(3) Sur le sujet, actuellement cible d’une intense
désinformation, des soldats “coloniaux”, nous
conseillons une étude qui nous paraît
définitive : Les Colonies dans la Grande
Guerre par Jacques Frémeaux. 395 pages,
25 €. Editions 14-18/Soteca.
«VERDUN a fait oublier la Somme. »
Cette opinion d’un historien (1) est tout à
fait fondée. Car les deux batailles furent
simultanées et ont interféré l’une sur l’autre.
Au printemps 1916, l’étatmajor français refuse au
général Pétain les deux
divisions supplémentaires
qu’il demandait. Mais à
l’automne de la même
année, deux divisions allemandes sont retirées de
Verdun pour être envoyées
sur la Somme… A Verdun, les Français sont
sur la défensive tandis que, sur la Somme,
c’est une formidable offensive qui se
déclenche, préconisée par le généralissime
Joffre en décembre 1915 et prévue pour
juillet 1916. Sur un champ de bataille situé
en gros dans une région entre Albert et
Péronne (occupée par les Allemands). Au
nord les Anglais, au sud les Français.
GUERRE D’USURE
Pour « taper le Boche », comme il disait,
Joffre avait préparé un assaut frontal enfonçant les forces allemandes et précédé par une gigantesque préparation d’artillerie pilonnant systématiquement le terrain. Attaque retardée en raison des pluies, qui
allaient accompagner la bataille
d’une manière persistante.
Déclenchée début juillet, elle se
termina (pour une progression de
quelques kilomètres) à la minovembre.
Le 1er juillet, les Britanniques
attaquent au son des sifflets de
leurs officiers. C’est encore une
armée de volontaires recrutés dans
nombre de quartiers populaires
des villes anglaises et attirés par la
solde. On les surnomme « les
pals » (les copains) ; ils sont
confiants et inconscients. On leur
a dit qu’en face, les Allemands ont
été écrasés par le pilonnage de
l’artillerie mais ce qu’ils ne savent
pas, c’est qu’ils ont su aménager leur terrain,
en creusant des abris qui descendent profondément sous terre. Ainsi protégés, ils en sortent au moment où les Anglais franchissent
les barbelés et c’est une hécatombe
effroyable. La plus meurtrière dans l’histoire
de l’armée anglaise. 60 000 hommes (dont
20 000 tués) mis hors de combat dans la
seule journée du 1er juillet. C’est la sinistre
journée des coquelicots, alors abondants
dans les campagnes de Picardie et du Nord.
Et jusqu’à nos jours, en Angleterre, le coquelicot (artificiel) en est resté un symbole. « Ce
n’est pas un chiffre élevé », aurait dit Haig,
commandant des troupes anglaises. Cynisme
ou mensonge pour éviter la panique dans
l’opinion ? Ensuite renforcés par la
conscription, les officiers et leurs soldats
furent plus professionnels.
Les Français de Foch et Fayolle (front sud)
avaient obtenu certains succès, mais peu
importants. A partir de ce moment, la bataille
de la Somme se transforma en guerre
d’usure.Il y eut au fil des mois plusieurs
attaques mais aucune décisive. On “grignotait” l’ennemi au prix de pertes considérables des deux côtés. Le 15 septembre, les
Anglais essayèrent une arme secrète : les
premiers chars qui engendrèrent d’abord la
panique dans les rangs allemands; mais ils
se révélèrent à l’usage trop lents, vulnérables
et de plus embourbés dans cet océan de boue
qui marque définitivement le souvenir de la
Somme.
A cela s’ajoutait une mauvaise coordination entre Français et Anglais. Finalement,
l’épuisement fut réciproque. En mars 1917,
les Allemands se retirent plus au nord sur la
ligne Hindenburg, détruisant et minant les
régions abandonnées.
Ce ne fut pas une victoire. Le bilan total est
éloquent : les Allemands ont eu 500 000
morts, les Anglais 450 000, les Français
340 000 (chiffres arrondis). Ces tués représentent un pourcentage de 30 % des troupes
engagées (contre 16 % à Verdun).
Sauf Haig, les grands chefs furent, de part
et d’autre, sacqués. Fin août, le général allemand Falkenhayn fut limogé, remplacé par
Ludendorff et Hindenburg qui prirent la
décision de délaisser Verdun. Joffre fut
nommé Maréchal de France mais mis à
l’écart et envoyé en mission aux EtatsUnis — entrés dans la guerre en 1917. Foch,
auquel on reprochait son instabilité, fut mis
au placard et remis à la disposition du
ministre. Nivelle remplaça Joffre à la tête
des armées françaises. Quand on connaît la
suite avec l’échec sanglant du Chemin des
Dames en 1917 ! Tout cela donnait raison au
général Pétain qui ne croyait pas aux grandes
offensives mais à des coups de butoir soigneusement préparés. « J’attend les chars et
les Américains », disait-il, mais il fut alors
soupçonné de “défaitisme”.
TOURISME DE GUERRE
En France, Verdun est resté prioritaire dans
la mémoire collective mais il est injuste
d’oublier la Somme. Si la visite des champs
de bataille vous tente (un tourisme un peu
particulier), profitez de l’automne pour aller
les voir. Et si la pluie s’en mêle, vous serez
tout à fait dans l’ambiance de 1916.
Commencez par visiter l’Historial de
Péronne (2) avec ses différentes salles, bien
aménagées, aux expositions commentées en
trois langues (allemand, anglais, français)
retraçant la guerre. Une exposition est évidemment consacrée à la Somme en 1916.
Avec un film sobrement commenté par des
hommes aussi divers qu’Ernst Jünger (qui
évoque la Somme dans son maître livre,
Orages d’acier), Georges Duhamel, Blaise
Cendrars et d’autres, de toutes nationalités…
Ensuite, guidé par les panneaux portant
l’emblème du coquelicot, faites le Circuit du
Souvenir (monuments et cimetières, des
centaines). Ce qui est surprenant dans la
Somme, c’est qu’au contraire de Verdun, le
paysage fut “réparé”, les villages reconstruits, la campagne est agréable dans cet été
si chaud. Le monument le plus extraordinaire est celui édifié par les Anglais en 1932
à Thiepval (village très disputé). 45 mètres
de hauteur et, sur ses murs, sont gravés les
noms de 73 000 soldats britanniques souvent
disparus à jamais (voir ci-dessous). Chaque
1er juillet, les autorités britanniques viennent
commémorer la journée funeste de 1916. Il
y avait plus de dix mille personnes le
1er juillet dernier, entourant le prince Charles
et Camilla. A noter la construction, récente,
d’un centre d’information proche du monument. Les visiteurs sont en très grande majorité anglais.
Pour le reste, il y a l’embarras du choix. Chaque site
évoque les contingents
venant du Commonwealth,
lequel participa largement
aux combats comme l’Empire du côté français (3). Par
exemple, à BeaumontHamel, les régiments terresneuviens. Un réseau de tranchées a été conservé. On y
circule sous une statue
représentant un caribou. A
Longueval, hommage est
rendu aux Sud-Africains
blancs engagés dans le bois
de Delville surnommé le
« bois du diable », Devil’s
Wood. Le 15 juillet 1916, ils
furent plus de 3000 à attaquer, le visage peint comme
les guerriers zoulous et
1916-2006, retour sur les champs de bataille de la Somme
Rendant compte du livre Moi, Johannes
Sticker, prisonnier allemand en Bretagne (éditions Astoure), un journal de
province écrivait le 23 juillet qu’après
avoir été alpagué — outre-Rhin — par les
troupes françaises, l’auteur, alors âgé de 18
ans, « atterrit dans un camp terrible à
Rennes » : « Là, ce fut l’humiliation permanente infligée par les gardes du camp,
des soldats français, des Résistants, des
maquisards incorporés à l’armée. Ce fut
aussi la faim car l’Administration ne nourrissait pratiquement pas les prisonniers.
Ils n’avaient rien d’autre à manger que de
l’eau chaude dans laquelle surnageaient
de rares légumes. Quand il y avait du pain,
il était moisi. Tout cela provoquait la dysenterie généralisée. Mais l’accès aux
latrines ne pouvait se faire qu’avec la permission des gardiens. L’humiliation était
totale. De plus, la discipline des militaires
en question semble avoir été approximative : “De leur mirador, de temps à autre,
les sentinelles tiraient en direction des
tentes. Parfois, elles tuaient des gens en
plein sommeil… On dit que deux mille
personnes sont mortes à Rennes au cours
de l’été 1945”. Ce camp abominable, précise notre confrère, était installé route de
Lorient près du stade. Les Rennais, circulant à proximité, apercevaient les prisonniers mais sans doute ne savaient rien de
leur dénuement et du drame mortel qui se
déroulait au milieu d’eux. » « Comment
une telle abomination fut-elle possible ?
s’interroge le chroniqueur. Certes, les difficultés de ravitaillement existaient encore
à cette époque pour les Français. Mais
comment les autorités françaises ont-elles
pu tolérer que les prisonniers allemands
soient traités de cette façon ? Notre honte
devrait être grande car nous n’avons pas
porté assistance à personne en danger.
Nous avons laissé froidement mourir les
plus faibles d’entre eux. »
On excusera la longueur de la citation,
mais c’est parce que la chose en valait la
peine. Cette repentance a en effet paru dans
Ouest-France, organe de la Démocratie
chrétienne dont le garde des Sceaux Teitgen, épurateur forcené, fut l’un des fleurons,
et sous la plume du très progressiste François Régis-Hutin. Comme nous l’écrit notre
fidèle Maugendre, qui nous a envoyé cette
coupure : « Encore un effort et le journaliste
reprochera à Leclerc d’avoir fait fusiller
douze gars de la LVF en mai 1945 ».
Quant à Johannes Sticker, loin de vouer
une haine inexpiable au pays qui l’avait
tant fait souffrir et d’exiger dommages et
réparations, Ouest-France souligne qu’il
devint après sa libération « un artisan de
la réconciliation franco-allemande ». A
méditer par les professionnels de la victimisation.
J. L. _____
PS. Cet article de François Régis-Hutin n’annonce nullement un virage de Ouest-France.
C’est sous la pression de ce quotidien, en effet,
qu’a été annulée in extremis l’exposition Feiz
ha Breiz — « Foi et Bretagne » — prévue à
Kernabat du 14 août au 3 septembre et que nous
avions annoncée dans notre n° 2774. Un certain
Alvarez, localier à Guingamp, s’était sur une
demi-page indigné de la “réhabilitation” de
“collabos” renforcés. Or, le peintre Yves Floc’h
n’eut aucune activité sous l’Occupation et ne
fut jamais inquiété à la Libération, et le sculpteur-céramiste Ronan Caouissin bénéficia d’un
non-lieu. N’importe : calomniez… il en restera
toujours quelque chose.
Une détention particulièrement inhumaine
Le teknival de Chavannes :
une note très salée
Suite au Teknival de Chavannes dans le Cher durant le week-end du 1er mai (voir RIV. du
12/5), la Nouvelle République du Centre Ouest publie, dans son édition datée du 16 juillet,
les derniers chiffres communiqués par la préfecture du Cher : « Actuellement, au vu des différentes dépenses engagées, on estime la facture globale à 820 000 €. » Le budget maximum de 500 000 € initialement prévu a donc été largement dépassé.
L’article précise encore que « ces 820 000 € ne comprennent cependant pas le coût des
moyens matériels et humains engagés par la Gendarmerie. 900 militaires et 250 gendarmes
mobiles ont en effet effectué la sécurisation du site ».
Et le journaliste conclut : « Les contribuables devront donc mettre la main à la poche afin
de financer la manifestation. Car les teufeurs, invités à verser leur obole sur le site, n’ont
pas joué le jeu : 2 200 € seulement ont été collectés et reversés aux services de l’Etat. »
J’ajouterai simplement une remarque : au plus fort de la fête, 82 000 “teufeurs” étaient présents selon le même article. Combien ont-ils dépensé en moyenne sur le site, en consommation de produits légaux (mais hors contrôle du fisc) et illégaux ? Le chifffre d’affaires d’un
tel rassemblement atteint certainement 2 ou 3 millions d’euros, en toute illégalité.
Merci Sarko !
Michel CHASSIER,
Conseiller Municipal de Blois (FN).
Jacques LORCEY
PROCÈS A DIEU
ou les martyres d’Orange
Le propos est pour le moins osé puisque
cette dramaturgie théâtrale entreprend la
réhabilitation pure et simple de Robespierre,
authentique “mystique” à l’image de son
maître J.-J. Rousseau. Les quelques centaines
de « traîtres à la République », dont 32 religieuses coupables de n’avoir pas prêté le serment Liberté-Egalité et béatifiées par Pie XI
en 1925, que le tribunal révolutionnaire fit
guillotiner à l’été 1794, ne furent pas les victimes de l’Incorruptible mais des représentants du Peuple, sous l’autorité d’Etienne
Maignet. Un athée fanatique qui, en Provence, usa et abusa jusqu’au délire de ses pouvoirs discrétionnaires… et survécut d’ailleurs
aux sous-fifres, qu’il chargea sans vergogne.
Créée en mai 2006 sous le patronage de
Jacques Bompard et sur les lieux-mêmes de
la sinistre pantomime, cette pièce — étayée
sur des archives, historiques sans doute mais
triées suivant les besoins de la cause —
s’ouvre sur le couvent des Sacramentines de
Bollène et retrace les phases de leur martyre
dans l’engrenage menant irrésistiblement vers
la Terreur… dont l’instaurateur n’aurait pas
voulu les crimes abominables. Le dialogue du
2e Tableau entre Maximilien, « qui hait la
peine de mort », et son chargé de mission
prouve la bénévolence du premier à l’égard
des religions, se référant
quant à lui au Christ « persécuté par les envieux » !
Il semble que Jacques Lorcey sollicite un peu beaucoup les documents dont
s’inspire sa thèse “révolutionnaire” : la “conversion”
au pied de l’échafaud des
membres, couverts de sang, de la Commission populaire (Viot, Barjavel, Fauvet,
Roman-Fonrosa, etc.) raccourcis par les
Thermidoriens est peu crédible. Mais les
appendices suivant le tomber de rideau donnent une anthologie représentative de la lit10 N° 2775 — 1er SEPTEMBRE 2006 — RIVAROL
térature “patriotique” du jugement rendu à
Avignon le 7 Messidor an III de la République par des épurateurs aussi criminels mais
plus habiles et mieux protégés en haut lieu
que ceux qu’ils condamnent.
Marie-Gabrielle DECOSSAS. _____
200 pages, 22 €. Editions Godefroy de Bouillon.
Edward SOREL
VIES LITTÉRAIRES
Caricaturiste juif new-yorkais, Edward Sorel,
dans ces dix biographies-éclair, ne manque pas
d’épingler Jung pour ses compromissions avec
le régime hitlérien, et même W. B. Yeats pour
ses sympathies mussoliniennes (les Chemises
bleues irlandaises faisaient le salut romain, et
non « le salut des nazis » comme il est écrit ici).
Toutefois il exerce la même sévérité à l’encontre d’Ayn Rand, de Norman Mailer ou de
la très stalinienne Lillian Hellman. Et le plus
réjouissant, ce sont les charges, brèves mais
finement documentées, contre Bertolt Brecht
et Jean-Paul Sartre, saisis dans leur vie
publique comme dans leur vie privée (signalons tout de même qu’Arlette Elkaïm, la jeune
héritière de Sartre, née à Constantine, n’était
pas une rousse aux yeux verts…).
Enfin, les biographies de Tolstoï, Proust et
George Eliot sont d’un comique ravageur :
tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur
leur vie sexuelle, et qu’on ne vous raconte
jamais clairement en France (pourtant les
images sont presque toutes chastes, et seule la
première du volume peut choquer les enfants).
Evidemment, les grands écrivains sont vus ici
par le gros bout de la lorgnette. L’étrange vie
amoureuse de George Eliot, cette Beauvoir
anglaise du XIXe siècle, n’empêche pas Le
Moulin sur la Floss de rester un des plus beaux
romans sur l’enfance et l’adolescence. Profitez
de cette fin d’été pour le lire, sinon en anglais,
du moins dans la traduction récente de la collection Folio.
François LECOMTE. _____
Denoël Graphic, un album (20x18cm) de 118
pages, 20 €.
Henri PIGAILLEM
CLAUDE DE FRANCE
Pour la fille unique de Louis XII et
d’Anne de Bretagne, le Roi Chevalier n’eut
rien d’un chevalier servant : « J’estime certes
cette fille de roi, avouait-il avec cynisme à
sa sœur Marguerite peu avant son mariage
avec Claude (printemps 1514), mais je ne
pourrai jamais l’aimer. Rien en sa personne
ne me séduit. Pourtant, je la veux, cette
enfant. Question d’Etat ! Il y va du règlement
de l’affaire de Bretagne, voire des intérêts
généraux du royaume. Pour l’amour, il est
d’autres prés où, sans presque me baisser, j’aurai tout loisir de cueillir à foison les plus capiteuses corolles. » Difficile d’être plus mufle
que ce François d’Angoulême dont la
duchesse de Bretagne ne voulait d’ailleurs
pas pour gendre et sur lequel Louis XII luimême déchanta rapidement !
La petite princesse était-elle aussi défavorisée
par la Nature que l’affirmait le futur François 1er ? Elle était certes boiteuse comme sa
mère et affligée de strabisme mais les contemporains, qui divergent quant à son physique,
se retrouvent en tout cas pour louer sa grande
culture et ses qualités morales. Si elle n’a pas
« la légendaire humeur altière de sa mère », qui
cultivait « des rancunes et des entêtements de Bretonne », « Claude est plus élevée, plus éclairée
qu’Anne. Elle (…) ne connaît ni l’orgueil ni la
vanité », écrit son biographe qui la décrit
« intelligente et valeureuse, franche et gaie ».
Toutes vertus qui lui seront bien nécessaires
quand, devenue reine, elle devra résister aux
empiètements de François 1er sur la Bretagne
dont elle est duchesse souveraine, subir son
indifférence et ses adultères (y compris avec la
toute jeune Mary Tudor, veuve de Louis XII
et donc sa belle-mère) bien que, fût-ce sans
plaisir, mais il faut assurer la descendance, le
souverain se montre assidu au déduit. Entre
1515 et 1523, naîtront d’ailleurs sept enfants
de France dont le futur Henri II avant que la
bonne reine Claude, épuisée par ses maternités répétées, ne s’éteigne en 1524. A l’âge de
25 ans. Non sans avoir poursuivi l’embellissement du royaume. C’est elle qui fit « du vieux
château de Blois une superbe demeure à l’italienne », finança l’achèvement de la collégiale
Saint-Solenne et la nouvelle abbatiale SaintLomer.
Plus solide physiquement, moins méprisée
et rudoyée par son époux et sa belle-mère, la
terrible Louise de Savoie, Claude de France
aurait pu être une grande souveraine et il faut
remercier H. Pigaillem de l’avoir ressuscitée
dans un livre qu’on aimerait louer sans réserves
mais qui, au contraire de son excellente biographie du Dr Guillotin (même éditeur) pèche
par une écriture trop rapide.
J. L. _____
272 pages avec tableau chronologique et bibliographie, 21 €. Editions Pygmalion.
Cinéma
Une rentrée qui sent la poudre avec la
sortie à une semaine d’intervalle des
deux films traitant de la guerre et qui ont
raflé les plus prestigieux trophées à
Cannes en mai dernier : Flandres
(Grand Prix) et Le Vent se lève (Palme
d’or).
Auteur controversé de La Vie de Jésus
et de L’Humanité, Bruno Dumont persiste et signe dans la voie d’un cinéma
radical sinon expérimental qui ne
cherche jamais à caresser le public dans
le sens du poil. Avec Flandres, son 4e
long-métrage, il aborde le genre bien
balisé du film de guerre d’une façon très
personnelle, aussi éloignée du pamphlet
antimilitariste de rigueur que de l’exaltation du courage et de l’esprit de camaraderie des soldats au combat. Le propos
de cet ex-prof de philo voulant ici « régénérer l’horreur de la guerre » n’est pas
d’une folle originalité mais la manière
qu’il a d’enfoncer le clou dans les portes
ouvertes est étonnante pour ce qui est du
style — caractérisé par un dépouillement
extrême, avec une bande son vierge de
tout accompagnement musical parasite et
des dialogues aussi rares que sommaires
débités sans intonation, comme chez
Robert Bresson, par des acteurs non professionnels — allié à une recherche quasi
constante de la beauté picturale.
Il organise sa démonstration en trois
parties : tout d’abord, la vie végétative
de ses personnages, de jeunes paysans du
Nord de la France vaquant mollement,
comme en état d’hébétude, à leurs occupations et à leurs copulations, dans des
paysages désolés et hivernaux. Ensuite,
dans la partie centrale, la plus longue, il
nous montre les hommes incorporés dans
l’armée, faisant le coup de feu, et bien
pire, contre des ennemis parlant arabe
dans une contrée indéterminée (le film a
été tourné en Tunisie). Une guerre dont
Dumont ne nous livre aucune clé sur les
origines, les enjeux et les forces en présence. Un côté abstrait censé apporter
une résonance universelle, et bien sûr
actuelle, aux inévitables scènes de torture, de viols et de barbarie, d’une
cruauté aux limites de l’insoutenable.
Encore que les actes les plus abominables se déroulent hors champ. Enfin,
c’est le retour au pays du seul survivant,
traumatisé par tout ce qu’il a vécu, en
quête de rédemption auprès de sa belle,
qui a plus ou moins sombré dans la folie
entre-temps.
Le récit à la fois simple et fumeux, surchargé d’intentions philosophiques (on
ne se refait pas) sur la triste condition
humaine, frise souvent le ridicule ou
l’odieux. Mais il y a des moments d’une
rare intensité poétique et émotionnelle
notamment dans la scène ultime.
Flandres est néanmoins une œuvre difficile, à réserver aux cinéphiles très avertis.
●
L’accueil devrait être beaucoup
plus chaleureux, en France tout
au moins, pour la Palme d’or
décernée « à l’unanimité du
jury » : Le Vent se lève (The wind
that shakes the barley). En effet,
de l’autre côté du Channel, la
presse conservatrice et les
tabloïds ont violemment vilipendé
le dernier film de Ken Loach, moins que
jamais prophète en son pays. Le très
engagé cinéaste anglais ne fait d’ailleurs
rien pour que ça change puisqu’il aborde
à nouveau, avec son scénariste attitré
Paul Laverty, l’histoire irlandaise, après
son explosif brûlot anti-Thatcher Hidden
Agenda (1988) sous un angle résolument
pro-IRA. S’étant toujours rangé du côté
des opprimés, il ne pouvait décemment
changer son fusil d’épaule pour raconter
une histoire qui commence en 1920, au
plus fort de la guerre des insurgés irlandais contre l’occupant british. A travers
l’histoire déchirante de deux frères originaires de Cork, Damien (Cilian Murphy) et son aîné Teddy (Padraic Delaney)
qui, après avoir lutté côte à côte contre
les troupes britanniques, se retrouvent en
pleine guerre civile dans des camps ennemis irréductibles, les pragmatiques de
Michael Collins favorables au traité de
décembre 1921 instituant la partition de
l’île et les révolutionnaires purs et durs
exigeant une totale indépendance, Loach
a réalisé un film magistral qui privilégie
l’émotion et les grands sentiments sur
l’esprit partisan. Contrairement aux
affirmations de ses détracteurs, il ne cède
pas non plus au manichéisme primaire,
les bons Irlandais d’un côté, les
méchants Anglais de l’autre. S’il met en
avant dans la première partie l’horreur
des atrocités et des tortures perpétrées
par les sinistres « Black and Tans », en
face les combattants de la liberté ne sont
pas idéalisés outre-mesure et
prennent aussi leur part dans les
exactions commises. Filmé à hauteur d’homme, sans aucune
coquetterie de style mais avec un
sens du lyrisme épique qui évoque
souvent John Ford, Le Vent se
lève — le titre original fait référence à un poème “patriotique”
de Robert D. Joyce (1830-1883),
Le vent qui souffle sur un champ
d’orge —, est tout simplement du
grand cinéma. La Palme d’or la
plus indiscutable depuis belle lurette !
Patrick LAURENT.
Aux armes cinéphiles AGENDA ☞ 2 septembre à Lausanne-Pully (Vieux Caveau,
Salle des Chevaliers, rue de la Gare 11. Tél. 021-
728.27.49). 11 h 30, déjeuner pour les 35 ans du Pamphlet. Part. 50 FS. Rés. d’urg. tél. +41 21-311 24 87.
Fax : +41 21-311 27 95.
☞ 2 septembre dans les cathédrales à 17 h : 176e
Rosaire pour la vie.
☞ 3 septembre à St-Martin-de-Crau (Manade Lescot, à partir de 10 h). Grande fête présidentielle des Tricolores. Jeux divers, stands, animations, déjeuner à
13 h. Grand discours de Jean-Marie Le Pen à 16h30.
Rés. repas (20 €). Car au départ du Vaucluse (11 €
A/R). Rés. FN-84 : 06-21-50-41-60.
☞ 2 et 3 septembre à Chiré-en-Montreuil (près de
Poitiers). 36èmes Journées chouannes et 40e anniversaire de Chiré. Vente et signatures de livres avec la participation de nombreux auteurs amis. Interventions et
débats. Le dimanche matin, messe dite par l’abbé Cottard. Rens. 05-49-51-83-04. Fax: 05-49-51-63-50.
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