait-il pas la plus sûre
recette pour une reconduction inespérée des
Républicains ?
Néanmoins, il faut savoir que ce Barack
Hussein Obama, à peu près inconnu il y a
deux ans hors de l’Illinois, a depuis effectué
une irruption tonitruante dans la politique
américaine. La « rock star du Parti Démocrate », orateur que l’on s’arrache dans les
réunions publiques où se collecte le financement des élections et qui pose en Superman
sur son propre site Internet (voir ci-dessus),
possède un appui médiatique fortement sus8 N° 2785 — 10 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL
pect : pas de doute le personnage est dressé
pour devenir, à défaut du premier président
noir américain, au moins son premier viceprésident de couleur. Ni son addiction avérée aux drogues inhalées ni la conversion
opportune de ce musulman au christianisme ne semblent pour le moment gêner
quiconque. Né à Hawaii, fils d’un étudiant
kényan devenu économiste international et
d’une mère issue d’une grande famille du
Kansas, son impeccable cursus universitaire s’acheva à Harvard. Où il fut le premier Noir nommé à la direction de la prestigieuse Harvard Law Review. La carrière
politique « sous protection » de ce quasiinconnu, du Parlement de l’Illinois au
Sénat fédéral, fut singulièrement facilitée
lorsqu’on lui offrit de prononcer le discours
d’inauguration de la Convention démocrate
de 2004. Ayant fait de son expérience
métisse, le miroir de l’Amérique future —
« Il n’y a pas l’Amérique noire, l’Amérique
blanche, l’Amérique latino. Il y a les EtatsUnis d’Amérique » —, il se vit catapulté à
l’avant-scène du Parti. Que depuis, encensé
par les media, il n’a plus quittée. Seuls
quelques irréductibles font encore observer
que son manque d’expérience soulève de
légitimes inquiétudes pour la gouvernance
de l’Amérique. D’autres s’interrogent sur sa
propension à s’intéresser « beaucoup plus à
sa propre idée d’Obama qu’à la réalité de
la politique ».
Et il est vrai qu’il fut ces derniers temps
surtout préoccupé par la communication de
son dernier livre : « Audace et Espérance :
retrouver le Rêve américain ».
Jim REEVES. _____
NDLR. On lira dans la livraison de décembre
2006 de notre revue Ecrits de Paris un long
portrait d’Obama, également dû à Jim Reeves
dont nous recommandons tout particulièrement
aussi l’étude, que devraient lire tous les nationaux pour mieux comprendre le « Nouvel
Ordre mondial » sur les véritables maîtres des
media états-uniens et donc internationaux,
France comprise — « Liban, Irak, Afghanistan, Shoah : Qui dirige réellement l’Amérique », livraison d’octobre 2006 d’Ecrits de
Paris, 5 € ou 6 € franco.
PINOCHET A
LA QUESTION
Depuis qu’un journal gouvernemental
chilien avait révélé le 25 octobre l’existence de plus de 9 tonnes d’or en lingots
au nom de l’ex-président Augusto Pinochet dans le coffre de la banque HSBC de
Hong Kong, cette nouvelle sensationnelle
authentifiée comme “crédible” par le chef
de la diplomatie Alejandro Foxley avait
fait les gros titres des media mondiaux. Et
la Cour d’appel de Santiago avait
demandé aussitôt l’ouverture d’une
enquête sur cette affaire bien que la
famille et les avocats de Pinochet (91 ans)
aient formellement démenti la présence de
ce trésor à Hong Kong ou ailleurs.
Las, le 27 octobre, la banque HSBC
annonçait officiellement que les documents
qui lui avaient été fournis par le gouvernement chilien étaient « des faux » et qu’« en
outre, aucun compte appartenant à Augusto Pinochet n’a été découvert ». Et la nouvelle sensationnelle disparaissait des moteurs de
recherches sur Internet… aussitôt remplacée, il est vrai, par l’annonce que l’ex-président allait être inculpé pour tortures.
QUAND L’IVG
DIVISE LES SIOUX
Seconde femme portée à la tête d’une
grande tribu indienne — en l’occurrence
celle des célèbres Sioux Oglala —, Cecelia
Fire Thunder a fait l’objet d’une procédure
de destitution engagée par le conseil tribal.
Celui-ci approuve en effet la décision prise
en mars dernier par le Parlement du
Dakota du Sud d’interdire totalement
l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, alors que Mme Fire Thunder, infirmière de profession, la refuse, et avait
même décidé d’ouvrir sur le territoire tribal
une clinique de planning familial.
Comme on s’en doute, la plupart des
organisations progressistes et des journaux
américains soutiennent la “rebelle” et d’autant plus qu’à l’occasion des élections de mimandat ce 7 novembre, les électeurs du
Dakota du Sud doivent également se prononcer sur la loi anti-avortement. Or, ce
n’est nullement au nom du progrès mais au
contraire de l’identité indienne que se bat
l’ancien chef des Sioux Oglala qui reproche
à ses compatriotes leur adhésion aux thèses
chrétiennes et surtout leur « trop grande assimilation ». « Dans la culture traditionnelle, il y
avait des remèdes pour interrompre les grossesses.
Mais nous sommes tellement colonisés que nous ne
savons plus distinguer ce qui nous appartient de ce
que nous avons copié », affirme-t-elle.
AL’ISSUE des élections de mi-mandat, si défavorables à Bush que son
parti a perdu la majorité à la
Chambre des Représentants (la situation au
Sénat étant encore confuse à l’heure où
nous bouclons), laChambre basse étatsunienne va innover sur deux plans : son
président sera pour la premlière fois une
femme, la démocrate Nancy Pelosi, et y
siègera un musulman, le Noir Keith Ellison. Mais c’est un autre Noir qui fait
aujourd’hui le plus parler de lui outreAtlantique.
Quand, le 22 octobre, le sénateur démocrate de l’Illinois Barack Obama annonce
qu’il pourrait être candidat à présidentielle
de 2008, la stupéfaction est d’autant plus
grande qu’il avait jusqu’ici véhémentement
nié une telle intention. Aussitôt, Hollywood
bruit de plaisir : tout ce qui va contre
l’Euro-Amérique est bon pour la société du
spectacle. L’ultra Bo-Bo George Clooney,
en exhibition en Europe, envoie aussitôt un
courriel enthousiaste au Los Angeles
Times : « Ce serait un électrochoc comme le
Parti Démocrate n’en n’a pas connu depuis
John Kennedy ». Rob Reiner, acteur, producteur, metteur en scène de sitcoms
célèbres compare le futur candidat à Abraham Lincoln. Hillary Clinton, à l’ombre de
laquelle toute la carrière d’Obama s’est
déroulée, s’est aussitôt félicitée de cette
décision. A ceci près que, le même jour, elle
avait également admis que passé le scrutin
parlementaire du 7 novembre, elle pourrait
elle-même faire acte de candidature. Le journaliste Carl Limbacher, qui vient de publier
un livre provocateur, « Hillary’s Scheme »,
n’a pas le moindre doute sur l’ambition de
l’ex-première dame, non seulement de se
présenter mais aussi de réintégrer la MaisonBlanche. Selon Limbacher, depuis 2004 elle
déroule minutieusement un plan qui devrait
l’y conduire. Sauf à en faire un vice-président, Obama lui serait plutôt une gêne.
D’une part parce qu’il aspirerait une partie
considérable du vote africain-américain.
Mais également à cause de leurs points de
vue irréconciliables sur la guerre d’Irak.
Lui s’y est toujours opposé alors qu’Hillary Clinton, très en phase avec le sionisme,
1, rue d’Hauteville, 75010 Paris
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la Bâtie. CPPAP n° 0208 I 82763, ISSN n° 0035 56 66.
N° 2785 — 10 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL 9
de la SMPS, une société à 51 % SMPS
chargée de la construction en Corée d’une
usine de 352 millions de dollars. Dont la
production annuelle de 30 000 tonnes de
nickel, à partir de minerai calédonien, est
destinée à l’aciérie que Posco achève à
Dalian dans la province chinoise de Liaoning, et qui produira 600 000 tonnes
d’acier inoxydable par an.
La SMPS, étant devenue le premier
exportateur mondial de nickel, quid des
affirmations lénifiantes d’un Néaoutyne ?
Et du blocage de la construction de GoroNickel qui n’exportera que du minerai raffiné “utilitary” vers les cinq usines qu’Inco
possède en Chine ?
Les prétextes invoqués pour les troubles
actuels en Nouvelle-Calédonie ne sont pas
dérisoires. Inco est bien en train de dévaster une région qui récemment encore postulait au classement au Patrimoine mondial
de l’Humanité. Outre le complexe métallurgique et la centrale thermique, un port
en eau profonde, des dizaines de kilomètres de canalisations d’eau, des routes
d’accès, le déversement de quantités aberrantes de manganèse, nickel, cobalt dans le
lagon, les risques qui, selon certains des
meilleurs spécialistes mondiaux, menacent
la flore corallienne, le creusement d’une
fosse de 80 mètres de profondeur et 1,2 km
de longueur destinée à recueillir des
déchets solides dont nul ne mesure à
moyen terme les effets toxiques, enfin les
incidences que ce gigantisme et une urbanisation brutale font courir à la sociologie
environnementale. Tout cela, n’en déplaise
à CURD, à Inco et au Gouvernement territorial de Nouvelle-Calédonie, ressortit à ce
terrorisme industriel, en train, sous prétexte de mondialisation, de progrès, de
croissance, de mettre la planète en coupe
réglée.
Mais on nous permettra de douter de la
sincérité des glapissements des troupeaux
de tartuffes “zoreils” relayés par leurs avatars calédoniens — Les Verts, Cap 21 de
Mme Lepage ou La Ligue des Droits de
l’Homme —, alliés aux Kanaks de Rheebuu Nuu ou du Caugern et aux syndicalistes du CSTNC, dont le combat, certes
naïf, n’en n’est pas moins pleinement identitaire.
Révélateur est le silence jeté sur ce qui se
trame dans le Nord et son projet jumeau de
celui du Sud. Là où les imposteurs à chapeau vert et cravate rouge se taisent.
René BLANC.
«DANS le site de la mine il y a des sites
tabous, des sites sacrés, des lieux de
passage, des sentiers, des crânes, des
coquillages, des toutoutes. C’est là que
vivent les ancêtres. Si Goro-Nickel fait le
projet, il prend ses responsabilités mais
nous on dit non. » Avant de disparaître, le
grand chef de Goro, Charles Attiti, évoquait ainsi la révérence due aux sépultures
éparpillées. Lesquelles sont menacées par
la construction, sur 22 hectares des steppes
latéritiques du Sud de la Nouvelle-Calédonie, d’une usine métallurgique à la mesure
du XXIe siècle, adossée à une centrale
thermique dévoreuse de 60 000 litres de
gazole/jour. Un respect de la coutume
exprimé avec fermeté pour Goro-Nickel
d’Inco mais, curieusement, jamais évoqué
à propos du Koniambo du Nord.
Reprenons la chronologie.
Les Accords de Matignon, signés le
28 juin 1988, par Michel Rocard, Jacques
Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, prétendaient mettre fin aux violences
“politiques”. Ils ouvraient sur un référendum qui, le 6 novembre de la même année,
donnait une large majorité contre l’indépendance. Un nouveau référendum fut
donc fixé à 1998. A l’approche de celui-ci,
au résultat évident, on changea de stratégie. Le 1er février 1998, les Accords de
Bercy, initiés par Lionel Jospin, alors Premier ministre, décidaient de transférer aux
Kanaks le Koniambo, premier gisement
mondial de nickel, détenu par ErametSociété Le Nickel. A condition qu’avant le
31 décembre 2005 soit pris l’engagement
de construire dans le Nord avec les Canadiens de Falconbridge une usine métallurgique de même ampleur que celle projetée
dans le Sud par Inco.
LONGUE, LONGUE CUILLER
DE BOIS POUR LE FLNKS
Vieux rêve du Front de Libération Nationale Kanake Socialiste (FLNKS) pour
lequel, hors la détention de mines, toute
concession politique ne serait jamais qu’un
marché de dupes : « Nous, les Kanaks, se
plaignait Tjibaou, on est dans la benne du
camion, pas dans la cabine. » Paul Néaoutyne, l’un des fondateurs du FLNKS, président de la province Nord et dirigeant de
la Société Métallurgique du Pacifique Sud
(SMPS) attaquait violemment la SLN dans
son livre « L’indépendance au présent » :
« Avec (elle), nous avons subi une multinationale qui s’est fait de l’argent ici et qui a
réinvesti ailleurs. ». Et d’avertir : « Si nous
devons entrer dans l’activité du nickel,
notre philosophie est que le minerai
devrait être transformé ici. »
Le 5 mai 1998, à l’instigation de Jospin,
Jacques Lafleur et Wamytan, successeur de
Tjibaou, chacun convaincu d’avoir mystifié l’autre, s’entendaient sur les Accords de
Nouméa : report du référendum à
vingt ans. Corps électoral gelé, pour les
Blancs, en 1998 — disposition aussitôt
rejetée par le Conseil Constitutionnel.
Attributs de la souveraineté progressivement délégués au Territoire. Les Kanaks
reconnus comme seuls héritiers de la légitimité culturelle et sociale. Enfin, prétextant un « rééquilibrage économique » entre
le Sud, blanc et développé, et le reste, surtout kanak et tribal, la création, à coups de
milliards de francs, de véritables entités
bananières kanaks et la réaffirmation de
l’urgence d’une usine dans le Nord.
Or, depuis les Accords de Matignon, les
troubles n’ont jamais cessé. Depuis des
mois, par l’action syndicale, l’USTKE et
le CSTNC paralysent le Territoire en état
d’anarchie chronique en instaurant un véritable blocus des travaux de construction de
Goro-Nickel.
En décembre 2005, le FLNKS lance un
mot d’ordre de mobilisation générale. Il
s’agit de faire pression dans le procès en
référé devant le TGI de Paris initié par le
français Eramet, afin de récupérer ses
droits spoliés. La décision confirmera les
Accords de Bercy — « une priorité absolue » avait dit Chirac — et, le 31 décembre
2005, tous les titres détenus par Eramet sur
le domaine minier du Koniambo seront
transférés à la SMPS. Le 6 mars 2006, le
ministre des TOM-DOM François Baroin,
distribuant à la Province Nord quelques
centaines de millions d’euros, pose la première pierre d’une usine que le député
UMP Frogier, « ministre des Affaires
étrangères » en froid avec ses collègues de
l’Exécutif territorial, assure n’être « viable
ni industriellement, ni techniquement, ni
économiquement ».
C’est que la situation a singulièrement
changé. Depuis deux ans, avec l’explosion des prix des matières premières la
bataille fait rage sur le front des métaux.
En 2004, le Canadien Noranda achète
Falconbridge, dont il prend le nom, après
avoir échappé à une OPA du premier
groupe minier mondial, le brésilien Companhia Vale Do Rio Doce (CURD). Il y a
quelques mois, nous expliquions longuement dans note revue Ecrits de Paris
(livraison de mars 2006 : « La NouvelleCalédonie livrée au capitalisme international ») qu’Inco, en s’emparant de Falconbridge, s’appropriait la plus riche partie du territoire français. Les deux géants
annonçaient en effet en octobre 2005 une
fusion faisant d’Inco le premier producteur mondial de nickel. Puis un autre
Canadien, Teck Cominco, lançait une
OPA sur Inco. Lequel ripostait en faisant
intervenir un « chevalier blanc », l’Américain Phelps Dodge, un des principaux
producteurs de cuivre au monde. A son
tour, le Suisse Xstrata fondait sur Falconbridge, faisant capoter en août 2006
l’union de celui-ci avec Inco. Le Brésilien revenait alors à la charge, cette fois
sur Inco, lequel le 16 octobre 2006
signait son rachat par CURD.
OÙ L’ON REPARLE
DE GLENCORE
Or le principal actionnaire de Xstrata est
Glencore, gigantesque conglomérat créé
par le redoutable “raider” Marc Rich (RIV.
des 13 et 27/10/06) . Sa fusion, le
10 octobre 2006, avec deux géants emblématiques de la mafia dite russe, SUAL et
RUSAL, dont les PDG, Deripaska (5e fortune russe) et Vekselberg sont, comme Ivan
Glasenberg, PDG de Glencore, très liés
avec Israël — en fait le premier fabriquant
d’aluminium du monde. Impliqué dans
tous les scandales de ces vingt dernières
années — Irakgate, Angolagate (affaire
Falcone/J.-C. Mitterrand) Oilgate (financement occulte en 1994 de l’ANC de Mandela), Libye, Cuba, Russie, MetalEurop
etc., Glencore est un partenaire cocasse
pour les guévaristes de Kanaky. D’autant
que Xstrata, qui a acheté Falconbridge plus
pour la valeur de ses actifs que pour le
Koniambo, ne cache pas que, « sous sa
forme actuelle », le projet de l’usine du
Nord ne l’intéresse pas.
Mais ce n’est pas tout.
Le 4 juin 2006 était constituée à Séoul
entre le Coréen Young-Tae-Won, PDG de
Posco — 5e sidérurgiste mondial — et le
Calédo-Vietnamien André Dang, président
Nickel néo-calédonien : radioscopie
d’une imposture d’extrême gauche
UN NOUVEAU fléau s’est abattu sur
la Chine : Internet. Les autorités estiment que sur les 123 millions d’internautes recensés actuellement dans l’Empire du Milieu, 5 millions sont devenus en
quelques années dépendants pathologiquement du Net, et leur nombre progresse d’une
façon exponentielle.
La dépendance à la Toile et notamment aux
jeux en ligne violents est particulièrement
marquée chez les moins de 25 ans et touche
surtout les gosses d’une dizaines d’années,
chez qui elle provoque angoisses, crises de
panique, problèmes de sommet récurrents,
abandon de l’école et des amis au profit du
« surf sur la Toile ». Cela peut même mener
au suicide et au meurtre : un gamin accro au
“Web” a tué pour voler à sa victime l’équivalent de 5 euros afin d’aller jouer dans un
cybercafé ! Selon le ministère de l’Information, plus de 70 % des actes de délinquance
juvénile dans le pays seraient liés à cet
opium “virtuel” que représentent Internet et
en particulier les jeux en ligne.
Voilà qui fait désordre s’agissant du géant
asiatique, aux ambitions hégémoniques, qui
réalise d’impressionnants investissements de
modernisation dans « le capital humain ».
Les écoliers de Shanghai et de Pékin reçoivent dès le primaire un enseignement très
poussé en math, en sciences et en langues,
devançant ainsi les Américains. Un des
grands défis de ce siècle sera de contrôler les
manipulations génétiques sur l’espèce
humaine. Les diplômés et savants chinois
devraient être ainsi les mieux préparés et les
plus nombreux : l’hyperpuissance asiatique
se substituant à l’hyperpuissance américaine, comme en rêve l’empire du Milieu…
Si le système éducatif est très performant
dans les villes, le niveau scolaire et le
niveau de vie sont en revanche très faibles
dans les zones rurales. Les internautes sont
donc en majeure partie des citadins, parmi
lesquels se recrutent les élites et les drogués électroniques. A quoi sert-il d’investir intensivement dans l’éducation, si le
nouveau fléau frappe particulièrement les
jeunes, futures élites, ayant plus que jamais
besoin de leur dose d’adrénaline quotidienne sur le Net ? Les autorités ont donc
décidé d’agir.
Première mesure : limiter l’accès des
mineurs aux cybercafés avec contrôle
d’identité obligatoire et limitation à
cinq heures (ce qui est encore énorme de
jeu consécutives par jour pour les moins de
18 ans. Mais les adolescents falsifient leurs
papiers et la dépendance aux jeux en ligne
progresse de plus belle.
S bien que les autorités ont créé l’an dernier un programme spécial de désintoxication des jeunes dans un hôpital de
Pékin. La cure est dirigée par un médecin
militaire autrefois spécialiste des soldats
dépendants de la morphine après des
interventions traumatisantes : entraînement intensif, techniques psychiatriques,
électrothérapie. Le service ne désemplit
pas, les parents y amenant leur progéniture accro à Internet, même si les soins
sont facturés 30 euros par jour, pendant
un à trois mois. Mais rien n’y
fait, les jeunes se montrent
particulièrement rétifs. Habitués à être traités par leurs
parents en « petits
empereurs » du fait de la politique de l’enfant unique, ils
supportent mal les contraintes.
Un proverbe local affirme que
le poisson pourrit par la tête. La
Chine communiste va-t-elle laisser les « fils du Ciel » pourrir en se droguant
à l’opium virtuel, laissant ainsi le pays se
désagréger lentement mais sûrement ? Nul
doute qu’elle enrayera le fléau qui s’est
abattu sur elle, en éliminant les drogués irrécupérables et en forçant les autres à marcher
dans le droit chemin par des mesures coercitives. Quand bien même, partisans des
drogues “douces”, les professionnels de la
démocratie et des droits de l’homme crieraient au scandale.
Noëlle SACLET.
La Chine et l’opium virtuel
(Dessin de CHARD.)
Voisin, La France Catholique de Fabrègues,
La Parisienne de Laurent ou dans notre presse,
les anciens d’Idées ont participé à une entreprise de renouvellement de la droite intellectuelle nationale dans les années 1950, contre
les Sartriens et les marxistes. Là-dessus, il reste
beaucoup à écrire. Vu les circonstances intérieures et extérieures, l’échec d’Idées était
inévitable mais son héritage fut considérable.
J.-P. A. _____
357 pages, 31 euros. L’Harmattan, 5-7 rue de
l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris.
Luciano DE CRESCENZO
HISTOIRE DE LA
PHILOSOPHIE MODERNE
De la fin du Moyen Âge
à Emmanuel Kant
Peut-on être à fois féru de philosophie,
vulgarisateur et humoriste ? Sans nul
doute, et Luciano De Crescenzo en apporte
la preuve. Avec, du reste, la caution de Pascal écrivant dans ses Pensées que « se moquer
de la philosophie, c’est vraiment philosopher ». La phrase figure en exergue de ce
nouvel ouvrage regroupant en un volume
les deux tomes parus en Italie en 2003 et
2004.
On y retrouve l’écrivain-cinéaste de Ainsi
parlait Bellavista et d’autres histoires de la
philosophie, à la fois érudit — mais d’une
érudition souriante — et rigoureux, ne
cédant jamais à la facilité ou aux simplifications. Capable, c’est là tout son art, de faire
descendre sur terre les concepts les plus abstraits, de leur donner corps, de les animer,
de les traduire, sans les trahir, dans la vie courante, de les illustrer par des anecdotes. Cela,
sans se départir d’un humour, voire d’une
ironie dont il est souvent la propre cible.
Délectable, ce mélange de portraits, de
théories, de récits allégrement conduits,
d’exemples puisés dans la vie de l’auteur.
Ouvert avec Nicolas de Cuse, il se clôt avec
Emmanuel Kant. C’est dire la vastitude du
paysage embrassé. Entre temps, le lecteur
aura croisé Pic de La Mirandole, Léonard,
Erasme, Montaigne et Francis Bacon, entre
beaucoup d’autres représentants de l’humanisme des XVe et XVIe siècles. Ensuite,
10 N° 2785 — 10 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL
Descartes, Pascal, Spinoza, Malebranche,
les philosophes des Lumières, sans oublier,
au fil du temps, Condillac et Rousseau. Une
promenade étourdissante d’intelligence où
le profane ne se sentira nullement dépaysé.
P.-L. MOUDENC. _____
Traduit de l’italien par Davide Luglio. 236 pages,
23 €. Editions de Fallois.
Guy DAROL
JOSEPH DELTEIL
BRILLE POUR
TOUT LE MONDE
Plus qu’une biographie — encore qu’y soient
réunis tous les éléments sérieux, chronologie,
bibliographie, discographie, sites internet qui
la rendent crédible —, une célébration lyrique
de cet écrivain inclassable, nouvelle édition
« revue et longuement pétrie » du Tombeau de
Joseph Delteil publié il y douze ans. Amateur
d’insolite, essayiste féru lui aussi de calme et de
campagne, Guy Darol était fait pour rencontrer Delteil — fût-ce par œuvre interposée.
Ainsi s’approprie-t-il l’auteur de Sur le fleuve
Amour. Il le raconte et se raconte, entremêlant
leurs vies, leurs idées, leur rêve commun d’une
fraternité universelle. Il le tire hors du temps,
le place en pleine lumière, l’élève jusqu’à l’universel. Il professe que « le seul rêve possible provient du ciel et de ses éclats », cite Guy Debord
et Maurice Blanchard, auteur méconnu des
Barricades mystérieuses. Avec eux, Delteil partage sa haine de la civilisation moderne, celle
qui broie l’individu, qui engendre une société
inhumaine.
L’univers de Darol est peuplé d’elfes et de
fées, d’arbres et de senteurs agrestes. C’est une
transposition de la Deltheillerie, cette vieille
métairie perdue dans la garrigue du côté de
Montpellier dont Delteil avait fait son havre.
Univers parallèles. Je soupçonne ces deux écrivains, parcelles du cosmos, ivres de rêve et de
liberté, de s’y rejoindre, les soirs de pleine lune,
pour fuir notre monde épuisé en contemplant
la voie lactée.
P.-L. M. _____
EST Samuel Tastet Editeur (www.esteditura.com).
127 pages, 15 €. Diff. Jean-Michel Place, 3 rue
Lhomond 75005 Paris. Tél. 01-44-32-05-98.
Antonin GUYADER
LA REVUE IDÉES
(1940-1944)”
« La Révolution en marche se refusera à imiter telles ou telles expériences étrangères. » Qui
écrit cela en mars 1942 dans la revue Idées
paraissant à Vichy et tirant à quelques milliers d’exemplaires ? Notre ancien rédacteur
en chef Maurice Gaït, directeur de RIVAROL de 1973 jusqu’à sa mort le
10 novembre 1983. Chef de cabinet d’Abel
Bonnard, commissaire général à la Jeunesse
en 1944, ensuite poursuivi mais
bénéficiant en 1947 d’un nonlieu « pour faits de résistance »,
notre cher Maurice Gaït a toujours été très discret sur cete
période, détestant autant la gloriole que ce qu’il appelait « le
radotage d’anciens
combattants ».
Antonin Guyader a sous-titré
son livre (tiré d’une thèse, avec
les défauts du genre, trop de
citations, d’analyses, etc.) : « Des
non-conformistes en Révolution
Nationale ». Et pas des moindres
comme le prouvent, à la fin de
l’ouvrage, l’index des noms cités
et les notices biographiques.
Telles celles de Pierre Andreu,
Jacques Laurent (qui signait Pierre Bostan),
François Sentein — dernier témoin de la
rédaction d’Idées. Outre Gaït (que l’on voit
ici croqué par Chard lors du procès que lui
avait intenté en 1973 la ploutocrate
Edmonde Charles-Roux-Defferre), deux
autres futurs collaborateurs de RIVAROL,
Pierre Dominique et Charles Caillemer
(Mauban dans nos colonnes) et aussi Jean
de Fabrègues, Jean Maze, François Gravier,
Drieu, Michel Mohrt, La Varende… Et
même un certain François-Charles Bauer,
futur François Chalais qui écrivait dans
l’hebdomadaire de la Milice, Combats, mais
obtint plus tard la médaille de la Résistance,
couvert par une prétendue “infitration” sur
ordre. Passons…
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