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11/20/25

 


(3) Sur le sujet, actuellement cible d’une intense

désinformation, des soldats “coloniaux”, nous

conseillons une étude qui nous paraît

définitive : Les Colonies dans la Grande

Guerre par Jacques Frémeaux. 395 pages,

25 €. Editions 14-18/Soteca.

«VERDUN a fait oublier la Somme. »

Cette opinion d’un historien (1) est tout à

fait fondée. Car les deux batailles furent

simultanées et ont interféré l’une sur l’autre.

Au printemps 1916, l’étatmajor français refuse au

général Pétain les deux

divisions supplémentaires

qu’il demandait. Mais à

l’automne de la même

année, deux divisions allemandes sont retirées de

Verdun pour être envoyées

sur la Somme… A Verdun, les Français sont

sur la défensive tandis que, sur la Somme,

c’est une formidable offensive qui se

déclenche, préconisée par le généralissime

Joffre en décembre 1915 et prévue pour

juillet 1916. Sur un champ de bataille situé

en gros dans une région entre Albert et

Péronne (occupée par les Allemands). Au

nord les Anglais, au sud les Français.

GUERRE D’USURE

Pour « taper le Boche », comme il disait,

Joffre avait préparé un assaut frontal enfonçant les forces allemandes et précédé par une gigantesque préparation d’artillerie pilonnant systématiquement le terrain. Attaque retardée en raison des pluies, qui

allaient accompagner la bataille

d’une manière persistante.

Déclenchée début juillet, elle se

termina (pour une progression de

quelques kilomètres) à la minovembre.

Le 1er juillet, les Britanniques

attaquent au son des sifflets de

leurs officiers. C’est encore une

armée de volontaires recrutés dans

nombre de quartiers populaires

des villes anglaises et attirés par la

solde. On les surnomme « les

pals » (les copains) ; ils sont

confiants et inconscients. On leur

a dit qu’en face, les Allemands ont

été écrasés par le pilonnage de

l’artillerie mais ce qu’ils ne savent

pas, c’est qu’ils ont su aménager leur terrain,

en creusant des abris qui descendent profondément sous terre. Ainsi protégés, ils en sortent au moment où les Anglais franchissent

les barbelés et c’est une hécatombe

effroyable. La plus meurtrière dans l’histoire

de l’armée anglaise. 60 000 hommes (dont

20 000 tués) mis hors de combat dans la

seule journée du 1er juillet. C’est la sinistre

journée des coquelicots, alors abondants

dans les campagnes de Picardie et du Nord.

Et jusqu’à nos jours, en Angleterre, le coquelicot (artificiel) en est resté un symbole. « Ce

n’est pas un chiffre élevé », aurait dit Haig,

commandant des troupes anglaises. Cynisme

ou mensonge pour éviter la panique dans

l’opinion ? Ensuite renforcés par la

conscription, les officiers et leurs soldats

furent plus professionnels.

Les Français de Foch et Fayolle (front sud)

avaient obtenu certains succès, mais peu

importants. A partir de ce moment, la bataille

de la Somme se transforma en guerre

d’usure.Il y eut au fil des mois plusieurs

attaques mais aucune décisive. On “grignotait” l’ennemi au prix de pertes considérables des deux côtés. Le 15 septembre, les

Anglais essayèrent une arme secrète : les

premiers chars qui engendrèrent d’abord la

panique dans les rangs allemands; mais ils

se révélèrent à l’usage trop lents, vulnérables

et de plus embourbés dans cet océan de boue

qui marque définitivement le souvenir de la

Somme.

A cela s’ajoutait une mauvaise coordination entre Français et Anglais. Finalement,

l’épuisement fut réciproque. En mars 1917,

les Allemands se retirent plus au nord sur la

ligne Hindenburg, détruisant et minant les

régions abandonnées.

Ce ne fut pas une victoire. Le bilan total est

éloquent : les Allemands ont eu 500 000

morts, les Anglais 450 000, les Français

340 000 (chiffres arrondis). Ces tués représentent un pourcentage de 30 % des troupes

engagées (contre 16 % à Verdun).

Sauf Haig, les grands chefs furent, de part

et d’autre, sacqués. Fin août, le général allemand Falkenhayn fut limogé, remplacé par

Ludendorff et Hindenburg qui prirent la

décision de délaisser Verdun. Joffre fut

nommé Maréchal de France mais mis à

l’écart et envoyé en mission aux EtatsUnis — entrés dans la guerre en 1917. Foch,

auquel on reprochait son instabilité, fut mis

au placard et remis à la disposition du

ministre. Nivelle remplaça Joffre à la tête

des armées françaises. Quand on connaît la

suite avec l’échec sanglant du Chemin des

Dames en 1917 ! Tout cela donnait raison au

général Pétain qui ne croyait pas aux grandes

offensives mais à des coups de butoir soigneusement préparés. « J’attend les chars et

les Américains », disait-il, mais il fut alors

soupçonné de “défaitisme”.

TOURISME DE GUERRE

En France, Verdun est resté prioritaire dans

la mémoire collective mais il est injuste

d’oublier la Somme. Si la visite des champs

de bataille vous tente (un tourisme un peu

particulier), profitez de l’automne pour aller

les voir. Et si la pluie s’en mêle, vous serez

tout à fait dans l’ambiance de 1916.

Commencez par visiter l’Historial de

Péronne (2) avec ses différentes salles, bien

aménagées, aux expositions commentées en

trois langues (allemand, anglais, français)

retraçant la guerre. Une exposition est évidemment consacrée à la Somme en 1916.

Avec un film sobrement commenté par des

hommes aussi divers qu’Ernst Jünger (qui

évoque la Somme dans son maître livre,

Orages d’acier), Georges Duhamel, Blaise

Cendrars et d’autres, de toutes nationalités…

Ensuite, guidé par les panneaux portant

l’emblème du coquelicot, faites le Circuit du

Souvenir (monuments et cimetières, des

centaines). Ce qui est surprenant dans la

Somme, c’est qu’au contraire de Verdun, le

paysage fut “réparé”, les villages reconstruits, la campagne est agréable dans cet été

si chaud. Le monument le plus extraordinaire est celui édifié par les Anglais en 1932

à Thiepval (village très disputé). 45 mètres

de hauteur et, sur ses murs, sont gravés les

noms de 73 000 soldats britanniques souvent

disparus à jamais (voir ci-dessous). Chaque

1er juillet, les autorités britanniques viennent

commémorer la journée funeste de 1916. Il

y avait plus de dix mille personnes le

1er juillet dernier, entourant le prince Charles

et Camilla. A noter la construction, récente,

d’un centre d’information proche du monument. Les visiteurs sont en très grande majorité anglais.

Pour le reste, il y a l’embarras du choix. Chaque site

évoque les contingents

venant du Commonwealth,

lequel participa largement

aux combats comme l’Empire du côté français (3). Par

exemple, à BeaumontHamel, les régiments terresneuviens. Un réseau de tranchées a été conservé. On y

circule sous une statue

représentant un caribou. A

Longueval, hommage est

rendu aux Sud-Africains

blancs engagés dans le bois

de Delville surnommé le

« bois du diable », Devil’s

Wood. Le 15 juillet 1916, ils

furent plus de 3000 à attaquer, le visage peint comme

les guerriers zoulous et

1916-2006, retour sur les champs de bataille de la Somme

Rendant compte du livre Moi, Johannes

Sticker, prisonnier allemand en Bretagne (éditions Astoure), un journal de

province écrivait le 23 juillet qu’après

avoir été alpagué — outre-Rhin — par les

troupes françaises, l’auteur, alors âgé de 18

ans, « atterrit dans un camp terrible à

Rennes » : « Là, ce fut l’humiliation permanente infligée par les gardes du camp,

des soldats français, des Résistants, des

maquisards incorporés à l’armée. Ce fut

aussi la faim car l’Administration ne nourrissait pratiquement pas les prisonniers.

Ils n’avaient rien d’autre à manger que de

l’eau chaude dans laquelle surnageaient

de rares légumes. Quand il y avait du pain,

il était moisi. Tout cela provoquait la dysenterie généralisée. Mais l’accès aux

latrines ne pouvait se faire qu’avec la permission des gardiens. L’humiliation était

totale. De plus, la discipline des militaires

en question semble avoir été approximative : “De leur mirador, de temps à autre,

les sentinelles tiraient en direction des

tentes. Parfois, elles tuaient des gens en

plein sommeil… On dit que deux mille

personnes sont mortes à Rennes au cours

de l’été 1945”. Ce camp abominable, précise notre confrère, était installé route de

Lorient près du stade. Les Rennais, circulant à proximité, apercevaient les prisonniers mais sans doute ne savaient rien de

leur dénuement et du drame mortel qui se

déroulait au milieu d’eux. » « Comment

une telle abomination fut-elle possible ?

s’interroge le chroniqueur. Certes, les difficultés de ravitaillement existaient encore

à cette époque pour les Français. Mais

comment les autorités françaises ont-elles

pu tolérer que les prisonniers allemands

soient traités de cette façon ? Notre honte

devrait être grande car nous n’avons pas

porté assistance à personne en danger.

Nous avons laissé froidement mourir les

plus faibles d’entre eux. »

On excusera la longueur de la citation,

mais c’est parce que la chose en valait la

peine. Cette repentance a en effet paru dans

Ouest-France, organe de la Démocratie

chrétienne dont le garde des Sceaux Teitgen, épurateur forcené, fut l’un des fleurons,

et sous la plume du très progressiste François Régis-Hutin. Comme nous l’écrit notre

fidèle Maugendre, qui nous a envoyé cette

coupure : « Encore un effort et le journaliste

reprochera à Leclerc d’avoir fait fusiller

douze gars de la LVF en mai 1945 ».

Quant à Johannes Sticker, loin de vouer

une haine inexpiable au pays qui l’avait

tant fait souffrir et d’exiger dommages et

réparations, Ouest-France souligne qu’il

devint après sa libération « un artisan de

la réconciliation franco-allemande ». A

méditer par les professionnels de la victimisation.

J. L. _____

PS. Cet article de François Régis-Hutin n’annonce nullement un virage de Ouest-France.

C’est sous la pression de ce quotidien, en effet,

qu’a été annulée in extremis l’exposition Feiz

ha Breiz — « Foi et Bretagne » — prévue à

Kernabat du 14 août au 3 septembre et que nous

avions annoncée dans notre n° 2774. Un certain

Alvarez, localier à Guingamp, s’était sur une

demi-page indigné de la “réhabilitation” de

“collabos” renforcés. Or, le peintre Yves Floc’h

n’eut aucune activité sous l’Occupation et ne

fut jamais inquiété à la Libération, et le sculpteur-céramiste Ronan Caouissin bénéficia d’un

non-lieu. N’importe : calomniez… il en restera

toujours quelque chose.

Une détention particulièrement inhumaine

Le teknival de Chavannes :

une note très salée

Suite au Teknival de Chavannes dans le Cher durant le week-end du 1er mai (voir RIV. du

12/5), la Nouvelle République du Centre Ouest publie, dans son édition datée du 16 juillet,

les derniers chiffres communiqués par la préfecture du Cher : « Actuellement, au vu des différentes dépenses engagées, on estime la facture globale à 820 000 €. » Le budget maximum de 500 000 € initialement prévu a donc été largement dépassé.

L’article précise encore que « ces 820 000 € ne comprennent cependant pas le coût des

moyens matériels et humains engagés par la Gendarmerie. 900 militaires et 250 gendarmes

mobiles ont en effet effectué la sécurisation du site ».

Et le journaliste conclut : « Les contribuables devront donc mettre la main à la poche afin

de financer la manifestation. Car les teufeurs, invités à verser leur obole sur le site, n’ont

pas joué le jeu : 2 200 € seulement ont été collectés et reversés aux services de l’Etat. »

J’ajouterai simplement une remarque : au plus fort de la fête, 82 000 “teufeurs” étaient présents selon le même article. Combien ont-ils dépensé en moyenne sur le site, en consommation de produits légaux (mais hors contrôle du fisc) et illégaux ? Le chifffre d’affaires d’un

tel rassemblement atteint certainement 2 ou 3 millions d’euros, en toute illégalité.

Merci Sarko !

Michel CHASSIER,

Conseiller Municipal de Blois (FN).

Jacques LORCEY

PROCÈS A DIEU

ou les martyres d’Orange

Le propos est pour le moins osé puisque

cette dramaturgie théâtrale entreprend la

réhabilitation pure et simple de Robespierre,

authentique “mystique” à l’image de son

maître J.-J. Rousseau. Les quelques centaines

de « traîtres à la République », dont 32 religieuses coupables de n’avoir pas prêté le serment Liberté-Egalité et béatifiées par Pie XI

en 1925, que le tribunal révolutionnaire fit

guillotiner à l’été 1794, ne furent pas les victimes de l’Incorruptible mais des représentants du Peuple, sous l’autorité d’Etienne

Maignet. Un athée fanatique qui, en Provence, usa et abusa jusqu’au délire de ses pouvoirs discrétionnaires… et survécut d’ailleurs

aux sous-fifres, qu’il chargea sans vergogne.

Créée en mai 2006 sous le patronage de

Jacques Bompard et sur les lieux-mêmes de

la sinistre pantomime, cette pièce — étayée

sur des archives, historiques sans doute mais

triées suivant les besoins de la cause —

s’ouvre sur le couvent des Sacramentines de

Bollène et retrace les phases de leur martyre

dans l’engrenage menant irrésistiblement vers

la Terreur… dont l’instaurateur n’aurait pas

voulu les crimes abominables. Le dialogue du

2e Tableau entre Maximilien, « qui hait la

peine de mort », et son chargé de mission

prouve la bénévolence du premier à l’égard

des religions, se référant

quant à lui au Christ « persécuté par les envieux » !

Il semble que Jacques Lorcey sollicite un peu beaucoup les documents dont

s’inspire sa thèse “révolutionnaire” : la “conversion”

au pied de l’échafaud des

membres, couverts de sang, de la Commission populaire (Viot, Barjavel, Fauvet,

Roman-Fonrosa, etc.) raccourcis par les

Thermidoriens est peu crédible. Mais les

appendices suivant le tomber de rideau donnent une anthologie représentative de la lit10 N° 2775 — 1er SEPTEMBRE 2006 — RIVAROL

térature “patriotique” du jugement rendu à

Avignon le 7 Messidor an III de la République par des épurateurs aussi criminels mais

plus habiles et mieux protégés en haut lieu

que ceux qu’ils condamnent.

Marie-Gabrielle DECOSSAS. _____

200 pages, 22 €. Editions Godefroy de Bouillon.

Edward SOREL

VIES LITTÉRAIRES

Caricaturiste juif new-yorkais, Edward Sorel,

dans ces dix biographies-éclair, ne manque pas

d’épingler Jung pour ses compromissions avec

le régime hitlérien, et même W. B. Yeats pour

ses sympathies mussoliniennes (les Chemises

bleues irlandaises faisaient le salut romain, et

non « le salut des nazis » comme il est écrit ici).

Toutefois il exerce la même sévérité à l’encontre d’Ayn Rand, de Norman Mailer ou de

la très stalinienne Lillian Hellman. Et le plus

réjouissant, ce sont les charges, brèves mais

finement documentées, contre Bertolt Brecht

et Jean-Paul Sartre, saisis dans leur vie

publique comme dans leur vie privée (signalons tout de même qu’Arlette Elkaïm, la jeune

héritière de Sartre, née à Constantine, n’était

pas une rousse aux yeux verts…).

Enfin, les biographies de Tolstoï, Proust et

George Eliot sont d’un comique ravageur :

tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur

leur vie sexuelle, et qu’on ne vous raconte

jamais clairement en France (pourtant les

images sont presque toutes chastes, et seule la

première du volume peut choquer les enfants).

Evidemment, les grands écrivains sont vus ici

par le gros bout de la lorgnette. L’étrange vie

amoureuse de George Eliot, cette Beauvoir

anglaise du XIXe siècle, n’empêche pas Le

Moulin sur la Floss de rester un des plus beaux

romans sur l’enfance et l’adolescence. Profitez

de cette fin d’été pour le lire, sinon en anglais,

du moins dans la traduction récente de la collection Folio.

François LECOMTE. _____

Denoël Graphic, un album (20x18cm) de 118

pages, 20 €.

Henri PIGAILLEM

CLAUDE DE FRANCE

Pour la fille unique de Louis XII et

d’Anne de Bretagne, le Roi Chevalier n’eut

rien d’un chevalier servant : « J’estime certes

cette fille de roi, avouait-il avec cynisme à

sa sœur Marguerite peu avant son mariage

avec Claude (printemps 1514), mais je ne

pourrai jamais l’aimer. Rien en sa personne

ne me séduit. Pourtant, je la veux, cette

enfant. Question d’Etat ! Il y va du règlement

de l’affaire de Bretagne, voire des intérêts

généraux du royaume. Pour l’amour, il est

d’autres prés où, sans presque me baisser, j’aurai tout loisir de cueillir à foison les plus capiteuses corolles. » Difficile d’être plus mufle

que ce François d’Angoulême dont la

duchesse de Bretagne ne voulait d’ailleurs

pas pour gendre et sur lequel Louis XII luimême déchanta rapidement !

La petite princesse était-elle aussi défavorisée

par la Nature que l’affirmait le futur François 1er ? Elle était certes boiteuse comme sa

mère et affligée de strabisme mais les contemporains, qui divergent quant à son physique,

se retrouvent en tout cas pour louer sa grande

culture et ses qualités morales. Si elle n’a pas

« la légendaire humeur altière de sa mère », qui

cultivait « des rancunes et des entêtements de Bretonne », « Claude est plus élevée, plus éclairée

qu’Anne. Elle (…) ne connaît ni l’orgueil ni la

vanité », écrit son biographe qui la décrit

« intelligente et valeureuse, franche et gaie ».

Toutes vertus qui lui seront bien nécessaires

quand, devenue reine, elle devra résister aux

empiètements de François 1er sur la Bretagne

dont elle est duchesse souveraine, subir son

indifférence et ses adultères (y compris avec la

toute jeune Mary Tudor, veuve de Louis XII

et donc sa belle-mère) bien que, fût-ce sans

plaisir, mais il faut assurer la descendance, le

souverain se montre assidu au déduit. Entre

1515 et 1523, naîtront d’ailleurs sept enfants

de France dont le futur Henri II avant que la

bonne reine Claude, épuisée par ses maternités répétées, ne s’éteigne en 1524. A l’âge de

25 ans. Non sans avoir poursuivi l’embellissement du royaume. C’est elle qui fit « du vieux

château de Blois une superbe demeure à l’italienne », finança l’achèvement de la collégiale

Saint-Solenne et la nouvelle abbatiale SaintLomer.

Plus solide physiquement, moins méprisée

et rudoyée par son époux et sa belle-mère, la

terrible Louise de Savoie, Claude de France

aurait pu être une grande souveraine et il faut

remercier H. Pigaillem de l’avoir ressuscitée

dans un livre qu’on aimerait louer sans réserves

mais qui, au contraire de son excellente biographie du Dr Guillotin (même éditeur) pèche

par une écriture trop rapide.

J. L. _____

272 pages avec tableau chronologique et bibliographie, 21 €. Editions Pygmalion.

Cinéma

Une rentrée qui sent la poudre avec la

sortie à une semaine d’intervalle des

deux films traitant de la guerre et qui ont

raflé les plus prestigieux trophées à

Cannes en mai dernier : Flandres

(Grand Prix) et Le Vent se lève (Palme

d’or).

Auteur controversé de La Vie de Jésus

et de L’Humanité, Bruno Dumont persiste et signe dans la voie d’un cinéma

radical sinon expérimental qui ne

cherche jamais à caresser le public dans

le sens du poil. Avec Flandres, son 4e

long-métrage, il aborde le genre bien

balisé du film de guerre d’une façon très

personnelle, aussi éloignée du pamphlet

antimilitariste de rigueur que de l’exaltation du courage et de l’esprit de camaraderie des soldats au combat. Le propos

de cet ex-prof de philo voulant ici « régénérer l’horreur de la guerre » n’est pas

d’une folle originalité mais la manière

qu’il a d’enfoncer le clou dans les portes

ouvertes est étonnante pour ce qui est du

style — caractérisé par un dépouillement

extrême, avec une bande son vierge de

tout accompagnement musical parasite et

des dialogues aussi rares que sommaires

débités sans intonation, comme chez

Robert Bresson, par des acteurs non professionnels — allié à une recherche quasi

constante de la beauté picturale.

Il organise sa démonstration en trois

parties : tout d’abord, la vie végétative

de ses personnages, de jeunes paysans du

Nord de la France vaquant mollement,

comme en état d’hébétude, à leurs occupations et à leurs copulations, dans des

paysages désolés et hivernaux. Ensuite,

dans la partie centrale, la plus longue, il

nous montre les hommes incorporés dans

l’armée, faisant le coup de feu, et bien

pire, contre des ennemis parlant arabe

dans une contrée indéterminée (le film a

été tourné en Tunisie). Une guerre dont

Dumont ne nous livre aucune clé sur les

origines, les enjeux et les forces en présence. Un côté abstrait censé apporter

une résonance universelle, et bien sûr

actuelle, aux inévitables scènes de torture, de viols et de barbarie, d’une

cruauté aux limites de l’insoutenable.

Encore que les actes les plus abominables se déroulent hors champ. Enfin,

c’est le retour au pays du seul survivant,

traumatisé par tout ce qu’il a vécu, en

quête de rédemption auprès de sa belle,

qui a plus ou moins sombré dans la folie

entre-temps.

Le récit à la fois simple et fumeux, surchargé d’intentions philosophiques (on

ne se refait pas) sur la triste condition

humaine, frise souvent le ridicule ou

l’odieux. Mais il y a des moments d’une

rare intensité poétique et émotionnelle

notamment dans la scène ultime.

Flandres est néanmoins une œuvre difficile, à réserver aux cinéphiles très avertis.

L’accueil devrait être beaucoup

plus chaleureux, en France tout

au moins, pour la Palme d’or

décernée « à l’unanimité du

jury » : Le Vent se lève (The wind

that shakes the barley). En effet,

de l’autre côté du Channel, la

presse conservatrice et les

tabloïds ont violemment vilipendé

le dernier film de Ken Loach, moins que

jamais prophète en son pays. Le très

engagé cinéaste anglais ne fait d’ailleurs

rien pour que ça change puisqu’il aborde

à nouveau, avec son scénariste attitré

Paul Laverty, l’histoire irlandaise, après

son explosif brûlot anti-Thatcher Hidden

Agenda (1988) sous un angle résolument

pro-IRA. S’étant toujours rangé du côté

des opprimés, il ne pouvait décemment

changer son fusil d’épaule pour raconter

une histoire qui commence en 1920, au

plus fort de la guerre des insurgés irlandais contre l’occupant british. A travers

l’histoire déchirante de deux frères originaires de Cork, Damien (Cilian Murphy) et son aîné Teddy (Padraic Delaney)

qui, après avoir lutté côte à côte contre

les troupes britanniques, se retrouvent en

pleine guerre civile dans des camps ennemis irréductibles, les pragmatiques de

Michael Collins favorables au traité de

décembre 1921 instituant la partition de

l’île et les révolutionnaires purs et durs

exigeant une totale indépendance, Loach

a réalisé un film magistral qui privilégie

l’émotion et les grands sentiments sur

l’esprit partisan. Contrairement aux

affirmations de ses détracteurs, il ne cède

pas non plus au manichéisme primaire,

les bons Irlandais d’un côté, les

méchants Anglais de l’autre. S’il met en

avant dans la première partie l’horreur

des atrocités et des tortures perpétrées

par les sinistres « Black and Tans », en

face les combattants de la liberté ne sont

pas idéalisés outre-mesure et

prennent aussi leur part dans les

exactions commises. Filmé à hauteur d’homme, sans aucune

coquetterie de style mais avec un

sens du lyrisme épique qui évoque

souvent John Ford, Le Vent se

lève — le titre original fait référence à un poème “patriotique”

de Robert D. Joyce (1830-1883),

Le vent qui souffle sur un champ

d’orge —, est tout simplement du

grand cinéma. La Palme d’or la

plus indiscutable depuis belle lurette !

Patrick LAURENT.

Aux armes cinéphiles AGENDA ☞ 2 septembre à Lausanne-Pully (Vieux Caveau,

Salle des Chevaliers, rue de la Gare 11. Tél. 021-

728.27.49). 11 h 30, déjeuner pour les 35 ans du Pamphlet. Part. 50 FS. Rés. d’urg. tél. +41 21-311 24 87.

Fax : +41 21-311 27 95.

☞ 2 septembre dans les cathédrales à 17 h : 176e

Rosaire pour la vie.

☞ 3 septembre à St-Martin-de-Crau (Manade Lescot, à partir de 10 h). Grande fête présidentielle des Tricolores. Jeux divers, stands, animations, déjeuner à

13 h. Grand discours de Jean-Marie Le Pen à 16h30.

Rés. repas (20 €). Car au départ du Vaucluse (11 €

A/R). Rés. FN-84 : 06-21-50-41-60.

☞ 2 et 3 septembre à Chiré-en-Montreuil (près de

Poitiers). 36èmes Journées chouannes et 40e anniversaire de Chiré. Vente et signatures de livres avec la participation de nombreux auteurs amis. Interventions et

débats. Le dimanche matin, messe dite par l’abbé Cottard. Rens. 05-49-51-83-04. Fax: 05-49-51-63-50.

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