Une lourde infrastructure a été mise en
place que la canicule valorise. Des
dizaines de milliers de permanents d’innombrables observatoires prospèrent des
froidures hivernales et des chaleurs estivales, nécessairement excessives.
Ce qui s’est passé en juillet s’apparente
assez à une inquiétante opération orwellienne. Tendant à faire passer pour exceptionnellement dramatiques des températures assez normales — celles d’août
furent même largement inférieures à ce
qu’elles auraient dû être. En revanche, on
a moins fait de bruit médiatique autour
d’une sécheresse qui s’étend inexorablement à travers l’Europe. Après un hiver
marqué par des déficits pluviométriques
considérables, un printemps peu arrosé,
les intempéries de la majeure partie de
l’été furent insignifiantes.
Tournée vers l’agriculture et l’élevage,
la société rurale craint une raréfaction de
l’eau et de la pluie qui conditionnent sa
survie. La mégapole, déconnectée de la
VIVE LA TEUF!
Selon les autorités, le Teknival d’Angoulême, organisé début septembre sur un
aérodrome dont les responsables avaient —
vainement — déposé un recours en justice
et où avaient afflué trente mille teufeurs
avec la bénédiction de Sarkozy, s’est
déroulé le mieux du monde, « sans incidents majeurs ». En effet, avec une vingtaine d’hospitalisations et un viol seulement, le bilan est positif. Même si les gendarmes ont saisi 2 400 cachets d’ecstazy et
1,2 kilo de cannabis… ce qui signifie, selon
l’un des pandores, qu’il y en avait « dix fois
plus en circulation ». Si l’on pense qu’on a
retrouvé 6 000 euros en liquide dans la
poche des dealers arrêtés, on peut imaginer
le profit réalisé par les quantités d’autres qui
sont passés à travers les mailles du filet.
Eté 2006 : la sécheresse, plus que la canicule
Les faits s’étaient passés le 9 septembre
1996, voici exactement dix ans. Dans une
rue du centre-ville de Marseille, à
quelques pas de la Canebière, un lycéen
de 16 ans, Nicolas Bourgat, était tué d’un
coup de couteau par Kthab El Hailoufi,
alors âgé de 15 ans. Ce drame avait causé
une profonde émotion à Marseille, où
Jean-Marie Le Pen s’était rendu quelques
jours après pour dénoncer l’insécurité
liée à l’immigration. Pour cet acte totalement gratuit, le meurtrier s’en était tiré
avec sept ans de prison ; le prix de la vie
d’un jeune Français…
Ces années de prison ont-elles au moins
servi à Kthab El Hailoufi à comprendre
la monstruosité de son crime et à se
mettre sur le droit chemin ? Il faut croire
que non, puisque dix ans plus tard, âgé de
25 ans, il vient d’être condamné, par le
tribunal correctionnel de Marseille, à
quatre ans d’emprisonnement, dont un
avec sursis. En juillet dernier, il avait
forcé la porte du domicile de sa sœur
aînée, menacé d’égorger tout le monde,
et enlevé sa jeune sœur, qui vivait là. Il
voulait, disait-il, lui donner « une bonne
éducation ».
Ce prétexte pourrait prêter à rire, de la
part d’un Jeune qui, le mois précédent,
avait agressé le directeur d’une école
maternelle et une enseignante, qui refusaient de le laisser partir avec ses nièces
de 2 et 4 ans et qui, toujours le même
mois, avait frappé et mordu (!) sa petite
amie. Il est donc retourné en prison.
Quand il en sortira, que fera-t-il ?
Luc DELONCLE.
COLONISATION
Alors que le conflit entre Greenpeace
et les marins-pêcheurs de Marseille (voir
l’article de Petrus Agricola dans RIV. du
1er septembre) a permis à nos lecteurs
d’apprendre que le président des
pêcheurs se nommait Mourad Kahoul,
la « Feria du Riz », qui s’est déroulée le
week-end dernier à Arles, a mis en
vedette un nouveau torero, Mehdi de
son prénom.
MARSEILLE : Nicolas, mort pour rien
« L’événement : Enfin une vraie mosquée rue de Tanger », tel était le titre triomphal le
1er septembre du Journal de Paris, édité par Le Parisien. Dont le journaliste Benoît
Hasse nous apprend que « les salles de prières pourront accueillir 1 300 fidèles », ce qui
semble un peu exigu puisque « Adda’wa accueille jusqu’à 4 000 fidèles dans les grandes
occasions et a développé une intense activité socio-éducative ». On devine dans quel sens :
Adda’wa, dont le recteur Larbi Kechat avait été soupçonné en 1994 de collusion avec
le GIA algérien et brièvement incarcéré, est un repaire de fondamentalistes, dont
certains ont pris le chemin de l’Afghanistan et de l’Irak.
Ce qui explique sans doute le blocage du permis de construire sous Jean Tiberi avant
que l’équipe Delanoë n’autorise la construction (à concurrence de 10 millions d’euros) en
2002. « Laïcité oblige, conclut B. Hasse, la mairie de Paris ne financera évidemment pas le projet. Elle
a en revanche mis à la disposition de l’Association une friche viabilisée, porte de la Villette », pour « l’installation d’une salle de prières provisoire pendant le chantier ». Voilà qui devrait faire pardonner à
Delanoë ce faux-pas que fut le 3 septembre l’inauguration de la place Jean Paul II.
Une nouvelle grande mosquée pour Paris
AGENDA
☞ 16 septembre à Carentan. Voir page 5.
☞ 16 septembre à Paris 11e (La Licorne Bleue, 3 bis
rue Jules Vallès. Tél. 01-46-59-18-20). De 15 à 18 h 30,
Alain Soral dédicace « Chut ! Eloge de la disgrâce ».
☞ 16 septembre à Thiberville, près Lisieux. Hommage aux Gardes Suisses. 10h30 : messe de Requiem.
12h30 : déjeuner salle Labbé. 14h30 : troupe des
Cœurs de Chouans puis conférence du Pr A. J. CrouxTornareg. Rens. 06-71-02-26-47 ou 06-80-42-46-71.
☞ 16 septembre à Rancy (« Le Vieux Pressoir »,
6 km de Cuisery, 12 h). Déjeuner-débat du FN-71 avec
Ch. Launay et Joëlle Melin. Part. 18 €. Rés. 03-85-24-
60-30 ou 06-64-93-40-75.
☞ 20 septembre à Paris 8e (Lloyd’s, 23 rue Treilhard, 20 h). Dîner-débat avec le Pr Philippe Lauvaux
sur « Nouveau dialogue : une autre approche de la
politique ». Part. 45 €. Rés. Union des Intellectuels
indépendants, 11 rue de Castellane, 75008 Paris. Tél.
06-86-37-25-63.
☞ 22 septembre à Nice (hôtel Splendid, 50 bd Victor Hugo. Tél. 04-93-16-41-72, à 17h45). Sous la présidence de Bernard Antony, conférence de Judith
Cabaud sur « Pie XII et le nazisme : la désinformation contre l’Eglise catholique ». Part. : 6 €. Repas
possible ensuite sur place (conférence + dîner : 34 €).
Rés. par chèque à l’ordre de Larmande-AGRIF, 35 av.
St-Barthélémy, 06100 Nice. Rens. 04-93-84-12-57 ou
06-79-46-63-59.
☞ 22 septembre à Paris 7e. Voir page 5.
☞ 23 septembre à Saussines (Hérault). A partir de
9h30, rassemblement annuel à la mémoire des victimes de la révolution française. 10h30 : messe. 12 h :
repas 10 € ou tiré du sac. 14 h : allocutions. Rens.
04-66-77-30-77 ou 06-81-72-31-11.
☞ 23-24 septembre dans les Bouches-du-Rhône :
ventes-dédicaces des Mémoires du lieutenant de vaisseau Guillaume par Elisabeth Escale. Samedi 23 à Aixen-Provence (Maison Maréchal Juin, 29 av. de Tubingen, à partir de 17h). Dimanche 24 à Puyricard (place
de l’Eglise, à partir de 10h). Rens. Colonel (ER) Castillon, 06-98-28-99-95.
☞ 24 septembre à Vaucouleurs. Départ à 9 h du
château pour le Pèlerinage de Domrémy où une
messe solennelle sera célébrée à 16 h. Rens. L’Etoile
du Matin, 03-87-06-53-90.
☞ 26 septembre à Marcq-en-Barœul (Espace Saint
Joseph, 25 rue Raymond Derain 20h30). Conférence
de Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance
Catholique : « Nos cinq raisons d’espérer pour la
France ». Part. 6 € — 3 € pr étudiants.
☞ 27 septembre à Paris 13e (« Le Grenadier, gare
d’Austerlitz,19h30). Dîner-débat avec Jean Alcader
sur le thème « Islam et christianisme ». Part. 25 €
(étudiants et chômeurs 20 €). Rés. La voix du silence,
5 rue Dufrenoy, 75116 Paris.
☞ 30 septembre-1er octobre à Paris 9e (Fondation
Dosne-Thiers, 27 place St-Georges). XXIIe Université annuelle du Club de l’Horloge (4 rue de Stockholm, 75008 Paris) sur le thème : « Les ruptures
nécessaires — Une stratégie pour redresser la
France ». Avec le samedi D. Maupas, G. Berthu, J.-
Y. Le Gallou, H. Petit, Ph. Maxence, F.-G. Dreyfus et
le dimanche B. Mazin, A. Fernandez, B. Lemennicier,
J. Garello et H. de Lesquen. Part : 60 € (120 avec
déjeuners). Rés. au Club.
☞ 1er octobre à Pennedepie (D513 entre Honfleur et
Deauville). Au Manoir de Blosseville de 11 à 18 h : opération « Lire sous les pommiers ». Entrée gratuite.
Pique-nique tiré du sac (apporter son pliant). Repli
assuré en cas de pluie. Très nombreux auteurs et journalistes présents (dont, pour RIVAROL, Anne Brassié,
Chard et Jérôme Bourbon). Accueil à l’arrivée du train
de 8h49 de Paris à Trouville-Deauville et transport jusqu’à Pennedepie.
Site : <www.manoirdeblosseville.com>.
☞ 1er octobre dans le Cher (Château de La Chapelle d’Angillon à 13 h). Grand déjeuner de rentrée
du FN-Cher avec Bruno Gollnisch. Part. 15 €. Rés.
02-48-73-41-10. Accueil dans la tradition berrichonne : sonneurs de trompe de chasse.
N° 2777 — 15 SEPTEMBRE 2006 — RIVAROL 5
DEUX HUCHON
EN CORRECTIONELLE
C’est finalement début janvier
qu’aura lieu le procès du président
socialiste du conseil régional d’Ile-deFrance, renvoyé le 4 septembre devant
le tribunal correctionnel de Paris pour
« prise illégale d’intérêt » en raison
d’un emploi fictif présumé (mais fort
bien rémunéré : 4 583 euros par mois)
dont aurait bénéficié son épouse, également poursuiviepour « recel de prise
illégale d’intérêt ». Intermittente du
spectacle, Dominique Le TexierHuchon fut en effet, après la réélection
de Jean-Paul Huchon en avril 2004,
salariée du cabinet de son mari, qui lui
confia l’organisation du Festival international du film d’environnement
(8 000 spectateurs). Auparavant,
Huchon aurait, lors de son précédent
mandat, fait salarier Madame par trois
sociétés de conseil et de communication, lesquelles auraient en échange
bénéficié de contrats avec la région.
Autant de dérapages qui, s’ils étaient
avérés, pourraient entraîner une peine
d’inéligibilité pour le président de la
région capitale.
La date du procès, initialement prévu
fin novembre, a donné lieu à d’âpres
marchandages. Arguant que son client
« est porte-parole de l’un des candidats
soialistes, Dominique Strauss-Kahn »,
l’avocat de Huchon avait indiqué que
son client « ne pourrait être présent au
tribunal ». Et en décembre ? Mais le
président de région devra alors « finaliser le schéma directeur d’aménagement
de l’Ile-de-France ». Et début 2007 ?
« La tradition républicaine, ou coutume
judiciaire, veut qu’un responsable politique ne puisse être jugé en pleine période
électorale », a sévèrement rappelé
Me Philippe Dehapiot.
Un argument que pourrait reprendre
la défense de Jean-Marie Le Pen dans
l’incroyable procès qui lui est intenté
(ainsi qu’à notre journal) à propos du
caractère inhumain, ou pas, de l’occupation allemande en France.
L’ETAT SPECTACLE
On aurait à la rigueur admis cette
facétie d’un édile inconnu, mais c’est
François Hollande en personne qui a
cru devoir procéder le 1er septembre au
“mariage” symbolique d’EdF et de
GdF ; lors de ce simulacre, organisé à la
mairie de Tulle à l’initiative du syndicat CGT-Energie Corrèze-Cantal
opposé à la privatisation de GDF et à
son alliance avec le groupe Suez, le Premier secrétaire du Parti socialiste, par
ailleurs député de la Corrèze, a dans les
règles interrogé les futurs “époux” sur
leur « volonté d’un accès pour tous à
l’énergie, des prix égaux pour tous sur tout
le territoire, un haut niveau de desserte et
de sécurité et un pôle public de l’énergie ».
Selon l’AFP, « les mariés, Roger
Déhaiffe (Jean-Luc Revert) et Aimée Lectricité de France (Marie-Amélie Rivière)
étaient arrivés en grande pompe, à bord
de voitures tous avertisseurs hurlants.
Elle, coiffée d’un abat-jour, portait une
robe représentant une ampoule électrique
inversée, un bouquet de loupiotes et roses
rouges à la main. Lui avait revêtu la
tenue classique du “gazier”, casque, gilet
fluo, pantalon et chaussures de chantier.
Ils ont échangé les anneaux, deux tresses
de cuivre ornées de chatterton. »
Après cette “cérémonie” grotesque,
Hollande avait bonne mine d’exalter à
l’Assemblée « toute l’importance des
choix qui vont peser sur l’avenir énergétique de la France ».
raison d’en discuter longtemps. Il y a un
temps pour nationaliser : en 1936, après
un siècle de capitalisme anarchique, la
création de la SNCF a été, économiquement, une rationalisation, à l’heure où les
réseaux étaient autant de boutiques séparées, le Nord aux Rothschild etc. Et un
temps pour privatiser, quand les sociétés
nationales se sont ossifiées et qu’il faut
les rappeler aux réalités en les exposant
aux aléas du marché.
Alors, quels autres éléments font de
cette petite affaire une affaire d’Etat, au
point que les députés de l’opposition élèvent, avec leurs amendements (137 347 :
il faudrait huit ans aux parlementaires
pour les examiner tous), un mur de papier
d’un kilomètre de haut, évidemment destiné à obliger le gouvernement à recourir
au 49.3, tandis que les élus de la majorité
UMP renâclent à suivre ledit gouvernement ? Dont le chef, il est vrai, a commis
l’erreur déjà commise dans le cas du CPE
de négliger les syndicats qui auraient pu
le soutenir ou du moins le conseiller, en
l’occurrence la CFDT
LE SCANDALE
PERMANENT DE LA CCAS
L’un des grands inconvénients de la
démocratie française est l’impossibilité
de gouverner sereinement pendant l’année qui précède des élections nationales :
pendant cette période, l’espoir du changement aide à soulever les masses. Mais
encore y faut-il un prétexte, et pourquoi
celui-ci ?
Tout simplement parce que, dix-sept ans
après la chute du Mur de Berlin, en
France le communisme est encore redoutable et redouté (voir l’article d’Angelelli
dans notre dernier n°). On ne le dit pas
ouvertement, mais que craignent au juste
les députés ? L’agitation furieuse des
syndicats CGT d’EdF et GdF, qui défendront bec et ongles leur juteuse abbaye,
l’un des plus forts points d’appui du communisme en France. La célèbre CCAS, la
Caisse centrale des activités sociales
d’EdF et GdF, perçoit depuis 1945 et sans
aucune justification 1 % du chiffre d’affaires de ces entreprises, pactole qui lui
permet d’employer, dit-on, 4 à 5 000 permanents, en majorité cégétistes, et d’aider puissamment le parti communiste. Un
rapport de la Cour des Comptes, l’année
dernière, a notamment relevé l’attribution
de 100 000 euros à la Fête de l’Humanité, le coût excessif des cantines dont les
fournisseurs sont choisis sans appel
d’offres, et autres pratiques scandaleuses,
bien connues du monde politique depuis
50 ans. Et contre lesquelles les gouvernements dits de Droite n’ont jamais osé
réagir.
●
La vraie question à propos de GdF, ce
n’est pas de savoir si on va le « livrer aux
capitalistes » en réduisant à 34 % la part
de l’Etat dans son capital : c’est de savoir
si un secteur capital de l’économie, qui
reste bel et bien livré à l’influence dominante du communisme, va recevoir une
chance d’y échapper enfin. Mais, bien
sûr, ce n’est pas cette question qui est
mise en avant de part et d’autre : d’un
côté on parle de logique économique, de
l’autre on inquiète le consommateur en
lui disant que le prix du gaz va augmenter (il augmentera forcément, mais après
les élections, quel qu’en soit le vainqueur !) Notre démocratie n’est pas non
plus le règne de la clarté. Mais une
réforme qui provoquera la résistance
furieuse du lobby communiste constitue
un point de fixation idéal pour tous les
opposants. On comprend donc qu’après
l’affaire du CPE au printemps, la perspective d’une affaire GdF à l’automne
fasse paniquer les députés de la majorité.
Si elle les fait aller dans le mur en 2007,
ils paieront le prix des cinquante ans de
lâcheté de leurs prédécesseurs.
Aurélien CHAMPROUX.
F AUT-IL approuver la privatisation
de Gaz de France, prélude à l’achat
de la compagnie de Suez et à la
fusion des deux sociétés, privatisation qui
fait l’objet d’une session extraordinaire
du Parlement ? Du point de vue économique, on peut en discuter : par exemple,
certains évoquent une solution alternative, en mettant Total, autre groupe travaillant dans le gaz, à la place de Suez ;
mais c’est une proposition tout abstraite,
Total n’ayant rien demandé, alors qu’au
contraire la fusion GdF-Suez a été préparée par les deux entreprises. Et quant au
fond, personne ne conteste l’utilité — pas
seulement française — de renforcer GdF
de façon à disposer d’un puissant groupe
énergétique européen capable, en particulier, de négocier avec plus de force les
tarifs du gaz russe… ou algérien.
UN MUR DE PAPIER
D’UN KILOMÈTRE DE HAUT
Alors, quels sont les obstacles ? Il y a
les inquiétudes des actionnaires de Suez ;
les exigences de Bruxelles contre la
constitution de monopoles ; la menace
d’OPA sur Suez du groupe italien Enel.
Mais il est déjà prévu, par exemple,
d’apaiser l’Italie en venant à l’aide d’Alitalia, qui, si l’on ose dire, bat de l’aile, et
qu’Air France-KLM — un exemple de
fusion réussie — pourrait secourir Bref,
s’il n’y avait en jeu que les données économico-financières, il n’y aurait aucune
François Hollande sera-t-il mis en examen pour ses liens présumés avec l’ancienne Mutuelle des instituteurs (Cref),
aujourd’hui en faillite ? C’est en tout cas
ce que réclament à la justice les milliers
d’anciens sociétaires ruinés par une gestion calamiteuse (frais de bouche extravagants, club avec maître d’hôtel recourant
aux plus grands traiteurs de la place de la
Madeleine, cartes de crédit à gogo, golden
parachutes dignes d’une multinationale,
voitures de fonction, logements spacieux
pris en charge et équipés aux frais de la
direction, etc.) Depuis qu’en 2001, Valeurs
Actuelles a révélé le scandale, les investigations de Sylvia Legendre, juge au pôle
financier au tribunal de Paris, épaulée par
les policiers de la Brigade financière, ont
déjà abouti à neuf mises en examen pour
abus de confiance, dont celle, emblématique, en février 2002, de l’ancien ministre
socialiste des Affaires sociales, le frère
René Teulade, qui a cumulé la présidence
de la mutuelle et celle de la Mutualité française, de 1974 à 1992. Il présida aussi jusqu’en 2003 le comité économique, social
et culturel du PS et, toujours maire socialiste d’Argentat, en Corrèze, il fut suppléant du député Hollande jusqu’en juin
2002.
Les parties civiles, défendues par
Me Nicolas Lecoq-Vallon, réclament sept
nouvelles mises en examen— notamment
de Danielle Mitterrand et de François Hollande, en leur qualité, respectivement, de
présidente et trésorier de l’association
Cause commune. Cette association proche
du Cref et qui était située dans le bâtiment
même de la mutuelle au 1 rue Paul-Baudry,
dans le VIIIe arrondissement de Paris, n’a
en effet jamais rien déboursé. Aucune facture, aucun règlement d’un loyer ni d’aucune charge n’a été retrouvé par les enquêteurs lors des différentes perquisitions, et
lorsque ces derniers ont fait le déplacement
rue de Solferino, François Hollande a
déclaré ne rien savoir. Or, « qu’un trésorier ne se préoccupe pas d’une charge
aussi naturelle qu’un loyer, d’autant plus
dans une association présidée par l’épouse
du président de la République, remarque
un avocat, paraît assez peu crédible, même
si les faits remontent à plus de vingt ans. »
Les malversations sont pourtant
énormes : 450 000 fonctionnaires, souvent
modestes, ont été spoliés, voire ruinés
après la disparition du Cref. Leurs pertes
financières représenteraient jusqu’à 75 %
de l’épargne investie ! Les malheureux
n’ont que leurs yeux pour pleurer.
J. B.
Scandale du Cref : Hollande bientôt inculpé ?
(Dessin de CHARD.)
De l’eau rougie dans le Gaz de France
VENDREDI 22 SEPTEMBRE, PARIS 7e
(ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent à 20 h)
RÉUNION DE SOUTIEN A MICHEL LAJOYE
Avec Camille Galic, Chantal Spieler, Odile Bonnivard, Me Eric Delcroix,
Olivier Pichon, Serge de Beketch et Richard Roudier
Part. 6 € (recette versée à M. Lajoye). Rens. <contact@cepe-liberte.com>
ou ESE/CEPE : BP 4-7187, F-30914 – Nîmes Cedex
Samedi
16 septembre
près de CARENTAN
En présence de Fernand Le Rachinel
Déjeuner-débat avec
Camille Galic
sur l’actualité nationale
et internationale
Prix du repas : 20 €
Rés. FN-50 : 02-33-90-18-17
ou <jmdenier@wanadoo.fr>
que le patrimoine
culturel et religieux ne relevait
pas de leur mandat ! Sauf que
l’AER a remis en
état le musée de
Pristina et de
vieilles maisons
turques. Et que la
mission O’Hara a
souvent remarqué,
dans les zones où
l’AER édifie de
nouveaux
ensembles d’habitations, « le dôme
et le minaret d’une
nouvelle mosquée,
à proximité d’un
groupe de maisons, le tout financé par l’Arabie séoudite ».
De même à Pec, « les trois mosquées historiques auxquelles les Serbes avaient mis le feu
alors qu’ils battaient en retraite sont toutes en
voie de reconstruction », ainsi que la Mosquée
rouge, la Mosquée Bajrakli et le bazar médiéval de Dolac — dont l’église (catholique) de
la Présentation de la Sainte Vierge est toujours
en ruine, tout comme l’église orthodoxe. Egalement reconstruite, en revanche, la vieille
mosquée de Decani, grâce à la munificence du
sultan de Brunei.
N’importe. De sa visite-éclair au “Kosova”
et des contacts qu’elle a eus avec les « Albanais de souche », la mission européenne
conclut que « leur approche de l’islam est
d’une façon générale éclairée ». On comprend dans ces conditions que le Kossovar
Behxet Brajshori, ministre de la Culture, de la
Jeunesse et du Sport, ait exprimé sa « gratitude pour la détermination avec laquelle le
Conseil de l’Europe a pris toute la mesure de
l’importance du patrimoine culturel du
Kosovo, et pour les conseils utiles qu’il a dispensés pour gérer et protéger ce patrimoine
de manière efficace et équitable ».
LES BEYROUTH DES BALKANS
A l’étape, le soir, les télévisions diffusent des
images lancinantes du Liban en ruine. Mais
les routes de mon périple de Belgrade à Belgrade via Zagreb, Ljubljana, Rijeka, Split,
Mostar, Sarajevo, Dubrobnik, Cetinje, Tirana,
Ohrid, Skopje et Nis, sont elles aussi ponctuées de décombres, plongeant le voyageur
dans une tristesse indicible.
Ravagées par les bombes de l’OTAN pendant l’agression du printemps 1999, bien des
usines de Kragujevac, de Pozorevac, n’ont pas
été relevées. Si les ponts de la périphérie de
Belgrade dont, lors de mon dernier séjour en
août 1999, les piles écroulées obstruaient le
Danube, ont été reconstruits, la tâche est loin
d’être terminée à Novi Sad.
En 1991, pendant la guerre contre la Croatie, l’impitoyable siège de Vukovar encerclée par les 600 chars et les 50 000 soldats
de l’armée fédérale encore “yougoslave” a
mutilé la ravissante cité baroque et ses environs comme il a fait fuir 35 000 de ses habitants, 2 000 Croates y laissant la vie lors de
leur héroïque résistance de cinq mois.
En plein centre de Sarajevo, des traces des
combats entre Serbes (qui occupaient les
collines où s’étaient déroulés en 1984 les
Jeux olympiques d’hiver) et Bosniaques terrés dans la cuvette sont encore visibles,
comme à Mostar où, là, c’est entre Croates
et Bosniaques qu’on s’est entretué — de
même qu’on s’est battu à Dubrovnik entre
Croates et Monténégrins, alors plus sûrs
alliés de Slobodan Milosevic, et sacrés boutefeus sous la houlette, déjà, de
Djukanovic.
Si, grâce à l’UNESCO et à des
fonds venus en repentance de
Zagreb, le célèbre « vieux pont »
arqué qui avait donné son nom à
la capitale de l’Herzégovine a
été reconstruit à l’identique et si
des éphèbes plongent toujours
de son parapet quand la provende des badauds a été suffisante, l’hôtel Neretva construit
dans le style sécessionniste viennois pendant l’occupation autrichienne, avec une salle à manger
grande comme la galerie des
Glaces et des chambres vastes
comme une salle de bal, n’est
plus que murs éventrés derrière
la façade surplombant le fleuve
et qui laisse pressentir la splendeur enfuie. Qu’attendent le
géant Hilton ou la chaîne Accor,
pour rendre vie à ces moignons ?
LE TURC ET TITO,
RESPONSABLES DES FUREURS
NATIONALISTES
Les ex-Républiques fédérées ont été séparées par une guerre d’autant plus inexpiable
qu’elle tenait autant de la guerre d’indépendance que de la guerre civile puisque, sauf la
religion et l’histoire, rien ne distingue les ethnies belligérantes, et les rancœurs ne se dissiperont pas de sitôt. Même si une timide
réconciliation s’est tout récemment esquissée
entre Zagreb et Belgrade autour du 150e anniversaire de la naissance du génial physicien
Nikola Tesla. Né dans la Lika frontalière,
Tesla (qui, chaud lapin, se fit paraît-il châtrer
pour se consacrer tout entier à ses recherches
sur l’électricité) se disait « fier de son origine
serbe et de sa filiation croate »… ce qui incita
des extrémistes croates à faire exploser sa
maison natale et le petit musée voisin. Zagreb
les ayant reconstruits, le président Stipe
Mesic a tout récemment convié à leur inauguration son homologue serbe Boris Tadic —
dont c’était la seconde visite officielle chez
ceux que certains de ses compatriotes persistent à qualifier de « vatikanske djoubre » —
ordures vaticanes.
On a stigmatisé à juste titre l’aveugle chauvinisme des Serbes, fondé sur leur prééminence dans la lutte contre le Turc, et les chancelleries occidentales sont terrifiées par les
derniers sondages faisant du Parti radical
dirigé par Tomislav Nicolic (depuis l’incarcération à La Haye du charismatique Vojislav
Seselj) la plus importante formation politique
de Serbie, avec 30,7 % des intentions de vote
devant le Parti démocratique du Premier
ministre Vojislav Kostunica et le Parti démocratique serbe du président Tadic. Mais le
nationalisme est la chose la mieux partagée
dans l’ex-Yougoslavie, conséquence logique
d’un demi-millénaire d’invasion puis d’occupation ottomanes — qui provoquèrent
d’énormes mouvements de population — et
de quarante ans de dictature titiste. Aggravée
par cette bombe à retardement que fut la
Constitution de 1974, qui prépara le démantèlement de la Fédération, cette exacerbation
des sentiments nationaux est en partie un héritage de Tito qui, pour assurer son pouvoir personnel, ne cessa pendant trente-cinq de jouer
une République contre l’autre, adoubant successivement comme dauphins le Monténégrin
Djilas, le Serbe Rankovic, le Slovène Kardelj,
etc. et favorisant outrageusement au détriment des chrétiens les mahométans du Kossovo et de Bosnie pour lesquels fut tout
exprès créée la “nationalité” musulmane,
source de tant de désordres dans la décennie 90.
On ne s’étonnera donc pas que, près de la
grande mosquée Begova de Sarajevo,
naguère la ville la plus communiste de Yougoslavie mais où des barbus arabes proposent
aujourd’hui toute une littérature islamique
ainsi que… des contrefaçons de parfums Chanel ou Saint-Laurent, on trouve des maillots
exaltant Tito, « Josip Broz, dobar skroz » —
complètement bon. En vente pêle-mêle,
d’ailleurs, avec des tee-shirts proclamant :
« Je nique (jebem) tout ce qui n’est pas notre
terre Bosnie ».
Point d’effigies du défunt maréchal, pourtant officiellement natif du village de Kumrovec, non loin de Zagreb, en Croatie, où elles
ont été remplacées dans les boutiques par le
drapeau à damier rouge, obsédant au fronton
des postes ou des musées ou simplement aux
fenêtres des particuliers et, de la « région
martyre » de Knin à la Dalmatie, il est impossible de rouler dix kilomètres sans apercevoir
un portrait géant du général Ante Gotovina,
que ses admirateurs accusent le gouvernement de Zagreb d’avoir “vendu” contre un
ticket d’entrée dans l’Europe (en croate, ou
d’ailleurs en serbe, gotovina signifie argent
comptant). Sur les marchés de Serbie, dont la
presse s’est vertueusement insurgée contre la
venue de l’“extrémiste” Jean-Marie Le Pen,
invité le 20 août à donner le coup d’envoi
d’une course motocycliste, on trouve partout
des portraits encadrés de Karadjic, du général
Mladic, de l’évêque Nikolaj Velimirovic, qui
qualifia Hitler de « sauveur de l’Europe »
mais n’en fut pas moins canonisé par l’Eglise
orthodoxe serbe, et même du feu capitaine
Arkan, en uniforme de tchetnik. Et la Macédoine, furieuse de se voir refuser cette appellation par la Grèce qui l’a condamnée à porter le sigle de FYROM, cultive avec soin ses
racines alexandrines et revendique les frères
Cyrille et Méthode qui obtinrent de Rome
l’autorisation d’évangéliser les Slaves en slavon et inventèrent à cet effet l’alphabet glagolitique dont est issu le cyrillique — désormais plutôt plus employé à Skopje qu’à Belgrade.
UN APPAUVRISSEMENT
GÉNÉRAL
La hautaine Slovénie mise à part, maintenant
membre à part entière de l’Union
européenne — jusqu’à héberger une Gay
Pride ! — après avoir cultivé pendant toute la
période titiste sa différence “autrichienne”,
existe pourtant un lien indéniable entre les
frères ennemis : la pauvreté, la peur du lendemain. Le salaire moyen est de 200 euros en
Macédoine et en Bosnie, de 300 en Serbie, de
700 en Croatie, où le chômage semble toutefois reculer. On ne va pas loin avec ça, surtout
quand les denrées et les produits d’habillement sont relativement chers — sous Tito, la
Yougoslavie s’était démesurement endettée à
force d’emprunter pour acheter et proposer
des produits à bas prix, afin de maintenir la
paix sociale. La plupart des gens sont donc
6 N° 2777 — 15 SEPTEM
DANS le monastère serbe de Studenica,
proche de Kraljevo et dont, merci les
Ottomans, trois églises seulement subsistent sur les douze qu’avaient fait construire
les tsars Stefan et Dusan Nemanja, un regret
me taraude : j’aurais dû aussi aller au Kossovo, revoir le monastère de Visoki Decani, le
plus beau sans doute par son architecture (due
à des franciscains) et ses fresques (un gigantesque et extraordinaire Christ au glaive) de
l’ex-Yougoslavie. J’y ai renoncé parce que les
laissez-passer et les escortes auraient nécessité trop de paperasses. Et puis, plus profondément, parce que je ne tiens pas plus à revoir
le Kossovo que l’Algérie, l’Afrique du Sud et
la Rhodésie. Ces lieux ne sont plus ceux que
j’ai tant aimés à un certain moment de leur
histoire.
L’ISLAM “ÉCLAIRÉ”
DES KOSSOVARS : 2 000 ÉGLISES
ET COUVENTS DÉTRUITS
A méditer alors que Chirac déploie 2 500
hommes au Liban : au Kossovo sous contrôle
de la Force internationale de maintien de la
paix et de la sécurité (KFOR), sous commandement de l’OTAN et qui comprend 2 050 de
nos soldats, ne restent que 100 000 Serbes,
pour la plupart clochardisés me dit-on, sur
2 millions d’habitants. Plus un seul Serbe à
Pec (Peja en albanais), siège de l’antique
patriarchie orthodoxe. 200 églises et couvents
ont été incendiés, vandalisés, détruits par les
Shqipetars depuis l’été 1999, dans l’ivresse de
leur “victoire”.
Honneur au contingent italien : en s’interposant, au risque d’ameuter contre lui la populace albanaise, il a protégé et continue de protéger Visoki Decani — et ses 33 moines, soumis au rite grégorien — dont il a fait un véritable camp retranché contre l’avis du général
Valentin, alors commandant français de la
KFOR, qui aurait même voulu lever les checkpoints. Mais, à Prizren, le contingent allemand
a laissé attaquer et détruire la faculté de théologie orthodoxe, le palais épiscopal, toutes les
églises et le monastère des Saints Archanges,
se contentant d’évacuer les moines…
Certes, sur les instances de la Serbie-Monténégro se déclarant (légitimement) « préoccupée par la destruction du patrimoine culturel
et historique chrétien orthodoxe dans la
région du Kossovo-Metohija alors même que
l’ONU (par le truchement de la MINUK) et la
KFOR y maintenaient leur présence », une
mission du Conseil de l’Europe, conduite par
le travailliste britannique O’Hara, s’est très
brièvement rendue sur les lieux les 9 et
10 octobre 2003. Elle y a rencontré des représentants de l’Agence européenne pour la
reconstruction (AER)… qui lui ont indiqué
Sarajevo : tee-shirt à la gloire de Tito
Le centre de Vukovar : toujours en ruine.
Dans les décombres de
Des evzones grecs ? Non, des Macédoniens dansant à
Ohrid pour la fête de Saint Pantélémon.
Carte Documentation française, gouvernement français.
MBRE 2006 — RIVAROL 7
atrocités furent commises contre des civils
serbes lors de l’offensive croato-bosniaque de
la phase finale de la guerre en Bosnie, à l’instigation du général Atif Dudakovic, dont la
Serbie demande l’inculpation par le Tribunal
pénal international). Puis enfin au KossovoMetohija pour tenter d’éloigner la menace que
faisait peser l’UCK albanaise, créée en 1996,
sur la minorité serbo-monténégrine désormais
assiégée.
QUELLE “INDÉPENDANCE”
POUR LE MONTÉNÉGRO ?
Mais aujourd’hui, même le front serbomonténégrin a éclaté. Soucieux de préserver leurs relations avec le turbulent voisin
du Sud et trop contents d’accabler les
Serbes, les Croates avancent que ceux-ci
ont tant exploité leurs cousins montagnards
que le Crna Gora a fini par rejeter cette
tutelle. Nos lecteurs le savent (RIV. du
2/6/06), la réalité est un peu différente.
D’une part, le oui au référendum ne passa
que d’extrême justesse (55,5 % quand
l’Union européenne avait fixé la barre à
55 %), avant tout grâce aux suffrages des
6,5 % d’Albanais et des 14,5 % de Bosniaques également musulmans que le président Milo Djukanovic a d’ailleurs tenu à
remercier… avant de les trahir : en juillet,
la cour Constitutionnelle de Podgorica, exTitograd, a en effet annulé deux articles
d’une loi garantissant à ces minorités un
quota de sièges parlementaires en prévision des élections du 10 septembre.
Mais Djukanovic (qui, depuis seize ans
au pouvoir, a gagné ces Législatives avec
50 % des suffrages pour sa coalition de
centre-gauche et devrait donc disposer de
la majorité absolue au Parlement) pourrait
avoir surtout trahi les électeurs en leur promettant qu’un Monténégro indépendant
deviendrait « le Singapour des Balkans ».
Pour le moment, la minuscule République
(13 812 km2 et 648 000 habitants) n’en
prend pas le chemin même si, contrairement aux ex-républiques fédérées qui ont
chacune leur monnaie (dont le cours est
évidemment toujours différent), elle a
choisi d’adopter l’euro afin d’attirer Italiens et Allemands… et de s’éviter le coût
d’une banque centrale.
« Les seules choses qui marchent, assurent certains Monténégrins, c’est le business avec les oligarques russes qui achètent tout et la contrebande avec l’Italie »,
celle de cigarettes notamment. Mais la
« traite des blondes » ne concernerait pas
seulement les Marlboro. Nid pendant des
siècles de pirates turcs et même barbaresques, le port d’Ulcinj, à l’extrémité sud
du pays, serait redevenu un marché d’esclaves, cette fois pour les « filles de
l’Est ». Une activité qui inquiète passablement Bruxelles. Comme Poutine s’inquiète
des tractations entre Podgorica et Washington pour faire passer dans le giron de
l’OTAN les bases en eaux profondes de
Bar et d’Ulcinj, refuge idéal pour les sousmarins comme le sait bien Moscou puisque
la flotte rouge en bénéficia après la mort
de Tito.
L’indépendance monténégrine était sans
doute inéluctable puisque, excepté au Kossovo, il n’existe aucune frontière commune
entre l’ancienne principauté des princesévêques Niegos et la Serbie. Mais la
seconde qui, sous les Némanides, disposait
sur l’Adriatique des Bouches de Kotor,
supportera-t-elle longtemps d’être privée
de tout accès à la mer alors que la BosnieHerzégovine dispose à Naum d’un corridor
vers la Dalmatie, en vertu d’une antique
dérogation accordée par la république de
Raguse (Dubrovnik) à la Sublime Porte ?
Pour le moment, Belgrade semble résignée, arguant que l’Autriche, la Tchéquie
et la Hongrie sont dans le même cas. On
voit mal, d’ailleurs, ce pays humilié et
durablement appauvri envisageant un nouveau conflit alors que la question du Kossovo reste pendante et continue d’être un
enjeu politique. « Combat pour le
Kossovo » est le mot d’ordre du Parti radical, d’où la surenchère des autres formations. « Nous ne braderons jamais le Kossovo pour un strapontin dans l’Europe »,
déclarait ainsi le Premier ministre Kostunica le 20 juillet dernier. Mais chaque jour
qui passe affaiblit la présence serbe au
Kossovo, où s’accélère au contraire l’immigration albanaise.
D’HODJA EN BERISHA,
LE CANCER ALBANAIS
Car, d’Enver Hodja en Sali Berisha, l’actuel Premier ministre subventionné par la
BERD après s’être engagé à « éradiquer la
corruption » (comme disait Pasqua, les
promesses n’engagent que ceux qui y
croient), le « Pays des Aigles » n’a toujours pas pris son envol. Le visitant à l’été
1988, j’avais été frappée de stupeur : cette
prétendue terre promise du communisme
pur et dur évoquait surtout le pire TiersMonde, les terres d’islam les plus arriérées, les hommes allongés dans les champs
y fumant tranquillement leur pipe en jouant
aux cartes tandis que les femmes marnaient
comme des bêtes de somme… A Butrint
(Buthronte), les ruines supposées du palais
de l’Epirote Pyrrhus où se déroule l’Andromaque de Racine gisaient dans un
cloaque pestilentiel… A Dürres-Durrazzo,
les plages naguère fréquentées par l’aristocratie italienne tenaient de la décharge
publique et à Tirana, dans l’hôtel éponyme,
orgueil de l’Albanie socialiste et seul
obligés de cumuler plusieurs métiers. Tel
pharmacien se fait taxi de nuit, tel professeur
opérateur de cinéma… et la contrebande — à
Vukovar notamment, séparée de la Serbie par
le Danube — prospère. La prostitution aussi.
SERBIE, GRANDEUR
ET DÉCHÉANCE
Le réveil est particulièrement brutal en Serbie, où était centralisée l’administration yougoslave et où affluaient du monde entier les
délégations étrangères venues s’initier à cette
gigantesque mystification que fut l’autogestion.
Le Monténégro et surtout la Croatie, forte de
son immense façade dalmate comme de cette
« huitième merveille du monde » qu’est la
cascade de lacs de Pritvice (où, soit dit en passant, débuta la guerre de 1991, des Serbes de
la Krajina prenant alors le contrôle du parc
naturel), misent tout sur le tourisme grâce
auquel ils espèrent thésauriser des devises et
se refaire une santé — quitte à perdre à terme
leur âme dans la pollution moderniste. Le clou
du festival de Dubrovnik était cet été les “ballets” du Flamand Jan Fabre, chorégraphe pornographe et scatophile qui, chez nous, avait
déclenché le scandale, d’abord au Théâtre de
la Ville puis à Avignon.
Belgrade n’a pas ce recours : elle n’a plus ni
lacs ni côtes, l’essentiel de son patrimoine
architectural est au Kossovo et les étrangers
sont donc rares — 166 000 pendant le premier
trimestre 2006 — ainsi que les investissements. Seulement 3,5 milliards de dollars
entre 2002 et 2004 et 2 milliards en 2005, les
plus gros investisseurs étant paradoxalement… états-uniens, tels US. Steel et Philip
Morris, ce dernier sans doute ravi de s’installer dans un pays où l’on fume d’autant plus
que le paquet de clopes n’y coûte guère qu’un
demi-euro.
En revanche, les sièges de nombreuses
firmes et d’institutions internationales ont
déserté Belgrade pour Ljubljana après l’adhésion de la Slovénie à l’Union, voire pour Sofia
depuis que l’entrée de la Bulgarie est programmée pour 2007. D’où un chômage frappant 40 % de la population (et 50 % des
jeunes), laquelle doit faire face à un autre —
et énorme — problème : le relogement des
centaines de milliers de réfugiés du Kossovo,
ainsi que de la Krajina jadis serbe mais attribuée à la Croatie par les accords de 1995, et
de la Lika. Comment leur trouver un toit et du
travail alors que l’argent est si rare et que les
emplois manquent si cruellement ?
LINGUISTIQUE ET IDENTITÉ
C’est la raison pour laquelle, après les premières vagues, les exodes se sont peu à peu
taris. Mais c’est une nouvelle source d’inquiétude pour Belgrade : ces Serbes fuyant les
Turcs et que l’Autriche et la Hongrie avaient
implantés aux XVIIe et XVIIIe siècles dans les
marches croates pour y mener la guérilla
contre les Ottomans, comme “haïdouks” ou
“uskoks”, ne risquent-ils pas de
“s’assimiler” ? D’oublier l’orthodoxie, le
calendrier julien, le cyrillique, et même leurs
particularismes linguistiques ?
La fédération yougoslave comptait trois
langues : le serbo-croate, le slovène et le
macédonien. Désormais, la Croatie, le Monténégro et la Bosnie prétendent que leur
langue est totalement distincte du serbe, ce qui
est évidemment absurde puisque le “serbocroate” résulte d’un accord conclu au milieu
du XIXe siècle, à l’initiative de l’archevêque
croate Strossmayer, artisan de l’union des
Slaves du Sud, et portant sur le choix du dialecte herzégovinien comme étant le plus pur.
C’est surtout d’autant plus absurde que les
antagonistes défendent leur identité linguistique à grands renforts des mêmes injures (à
faire perdre la boule à Zidane !), prononcées
dans les mêmes termes et exactement sur le
même ton.
Cette querelle dissimule bien sûr d’autres
griefs : chacun est convaincu d’avoir été
l’agressé. Slovènes (très brièvement), Croates
et Bosniaques qui rappellent qu’ils n’ont, eux,
jamais porté la lutte sur le territoire serbomonténégrin. Mais aussi les Serbes qui répliquent que c’est avant tout le nettoyage ethnique entrepris contre leurs communautés par
les Croates dans les régions de Vukovar et de
Knin qui les obligèrent à intervenir. Tout
comme ils durent ensuite intervenir en Bosnie
(où deux vidéos récemment diffusées par la
télévision belgradoise prouveraient que des
gratte-ciel de la capitale, les ascenseurs
étaient en panne. Dur quand on loge au
huitième étage !
No comments:
Post a Comment
اكتب تعليق حول الموضوع