Les rédacteurs de cette revue venaient pour
la plupart comme des non-conformistes de
droite des années 1930-40, surtout des
maurrassiens, mais pas orthodoxes. Rejoints
à Vichy après la défaite par des non-conformistes de gauche, dont Gaït, groupés autour
de Gaston Bergery. Le patron de la revue
était René Vincent, directeur de la censure à
Vichy (étonnant !), lui-même protégé par
Paul Marion, secrétaire géneral à l’Information. Idées se disait fidèle au Maréchal et à la
Révolution nationale mais défendait une
ligne plus dure. Ce qui lui permettait de critiquer ou de nuancer certains côtés “passéistes” du vichysme et de combattre à travers les organismes de jeunesse
les infiltrations démochrétiennes ou spiritualistes. Mais
la diversité des auteurs permit
l’expression d’opinions contradictoires. Notamment sur l’enseignement et la culture.
Sur le plan extérieur, Idées
n’est pas collaborationniste
mais en 1944 (le dernier
numéro de juillet n’est jamais
sorti), elle prit parti contre les
Anglo-Saxons et les « mongols
motorisés », selon l’expression
de Sentein.
Pour Pascal Ory, qui a donné
une préface acide mais relativement modérée, et Antonin
Guyader, on peut résumer
Idées comme « mêlant une posture révolutionnaire et un fond réactionnaire ».
En tout cas, les analyses de l’auteur traduisent une volonté d’éviter la diabolisation habituelle quand on traite de Vichy et de ses courants.
D’autant qu’après 1945, nombre des
auteurs d’Idées se sont dispersés et parfois
sont devenus célèbres. Et même des autorités, tel François Gravier spécialiste de l’aménagement du territoire, Jean Maze dénonçant le “système” (De Gaulle lui piqua le
terme) de la IVe République, Kleber Haedens, écrivain et critique, Jacques Laurent —
qui a pas mal “gazé” sur cette période dans
son Histoire Egoïste. Bref, dans des milieux parfois différents
comme le réseau de la Fédération d’André
Cinéma
Entre fous rires et frissons, deux films
d’auteur aux antipodes l’un de l’autre
parmi les toujours trop nombreuses nouveautés à l’affiche : Scoop de Woody
Allen et Le Labyrinthe de Pan de
Guillermo Del Toro.
Son exil européen sied à merveille à l’inspiration de Woody A., 70 ans. Après nous
l’avoir joué cynique et dramatique dans le
très noir Match Point, il effectue dans
Scoop un retour à ses sources, celles du
pur burlesque. Certains pisse-froid de la
critique institutionnelle n’ont pas apprécié
du tout son 37e opus, pourtant l’un des
plus imaginatifs de sa riche carrière.
L’intrigue policière rocambolesque,
mâtinée de suspense hitchcockien et de
comédie fantastique à la René Clair, n’a
d’autres prétentions ici que de faire rire
le bon peuple, sans l’assommer de profondes pensées sur l’humaine condition.
Particulièrement en verve, Woody Allen
reprend son personnage type de gringalet geignard et hypocondriaque, bourré
de complexes. Ici, un prestidigitateur juif
américain de troisième ordre, Sid Waterman alias Splendini ; en tournée à
Londres, il fait, au cours d’un de ses
minables spectacles, apparaître à Sandra
Pransky, une jeune étudiante en journalisme qui s’était prêtée à son numéro (sa
nouvelle muse, la radieuse Scarlett
Johansson), le fantôme d’un célèbre journaliste d’investigation décédé mais têtu
et bien décidé à lui fournir le scoop de sa
vie : l’identité du « Tueur aux tarots », un
nouveau Jack l’éventreur qui terrorise la
capitale britannique. Splendini et Sandra
s’improvisent détectives et, se faisant
passer pour un père et sa fille, vont
mener l’enquête dans les milieux huppés
de l’aristocratie anglaise à laquelle
appartient le suspect numéro un, HughWolverine-Jackman.
A partir de ce canevas ludique, dont la
cohérence n’est pas le point fort, Woody
Allen reprend certains des thèmes et des
ambiances de Meurtres mystérieux à
Manhattan et de La Malédiction du scorpion de jade, et se lâche dans une ronde
hilarante de gags, de traits satiriques, de
métaphysique amusante et de rebondissements, ponctuant l’action de mots
d’auteur irrésistibles (exemple : « J’ai
été élevé dans la religion hébraïque, mais
je me suis converti au narcissisme »).
Pour ceux qui ne sont pas allergiques à
l’humour et à la logorrhée verbale de
Woody Allen, Scoop est l’un des films les
plus drôles de l’année.
●
Les discriminations ont la vie dure…
sur la Croisette où le cinéma de genre le
plus populaire qui soit, le fantastique,
n’est pour ainsi dire jamais représenté
dans la compétition officielle (seule
exception notable : L’invasion des profanateurs d’Abel Ferrara en 1992). Bien
qu’il ait été absent du palmarès, Le
Labyrinthe de Pan a été de l’avis général, l’un des films les plus remarqués à
Cannes cette année. Après deux grosses
machines hollywoodiennes à effets spéciaux (Blade 2, Hellboy), le Mexicain
Guillermo Del Toro renoue avec l’Espagne de la guerre civile au cœur de son
film le plus personnel, L’échine du
diable, pour un nouveau conte cruel sur
l’innocence enfantine en proie à la perversité des adultes.
Pour échapper à la méchanceté de son
beau-père, un capitaine de l’armée franquiste — évidemment — qui traque sans
pitié les derniers résistants républicains
(l’acteur catalan Sergi Lopez en fait des
tonnes dans l’ignominie et le sadisme), la
petite Ofelia, 13 ans, se réfugie non pas
comme Alice, au pays des merveilles,
mais dans le monde des ténèbres de Pan,
le faune monstrueux, qui va lui imposer
trois épreuves périlleuses. La réalité est
infernale mais la féerie est cauchemardesque.
Le Labyrinthe de Pan est désolant de
conventionnel et plutôt risible dans la
peinture sans nuances de « l’horreur
ultime » (sic) qu’est le fascisme aux yeux
du réalisateur, mais son talent pour l’imaginaire poétique reprend du poil de la
bête (immonde) dans les séquences fantasmagoriques, d’une beauté visuelle et
d’une étrangeté envoûtantes. La petite
Ivana Baquero (Ofelia), fragile et pathétique, livre une performance saisissante
de bout en bout.
Patrick LAURENT.
De pitreries en féerie
SANGLANT
HALLOWE’EN
Désormais snobée en France où sa
dimension avant tout commerciale a
finalement été perçue, la fête de Hallowe’en continue de battre son plein outreAtlantique. Avec quelques dégâts collatéraux, comme à San
Francisco ou une
fusillade entre deux
groupes de fêtards éméchés et peut-être drogués
a fait plus d’une dizaine
de blessés graves, dont
des passants, selon la
police.
Redoutant des incidents, la police avait
pourtant décrété un couvre-feu à partir
de 23 heures.
AGENDA
☞ 11 novembre à Bourg-la-Reine (cimetière, 15h).
Cérémonie à la mémoire de tous les morts de l’Algérie Française organisée par le Cercle Jean BastienThiry (BP 70, F-78170 La Celle-Saint-Cloud. Tél/fax
01-39-18-45-05.)
☞ 12 novembre à Paris 5e (Mutualité). Fête de
Radio Courtoisie. Rens. 01-46-51-00-85 ou <radiocourtoisie.com>.
☞ 13 novembre à Paris 16e (Salons Etoile-Marceau, 79 bis av. Marceau, 17 à 21 h). Colloque de
l’Institut Néo-Socratique sur « Une politique au service de l’âme » avec Yvan Blot. Part. 10 €. Rens. 01-
45-03-04-94 ou <atheneion@free.fr>.
☞ 18 novembre à Paris 13e (librairie Primatice,
10 rue Primatice, de 14h30 à 18h). Georges Dillinger signe son livre : « Désacralisée, la France
devient folle ».
☞ 18 novembre à Sint-Pieters-Leeuw (Bruxelles
Ring ouest, sortie 16, Château Coloma, de 12h30 à 19h)
Journée « Solidarité des Européens » avec H. van Laethem, F.-X. Robert, R. Steuckers, A. Escada, O. Bonnivard, P. Vial, etc. Rés. 03/236-76-49 ou 0472/28-10-28
ou <georges.hupin@skynet.be>.
☞ 19 novembre à Paris (Notre Dame, 15 h). Messe
en mémoire des millions de victimes des famines
organisées en Ukraine (1921-1922 et 1932-1933).
☞ 19 novembre à Bruxelles (Maison des Ailes,
1 rue Montoyer). Journée d’hommage à Marcel
De Corte. 12h30 : déjeuner. 14h : exposés de Jean
Claude Absil, Gérard Picard et de l’abbé Alain
Lorans. Stands de livres. Part : 5 €. Avec déjeuner
(facultatif) : 30 €. Rés. Belgique et Chrétienté, tél.
02-503-55-21. Covoiturage possible à partir de Paris.
Rens. M. Lambert, 01-40-39-92-06.
☞ 20 novembre à Paris 5e (Mutualité, 19 h). Soirée de
conférences sur le thème « La Tradition, notre bien commun », organisée par l’Institut du Bon Pasteur. Part.
10 €. Rens. Centre St-Paul, 123 rue St-Joseph, 75002
Paris. 01-40-26-41-78 ou <ordistpaul@free.fr>.
☞ 24 novembre à Paris 5e (St-Nicolas du Chardonnet, 19h15). Messe célébrée par l’abbé Beauvais à la
mémoire du général Franco. Cercle Franco-Hispanique, 4 bis rue Caillaux, 75013 Paris.
☞ 25 novembre à Paris 7e (salle municipale, 7 rue
Jean Nicot, de 11 à 17h30) et 26 novembre à Rambouillet (hôtel Ibis Le Bel Air, RN10, de 11 à 17h30).
Journées du Livre sur l’œuvre française et l’armée
en Afrique du Nord organisées par Mémoire de notre
Temps. Nbreux auteurs présents.
☞ 25 novembre à Sion (hôtel Ibis, Avenue GrandChampsec 21, à 17h15). Assemblée Générale du
Mouvement Chrétien Conservateur Valaisan. 18h30 :
conférence de Me Eric Delcroix sur « Décadence du
droit, partialité du juge et viol des consciences ».
20h30 : repas (35 FS + boissons). Rés. au Mouvement, CP 200, CH-1926 Fully. Tél. 027/746-31-76 ou
078/ 634-77-07
☞ 9 décembre à Paris 10e (Espace Dubail, de 14h30
à 19h30). Réunion des « Amis de RIVAROL ».
N° 2785 — 10 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL 11
Le modèle n’est donc pas toujours
important, dans l’art du portrait. Un
grand artiste peut faire, d’une bourgeoise quelconque, une figure inoubliable. Voyez la Mme d’Orvilliers
(née Robertine Tourteau) de David
(voir ci-contre), ou la Mme Duvaucey (née Antonia De Nittis)
d’Ingres. A moins que vous ne préfériez la demoiselle de l’affiche qui
signale l’exposition dans le métro
et ailleurs, la Miss Abington de
Reynolds, le pouce sur les lèvres, se
retournant sur sa chaise, bref pas
très comme il faut (c’est une
actrice), mais pas tout de même « à
califourchon », comme l’a vue le
critique du Monde, qui avait sans
doute bu un peu trop ce jour-là…
L’exposition du Grand Palais
regroupe les portraits en six salles,
selon un classement à la fois chronologique et thématique (par exemple :
« mise en scène de l’intime »), convaincant en gros, et contestable dans le détail,
comme toujours. Ainsi le visage grêlé
(raviné même) de Mirabeau (par
Deseine), la verrue de la comtesse de
Tournon (David), le kyste à la lèvre du
peintre David (seul le sculpteur Rude a
osé le montrer tel quel) renvoient à une
même tradition du portrait individuel réaliste que les Romains cultivaient déjà,
mais se trouvent ici dispersés sous
d’autres titres.
On n’a pas recherché l’originalité, la
trouvaille, et c’est tant mieux, car il est
bon de temps en temps de s’en tenir aux
chefs-d’œuvre. Bien sûr, il suffit d’aller
au Louvre pour voir le Voltaire nu de
Pigalle, le Marat de David, la petite
Louise Vernet de Géricault (on dirait un
Picasso de période bleue) ou le Monsieur
A quoi tenait le charme de Mme Récamier ? Ni la peinture, ni la sculpture ne
nous le diront jamais. David a renoncé,
préférant s’intéresser au mobilier ; même
la toile de Gérard est décevante, et, au
Grand Palais, les deux bustes présentés
montrent, l’un une grisette, l’autre une
triste Vestale (dans la même salle, au
contraire, on n’a pas de mal à comprendre
pourquoi, avec une telle prestance, Thérésia Cabarrus est devenue Mme Tallien,
puis princesse de Caraman-Chimay).
Bertin d’Ingres, magnifique point
d’orgue de l’exposition, mais, sortis de la
routine, mieux mis en valeur, ils retrouvent ici toute leur jeunesse. Je n’ai cité
que des Français. Ils dominent l’exposition, c’est vrai. Mais il y a aussi quantité
d’Anglais, d’Italiens, d’Allemands… et
Goya. En tout 142 pièces. Des petites,
des moyennes, mais surtout des grandes :
cela commence par les portraits d’apparat, en pied, de Louis XVI et George
Washington, et, à cheval, de George III.
Pourtant, le sentiment qui domine le
visiteur n’est pas l’admiration. C’est la
mélancolie. Tant de visages uniques, et
que l’on ne reverra jamais (ou transfigurés par la Résurrection). Les artistes euxmêmes en sont bien conscients : combien
de portraits posthumes, de portraits
devant une stèle qu’on enlace parfois
(Non immemor, etc…) ! Ou alors ces
roses dont on jonche le sol et qui vont
faner… Tout portrait parle de la fuite du
temps, de la vie éphémère, de l’implacable mort.
François LECOMTE. _____
Portraits publics/Portraits privés 1770-1830.
T.l.j. de 10 à 20h (22h le mercredi), sauf le
mardi et le 25 décembre. Jusqu’au 8 janvier.
(Ensuite à Londres de février à avril, à New
York de mai à septembre). Catalogue 49 €. (Le
Portrait de négresse de Mme Benoist a été
rebaptisé Portrait d’une femme noire, et la peintresse est consacrée grande ancêtre du MRAP.
L’époque veut ça…)
I
L EST convenable, obligatoirement
convenable, d’exalter l’islam. Paradoxe. En principe sont exclus du
convenable — du tableau de nos
“valeurs” — la foi religieuse (fantaisie
périmée), l’antiféminisme, la pratique des
châtiments corporels (main coupée, lapidation), l’interdiction de changer de religion, autant de signes réactionnaires insupportables à l’homme moderne. On fait
exception pour l’islam, dont on loue la
tolérance, et dont on célèbre le glorieux
passé (entre le IXe et le XIIe siècles). Certains regrettent que Charles Martel ait
vaincu à Poitiers.
D’où vient cet engouement ? Il y a ceux
qui ont pris ce parti dès la guerre d’Algérie, et justifient encore le terrorisme FLN.
Il y a l’effet de l’argent versé depuis des
années par l’Algérie, le Maroc, les Etats
pétroliers et qui a séduit bien des gens dans
la presse et l’édition. D’autres causes plus
fortes : la passion antichrétienne. On fait
l’éloge de l’islam pour rabaisser et affaiblir l’Eglise. La passion égalitaire et révolutionnaire dont il est un excellent vecteur.
Bruno Etienne l’a rappelé dans L’Islam
radical : « L’islam est la religion révolutionnaire par excellence. » Enfin, le plus
grave, un peuple déchristianisé par les
soins de la République depuis plus d’un
siècle a abandonné ses églises, mais le
besoin religieux demeure. Il peut être comblé par le voisinage d’un groupe fortement
dévot et qui veut répandre sa foi, d’ailleurs
simple.
Voilà bien des raisons qui expliquent le
parti-pris de nos intellectuels, et la louange
jusque dans les livres scolaires des beautés, de la grandeur et de la générosité islamiques. Vertus qui se sont montrées,
disent-ils, jusque dans ses conquêtes.
Louis Chagnon, qui a été diffamé et évincé
de l’enseignement pour avoir rappelé des
faits historiques de la vie de Mahomet (le
massacre d’une tribu juive), publie une
excellente mise au point sur ce premier
élan des fidèles mahométans qui leur fait
conquérir en onze ans la Palestine, l’Irak,
la Perse et la Syrie.
L’EPÉE ET LE BUTIN
Conquête rapide, de 633 à 644, que nos
“historiens” récents transforment en promenade. Jean-Paul Roux parle de peuples
qui «collaborent» parce qu’ils
accueillent des libérateurs. Même mot
chez René Kalinsky : « L’islam pouvait surgir. Le conquérant qui débarrasserait la Syrie du joug byzantin
était sûr d’être reçu en libérateur. »
Evidemment, ils reconnaissent
quelques massacres. Jean-Paul Charnay les justifie par « la nécessité de
liquider les irréconciliables à l’état de
paix, non de tuer des non-croyants. »
Vous ne voulez pas de ma paix, donc
je vous tue. Ces gens s’accordent pour
montrer le despotisme grec et perse, et
affirment que le christianisme était
imposé par Byzance. Avec l’islam on
a au contraire la liberté et la paix.
La réalité est tout autre. Dans les
années qui précèdent la ruée islamique,
de 603 à 628, Grecs et Perses se font la
guerre. Héraclius l’emporte à la fin et
rapporte à Jérusalem la vraie Croix,
prise par les Perses dans des combats
précédents. Mais les deux empires sont
sur le flanc, épuisés, appauvris, à peu
près désarmés. Ils ne prennent
d’ailleurs pas au sérieux les premières
incursions arabes : simples razzias des
Bédouins, comme il y en a périodiquement.
Et l’islam ne semble aux Byzantins qu’une
hérésie, comme il y en a déjà tant eu. Autre
faiblesse, les deux empires sont des civilisations urbaines et centralisées. En cas de
danger, les populations s’enferment dans
les villes, laissant l’envahisseur maître du
terrain et du ravitaillement. C’est que, chez
les Grecs comme chez les Perses, le peuple
est sans armes. On compte sur l’armée. Si
elle est battue, pas de recours. Et l’élan
arabe est soutenu par la vaillance des guerriers et d’excellents généraux.
Ne pas s’y tromper : le but des conquêtes
est le butin. Les pays envahis sont riches,
enviés par les hommes du désert. Il faut aussi
compter, sans doute, avec une poussée
démographique. Nombre des habitants des
oasis s’installeront en Palestine, en Irak, en
Perse.
Nos “historiens” passent sous silence
que ces contrées étaient peuplées en partie d’Arabes chrétiens. Pas plus qu’aux
Grecs et aux Syriaques, pas plus qu’aux
Perses, on ne leur avait imposé leur religion. Ces chrétiens n’avaient pas envie
d’être libérés de leur religion, et non plus
les zoroastriens de la Perse. Et, malgré
massacres et persécutions, les Arabes
chrétiens se sont maintenus jusqu’à nos
jours en Palestine, en Irak, au Liban. Il
est vrai qu’il y avait au VIIe siècle des
tensions entre le pouvoir byzantin et les
tenants de diverses hérésies, mais aucune
de ces sectes n’était prête à abandonner
le Christ. En Perse, les fidèles de
Zoroastre furent eux aussi pourchassés — et non pas libérés.
Les hommes de Mahomet se présentaient avec ce choix : se convertir, ou payer tribut ou se battre. Le
pillage était le premier résultat de la
victoire, et l’esclavage pour les vaincus qui n’avaient pas été tués. Khalid, un des grands généraux, parlait
ainsi : « Soldats, quand même Dieu
ne nous aurait pas ordonné de faire
la guerre sacrée nous devrions combattre les Perses pour leur enlever
ces contrées, dont nous sommes plus
dignes qu’eux. » Si la grande faiblesse des attaqués explique la rapidité de la conquête, il ne faut pas nier
une résistance souvent farouche. Le
siège de Jérusalem dura deux ans,
par exemple.
Louis Chagnon cite faits et documents d’après les textes arabes dont
nous disposons. En particulier La
Chronique de Tabari, qui date du
Xe siècle (elle a été rééditée en partie par Actes-sud). Ce n’est qu’en
second lieu qu’il s’appuie sur les auteurs
chrétiens.
_____
Louis Chagnon : Les débuts des conquêtes
arabo-musulmanes. 86 pages. 13 €. Ed.
Godefroy de Bouillon.
La conquête arabe
Farandole de portraits au Grand-Palais
par Georges LAFFLY
Ecrits de Paris
AU SOMMAIRE DE NOVEMBRE 2006
Jérôme BOURBON : Abolition de la peine de mort, progrès ou recul de la civilisation ? — René BLANC : Sarkozy, programme écologique de “rupture” ou stratégie d’esbroufe ? — Georges MAÎTRE : “Indigènes”, le bobard comme un art
orwellien — SOMMAIRE DES PRÉCÉDENTES LIVRAISONS — Jean CURUTCHET : Quelle paix pour le Pays basque ? — Carrefour des lecteurs — Xavier
EMAN : Savorgnan de Brazza, un héros très discret — Frédéric BARTEL :
Antoine de Rivarol, chroniqueur, pamphlétaire et moraliste — Nikita PROCOFIEFF : Les favorites de la IIIe République — Patrick LAURENT : Cinéma —
Du frivole au pompier — Bibliothèque — Notes de lecture.
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Dès le jeudi, vous pouvez consulter
notre site Internet pour voir la une et
connaître le sommaire du n° à
paraître.
DIVINE surprise pour notre
Intelliguentsia, bien gênée
aux entournures par le calvaire de la Sénégalaise
Mama Galledou, atrocement brûlée à Marseille le 28 octobre lors
de l’incendie d’un bus municipal par des
« gamins des cités » (voir notre dernier n°) :
quelques heures plus tard, un autre “gamin”
(16 ans), cette fois de Clichy-sous-Bois,
était blessé à l’œil au cours d’une échauffourée avec la police, peut-être d’une balle
en caoutchouc tiré d’un flash-balls.
LE FUN ET LE FEU
Bien entendu, il y a une différence essentielle entre les deux drames : la jeune Africaine, étudiante en chimie à l’université
Paul-Cézanne (dont on a ainsi appris incidemment qu’elle avait pour doyen un
M. Ahmed Charaï), rentrait tranquillement
chez elle quand son bus a été
attaqué, « par mimétisme » nous
ont expliqué les quartiérologues
selon lesquels si les Jeunes
fichent le feu, c’est seulement
pour le fun et faire parler
d’eux — un passe-temps festif,
ludique, convivial en quelque
sorte. En revanche, que faisait
Jiade dans la rue à une heure du
matin, en train d’élever une barricade (ce qu’il a reconnu), alors
que ça chauffait sec entre lascars
et keufs qui, durement caillassés,
disent avoir utilisé leur flashballs en état de légitime défense ?
Selon Hassan, père de l’adolescent, celui-ci était un modèle de
douceur, un « garçon sérieux et
paisible qui fuit les
embrouilles ». Dommage que,
cette nuit-là, il ait préféré la baston aux bras de Morphée. Un bon
roupillon lui aurait évité de risquer l’éborgnement… mais cela aurait
aussi, il est vrai, privé les Belles
Consciences d’un sérieux argument contre
toute velléité de répression — on ne sache
d’ailleurs pas qu’elles aient jamais compati
aux malheurs de Le Pen qui lui aussi perdit
un œil, lors d’une campagne électorale
assez musclée.
ŒIL POUR ŒIL
De même n’a-t-on rien vu ni entendu
dans les media sur l’agression le 25 octobre
à son domicile parisien de Ginette Hess
Skandrani, respectable grand-mère qui,
croyant ouvrir sa porte à sa petite-fille, se
trouva devant deux malabars qui se précipitèrent sur elle, la cognant avec leur casque
de moto et la bourrant de coups de pied.
« Mes lunettes sont tombées et se sont brisées, et j’ai été aveuglée par le sang qui pissait à travers ma paupière éclatée. J’ai crié
tant que j’ai pu, mais ils ont continué à frapper pendant cinq minutes en me jetant par
terre et en renversant un banc et une
chaise », raconte la victime qui précise :
« L’un des deux a crié : “Tu sais pourquoi
on est là”. »
biennes, encore 10 000 pour SOS-Homophobie qui s’est pourtant déshonorée dans
l’affaire Nouchet, 10 000 également pour
« Au nom de la mémoire », 46 000 pour nos
amis de la LICRA (à croire que le gibier
antisémite se fait rare), 50 000 euros pour
l’Appel juif unifié de France, 60 000 pour le
Nouveau Centre communautaire juif de Paris, etc., nous
contribuables parisiens
sommes heureux de voir où
vont nos impôts locaux. Ceux
qui s’interrogeaient sur la
détermination de Bertrand
Delanoë à briguer un second
mandat en 2008 seront en tout
cas édifiés : s’il ne visait pas le vote-quin’existe-pas (celui des Gays lui étant
acquis), pourquoi le maire de Paris se montrerait-il si munificent ?
Car il y a encore plus pharamineux, qu’a
révélé Actualité juive le 26 octobre : pour
assurer « la protection de sites juifs sensibles » de la capitale, douze en tout dont
quelques synagogues, le Centre Rachi, les
sièges sociaux du CRIF, du Fonds social juif
unifié (à ne pas confondre avec la boutique
rivale, l’Appel juif unifié de
France arrosé plus haut), etc., la
Mairie de Paris travaillant en
« étroite collaboration avec les
Services de Protection de la
Communauté Juive (SPCJ) »
vient de débloquer
300 000 euros. Un « investissement exceptionnel » (c’est le
moins qu’on puisse dire) auquel
s’ajoutent « 200 000 euros pour
frais de fonctionnement
annuels ».
Un demi-million d’euros sur un
an ! On comprend que le SPCJ
salue bien bas ce « très beau partenariat », mais le jeu en valait la
chandelle : ce sont « 5 000
familles et des milliers de visiteurs par an dont il faut assurer
la sécurité ». Or, comme l’a dit la
première adjointe Anne Hidalgo
venue « expliquer les raisons
d’une telle implication de la
Ville » : « Comme vous, nous sommes
conscients et inquiets de la montée des actes
antisémites ». De son lit de douleur, sans doute Ginette
Hess Skandrani souhaiterait-elle que la très
féministe señora Hidalgo s’inquiète aussi de
la montée des agressions sémites. Autrement
plus traumatisantes pour les victimes que
l’abominable forfait perpétré à Pretzien et
qui vaut au Land de Saxe-Anhalt de figurer
au « tableau d’honneur de l’antisémitisme »
pour citer encore Actu J. Pensez donc, sept
malfaisants du « groupe d’extrême droite
Heimat Bund Ostelbien » n’ont-ils pas mis
le feu à un (je dis bien : un) exemplaire du
« Journal d’Anne Frank » ? Schnell ! le septuor a été aussitôt inculpé pour « incitation
à la haine raciale et insulte à la mémoire des
morts ».
Gageons qu’au final, l’autodafé de Pretzien
sera plus sévèrement puni que l’incendie du
bus massaliote où Mama Galledou a failli
perdre la vie tant est écrasant le poids du
dogme.
“L’HISTOIRE AU PAS DE LOIS”
Pourtant, quelques lueurs d’espoir apparaissent dans nos catacombes, comme si le
vote (très minoritaire) à l’Assemblée de
l’imbécile proposition de loi socialiste
punissant d’un an de prison ferme et de
45 000 euros d’amende toute contestation du
génocide arménien avait, après la polémique
sur un article de la loi du 23 février 2005 sur
« les aspects bénéfiques de la présence française en Afrique du Nord », fait prendre
conscience, y compris dans la Communauté,
de la monstruosité des « lois mémorielles »
intronisant une histoire officielle.
Invité de France Inter le 2 novembre,
l’écrivain Pierre Assouline a déploré
l’existence de la loi Gayssot. Sur le site
<www.claudereichman.com/articles/ilfau
tpunir.htm>, Florin Aftalion rappelait lui
aussi le 31 octobre que « les génocides
des Arméniens et des Juifs ne sont pas,
malheureusement, les seuls qui aient
ensanglanté l’histoire ». « Alors, s’interroge-t-il, pourquoi légiférer sur ces deux
génocides-là et pas sur d’autres comme
le génocide des Cambodgiens perpétré
par les Khmers rouges en 1975, ou celui
plus récent du Soudan ou un autre, plus
ancien, celui des Vendéens massacrés par
les colonnes infernales de l’armée républicaine ? Quels critères faut-il retenir
pour différencier les génocides dont la
négation devrait être sanctionnée des
autres dont la négation resterait
permise ? Le nombre de victimes ? La
date des massacres ? Les intentions des
bourreaux ? » Et l’économiste de
conclure : « Pourquoi notre Assemblée
nationale n’interdit-elle pas aussi la
négation du génocide ukrainien ? Parce
qu’ils n’y a pas assez de Français d’origine ukrainienne pour que nos politiciens
veuillent s’attirer leurs votes ? Ou parce
qu’elle ne veut pas fâcher le gouvernement russe en lui rappelant son devoir de
mémoire ? »
Quelques semaines plus tôt, dans un article
de Libération intitulé « L’Histoire au pas de
lois » et relevé et commenté par Robert Faurisson, Mathieu Lindon reprochait aussi au
PS sa proposition de loi liberticide et écrivait : « Le Parti communiste nous avait déjà
valu la loi Gayssot contre les négationnistes
du génocide juif par les nazis. Les historiens,
qu’on avait moins entendus au moment de
la loi Gayssot, commencent à s’indigner
sérieusement, craignant que leur discipline
doive désormais marcher au pas de lois… Il
n’est évidemment pas question de nier une
seconde le sort épouvantable que le
XXe siècle a réservé aux Juifs et aux Arméniens, mais, avant qu’une loi n’interdise de
nier l’efficacité de ces lois, disons que cette
manière de le conserver dans la mémoire
collective paraît contre-productive… Il n’y
aura bientôt plus que les aventuriers pour
faire des études, ceux qui ont le goût du
risque. »
Que le petit-fils de Raymond Lindon,
sanguinaire procureur-épurateur qui requit
la mort contre les journalistes Jean
Luchaire et Henri Béraud, condamne ainsi
la loi Gayssot est déjà intéressant. Mais si
l’on se reporte au numéro de Libération
(21 octobre) où a paru cet article en
page 36, on s’aperçoit qu’en page 37, traditionnellement dévolue à une personnalité française ou étrangère pour qu’elle y
tienne « Son Journal » de la semaine, l’invitée Lionel Shriver, journaliste américaine et auteur aux éditions Belfond de « Il
faut qu’on parle de Kevin », livre sélectionné pour le prix Femina étranger 2006,
tenait à peu près le même langage. Bien
entendu horrifiée par la « négation de
l’Holocauste », elle s’interroge
néanmoins : « Ne pourrions-nous pas
convenir que les faits sont les faits et qu’ils
n’ont pas besoin d’une protection particulière, qu’ils n’ont pas besoin d’être cloués
au sol de peur qu’ils s’envolent ? Est-ce
que l’on va bientôt criminaliser la structure de l’ADN ? »
QUEL PRÉSIDENT POUR
“LIBÉRER L’HISTOIRE” ?
Il y aura bientôt un an, que, à la suite de
Jacques Chirac nous jurant sans rire le
9 décembre 2005 qu’« il n’y a pas d’histoire
officielle en France », une vingtaine d’historiens de première grandeur lançaient la
pétition « Liberté pour l’Histoire » (1) qui fit
grand bruit et recueillit paraît-il plus d’un
millier de signatures avant d’être promptement oubliée. Pour le premier anniversaire
de leur initiative, pourquoi ces sommités
n’interpellent-elles pas tous les candidats à
l’élection présidentielle sur leur intention —
ou leur refus — d’abolir les lois mémorielles, et pourquoi la « communauté historienne » ne se prononcerait-elle pas clairement contre tout candidat renâclant à « libérer l’histoire » ?
Après tout, connaître l’avis du futur chef
de l’Etat sur ce sujet aurait plus d’intérêt que
de savoir s’il est pour la possibilité de fumer
dans les bars-tabac de campagne ou s’il
(elle) compte s’habiller chez Dior ou plutôt
Lacroix après son élection.
_____
(1) Voir RIV. du 16/12/05 et n° de février 2006
d’Ecrits de Paris où fut publiée le texte de la pétition avec les noms de ses initiateurs.
Chronique des territoires occupés
On croit en effet en avoir une idée. Aïeule
attentionnée et membre fondateur du mouvement des Verts (qui l’ont exclue), cette
Alsacienne épouse d’un Tunisien est aussi,
bien que juive, une « négationniste exemplaire » selon certains sites communautaires
et en tout cas une infatigable militante antisioniste : c’est elle qui, il y a deux ans, anima
une semaine durant des “sit-in” devant le
théâtre du Gymnase où était prévu un gala
de charité en faveur de Tsahal, ce qui lui
valut d’être interpellée plusieurs soirs de
suite bien que les (maigres) rassemblements
fussent des plus pacifiques — j’en témoigne,
puisque cela se passait devant nos bureaux.
Tétanisés, sauf sur les plans judiciaire et
médiatique, devant les gorilles de la Tribu
KA, les nervis de la Ligue de Défense juive
se seraient-ils revanchés sur la quasi-septuagénaire Ginette, évidemment moins redoutable ? Celle-ci ne se cache pas d’avoir
« tout de suite pensé à eux », d’autant que le
commando, composé de gaillards qu’elle a
ainsi décrits à la police : « environ 25 à
28 ans, assez grands, des cheveux noirs
courts, portant des blousons de cuir noir, de
type européen mais de peau un peu hâlée. Et
ressemblant à des séfarades de Belleville »,
savait très exactement où et qui attaquer. Et
attaquer avec assez de violence pour que sa
cible soit menacée de perdre son œil gauche.
Mais alors que la boutonnière faite sur la
veste du rabbin Farhi (par un Opinel venant
curieusement de la cuisine de la synagogue)
avait plongé dans l’indignation toute notre
Nomenklatura, on n’a entendu cette fois ni
déplorations ni cris d’orfraie. Vous avez dit
bizarre ?
DELANOË CANDIDAT
A SA SUCCESSION :
LA PREUVE PAR LE CRIF
Dans le dernier n°, daté du 1er au
15 novembre, de sa lettre confidentielle
Faits et Documents (BP 254-09, F-75424
Paris cedex 09), l’ami Ratier consacre son
rituel dossier aux « Subventions Delanoë »
dont Sodome et Israël sont les principaux
bénéficiaires : 35 000 euros pour Act Up,
23 000 pour le Festival de films Gays et lesbiens, 10 000 pour Cineffable (festival de
films uniquement lesbiens), autant pour
Archives, Recherches et Cultures lesRÉVOLTE JUVÉNILE ? NON, CRIME RACISTE
Quand, le 18 mars 2002, Jamel Rkaini, Hafnaoui Ouled Belkhir, Issam Ben Ghaouïa,
Walid Djelassi, Sophiane Megherbi et les frères Saber et Saïd Douaïfia, s’ameutent pour
préparer un cocktail Molotov et le jeter sur Thierry Thoméré, un vigile de l’hypermarché
Auchan de Saint-Herblain (Loire-Atlantique) qui survivra à ses brûlures mais abandonné
par sa compagne, handicapé et défiguré à vie malgré plus de trente opérations aussi douloureuses pour lui qu’onéreuses pour la collectivité, s’agit-il de la manifestation de Jeunes
furieux d’avoir été contrôlés ou d’un crime raciste prémédité et commis en bande organisée ? A l’issue du procès d’appel qui s’est déroulé devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine à
Rennes, l’un des accusés (Djalassi) a été acquitté, les autres étant condamnés à des peines
allant de trois ans de prison à 18 ans de réclusion criminelle — pour Hafnaoui Ouled Belkhir et Saber Douaïfia, considéré comme le “cerveau” de l’opération.
Aucune peine de sûreté n’a toutefois été prononcé au contraire de ce qui s’était passé
dans le cas de Michel Lajoye, qui va entrer dans sa 20e année de détention. Comme
quoi, pour la justice française, il est moins grave de s’attaquer à un jeune Breton et de
le mutiler à vie que de provoquer quelques bris de fenêtres et de tasses dans un café
arabe puisqu’il faut rappeler une fois de plus que le plasticage commis par Lajoye n’avait
causé que d’insignifiants dégâts matériels.
par
Claude LORNE
(Dessin de CHARD.)
3:HIKMPD=[UXUZ[:?c@r@i@q@a; M 02536 - 2786 - F: 3,05 E
Belgique, Luxembourg : 3,25 €
Canada : . . . . . . . . . . . . . 5,25 $
Mayotte : . . . . . . . . . . . 3,89 €
Suisse : . . . . . . . . . . . . . . . 5 FS
Port. Cont. : . . . . . . . . . . 3,50 €
R I VA R O L
“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”
N° 2786 HEBDOMADAIRE DE L’OPPOSITION NATIONALE ET EUROPÉENNE 17/11/2006
N° 2786 du 17 NOVEMBRE 2006
www.rivarol.com
tons après menace de procès. Voilà bienj
une scandaleuse préférence étrangère,
pour un profit à très court terme puisque
d’innombrables sous-traitants seront lésés
par le choix de Bombardier.
Comme ils le seront par la décision de
Renault de renforcer ses implantations en
Inde pour produire d’ici à 2012 un demimillion de Logan. Voitures en théorie
réservées au Tiers-Monde, mais que leur
bas prix rend très attractives dans une
France paupérisée, comme on l’a constaté
pour les Logan déjà fabriquées en Roumanie.
Et que dire de l’intention d’Airbus de
réduire le nombre de ses sous-traitants
de 80 % d’ici à 2010 pour diminuer ses
charges ? Rassurant, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a fait savoir
le 7 novembre qu’il s’agissait d’une
« simple hypothèse de travail » mais
Airbus a néanmoins confirmé qu’il projetait non seulement de passer de
3 000 à environ 500 fournisseurs, afin
de réaliser les 2 milliards d’euros d’économies nécessaires à sa survie après
la grave crise financière subie par
EADS à la suite des retards de livraison de l`avion géant A380, mais
aussi de « faire progresser de 50 %
son volume de sous-traitants installés dans les pays à bas coûts ».
Les optimistes diront sans doute que
le voyage récemment effectué par
Jacques Chirac en Chine a permis à
Airbus de doubler au cours du seul
mois d’octobre le total de ses commandes (508) depuis le début de l’année. Mais les Fils du Ciel n’étant pas
tombés de la dernière pluie, cela aura
un coût : la construction dans l’Empire
du Milieu d’usines d’assemblage, évidemment au détriment des ouvriers
européens et même d’EADS, puisque
l’expertise ainsi acquise par les Chinois leur permettra à l’évidence de
construire à leur tour très rapidement
des copies très acceptables des Airbus. Naturellement à prix cassés. Mais
qu’importent les chômeurs européens
du moment qu’après la double
annonce de l’usine chinoise et de la
mise à la casse des sous-traitants, le
titre EADS est reparti à la hausse (à
21,20 euros) ! Tout comme la radieuse
perspective d’un raz-de-marée de
Logan indiennes a fait flamber le titre
Renault à la Bourse.
LA VEILLE de son voyage à Colombey, Jacques Chirac avait, à l`occasion des 190 ans de la Caisse des
dépôts et consignations, présenté le dispositif « France Investissement » destiné
à doper les PME « les plus dynamiques »
et doté de 3 milliards d’euros sur six ans.
Non pas pour des aides directes mais par
l`apport annuel de 500 millions d’euros par
an à des « fonds de fonds », eux-mêmes
chargés de repérer les entreprises « à fort
potentiel ».
On voit bien quels seront les avantage
de cette nouvelle structure pour les innombrables copains à caser après les prochaines élections, présidentielle puis législatives. Mais sur quels critères les
“experts” choisiront-ils les entreprises « à
fort potentiel » ? Et, surtout, entre étranglement fiscal et délocalisations, combien
restera-t-il de PME performantes alors que
ceux-là mêmes qui prétendent défendre
l’exception entrepreneuriale française et
l’emploi français s’acharnent à ruiner l’industrie comme ils ont déjà presque totalement anéanti l’agriculture ?
RIVAROL.
<galic@rivarol.com>.
Procès de Lyon : Gollnisch s’explique
Les BBR… comme si vous y étiez
USA : Bush paye la facture irakienne
La France bradée
A U lieu d’em… bêter les 7 et
8 novembre les usagers de la
SNCF par une grève aux motifs
aussi multiples que légers, pourquoi les
cheminots en colère n’ont-ils pas bloqué Colombey-les-deux-Eglises où il
était prévu depuis longtemps que se
rendraient le 9 novembre Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Christian
Poncelet, Jean-Louis Debré et Michèle
Alliot-Marie ? Prendre en otages, au lieu
de voyageurs anonymes, les présidents
de la République, du Sénat, de l’Assemblée nationale et le Premier ministre,
soit les quatre plus hauts personnages
de l’Etat, voilà qui aurait eu de la gueule.
Et, comme on dit maintenant, « du
sens ». Mais la CGT étant depuis des
décennies complice du gaullisme, néo,
archéo ou crypto, c’est en toute quiétude que le pèlerinage a pu avoir lieu en
ce 36e anniversaire de la mort de
De Gaulle dans le village où s’élèvera
bientôt un “mémorial-musée” dont
Jacques Chirac a posé la première
pierre. Bonne occasion pour lui de célébrer le “visionnaire” qu’aurait été le fondateur de la Ve République dont « la
Constitution nous a permis de surmonter toutes les crises » comme de « faire
face aux extrémismes » et de flétrir
l’“irresponsabilité” des traîtres qui s’apprêteraient à « brader ce qu’il y a de
plus solide dans nos institutions ».
Le trait visait évidemment Nicolas Sarkozy — qui n’avait pas été convié à la
pieuse fiesta — et l’accusation est fondée.
Mais si le président de l’UMP est un bradeur potentiel, ne s’inspire-t-il pas en cela
de De Gaulle qui, lui, brada non pas une
simple Constitution mais une province
entière qui, abandonnée à un gang sans
foi ni loi sinon celle du profit personnel, a
depuis sombré dans la misère et le
chaos ? Et, d’ailleurs, ne peut-on en dire
autant du tandem Chirac-Villepin ?
Car l’exaltation par l’Elyséen du « héros
parmi les plus grands de notre histoire »
et de son « prestigieux héritage » auquel
« les Français se référeront encore et toujours » tombait d’autant plus mal que, foin
du « patriotisme économique » tant prôné
au début de l’année, Dominique de Villepin venait coup sur coup de couvrir plusieurs décisions fort peu “patriotiques”
comme, de Saint-Etienne où il s’adressait
au « peuple UMP », Nicolas Sarkozy ne le
lui a pas envoyé dire en rejetant « l’idée
que la mondialisation soit le nouveau nom
de la fatalité ». « Je ne veux pas subir. Je
ne suis pas résigné », a martelé Sarkozy
en faisant explicitement référence au
« marché du siècle » attribué récemment
par la SNCF, société d’Etat, et à concurrence de 5 milliards de dollars américains
à la firme canadienne Bombardier pour le
renouvellement de centaines de trains de
banlieue. Un marché dont Alstom, qui était
sur les rangs pour un prix à peine supérieur, a finalement obtenu quelques roga-
(Dessin de CHARD.)
Imprimé en France/Printed in France
2 N° 2786 — 17 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL
que nous voulons bien croire à en
juger par la fréquentation de
notre stand, où se sont pressés
des abonnés de fondation (« Je
vous lis depuis 1956, j’avais
13 ans »), par tradition familiale
(« C’est mon grand-père qui
m’offrit mon premier abonnement et je viens de l’offrir à mon
fils aîné ») ou de fraîche date
mais tous, dût notre modestie en
souffrir, très enthousiastes. Notre
fidèle abonné bolognais Gianni
Correggiari, secrétaire général
adjoint de Forza Nuova, n’a-t-il
pas proclamé que nous étions
« le meilleur hebdomadaire politique d’Europe » ? Avis partagé
par le Flamand Franck Vanhecke, président du Vlaams
Belang. La gloire, on vous dit !
L’EUROPE DES PATRIES
Si RIVAROL a de nombreux lecteurs
étrangers, le stand des Droites européennes, lesquelles pourraient reconstituer
un groupe à Strasbourg dès janvier, était
également très fourni avec de nombreux
élus du Vlaams Belang (dont la sculpturale
et très francophone Marie-Rose Morel,
ancienne Miss Flandres et meilleure élue
du VB aux dernières élections avec 44 %
des voix), l’Italien Luca Romagnoli, eurodéputé du MSI (maintenu)-Flamme Tricolore, et une importante délégation du FPÖ
autrichien de Hans-Christian Strache, avec
l’eurodéputé Andreas Möltzer, directeur de
l’excellent hebdomadaire Zur Zeit, et le
député de Vienne Gerhard Kurzmann,
qu’accompagnait un parlementaire du
mouvement nationaliste bulgare Ataka.
Egalement présents, des Britanniques du
BNP, des Roumains, des Allemands du
NPD et de la DVU du Dr Gerhard Frey,
des responsables du Frente Español, la très
active association Belgique et Chrétienté
● Alors qu’approche l’échéance présidentielle, tous ces euro-mondialistes voient
désormais la France en tricolore ! Et reniant
d’un coup tout ce qu’ils ont adoré, tout ce
qu’ils ont servi, tout ce qu’ils ont créé, ils
vous promettent, selon la démagogie du candidat, d’accomplir en 10 ans ou en 100
jours, tout ce qu’ils n’ont pas su faire depuis
30 ans ! (…) Ils vous mentent sur les promesses d’augmentation de salaires, quand,
dans le même temps, la spéculation immobilière stimulée par les fonds de pensions américains continue d’aggraver le coût du logement… Ils vous mentent sur le pouvoir
d’achat, quand le seul passage à l’euro a vu,
malgré leurs pieux mensonges, 25 produits
de première nécessité comme le pain, l’eau,
le lait… pratiquement doubler en 5 ans… Ils
vous mentent sur le chômage qui baisse,
alors que le travail précaire ne fait qu’augmenter, et que cette politique de chômage de
masse est — de l’aveu même des théoriciens
libéraux — non pas un problème, mais LA
solution qui permet à la fois pression sur les
salaires et gel des revendications, soit la
solution choisie par le pouvoir depuis
30 ans. Ils vous mentent sur l’immigration,
sur l’insécurité, sur
l’école. Inquiets que
demain vous sortiez les
sortants, ils vous promettent de remettre à l’honneur cette République
qu’ils ont bafouée, cette
Nation qu’ils se sont
acharnés à détruire.
● Il en aura fallu de
l’acharnement dans l’incompétence pour mener la
France des « 30 glorieuses » à cette France
des « 30 piteuses », cette
France des « 30
honteuses » dans laquelle
nous nous enfonçons
depuis le milieu des
années 1970… Ils ont
cassé la cohésion nationale et sociale par une
immigration massive sans garantie et sans
moyens d’assimilation, inaugurée par Chirac en 1974, sous le nom de « regroupement
familial », non plus immigration de travail,
en lien avec nos nécessités de développement, mais immigration de peuplement sans
volonté d’assimiler ni de former… Ils ont
voulu cela, créant ainsi les conditions des
affrontements communautaires et de la ruine
économique.
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