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11/21/25

 



Luc Ferry

L A LECTURE de Kant que nous propose le philosophe et ancien

ministre de l’Education nationale (1)

est le contraire d’un ouvrage de vulgarisation. Si ce texte offre à l’esprit une excellente gymnastique (encore faut-il s’armer

d’un dictionnaire de la philosophie), il ne

rend pas Kant plus accessible, loin de là.

Luc Ferry souligne à très juste titre la

fameuse révolution copernicienne que

constitue l’œuvre du philosophe de Königsberg,

ce changement radical de

point de vue entre la

conscience et le monde

qui l’entoure, mais il

n’insiste pas sur le rôle

des mathématiques dans

la philosophie jusqu’à

Kant. Des mathématiques

qui conduiront Descartes, entre autres, aux

savantes erreurs de sa métaphysique.

Car la révolution copernicienne de Kant

et non de l’astronome, est d’abord une

phénoménologie, une prise de conscience

de quelque chose. Mais Descartes dans

son fameux discours, et avec un style

beaucoup plus clair et beaucoup plus

allègre que celui de l’Allemand, commença lui aussi ses recherches par cette

prise de conscience, le cogito sum, qui

représente un premier pas timide vers la

phénoménologie. Toutefois, en bon

mathématicien qui se respecte, il ne sépare

pas les mathématiques de la faculté de

penser et de connaître. Pour Descartes, les

mathématiques et le fonctionnement de

l’esprit sont indissociables. La question ne

se pose même pas. Depuis Socrate, qui

incitait fermement les gardiens de la cité à

faire de la géométrie pour élever leur

esprit jusqu’aux Idées, les mathématiques

étaient une science incontournable pour le

philosophe. Ce sera Kant qui, en déterminant les catégories de l’entendement,

fixera définitivement leurs limites. Elles

sont un instrument, mais ne peuvent servir de clef à la métaphysique. Le mathématicien Saunderson, auquel Diderot

consacra des pages émouvantes, était

aveugle de naissance. Sur son lit de mort,

il rétorque à ceux qui lui vantent la beauté

de la création, qu’il ne connaît pas le

monde. Car pour découvrir le monde, il

nous faut voir d’abord, puis constater,

expérimenter, coller notre œil aux lentilles

du télescope ou du microscope. Les

mathématiques restent un exercice cérébral, à moins qu’elles ne soient associées

à l’expérimentation. D’où la fracture entre

pré et postkantiens.

Or, cette partie de La Critique de la raison pure, la plus significative pour l’histoire de la philosophie, est à peine effleurée par Luc Ferry alors qu’elle méritait,

surtout aujourd’hui, un long développement. Amplement traitée, elle aurait permis aux profanes d’accéder pour de bon à

l’œuvre de Kant, ardue certes mais fondamentale pour l’histoire des idées.

Le livre de Luc Ferry reste précieux pour

les spécialistes, les agrégatifs et les kantiens irréductibles. Un ouvrage solide mais

difficile.

François MORA. _____

(1) Luc Ferry : Kant, une lecture des trois “critiques”. 375 pages, 21.90 €. Grasset éditeur.

sur le gin. Charles par contre manifeste un

chagrin évident dans la belle et émouvante

scène de l’hôpital parisien où il est venu se

recueillir sur la dépouille de son ex.

La principale réussite de ce film chargé

d’humour et d’émotion

dans lequel Frears mêle

judicieusement images

d’archives, fiction et

reconstitution historique,

réside cependant dans la

mise en opposition subtile

de la pesanteur liée à la

Cour et à ses traditions et

de l’agitation “démocratique” autour de Tony Blair, le “modernisateur” de la société britannique qui va se

faire l’avocat dévoué de la Reine, au grand

dam de son retors conseiller et de son

épouse Cherie, tous deux violemment antimonarchistes. Vous l’avez compris, The

Queen est un divertissement royal !

Le nom de Christopher Smith est familier à tous les aficionados du film d’horreur depuis son très éprouvant (pour les

nerfs) premier long-métrage, Creep (un

dégénéré monstrueux sème la terreur

dans les sombres entrailles du métro londonien). Avec Severance, titre faisant

référence au fameux Delivrance de John

Boorman et au formulaire de licenciement en usage dans les entreprises en

Grande-Bretagne, Smith reste dans les

conventions du genre qui lui a si bien

réussi pour ses débuts. Sauf que, cette

fois, l’action ne se déroule plus dans une

ambiance de claustrophobie aiguë mais

au grand air, dans une nature aussi belle

que chargée de menaces, et le réalisateur

y joue à fond la carte de l’humour, le plus

noir, of course.

L’intrigue est simple voire élémentaire.

Sept cadres d’une compagnie multinationale d’armements vont passer un week-end

de motivation au fin fond d’une forêt en

Hongrie. A la suite d’un incident de parcours, ils échouent dans un ancien centre

de réinsertion pour militaires psychopathes, dont certains des éléments les plus

dangereux rôdent encore dans les parages

à l’affût de gibier humain. La partie de

paint-ball destinée à renforcer l’esprit

d’équipe va virer pour de bon au jeu de

massacre.

La mise en place est assez laborieuse

dans la première demi-heure consacrée à

la présentation des personnages mais elle

donne l’occasion d’une satire féroce de

l’horreur économique à l’anglaise. Dès

que les choses sérieuses commencent,

Smith nous entraîne dans un grand huit

infernal de scènes choc provoquant aussi

bien les montées d’adrénaline que les fous

rires grâce aux nombreux gags macabres

dégoulinant de gros gore qui tache. Les

aspects comiques de Severance n’en font

toutefois pas une bête parodie de film

d’épouvante et l’action monte crescendo

dans l’horrible et le suspense jusqu’à un

dénouement assez époustouflant. Après

Shaun of the dead et The Descent, le

cinéma anglais nous offre ici un nouveau

diamant noir. Rule Britannia !

Patrick LAURENT.

Les automates au Vernet-la-Varenne :

encore un instant de bonheur

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CCP Editions des Tuileries : 4532.19 K

CETTE chronique sera résolument

éclectique. Je n’y recenserai pas les

centaines de romans « de rentrée ».

Pas davantage n’y désignerai mes favoris

pour la foire d’empoigne des prix littéraires.

Ces vanités m’ennuient, mes vieux lecteurs

le savent. Les nouveaux en seront informés.

Pour qui veut briller dans le monde, montrer

qu’il est « dans le coup » en dissertant sur le

dernier best-seller, je fais, je le sais bien, un

piètre cicerone. Tant pis. J’assume cette singularité, convaincu de longue date qu’être

pendu aux basques de l’actualité ne constitue pas, quel que soit le domaine, un brevet

de bon goût.

Il est, ailleurs, dans des revues bien plus

riches que la nôtre (pécuniairement

s’entend !), assez de mes confrères qui ont

ainsi bâti leur réputation : ils ont lu avant les

autres, dans l’urgence, ce que la mode

impose d’avoir lu. Dans leur genre, des

champions de vitesse, ce que je leur accorde

volontiers.

Mais l’épreuve du temps leur est parfois

cruelle. S’ils relisaient leurs articles dix ans,

que dis-je, dix mois après, ils mesureraient

souvent l’inanité de leur jugement. Et combien de chefs-d’œuvre qu’ils ont louangés

finissent leur carrière dans les caves des soldeurs. Quand ce n’est pas au pilon. Je ne

citerai pas de noms, peu soucieux d’attirer

sur moi le courroux de ces augures qui, à

l’inverse de ceux de Cicéron, peuvent se rencontrer sans éclater de rire. Du reste, chacun

les reconnaîtra.

On voudra bien me pardonner ces propos

moroses et cet accès de bile. Il n’est que

temps d’entrer dans le vif du sujet.

Je commencerai donc par un roman, le

second de Laurent Maréchaux. Son premier,

Les Sept Peurs (même éditeur), témoignait

déjà de qualités qui font le prix de ce Fils du

Dragon (1). A savoir une alacrité de plume,

un sens du récit et du rythme, de l’imagination, l’art de camper des personnages assez

attachants pour que le lecteur les suive jusqu’au bout avec intérêt, voire passion.

Toutes vertus nécessaires à l’auteur de

récits d’aventures, de Dumas à Jacques Perret en passant par Henri de Monfreid — je

cite presque au hasard. Justement, Perret eût

sans doute aimé ces aventures maritimes, ces

bourlingueurs dont les routes se croisent aux

quatre coins du monde, ces histoires d’orphelins, de naufrages, d’amitiés nouées dans

la complicité du trafic et de la poésie, à l’escale, dans la fumée des bordels du port.

On ne résume pas l’odyssée de Victor

Combault, dit le Dragon, parti de Nantes

dans les années 1880 pour courir mers et

océans. Marseille, les mers du Sud, Java,

Singapour, le cap Horn, les Caraïbes,

l’opium et la contrebande, les amours coloniales, les embrouilles du sort et des

hommes, la vie à bord, narrée avec un raffinement de termes techniques (encore

Perret !) qui témoigne d’une familiarité de

l’auteur avec les choses de la mer.

Au cours de ses voyages, le Dragon va rencontrer deux hommes pittoresques avec lesquels il se liera d’amitié. Le premier, un

dandy polonais, le comte Joseph, Théodore,

Conrad de Korzeniowski. Féru de littérature

autant que d’aventures, il signera plus tard

Joseph Conrad les manuscrits qu’il entasse

à bord dans une malle. L’autre, un homme

de Charleville, un certain Arthur Rimbaud.

Un poète étrange, vaticinant des vers hermétiques, attachant et excessif.

Le trio se perdra et se ressoudera au fil des

escales, des retrouvailles imprévues, des

aléas de leur existence respective. Jusqu’au

jour où le Dragon, qui a laissé à Nantes sa

femme après l’avoir engrossée, décide de

disparaître en laissant croire à sa mort. De

quoi donner envie à Rodolphe, ce fils qu’il

n’a pas connu, de partir à sa recherche.

Inutile d’en dire plus, sinon que Laurent

Maréchaux conte tout cela vent arrière,

pour vous. » Et le pauvre Fallet n’avait pas

tout vu !

Ailleurs, il s’engoue pour Jacques Perret,

« muscadet des lettres », ou fustige la

médiocrité du personnel politique. Il était,

on le sait, l’ami de Georges Brassens. C’est

assez dire qu’un tel homme ne saurait être

foncièrement mauvais.

Autre fidèle de Brassens, Louis Nucéra.

André Asséo lui consacre une biographie,

Louis Nucéra. L’homme-passion (3), qui

retrace, jusqu’à sa mort tragique (il fut renversé par un chauffard le 9 août 2000) le parcours de cet écrivain qui avait le culte de

l’amitié.

Certes, tout ce qu’écrit Asséo est exact.

Mais pour qui a lu les romans (Avenue des

Diables Bleus, Chemin de la lanterne) et

les souvenirs (Mes ports d’attache), cet

essai n’apporte rien qui ne soit déjà connu.

Pis encore, il édulcore le personnage, insistant sur certains épisodes de sa vie,

glissant sur d’autres.

Il en ressort un Nucéra qui aurait

abjuré le communisme de sa jeunesse pour rejoindre, enfin désabusé,

le camp Politiquement Correct. Un

Nucéra définitivement bien-pensant,

amoureux de sa femme, de sa ville

de Nice et de la littérature, ami des

chats, de la bicyclette et d’un certain

nombre d’artistes et d’écrivains. Un

Nucéra affadi, aseptisé, saint-sulpicien en quelque sorte. Admirable,

sans doute. Sans grand relief, pour

tout dire.

J’ai connu Louis dans les dernières

années de sa vie. Partagé plus d’une

fois avec lui, Alphonse Boudard,

Raoul Mille, Pierre Monnier (qu’Asséo ne cite pas. Crainte de la compromission ?) les petits beignets de fleurs de

courgettes et le rosé de Provence. J’affirme

qu’il n’avait rien de ce personnage un peu

falot. Il lui arrivait de tonitruer en des

termes que je n’aurai garde de reproduire

pour ne point effaroucher la police de la

pensée. C’est peu de dire qu’il était bien

toutes voiles dehors,

et qu’on prend un

plaisir extrême à braver avec lui coups de

chien et paquets

d’embruns. Ultime

précision : il a écrit un vrai roman, pas des

élucubrations fuligineuses. Il n’aura sûrement pas le Goncourt — ce dont, je suppose,

il se moque comme de sa première chique.

Changeons de genre, comme annoncé.

Voici, après les Chroniques littéraires du

Canard enchaîné (Les Belles Lettres, 2004),

les Chroniques de la vie quotidienne (2)

que René Fallet donna, principalement à

Franc-Tireur, entre 1955 et 1980. Elles ont

été, comme les précédentes, réunies et présentées par Christiane et Michel Lécureur.

Disons-le tout de suite : tout n’est pas d’un

intérêt égal dans ces articles liés si étroitement à une actualité désormais lointaine que

les présentateurs ont cru bon de les

assortir, mus par un louable souci

pédagogique, de notes dont certaines

paraîtront à beaucoup superfétatoires.

Il est vrai que l’ignorance crasse des

générations actuelles pour tout ce qui

concerne le passé justifie sans doute

l’entreprise.

Quoi qu’il en soit, on y retrouve le

Fallet frondeur, impertinent, pour qui

il n’est pas de petit sujet. Il brocarde,

sur le même ton, avec son bon sens

d’autodidacte, aussi bien le trou des

Halles que Beaubourg (nous sommes

en 1977), et la culture officielle :

« Ladite culture est à la mode et se

porte courte. Elle a ses maisons, que

la tolérance n’a plus. Il est de bon

ton d’y donner des festivités de rebec

(instrument de musique du Moyen

Age, précisent les compilateurs) ou d’y

chanter n’importe quoi pourvu que cela

soit du seizième siècle. (…) L’heure est

aux troubadours décédés et désinfectés.

Aux microfilms et aux diapos, à l’idée

fonctionnelle et garantie pour longtemps.

A la quantité. A la pâtée ronron. On pense

revenu de son stalinisme : il en exécrait les

relents avec une vigueur non pareille.

La biographie d’Asséo est assurément

une œuvre pie, un témoignage d’amitié et

d’admiration. Dommage qu’elle n’arrive

pas à la cheville de son sujet.

Pour finir, un essai comme je les aime.

Délirant et troublant à la fois. L’œuvre

d’un « fou littéraire » comme on en compte

à toutes les époques, féru d’étymologie, de

numérologie, de mythologie, d’ésotérisme.

Capable d’expliquer les plus grands mystères avec une telle force de conviction que

le lecteur, entraîné entre certitudes,

approximations et hypothèses, finit par

abandonner tout esprit critique.

Ce soir l’Apocalypse (4) de Bertrand

Acquin est donc une exégèse du texte de

Saint Jean et de quelques sources païennes

à la lumière des sciences citées plus haut,

sciences auxquelles il convient d’adjoindre

une bonne part d’intuition.

La thèse de l’auteur est que les signes

annonciateurs de l’Harmaguédon, cet

ultime combat, se sont manifestés ces dernières années, sans que nous en ayons

conscience. Et que l’homme, selon la terrible prophétie de H.G. Wells, « est parvenu au terme de ses possibilités ».

Il en apporte des preuves multiples sans se

départir d’un humour qui rend son imposant

volume non seulement digeste, mais passionnant en plus d’un point. Canular ? On

est d’abord tenté de le croire. Pourtant, plus

on avance dans la lecture, plus on se persuade de la sincérité de l’auteur et de sa

bonne foi. Et il est tellement convaincant…

_____

1. Le Fils du Dragon. Editions Le Dilettante, 213 pages, 16 €.

2. Chroniques de la vie quotidienne. Editions Les Belles Lettres, 198 pages, 19 €.

3. Louis Nucéra. L’homme-passion. Editions du Rocher, 171 pages, 18 €.

4. Ce soir l’Apocalypse. Il était temps !

Préfacé par Hubert Monteilhet. Editions

L’Age d’Homme, 574 pages 40 €.

N° 2783 — 27 OCTOBRE 2006 — RIVAROL 15

Li t térature en tout genre

DES bœufs tiraient un attelage. Un

ours tira l’un d’eux. Saint Eloi, qui

faisait construire un oratoire,

condamna le coupable à prendre la place

de sa victime. A cette légende, Ourscamps, près de Noyon, doit son nom. Il est

moins étonnant de trouver dans les Pyrénées, près d’Ax-les-Thermes, un sommet

appelé Tute de l’Ours. L’animal a laissé son nom à bien

d’autres localités : Valoursière, Pas de l’Ours, etc.

Lançons-nous donc, par le

biais des noms de lieux de

notre pays, sur la piste des

animaux d’hier ou d’aujourd’hui. Autre carnivore d’actualité, le loup se retrouve abondamment

dans la Toponomastique. Depuis la Valléeaux-Loups, à Chatenay-Malabry, dans la

banlieue parisienne, où vécut Chateaubriand, jusqu’au Bois du Loup Pendu (dans

le même secteur) et à Licourt, dans la

Somme, sans oublier la rue de la Brècheaux-Loups, à Paris.

La capitale compte aussi une rue du Chat

qui pêche — simple fente dans le

quai Saint-Michel — et une rue aux Ours

qui doit son nom aux nombreux rôtisseurs… d’oies qui y étaient installés, oies

étant ensuite devenues ours. La Butte-auxCailles et la rue du Champ de l’Alouette

nous rappellent que le XIIIe arrondissement avait jadis un aspect plus bucolique.

Simple chaussée entre Grenelle et Passy,

l’allée des Cygnes, où la promenade est

fort agréable, a usurpé le nom d’une île

disparue, dont ces oiseaux peuplaient les

abords.

Si nous suivons notre littoral, il est des

sites qui inclinent à la nostalgie. Proche

d’Etretat, la Roche aux Guillemots a donné

son titre à une nouvelle de Maupassant, qui

nous décrit le massacre dont ces oiseaux

furent victimes. Il n’y a pas non plus de

faucons pèlerins sur les rochers de la Fauconnière, au cap Fréhel, ni de grands corbeaux, promontoire oriental de l’île d’Yeu,

ni de baleines au large de la pointe des

Baleines ou de Saint-Clément-desBaleines — sites chers aux fidèles d’Henri

Béraud, dans l’île de Ré (1). Disparus aussi

les phoques moines qui laissèrent leur

marque à la baie du Bœuf Marin, dans

l’îlot de Bagaud, près de Port-Cros (2).

LES TERRASSIERS

DE LA BIÈVRE

Mais le phoque gris, lui, fréquente toujours la roche du Phoque (Karreq ar folk),

à Ouessant. Notre littoral compte encore

une île aux Moutons au large de Concarneau, une île aux Oiseaux dans le bassin

d’Arcachon, et la célèbre île des Faisans,

au milieu de la Bidassoa, près d’Hendaye,

où fut signé en 1659 le traité des Pyrénées.

Quant à la baie des Anges, où s’abrite

Nice, elle doit sans doute son appellation

aux anges-de-mer, étranges poissons intermédiaires entre les raies et les requins.

L’immense étang de Vaccarès, au cœur

de la Camargue, nous rappelle que les

célèbres taureaux de cette fascinante

région ont aussi des femelles. Si le plateau de Millevaches est le fief de la race

limousine, la falaise

des Vaches Noires, à

Villers-sur-Mer, est

ainsi appelée en raison de l’aspect des

rochers couverts

d’algues.

La Bièvre, petite rivière d’Ile-deFrance, dont le parcours parisien n’est

plus qu’un égout, comme aussi Vibraye,

Lamotte-Beuvron, etc., perpétuent le souvenir du castor, ou bièvre en ancien français. Le rocher de l’Aigle, dans la forêt

de Fontainebleau, semble attester la nidification passée de l’aigle royal. Des

bandes compactes de pluviers guignards

sillonnaient naguère la Beauce, mais on

en fit tant de « pâtés de Chartres » que,

seules, des localités comme Guigneville

en gardent la trace.

Enfin, la grotte de la Cigalière, au sudouest de Saint-Girons, doit bien son nom

aux “cigales”, mais ce sont les chocards,

sortes de petits corbeaux au bec jaune, que

l’on appelle ansi dans la région.

Jean-Jacques BARLOY. _____

(1) La baleine figure sur les armoiries de certaines villes de la côte basque, comme Biarritz.

Il s’agit de l’espèce dite précisément baleine

des Basques.

(2) A Belle-Ile, des nids de cormorans huppés

étaient alignés sur les corniches d’une grotte

comme des bocaux sur un rayon, d’où son nom

de Grotte de l’Apothicairerie.

Des lieux en forme d’empreintes

VOICI exactement un an,

trois Jeunes plus ou moins

favorablement connus des

services de police forçaient

les portes d’un transformateur EdF de Clichy-sous-Bois pour échapper aux flics. Et l’électrocution de deux

d’entre eux, le Tunisien Ziad Benna et le

Malien Bouna Traoré, allait être le prétexte

trois semaines durant des plus longues et

des plus violentes émeutes raciales que les

deux rives de l’Atlantique aient jamais

connues, avec d’énormes

dégâts collatéraux sur l’ensemble du territoire même si

la région capitale fut la plus

touchée : non contents de

blesser — parfois grièvement — 217 pompiers et

membres des forces de

l’ordre, d’incendier 45 588

véhicules et 6 996 bâtiments

et édifices publics et de causer pour plus de 250 millions

d’euros de dégâts qui anéantirent 20 000 m2 de surface

industrielle (chiffres des

Renseignements généraux),

les allogènes déchaînés

mirent sauvagement à mort

trois passants innocents, dont

deux Bretons, qui n’avaient

commis d’autre crime que de

croiser leur chemin au mauvais moment.

Alors qu’en un an, malgré

la présence au ministère de

l’Intérieur du terrible Sarkozy-Kärcher, la « criminalité de voie publique », souvent gratuite d’ailleurs, a littéralement explosé —

+ 14,2 % pour les violences

à personnes, + 22,4 % pour

les vols avec violence selon

le préfet de la Seine-Saint-Denis d’où partit l’incendie en octobre 2005 —, comment

les “cités” vont-elles fêter cet

anniversaire ? Multipliées ces dernières

semaines dans tous les départements de la

Grande Couronne au rythme de 15 par jour

(pour les voitures brûlées, on en est à 115

par nuit — cf. Le Parisien du 18 octobre),

les embuscades tendues aux policiers avec

la complicité de toute la population des

“quartiers” laissent présager le pire. D’où

sans doute la consigne donnée à ses fonctionnaires par le susdit Sarkozy-Kärcher de

se « montrer discrets ». Surtout, pas de

vagues, les Jeunes risqueraient d’y voir

une provocation.

NUIT BENGALIE POUR MAHARANI AUBRY ET LE GRAND

PALAIS POUR LES RAPPEURS

En outre, et de même que les empereurs

romains offraient « panem et circenses » à

la plèbe dans l’espoir de prévenir toute

révolte, maires et ministres tentent d’amadouer les occupants par une orgie de festivités. Artistement drapée dans un sari,

Martine Aubry a ainsi convié le 15 octobre

les Néo-Chtis à l’« éléphantesque » parade

d’ouverture de « Bombaysers (sic) de

Lille » à laquelle, sur fond sonore de

« puissants barrissements », ont participé

selon l’AFP « quelque 1 400 danseurs

habillés en costumes acheminés tout spécialement de Bombay et accompagnés de

fanfares du Rajastan », cependant que plusieurs immeubles étaient, à l’instar du

siège du quotidien La Voix du Nord, et foin

des économies d’énergie, « illuminés

comme des palais de Maharajah ». Dame,

il s’agissait de célébrer dignement Diwali,

« la fête des lumières qui rythme chaque

année, pendant quatre jours, la vie des

Indiens ».

Les Jeunes auront-ils apprécié cette « nuit

bengalie » qui a dû faire se retourner Mircea Eliade dans sa tombe ? Simultanément,

leurs congénères francîliens se sont en tout

cas pressés avec enthousiasme au Grand

Palais — tout récemment rénové, pour

rue », désormais partie intégrante sinon

première de notre culture, va donc devenir

institutionnelle.

THIERRY MARIANI,

SOCIALO-COMMUNISTE

HONORAIRE

Sans évidemment calmer le moins du

monde les « enfants des cités » — dites

técis puis désormais tess. Avant-hier, alors

que ce numéro de RIVAROL était sous

presses, une « Marche des doléances »

devait avoir lieu de la place DenfertRochereau à l’Assemblée nationale à l’appel du collectif AC Le Feu (Association,

Collectif, Liberté, Egalité,

Fraternité, Ensemble, Unis)

créé par « des citoyens et des

militants associatifs des

quartiers dits “sensibles” »

afin de faire « remonter la

parole des habitants des

quartiers auprès des institutions supérieures ». Quant au

RAIDH, Réseau d’Alerte et

d’Intervention pour les

Droits de l’Homme, il s’indigne de « l’attribution des

armes Taser à plus de 5 000

représentants des forces de

l’ordre » et s’inquiète des

« conséquences de l’escalade de violence que provoquera l’introduction de ces

pistolets à électrochocs »

puisqu’il est bien entendu

que si les keufs se laissaient

tirer comme des lapins, une

paix édénique régnerait dans

nos riantes banlieues.

Les angoisses du RAIDH

sont partagées par une douzaine de parlementaires

socialistes et communistes

qui réclament un moratoire

sur la distribution des Taser

mais aussi par deux UDF (le

sénateur Yves Détraigne et le

député Francis Hillmeyer) et même, ce qui

dessillera sans doute les yeux des naïfs du

Vaucluse, par Thierry Mariani, l’un des

députés théoriquement les plus à droite de

l’UMP, en pointe dans le combat pour

l’ordre et la loi. Nul doute donc que, loin

de ses électeurs, M. Mariani examinera

avec la plus grande bienveillance les

« cahiers de doléances » remis aux élus

mercredi dernier.

LES ASSEDIC, POMPE A

PHYNANCES DU PKK

Si cette lecture lui laisse quelque loisir,

peut-on lui suggérer de s’intéresser aussi

aux découvertes de son collègue et voisin

Dominique Tian, également député UMP

(des Bouches-du-Rhône) et président de la

mission d’information parlementaire chargée d’évaluer les moyens de contrôle de

l’Unedic ? Selon M. Tian, qui s’en est

ouvert le 17 octobre au quotidien économique Les Echos, ce ne sont pas seulement

6 400 faux chômeurs qui vivraient dans

toute la France aux frais des ASSEDIC

(voir ma chronique du 24/2/06 : « Vol de

criquets sur les ASSEDIC ») mais bel et

bien « 10 000 personnes », et cela « rien

qu’à Paris », le député insistant sur « l’aspect mafieux de ces fraudes » extrêmement

organisées, avec des réseaux bien structurés ayant créé 677 sociétés fictives. Le

député est formel : une partie de l’argent

part à l’étranger et « sert même à financer

dans certains cas des partis politiques

comme le PKK kurde » — du camarade

Ocalan.

LES CLANDESTINS, UNE

PARENTHÈSE JAMAIS FERMÉE

Bien entendu, l’UNEDIC a poussé les

hauts cris en ressortant ses chiffres de

février mais ce démenti évoque irrésistiblement la déclaration faite par Nicolas

Sarkozy le 18 septembre dernier sur

France 2. « La parenthèse est refermée »,

assurait alors le ministre de l’Intérieur en

annonçant la délivrance d’une carte de

séjour d’un an à 6 924 adultes prétendus

sans-papiers, parents d’enfants scolarisés

dans notre beau pays.

Refermée, vraiment, cette parenthèse ?

Car se poursuivait alors l’occupation par

d’autres clandestins du gymnase de

Cachan et, celui-ci à peine évacué et scellé,

la comédie se transportait à Toulouse où

une centaine de sans-papiers, dont quarante-huit enfants, ont investi le 17 octobre

la place du Capitole puis des locaux

annexes de la mairie avant d’obtenir satisfaction — des logements proportionnés à

la taille des tribus.

Bien entendu, l’opération désormais parfaitement rodée s’est déroulée avec le soutien — ou plutôt à l’instigation — des

habituelles associations collabotes, celles

que le ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo

qualifie de « si utiles » alors

qu’il devrait les mettre hors-laloi, et de quelques belles âmes

comme l’ultra-chiraquienne

Dominique Versini, nouvelle

Défenseure des enfants, soutenant que « quelle que soit la

situation administrative de ces

personnes, la présence d’enfants campant sur la place du

Capitole n’est pas admissible au regard de

la Convention internationale des droits de

l’enfant ». Ou encore la conseillère municipale de l’opposition Yvette BenayounNakache qui proclamait, la main sur le

cœur : « Qu’ils soient étrangers ou non, on

ne jette pas des enfants dans la rue pour

qu’ils y dorment » — cette pétition de principe ne s’appliquant naturellement pas aux

enfants de Gaza et du Liban bien obligés,

eux, de dormir dans la rue dès lors que leur

maison n’est plus que ruines, grâces en

soient rendus aux coreligionnaires israéliens de Mme Benayoun-Nakache. Au

contraire, les quarante-huit négrillons de

Toulouse ont, eux, vocation à devenir français.

LA TRAHISON DES CLERCS

Dans son “message” du 18 octobre, la

Conférence des évêques de France faisait

d’ailleurs savoir avec un beau jésuitisme

que si la France « ne peut pas recevoir tout

le monde », elle devrait s’interdire de

« renvoyer tous les clandestins » qui,

comme tous les migrants, ont leur « place

dans la société nationale ». Mais comment

peut-on espérer une quelconque intégration de ceux qui sont « chez eux chez

nous » et donc éviter que ne se renouvelle

indéfiniment l’intifada des banlieues survenue en 2005 quand tout l’Establishment

politique, intellectuel, religieux et caritatif

s’acharne à ce que de l’immigration, le

ventre soit toujours plus fécond ?

Chronique d’une année de braise

300 millions d’euros — où le ministre de

la Culture Renaud Donnedieu de Vabres

avait décidé d’accueillir « l’événement

Rue », que le slameur John Pucc’Chocolat

résume ainsi : « Ah, la rue, c’est un

concept, c’est le bordel. »

Pour le bordel, cela fut en effet une réussite, les matches de street-basket se télescopant avec les démonstrations de smurf

dans un déluge de décibels — « Gueulez,

faites du bruit », hurlaient les

animateurs — et les tagueurs — pardon,

les graffeurs, ça fait plus noble — s’en

donnant à cœur joie sur les 500 m2 de

bâches qui dégringolaient de la grande verrière pour leur permettre d’exercer leurs

talents — alors qu’ils squattent déjà le

palais de Tokyo, dans le très rupin quartier

du Trocadéro.

LA DROITE LA PLUS

BÊTE DU MONDE

« Quel dommage que Jack [Lang] n’ait

pas pensé à ça avant », regrettait un cultureux tandis que les rappeurs beuglaient à

s’en péter les cordes vocales le hit du

moment : « Fuck Sarko ». Mais pourquoi

se seraient-ils gênés ? « Ils financent notre

campagne contre la Droite, on en profite »,

a expliqué l’un d’eux à Libération.

D’ailleurs, le ministre est ravi de cette

« première étape » : « Je souhaitais organiser un événement national annuel dans

un lieu exceptionnel du patrimoine français. J’ai tendu une main, j’ai l’impression

qu’elle a été saisie… Il ne faut pas que cela

soit une fête sans lendemain, un rendezvous éphémère. Cela doit devenir un événement national annuel (bis) dans d’autres

lieux emblématiques du patrimoine ». Lesquels, dès lors qu’ils « bénéficient d’une

subvention de l’Etat, devront mettre à leurs

programmations des spectacles d’arts de

la rue ».

Les merveilleuses journées du Grand

Palais ayant « permis de gommer les clichés, de rassembler les artistes dans une

même énergie créatrice », Donnedieu

de Vabres va donc désigner dans les prochains jours « une personnalité représentative des arts de la rue » (pourquoi pas

Doc Gynéco ?), à charge pour elle d’« élaborer des propositions destinées à être

appliquées dès 2007 ».

On peut certes espérer qu’en 2007, RDV

ne sera plus rien et que les “propositions”

qu’il appelle de ses vœux seront mises au

panier. Mais l’expérience enseigne, hélas,

que les initiatives les plus démagogiquement extravagantes prises par tel ministre

de tel gouvernement sont pieusement

reprises à leur compte par ses successeurs.

Quel titulaire “de droite” de la rue de

Valois a jamais osé supprimer la Fête de la

musique inventée par Jack Lang ou faire

abattre les colonnes de Buren ? La pollution du Grand Palais par les « arts de la

par

Claude LORNE

(Dessin de CHARD.)

SOS-RACISME (ET SARKO) CONTRE LES RG

On comprend à la rigueur que Sarkozy ait fait appel à la LICRA de Patrick Gaubert

pour servir de médiateur dans l’affaire des squatteurs de Cachan, compte tenu de puissants liens communautaires et du fait que Thierry Gaubert, frère de Patrick, est l’un de

ses intimes. Mais l’appel à SOS-Racisme a été d’autant plus mal pris par les personnels

du ministère de l’Intérieur que cette association vient justement d’intenter un procès

aux Renseignements généraux pour « discrimination et constitution de fichier ethnique ». On se

souvient qu’en janvier 2005, les RG avaient établi un rapport (resté confidentiel jusqu’à

sa publication un an plus tard dans Le Monde) affirmant que sur « 436 meneurs recensés

dans 24 quartiers sensibles, 87 % ont la nationalité française, 67 % sont d’origine maghrébine et

17 % d’origine africaine. Les Français d’origine non immigrée [c’est-à-dire de souche] représentent

9 % des meneurs ».

C’est évidemmment cette réalité que SOS-Racisme veut absolument dissimuler au

public mais on comprend mal que le ministre ait porté sur le pavois un lobby aussi nuisible au lieu de défendre son propre service.

3:HIKMPD=[UXUZ[:?c@h@s@e@k; M 02536 - 2784 - F: 3,05 E

● suite page 2

Belgique, Luxembourg : 3,25 €

Canada : . . . . . . . . . . . . . 5,25 $

Mayotte : . . . . . . . . . . . 3,89 €

Suisse : . . . . . . . . . . . . . . . 5 FS

Port. Cont. : . . . . . . . . . . 3,50 €

RIVAROL.

R I VA R O L

“Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir”

N° 2784 HEBDOMADAIRE DE L’OPPOSITION NATIONALE ET EUROPÉENNE 3/11/2006

N° 2784 du 3 NOVEMBRE 2006

www.rivarol.com

Elections US : un coup de semonce pour Bush

Paris = Budapest et Sarkozy = Bela Kun

L’Etat-UMP vérolé par la corruption

Pitié pour les indigènes !

BIEN entendu, c’est « dans un esprit de

recueillement » et « avec dignité »

que, sous l’égide du maire socialiste

Claude Dilain, a été commémorée le

27 octobre à Clichy-sous-Bois (Seine-SaintDenis) la « mort pour rien » un an plus tôt de

Zyed Benna et Bouna Traoré dont l’électrocution, dans un local EdF dont ils avaient

forcé les portes, allait provoquer pendant

trois semaines un terrifiant déchaînement de

haine raciale. Mais, avant même ce fatidique

vendredi, les Jeunes de la ceinture jadis

rouge et désormais beur-black avaient fêté

à leur manière le tragique anniversaire. En

prenant d’assaut et en incendiant quatre

autobus de la RATP (à Grigny, Nanterre,

Montreuil et Athis-Mons), leurs congénères

rhodaniens prenant la relève à Vénissieux,

dans la banlieue lyonnaise, et les Phocéens

le 28 octobre dans les quartiers Nord de

Marseille, deux autres bus étant brûlés le

même jour au Blanc-Mesnil, dans le “9-3”.

Le prix moyen d’un autobus étant de

150 000 euros, c’est ainsi 1,2 millions d’euros qui sont partis en fumée en une

semaine. Une misère, pour le moment au

moins, au regard des 3,5 millions d’euros

envolés l’automne dernier quand les mêmes

Jeunes, ou leurs grands frères, avaient mis

le feu au dépôt RATP de Trappes et ainsi

détruit 23 véhicules. Et, surtout, la jeune passagère — sénégalaise — prise samedi au

piège des flammes à Marseille risque d’y

perdre la vie.

LEUR cœur saignant exclusivement pour

les voyous — qui seraient tous des

anges de douceur si une société marâtre ne

les avait délaissés et donc poussés à la

révolte, d’où la nécessité non pas de la

« tolérance zéro » rituellement évoquée

mais du “dialogue”, insiste le ségoliste Julien

Dray —, nos grandes consciences glosent

sur le mal-vivre dans les cités et particulièrement à Clichy, où « rien n’a changé en un

an » selon deux médiateurs cités par

Le Monde (du 28/10). Dans les années 70

de l’autre siècle, « il y avait un boucher, un

libraire, une pharmacie et une boulangerie »,

mais « les locaux ont été abandonnés puis

murés de parpaings », « les commerçants

sont tous partis » et « les habitants ont l’impression d’être relégués à l’écart de tout,

méprisés, oubliés ». Ce n’est pourtant pas

faute d’avoir dilapidé l’argent public. Transformé tel Zeus en pluie d’or pour séduire non

pas Danaé mais les “quartiers”, Dominique

de Villepin, qui avait dit deux jours plus tôt

« comprendre le sentiment de

harcèlement » des Jeunes devant les

contrôles de police (cf. Le Parisien du

25/10), s’est vanté lors de sa conférence de

presse mensuelle, tenue en toute démagogie le 26 octobre dans la ZEP de Cergy,

d’avoir débloqué « 100 millions d’euros cette

année pour soutenir l’action des associations », une enveloppe qui « sera reconduite

en 2007 ». Le Premier ministre s’enorgueillit

d’avoir également mis en place « 15 nouvelles zones franches urbaines » qui « permettront de créer 12 000 emplois supplémentaires dont au moins 4 000 pour les

habitants des zones urbaines sensibles »,

fait recevoir « 150 000 jeunes par l’ANPE et

les missions locales depuis le début de l’année » et signer « 135 conventions avec

l’Agence nationale de rénovation urbaine »

afin de « réhabiliter 182 000 logements

sociaux et d’en construire 84 000

nouveaux » pour « plus de deux millions

d’habitants ». « Au total, a conclu triomphalement le Père Noël de Matignon, l’aide de

l’Etat permettra de réaliser plus de 35 milliards d’euros de travaux jusqu’en 2013… Le

gouvernement est tout entier dans l’action…

Ma détermination au service des Français

est plus forte que jamais. »

Au service des Français, vraiment, ou des

naturalisés de fraîche date, voire des clandestins comme ceux de Cachan qui, bien

que doublement délinquants puisque

(Dessin de CHARD.)

Imprimé en France/Printed in France

2 N° 2784 — 3 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL

rer aux ordres de dispersion. Et plusieurs

furent d’ailleurs embarqués sans ménagements. En toute, treize personnes ont été gardées à vue jusqu’à 20 heures, dont deux rivaroliennes septuagénaires. Comme si, obligées par leur ministre de « se montrer discrètes » en banlieue où elles ne

s’aventurent plus qu’en tremblant,

les « forces de l’ordre » se lâchaient

contre les citoyens au-dessus de tout

soupçon. Scène inouïe, tout à la fois

burlesque et déshonorante pour ceux

qui l’avaient provoquée.

Il est vrai que flics et pandores

avaient sans doute du temps à perdre

puisque la nuit tant redoutée du 27 au

28 octobre avait été « relativement

calme » selon un communiqué de la

Direction générale de la police nationale :

seulement six policiers légèrement blessés,

autant de pompiers agressés à Clichy-sousBois, deux bus incendiés dans le “9-3”, et

277 véhicules brûlés dont la moitié en région

parisienne — 59 pour la Seine-Saint-Denis.

Le calme, on vous dit.

CE MINISTRE QUI FAIT HONTE

Ce même samedi, Nicolas Sarkozy était en

Lozère, pour célébrer « la France qui ne

casse rien ». Mais c’est cette France-là que,

quelques heures plus tard, il faisait interpeller par ses fonctionnaires. Pourquoi, sinon

pour complaire au PC“F” et à l’Intelliguentsia marxiste qui ont tout mis en œuvre,

d’ailleurs avec un indéniable succès, pour

que soit occulté le cinquantième anniversaire de l’atroce répression de l’insurrection

de Budapest (voir dans notre dernier n° le

récit de Jean-Paul Angelelli), heures parmi

les plus noires de l’histoire du mouvement

communiste ? On a eu maintes

preuves de la collusion des néo ou

crypto-gaullistes avec ce « collectivisme que nous n’attaquons pas »

(dixit Chirac Premier ministre en

1975). Mais il se trouve, circonstance très aggravante dans le cas du

ministre de l’Intérieur, que, comme

son nom l’indique, M. Nicolas

Sarkösy de Nagy-Bocza est né d’un

père aristocrate magyar censé avoir

fui en 1948 la Hongrie par haine du

communisme. Lors du discours « pour la

France » qu’il prononça à Nîmes le 9 mai

dernier, M. Nicolas Sarkösy de Nagy-Bocza

avait aussi trouvé de beaux accents pour

condamner la dérive imprimée à notre pays

par la révolution marxistoïde de 1968.

Alors, quand faut-il croire le candidat à

l’élection présidentielle : quand il se dit « de

droite sans complexes » ou quand il sert la

soupe aux nostalgiques du boucher

Khrouchtchev ? S’il est en lice le 6 mai

2007, on n’oubliera pas, en tout cas, comment il se conduisit — et fit se conduire pour

leur plus grande honte les forces dites de

l’ordre — le 28 octobre 2006.

Camille GALIC.

UN SANS-CULOTTES

NOMMÉ VILLEPIN

Très chahutée, ainsi que Laurent Fabius

d’ailleurs, par les partisans de Dominique

Strauss-Kahn lors du grand oral devant les

militants socialistes réunis le 26 octobre au

Zénith de Paris, et chutant de 15 points

selon un sondage CSA quand ses compétiteurs reprenaient 5 points, Ségolène Royal

aura eu du moins une consolation. Certes,

le Premier ministre a feint de railler la proposition ségolienne de « jurys citoyens »

chargés de surveiller l’action des élus, qui

« nous ramène à des expressions d’un autre âge et

souvent funestes », mais il ne l’en a pas moins

reprise à son compte lors de sa conférence

de presse mensuelle. Emettant le vœu que

« les bastilles tombent », le néo-sans-culottes

Dominique de Villepin s’est ainsi dit “favorable” à ce que le Conseil des ministres soit « un jour télévisé, à l’exception d’une part délibérative qui, par définition, comporte une part de

secret ». Et d’annoncer (avant d’être démenti

de Chine par Chirac) : « Le prochain Conseil

interministériel sur l’Europe sera ouvert » car « une démocratie doit avancer à travers la transparence, le contrôle et la participation de tous ». Lors de son tout récent voyage aux

Antilles, le Premier ministre avait entonné

l’hymne à la gloire du “Che” Guevara sous

prétexte qu’il lui « rappelait sa jeunesse vénézuélienne ». Le voici maintenant prêt à

prendre la Bastille. Jusqu’où ne descendrat-il pas dans la démagogie gauchiste ?

ROTMAN, DE

CHIRAC EN VEIL

On conçoit que Jacques Chirac ait été

furieux de la diffusion en prime time, et deux

soirs de suite sur France 2, les 23 (« Le

jeune loup ») et 24 octobre (« Le vieux

lion »), du documentaire de Patrick Rotman où il apparaît tour à tour ridicule et

odieux. Aucun autre président de la Ve n’a

en effet été traité de la sorte de son vivant.

Mais pourquoi la chaîne publique avaitelle décidé de diffuser cette émission ?

Le Point a donné à ce sujet quelques précisions édifiantes. Le documentaire commandé à Rotman ayant été finalement

refusé par France 3, c’est France 2 qui en

hérita mais, après de longues tergiversations, le feu vert ne fut donné par Marc

Tessier, précédent président de la chaîne,

que cinq jours après que celui-ci eut appris

qu’il ne serait pas reconduit dans ses fonctions. Son successeur Patrick de Carolis,

intime des Chirac et notamment de Bernadette avec laquelle il eut des Conversations

qui, publiées, connurent un gros succès de

vente, aurait volontiers enterré le projet

mais il recula devant les protestations que

la gauche en général et les syndicats de

l’audiovisuel en particulier ne manqueraient pas d’émettre. Et se résigna donc à

diffuser ce très encombrant “Chirac”, quitte

à se mettre à dos l’Elysée.

Pour son prochain portrait, Patrick Rotman a choisi de nous offrir un “Simone Veil”.

Gageons qu’il sera beaucoup moins critique que celui du président de la République, même si la vie et l’action de la présidente de la Fondation pour la Mémoire

de la Shoah comportent de très nombreuses zones d’ombre, sur sa déportation

en particulier.

lam. Les 35 milliards si libéralement

dévolus par Villepin à l’insatiable « politique de la ville », n’est-ce pas à la

construction de cités-refuges pour les

naufragés d’un bateau France en perdition qu’il faudrait les consacrer ?

DES zones de non-droit, on est

d’ailleurs passé aux zones interdites. Ne nous y trompons pas : si des

gamins incendient les autobus urbains

après en voir braqué le machiniste, ce

n’est pas seulement pour « faire du

spectaculaire » et jouer les Néron

devant un beau brasier. Eux-mêmes, ou

plutôt ceux qui les téléguident, savent

bien que les conducteurs rescapés

arguant de leur droit de retrait, les itinéraires seront modifiés pour éviter certains secteurs, qui deviendront ainsi

inaccessibles aux “intrus”. C’est à cette

logique qu’obéissent aussi les incendies

de bibliothèque ou de gymnase (après

quoi, les pyromanes se plaindront d’être

“abandonnés”), les agressions contre

les facteurs et même les éboueurs, les

embuscades tendues aux pompiers et

aux policiers, à une telle cadence et

avec une telle violence que la SGP-FO,

troisième syndicat de gardiens de la

paix, a appelé le 25 octobre à une

« journée nationale du droit de

retrait » — ce qui « implique qu’en cas

d’appel au commissariat, les policiers ne

sortent que s’ils disposent de suffisamment d’effectifs » et « de conditions normales de sécurité ». Celles-ci étant rarement réunies quand deux ou trois cents

“lascars” sont sur le pied de guerre, on

imagine ce qu’il adviendra des malheureux Gaulois ayant réellement besoin

d’être secourus. Pour s’évader des ghettos constitués depuis trente ans par les

nouveaux occupants venus du Tiers

Monde, les occupés de notre quartmonde devront-ils abandonner leur

logement, leurs souvenirs et leurs

maigres biens pour les tentes réservées

par Médecins du Monde aux SDF ?

En décembre 2005, Jamel Debbouze

en pèlerinage à Clichy-sous-Bois y avait

harangué les potes de Zied et de Bouna

en leur criant : « On est français, on est

fiers. On est nés ici. On a grandi ici. On

est des Icissiens. » Mot d’ordre

entendu : mille Néo-Clichois se sont

immédiatement inscrits sur les listes

électorales. Constaté dans tous les

“quartiers” où il s’accélère à l’approche

de la clôture des listes le

31 décembre — et des scrutins décisifs

de 2007 —, ce mouvement encouragé

par la fausse droite depuis le terrible

M. Pasqua va totalement bouleverser la

donne au détriment du camp national.

« Quand le peuple vote mal, on change

le peuple. » La substitution de population entraîne de facto une substitution

d’électorat.

Si dramatique et lourd de conséquences que soit ce retournement, ce

n’est pas lui toutefois qui nous préoccupe aujourd’hui au premier chef mais

le sort des vrais indigènes de ce pays

sacrifiés aux “Icissiens” au nom d’une

mystique pervertie des droits de

l’homme et d’une charité chrétienne

également dévoyée. Toutes deux en

réalité paravents d’une trouille abjecte.

<galic@rivarol.com>.

squatteurs et en situation irrégulière,

ont bénéficié de logements « proportionnés aux besoins des familles » ?

EN ces temps où politiques et associatifs, indifférents au martyre subi

par la Hongrie il y a cinquante ans (voir

ci-dessus), communient en revanche

dans le culte de Zied et de Bouna, c’est

à nos compatriotes les plus démunis

que vont en priorité nos pensées. Ceux

que l’envolée des prix de l’immobilier

empêche de trouver un toit décent dans

un quartier convenable et qui, bon gré

mal gré, doivent végéter, la peur au

ventre, insultés, humiliés, dans des lieux

qui leur sont devenus hostiles. Aux vieux

qui ont connu l’époque où, même

pauvre, il faisait encore bon vivre à Clichy, au Neuhof ou à La Rose et que leur

maigre retraite contraint à rester dans

leur HLM totalement dégradée, dont ils

n’osent plus sortir. Aux jeunes couples

impécunieux hésitant à faire des enfants

qui, les choses étant ce qu’elles sont, se

retrouveraient ultra-minoritaires dans

des écoles pourries avant de sombrer

dans la drogue, la délinquance… ou l’isSUITE DE L’EDITORIAL

DEUX cars et quinze camionnettes de

police et de gendarmerie dans les

rues avoisinantes, deux cents gaziers

en tenue de combat avec casques, boucliers

et jambières sur une place du Châtelet quasiment déserte : en ce bel après-midi du

28 octobre, il ne manquait que le RAID et le

GIGN, le KGB et les AVH pour que l’ordre

soviétique règne à Paris. Motif de ce

déploiement de force ? Faire respecter l’interdiction (signifiée le matin même) par la

Préfecture de Police et le ministère de l’Intérieur de la manifestation d’hommage aux

combattants hongrois de 1956 prévue par les

Jeunesses Identitaires, le Rassemblement

des Etudiants de Droite, Europae Gentes et

Chrétienté-Solidarité. Repaires de dangereux factieux, comme l’on sait. Craignait-on

qu’ils ne se ruassent à “Fabien” pour y tabasser Marie-George ? Qu’ils ne missent le feu

à un autobus ?

« J’ai décidé de mobiliser la totalité des

forces mobiles dont nous disposons au service de la sécurité de ceux qui prennent les

transports en commun », avait déclaré le

ministre de l’Intérieur en menaçant les éventuels délinquants de « peines sévères ».

Mais, place du Châtelet, ce sont les quelques

nationaux qui, tels les conseillers régionaux

frontistes Christian et Myriam Baeckeroot,

Chard et moi-même, n’avaient pas été avertis de l’annulation du rassemblement et

étaient donc exacts au rendez-vous, qui

furent menacés d’être « embarqués, et plus

vite que ça », quand ils tardaient à obtempéLE SOUTIEN DE BAYROU A L’ETA :

DANS L’ESPOIR D’UN PORTEFEUILLE ?

Hasard ou provocation ? C’est le 24 octobre, veille du vote prévu au Parlement européen

d’une résolution socialiste approuvant le « processus de paix » engagé par le gouvernement

également socialiste de Madrid avec les indépendantistes basques, qu’un commando armé

s’est emparé dans une entreprise d’armement de la région nîmoise de plus de 300 pistolets

et revolvers et de milliers de cartouches. Confirmant les soupçons de la police française,

M. Zapatero a reconnu devant la presse que ce raid accompagné d’une longue prise

d’otages (l’épouse du directeur de la société et ses deux enfants, dont un bébé de neuf mois)

était “probablement” l’œuvre de l’ETA. Certes, il s’agit d’un incident « grave et sérieux qui aura

des conséquences le moment venu, a ajouté le président du Conseil espagnol, mais nous n’allons pas

nous précipiter ». Que pense-t-il donc que les Etarras vont faire des pistolets volés ? Des castagnettes ?

Ainsi encouragés par leur ami Zapatero, les eurosocialistes ont maintenu leur résolution

qui, toutefois légèrement amendée, a été approuvée par 321 voix contre 311 et 24 abstentions. Remarquant que cette « résolution communiste, socialiste, verte demandant l’autodétermination

du pays basque espagnol et la remise en cause de l’intégrité territoriale de l’Espagne, sous la pression de

l’organisation terroriste basque ETA, n’a été adoptée que par 10 voix de majorité », Jean-Marie Le Pen

a souligné l’apport décisif des « huit députés français de l’UDF ». Pourquoi Bayrou a-t-il ainsi

volé au secours de la gauche et défendu « des positions sécessionnistes et radicales que ne peuvent

accepter ses électeurs centristes » ? Le président du Front national a sa petite idée : selon lui, le

président de l’UDF « espère ainsi entrer dans une future majorité de gauche socialo-communiste en cas

de victoire de Mme Royal ». « L’UDF ne serait plus ainsi au centre de la vie politique française mais elle

basculerait à gauche avec armes et bagages, devenant du même coup compagnon de route de l’ETA. »

Budapest 1956, Paris 2006 :

Sarkozy, valet du PC

“POP”

Le 28 octobre, dans les quartiers Nord

de Marseille, quatre Jeunes sont entrés

dans un bus, y ont jeté de l’essence et craqué une allumette. Le bus a été réduit en

cendres… et une étudiante sénégalaise de

26 ans grièvement brûlée.

Le lendemain, les réactions du

Système — élus, du PC et des Verts à

l’UMP, presse lobotomisée, représentants

de l’Etat, responsables d’associations de

quartiers, « grands frères » et autres —

étaient prévisibles : c’est un geste isolé, il

ne faut pas faire l’amalgame entre ces

quatre mineurs et l’immense majorité de

leurs coreligionnaires, c’est incompréhensible, et tous les poncifs habituels. On

notera aussi cette curieuse réaction, que

le quotidien La Provence attribue à un

employé anonyme de la Régie des transports marseillais : « C’est une ligne populaire,

qui traverse plusieurs quartiers populaires ».

Alors, si c’est populaire…

N° 2784 — 3 NOVEMBRE 2006 — RIVAROL 3

conseil général des Yvelines et encore

président de la commission d’appel

d’offres, trois ans de prison avec sursis,

150 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de droits civiques. L’Etat-UMP

n’a donc rien à envier à l’Etat-PS sur le

plan de la corruption et du déshonneur.

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