MULTICULTURALISME
ET DÉCLIN DE L’EMPIRE US
Le 28 juin, dans l’émission « Your World
with Neil Cavuto » sur Fox News, Tancredo (que l’on voit ci-dessous lors du
« Jour du Drapeau » 2002) était ainsi
accueilli par l’animateur : « Les clandestins qui déferlent sur l’Amérique sont assurés de se retrouver au cœur de la prochaine
élection présidentielle. Le congressiste
Républicain qu’est Tom Tancredo le sait
parfaitement. Il détient la clé de cette élection. Et les sondages montrent que s’il était
actuellement candidat, il serait tout simplement élu ».
Lui affirme ne pas vouloir se présenter
si les principaux candidats mettent l’immigration au centre du débat. Le suivront-ils néanmoins quand il la qualifie
d’“invasion” et soutient que le Mexique
« crée des tensions le long de la frontière
et utilise son armée pour faire passer
drogue et clandestins » ? Ou lorsqu’il
accuse « le culte du multiracialisme » de
« transformer radicalement en une génération la vie et la culture de l’Amérique » ? Citant souvent Edward Gibbon
et L’Histoire et le Déclin de l’Empire
Romain, il rappelle que « Rome s’est
effondrée parce qu’elle était pourrie de
l’intérieur. Elle a succombé aux invasions barbares par manque de vertu
civique ». On voit bien ici la filiation
Tancredo/Lamm, celui-ci s’étant rendu
célèbre par un discours dévastateur
contre l’immigration/surpopulation :
« J’ai un plan pour détruire l’Amérique :
le multiculturalisme. »
Tancredo s’est donc solidement installé
sur un créneau dont ses adversaires se sont
exclus d’eux-mêmes : celui de l’ordre
moral — le vrai. Et c’est sans complexes
qu’il invoque un gouvernail éthique fort,
le renouveau du sens de la destinée, le
retour des valeurs familiales et communautaires, le rejet des contempteurs de la race
et des histrions de la fausse culture populaire. La protection des frontières, de la
langue et de la culture.
Il met donc avec véhémence en accusation la politique mondialiste que la Maison-Blanche impose dans le dos du
Congrès. Ainsi, avec Virgil Goode (Virginie), Walter Jones (Caroline du Nord) et
notre bon ami Ron Paul (Texas), est-il l’un
des quatre Républicains qui viennent d’introduire une résolution
dénonçant la construction de la
“super-autoroute” — le Nasco ou
North American Super-Corridor
Coalition — qui devrait joindre le
nord du Canada à la côte ouest du
Mexique, pièce maîtresse du
Nafta (North American Free
Trade Agreement). En quoi ils
entrevoient la manifestation
d’une Union Nord-Américaine
prenant modèle sur l’Union Européenne.
Nous avons ici mentionné à
plusieurs reprises ce projet figurant dans un rapport du Council
of Foreign Relations qui prévoit
d’ici à 2010 l’instauration d’une
Communauté Nord-Américaine
de l’Economie et de la Sécurité.
Parmi les organismes déjà en place, le
Conseil pour une Compétition Nord
Américaine (NACC) est l’un des plus
intéressants. Tancredo et ses amis ont fait
la plus vive publicité à deux recommandations significatives. « Le Ministre de la
Sécurité Intérieure — le néo-con sioniste
Michaël Chertoff — dit la première doit
faciliter le passage des gens qui se pré-
« LA version américaine de Jean Marie
Le Pen », c’est ainsi que les innombrables sites et blogs créés pour
l’abattre définissent Thomas Tancredo, qui
brigue le renouvellement de son mandat
aux élections de midterm le 7 novembre.
Petit-fils d’immigrants italiens, cet ancien
prof d’histoire d’un lycée de Denver représente au Congrès le 6e district du Colorado
depuis 1998, après avoir été élu au Capitole de l’Etat de 1976 à 1984. Il appartenait alors à un groupe ultra-conservateur,
que l’ancien gouverneur Richard Lamm
avait surnommé les « dingues de la
Chambre », et militait contre le bilinguisme anglais/espagnol. Lamm, lui-même
considéré comme le pourfendeur de l’immigration-invasion, reprochait seulement à
son jeune adversaire son radicalisme
intempestif. Depuis, ils sont devenus alliés.
INTERDIT A
LA MAISON-BLANCHE
Au printemps dernier, Tom Tancredo, qui
préside le Comité pour la Réforme de l’Immigration à la Chambre des Représentants,
devint soudain l’homme fort du
Congrès en organisant la résistance contre le projet de loi
d’amnistie de 10 à 12 millions de
clandestins qu’en accord avec la
Maison-Blanche, les sénateurs
Ted Kennedy (D) et John
Mc Cain (R) essayèrent de faire
passer. Les millions de Latinos
descendus dans les rues des
grandes villes afin de faire pression sur le Sénat obtinrent l’effet
inverse. Raidissement de la
majorité blanche galvanisée par
la ténacité de Tancredo. Compromis des instigateurs du projet de
loi acceptant — par 60 voix
contre 39 — de laisser la discussion en suspens. Et surtout prise
de conscience de la Chambre que
les élections de 2008 pourraient
se jouer sur ce thème et qu’il serait risqué
d’ignorer la majorité silencieuse — Blancs
et Noirs soutenant en masse un moratoire
sur l’immigration.
Avec de telles prises de position, la
confrontation avec l’administration Bush
tourna au drame. Karl Rove, alors éminence grise du président, qualifia Tancredo
de « traître à la patrie et au président »
chrétiens, socialistes et libéraux. La progression du chômage a consacré la puissance des syndicats belges, non par un
afflux de nouvelles affiliations, mais par
un afflux d’argent, car les syndicats
jouissent du privilège exorbitant de payer
au chômeur syndiqué ses allocations de
chômage et de prélever au passage leur
impôt (4 %). Ce n’est plus ici qu’un
quasi-monopole — démocratie oblige —
car il existe une Caisse auxiliaire de paiement destinée aux non-syndiqués. Mais
elle est tenue par des syndiqués, qui font
plus que suggérer aux rares individualistes de s’affilier bien vite à une centrale
(tracasseries, retards importants). Il faut
être un chômeur idéaliste pour préférer la
liberté. Par ailleurs, bon nombre d’employeurs s’entendent avec les syndicats
pour financer les cotisations de leur personnel. Enfin, des syndicats belges en
sont aujourd’hui à affilier gratuitement
les travailleurs immigrés (en spéculant
sur leur chômage ?) Comme il est douteux que la République française, si familiarisée soit-elle avec les pratiques
mafieuses, soit disposée à garantir aux
syndicalistes wallons la conservation de
leurs avantages acquis, il est également
douteux que les syndicalistes wallons
deviennent rattachistes !
Et puis il n’y a pas que les syndicats.
Depuis le Moyen Age, la Belgique est le
berceau des caisses mutuelles de maladie.
Sa patrie et la France
Tom Tancredo, l’Italo-Américain qui
fait trembler l’Establishment US
La Sécurité sociale d’Etat, se gardant bien
de charruer à travers d’aussi belles traditions, leur a concédé le remboursement des
frais de santé et le paiement des indemnités d’invalidité. Ce service s’accomplit
grâce aux cohortes des très nombreux
légionnaires de la solidarité. Ici toutefois,
il n’y a pas d’oligopole, mais un pullulement de mutuelles petites et grandes, de
toutes couleurs et même sans couleur,
indépendantes, neutres. Ou pas si neutres
que cela puisque la puissante mutuelle du
Vlaams Belang s’appelle Vlaams Neutrale
Ziekenfonds (Mutuelle neutre flamande !)
Avec la bonne conscience que confère l’action caritative, quantité de ces mutuelles
font assez tranquillement concurrence aux
assureurs privés. Aux yeux du bon peuple,
le mouvement mutualiste jouit d’un prestige et d’une estime bien naturels, puisque
les mutuelles payent sans jamais rien percevoir. Leur influence est considérable et
il est peu probable que les mutuelles wallonnes aspirent à se fondre dans la Sécu
française, qu’elles auraient plutôt tendance
à considérer sans modestie.
Il faudra chercher ailleurs les partisans du
rattachisme, et certainement pas chez nos
frontaliers, Ardennais ou Hennuyers, qui
ont vite l’impression que l’Ardenne française est une région oubliée, ou qui fermeraient volontiers les frontières aux petits
casseurs de Lille-Roubaix-Tourcoing. Que
nous ayons deux patries, la nôtre et la
France, voilà qui est déjà fort bien, mais il
paraît plus sage d’en rester là.
Georges HUPIN.
P OUR sympathique que soit l’intention, le fait que certains amis français
supputent les avantages mutuels
d’une intégration de la Wallonie à la
France témoigne surtout de leur ignorance
de la réalité belge. Et pas tellement parce
que l’histoire a séparé Belges et Français
bien plus souvent qu’elle ne les a réunis.
En effet, après tout, seule la Flandre a été
un apanage de la couronne de France,
concédé à des vassaux qui n’étaient pas des
plus féaux. Pour le reste, les pays belgiques
étaient terres du Saint Empire germanique.
Et ce ne sera que la déconfiture française
de 1870 qui, paradoxalement, permettra
aux Français de réussir au-delà de toute
attente la colonisation mentale des petits
Belges, lesquels, à partir de cette époque,
se sont mis à rêver de la ligne bleue des
Vosges et à entendre les pigeons alsaciens
roucouler en français.
L’ignorance de nos amis français est
bien plus grande encore quand elle porte
sur nos réalités politiques actuelles. Ils ne
savent pas que la Belgique, à la différence de la France, est le paradis terrestre
des syndicats qui y sont tout-puissants
car pratiquement tous les salariés belges
sont syndiqués. Il est significatif que les
syndicats, au contraire des partis politiques, ne soient pas régionalisés, mais
centralisés. Ils disposent sans vergogne
d’un monopole, ou plutôt d’un tripole,
puisqu’ils se partagent le terrain entre
N° 2783 — 27 OCTOBRE 2006 — RIVAROL 11
L A CORÉE DU NORD a été sanctionnée par une résolution de
l’ONU, adoptée à l’unanimité le
14 octobre, une semaine après l’annonce
de son essai nucléaire que rien n’avait pu
empêcher. Le texte ne prévoit pas de
recours à la force, mais prétend imposer
à Pyongyang un embargo sur « les armes
et matériels connexes » et « les matériels
liés à la technologie nucléaire ou à celle
des missiles ». Il appelle les Etats
membres à assurer ensemble le respect de
ces embargos.
Saluées par le Japon, l’Australie, la
Corée du Sud et l’Union européenne, qui
y voit un bon signal dans la crise avec
l’Iran, les sanctions de l’ONU ont été
dénoncées par la Corée du Nord, qui fustige « des méthodes de gangster ». Selon
elle, cette « résolution coercitive » passe
sous silence « le fait que les États-Unis
représentent eux-mêmes une menace
nucléaire ». Le 17 octobre, Pyongyang
parlait même de « déclaration de
guerre », faisant monter les enchères
d’un degré. De toute évidence, le monde
s’est engagé dans un vaste partie de poker
menteur.
PIÈGE OU OPPORTUNITÉ ?
Pour certains, la crise sur le nucléaire
coréen est une opportunité, pour d’autres
c’est un piège. C’est le plus souvent une
opportunité et un piège tout à la fois, et
en fait tout dépendra, pour les uns et les
autres de l’évolution du dossier. Une évolution totalement imprévisible puisqu’elle dépend largement, au-delà du
vote de sanctions par l’ONU, d’un élément incontrôlable : l’attitude du régime
même de Pyongyang et de son leader, le
dynaste maoïste Kim Jong Il.
Cette tyrannie marxiste asiatique est
bien entendu capable de tout, de jouer la
carte de la négociation et de la détente,
puis de passer à la menace et à l’affrontement, comme cela d’ailleurs est la règle
sans règles de la diplomatie bottée pratiquée par la Corée du Nord depuis plus
d’un demi-siècle. L’essai atomique du
8 octobre, qui paraît avéré après un
moment de doute, laisse supposer — car
il aurait été peut-être imparfait — qu’il y
en aura d’autres. Pyongyang paraît en
tout cas capable de se doter d’ogives
nucléaires dans un délai assez bref
comme l’ont fait précédemment l’Inde et
le Pakistan. Car il ne faut quand même
pas oublier que le club atomique n’en est
pas à son premier viol.
La Chine en a forcé la porte et la complaisance à l’égard du potentiel dont dispose de toute évidence Israël montre qu’il
y a une conception de la sécurité mondiale à géométrie variable.
Face à cette menace réelle, le Japon
trouve bien sûr d’excellents arguments
pour justifier son retour comme puissance militaire régionale à part entière
(voir RIV. du 15/9/06), pour consolider
son alliance avec la Corée du Sud et améliorer ses relations avec Pékin au nom
d’un avenir incertain pour oublier, ce qui
les échanges commerciaux avec Pyongyang. Le chef de la diplomatie japonaise, Taro Aso, a également indiqué que
Tokyo pourrait soutenir les forces américaines si celles-ci inspectaient des
navires. On n’est donc pas à l’abri d’un
incident grave.
Si Pékin est embarrassée, Séoul l’est
aussi, étant d’accord pour des sanctions
mais pas pour un retour à la coupure
totale des deux Corées. Le ministère de
l’Unification chargé des affaires intercoréennes a indiqué que l’embargo n’affecterait pas un projet touristique et un complexe industriel conjoints devant être
menés en Corée du Nord. Une disposition
visant la caste dirigeante nord-coréenne
prévoit, sans rire, l’interdiction de vente
de produits de luxe au régime communiste. Enfin, pour calmer les réticences
chinoises et russes, les Américains ont
retiré une disposition imposant un
embargo total sur la vente d’armes
conventionnelles à Pyongyang. A la
place, le texte limite cette interdiction
aux équipements lourds que sont les
chars, les navires de guerre, les avions de
combat et les missiles.
L’ONU, DE KOFI ANNAN
EN BAN KI-MOON
Les sanctions sont donc modulées et
interprétées, mais celles admises par tous
seront-elles appliquées ? Washington en
doute. Les Etats-Unis ont lancé dès le
16 octobre une vaste offensive diplomatique auprès des voisins de la Corée du
Nord. Le négociateur américain en chef
sur le nucléaire nord-coréen, Christopher
Hill, s’est rendu au Japon puis en Corée
du Sud où il a participé à
une importante réunion tripartite afin de préparer le
voyage de Condoleezza
Rice. Quant au longtemps
inamovible ministre sudcoréen des Affaires étrangères, Ban Ki-moon, il est
devenu en pleine crise secrétaire général
de l’ONU.
Le fait que le dirigeant des NationsUnies soit maintenant un Sud-Coréen
n’est pas fait, on s’en doute, pour
détendre l’atmosphère. Pyongyang a-telle décidé de procéder à son essai
nucléaire au moment de l’élection de Ban
Ki-moon ou Washington a-t-elle favorisé
cette élection pour faire pression sur la
Corée du Nord ? Les USA sont bien sûr
soupçonnés de se servir de l’ONU quand
ça les arrange et de passer outre, comme
en Irak, quand ça les gêne. Certains rappellent d’ailleurs, et pas seulement à
Pékin, que la guerre de Corée fut au
départ une opération de gendarmerie
arrange Tokyo, un passé controversé.
Pour la Chine, c’est plus délicat. Dans
un premier temps, Pékin apparaît comme
incontournable. C’est le médiateur rêvé
pour peser sur son allié encombrant et le
ramener autant que faire se peut, à la raison. Le rôle de la Chine comme puissance de stabilisation régionale est renforcé. Cependant, le régime capitalomarxiste ne peut aller trop loin et passer
pour un instrument de la politique américaine, même sous bannière de l’ONU,
dans son « aire asiatique ».
TOLÉRANCE ZÉRO
L’impact sur l’Iran de la crise nordcoréenne est encore plus aléatoire. Téhéran peut espérer faire demain ce que
Pyongyang a réussi aujourd’hui, et même
s’inspirer d’un modèle de comportement
qui, en jouant le temps et en faisant alterner périodes de tensions et de négociations, a finalement atteint son objectif, le
nucléaire militaire. Le danger est cependant réel pour l’Iran de payer les pots
cassés par Kim Jong Il. La probabilité
d’un durcissement général face au danger
de dissémination se rapproche. Les Américains peuvent instrumentaliser l’indiscutable menace nord-coréenne pour
entraîner dans une politique de sanctions,
également contre Téhéran, la « communauté internationale ». La diplomatie
états-unienne, sous pression de l’israélienne, plaide pour la tolérance zéro après
le défi de Pyongyang, et l’Iran est bien
entendu directement dans le collimateur.
Encore faudrait-il évidemment que les
sanctions votées par l’ONU soient appliquées et efficaces. La période d’embargo
international contre la Corée du Nord
s’est ouverte officiellement par le vote de
la résolution 1718 du Conseil de sécurité
des Nations Unies. Mais l’interprétation
du texte diverge quelque peu selon que
l’on est chinois ou japonais, ce qui laisse
augurer de difficultés dans l’application
de ces mesures. L’une des principales
divergences concerne la disposition prévoyant l’inspection des navires en provenance et en direction de la Corée du Nord
afin d’empêcher le trafic illégal d’armes
non conventionnelles ou de missiles
balistiques.
Le langage de la résolution adoptée à
l’ONU a été adouci par rapport aux projets précédents qui autorisaient la fouille
musclée des navires. Il reste pour autant
inacceptable pour la Chine, allié le plus
proche et principal partenaire commercial
de la Corée du Nord, qui a indiqué
qu’elle ne procéderait à aucune fouille.
Pékin voit d’un mauvais œil la possibilité que Washington puisse simplement
interdire la navigation de navires au large
de ses côtes. Le Japon s’est, lui, engagé à
appliquer immédiatement les sanctions.
Le nouveau Premier ministre Shinzo Abe
a précisé que son gouvernement réfléchissait même à des mesures plus
sévères, après avoir déjà pris ses propres
dispositions en fermant les ports nippons
à tout navire nord-coréen et en interdisant
internationale demandée par l’ONU mais
qu’ensuite, Washington ayant passé outre
les directives et les limites fixées par
l’Organisation, elle était en fait devenue
une guerre américaine contre les communistes nord-coréens et indirectement
contre la Chine.
Tous ces éléments sont intégrés par
Téhéran, tout comme les négociations qui
durent depuis les années 1950 et qui
n’ont pas réglé la division de la Corée ni
permis de conclure une vraie paix. Le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad
a rejeté d’ailleurs les sanctions votées par
le Conseil de sécurité et a accusé les
Etats-Unis d’utiliser l’ONU comme
« une arme pour imposer leur
hégémonie » et « faire voter des résolutions contre les pays qui s’opposent à
eux ». Le président iranien, dont les propos étaient rapportés par la télévision
d’Etat, n’a pas cité nommément la Corée
du Nord mais a fait référence à la résolution imposant des sanctions à Pyongyang.
Mahmoud Ahmadinejad a également
considéré comme “illégale” la demande
du Conseil de sécurité qui exige de Téhéran l’arrêt de ses activités d’enrichissement d’uranium. Il a réaffirmé que l’Iran
les poursuivrait sans aucune crainte.
L’ONCLE SAM,
SINGULIER GARDIEN
DE LA VERTU ATOMIQUE
Les USA qui ont testé en 1945 l’arme
atomique sur les civils japonais et légitimé par une cascade de mensonges la
guerre contre l’Irak, où le conflit puis
l’occupation et la guerre civile qui en est
résultée ont déjà fait plus de 655 000
morts (voir éditorial du 20 octobre), sont
assez mal placés, c’est vrai, pour se présenter en gardiens de la vertu nucléaire et
en apôtres du pacifisme international.
Cela ne semble pas perturber Bush et ses
faucons qui vont tenter d’utiliser la Corée
du Nord contre la Chine et surtout l’Iran.
La bombe de Pyongyang fait donc les
affaires de Washington et de Tel Aviv,
sauf bien sûr si cette technologie passe
aux mains de terroristes incontrôlés et
encore plus fous et débouche sur un 11-
Septembre nucléaire. Attiser la peur de
l’Iran par la bombe coréenne ne fera pas
reculer la menace de la bombe sale du
terrorisme fanatique international.
Car la voici, la vraie menace, au-delà de
celle d’une guerre (toujours possible)
déclenchée par Kim Jong Il, ou de la possession de l’arme atomique par Téhéran
qui fait tant fantasmer et cauchemarder
Israël.
Pierre-Patrice BELESTA.
Crise du nucléaire nord-coréen : quel impact sur l’Iran ?
Le prochain président de l’Etat hébreu
sera-t-il… Elie Wiesel ? C’est le bruit qui
court avec insistance à Jérusalem où le
Premier ministre Ehoud Olmert cherche
« une personnalité indépendante et n’appartenant pas au monde politique » pour remplacer l’actuel titulaire de ce
poste prestigieux, Moshé
Katsav, dont tout indique
qu’il pourra difficilement
achever son mandat.
Accusé de viol par une
dizaine d’anciennes collaboratrices comme nous le
révélions dans notre n°
du 1er septembre, Katsav
a dû renoncer le 16 octobre à assister
selon la tradition à l’ouverture solennelle
de la session d’hiver de la Knesseth. La
veille, en effet, ayant bouclé son enquête
et auditionné toutes les victimes, la
police israélienne avait recommandé au
procureur de l’Etat hébreu d’inculper le
président israélien pour viol, mais aussi
écoutes illicites.
Son frère Lior estime que Moshé Katsav « est victime d’un complot », peut-être
ourdi par des ashkénazes qui ne pardonnent pas au président d’être originaire
d’Irak.
Son éventuel remplaçant, le subcarpathique Elie Wiesel est, certes, Prix Nobel
de la Paix (1986) mais ses “témoignages”
hautement fantaisistes sur son expérience concentrationnaire lui avaient
valu d’être traité par feu Pierre VidalNaquet de “menteur” discréditant gravement la cause des “survivants”.
DE LA RÉVOLUTION
CULTURELLE A
LA “RÉVO’ CUL’”
Y aurait-il quelque chose de pourri
dans le royaume (communiste) de Chine
en ce 30e anniversaire de la mort de
Mao ? Le ministère chinois de la Culture
et la population de Changzhou sont en
émoi depuis que Mo Xiaoxin, un maître
de conférences de 56 ans officiant dans
l’université de cette ville, s’est entièrement déshabillé devant ses étudiants lors
d’un cours sur l’art et le corps humain,
sous prétexte de montrer la “puissance”
du corps et de « briser les tabous ».
(Dessin de CHARD.)
Israël : le menteur après le violeur ?
N° 2783 — 27 OCTOBRE 2006 — RIVAROL 12
clopédie internationale en ligne Wikipedia — laquelle précise que — contrairement à ce que nous écrit son avocat, « il
cumule les nationalités américaine,
espagnole et israélienne » :
« Marc Rich a bâti une grand partie de
sa fortune en contournant l’embargo sur
l’Iran établi à la suite de la prise
d’otages de l’ambassade des États-Unis
en Iran, le 4 novembre 1979 à Téhéran.
Il fut pour cela poursuivi et condamné
aux États-Unis pour violation d’embargo. Le 19 septembre 1983, un grand
jury fédéral américain l’accuse de plus
de 50 chefs d’inculpation (fraude, commerce avec l’ennemi, etc.) Cette condamnation aurait pu lui valoir jusqu’à 325
années de prison. Mais elle est prononcée par contumace, Marc Rich s’étant
enfui en Suisse. Celle-ci refuse l’extra- dition demandée en 1984 par les ÉtatsUnis. Marc Rich y installe le siège de sa
société, à Zoug.
« De 1983 à 2001, Marc Rich figure sur
la liste des fugitifs recherchés (les Most
Wanted) par le FBI. Le 20 janvier 2001,
quelques heures avant que Bill Clinton
quitte la présidence, un de ses derniers
actes officiels est de gracier
Marc Rich. Cette amnistie présidentielle déclenche un scandale, amplifié lorsque l’on
apprend que Denise Rich, exépouse de l’homme d’affaires,
avait fait des dons d’un million
de dollars au parti démocrate
et à la fondation des Clinton.
Fondateur de la société
Glencore, Marc Rich est un
des principaux promoteurs du
mécanisme des préfinancements pétroliers qui permet à
un pays africain de s’endetter
sur ses revenus pétroliers à
venir, souvent au bénéfice des
dirigeants. »
Ajoutons que Wikipedia fait
figurer Marc Rich dans la
catégorie « Criminel américain » aux côtés de Bonnie et
Clyde, du multimeurtrier
Caryl Chessman, du gangster
John Dillinger et du cannibale-assassin Daniel Rakowitz.
Qu’attend Me Wicki pour
exiger de Wikipedia la suppression de cette notice infamante ?
Camille GALIC.
LE 13 OCTOBRE dernier, à la suite
de la publication dans notre n° du
vendredi précédent d’un article de
Jacques Langlois intitulé « Provo-Koala,
tous pourris, tous coupables », nous recevions de Me Andre Wicki, membre du
cabinet CMS von Erlach Henrici de
Zurich, la sommation suivante :
« Je vous écris ès qualité d’avocat de
M. Marc Rich (Meggen, Suisse).
« Lire RIVAROL fait toujours plaisir
quand il s’en tient aux faits. Or, dans
l’article cité ce n’est pas le cas. Mon
client n’est pas “américano-helvéto-hispano-israélien” : il est citoyen espagnol
et israélien, pas plus, pas moins. Il n’est
pas non plus “patron du groupe Glencore”, ayant vendu ce groupe à ses
employés en 1994. Et il n’a pas été
“condamné à 325 ans de prison pour
fraude fiscale aux Etats-Unis”. En
vérité, il n’a jamais subi un procès et il
a d’autant moins été condamné pour
quoi que ce soit, ni aux Etats-Unis ni
dans d’autres pays. Voyez pour plus de
détails son website
<www.marcrich.ch>.
« Je vous somme formellement de rectifier immédiatement ces allégations diffamatoires dans votre prochaine édition,
accompagné de l’excuse qui se doit.
J’attends votre consentement par retour
du courrier. Tous droits restent
réservés. »
Comme nous le conseille Me Wicki,
nous avons en effet visité le site (en
anglais) de Marc Rich où l’on apprend
qu’il naquit en 1934 à Anvers, ville que
son père David, « un homme d’affaires
talentueux doté d’une éthique intransigeante et d’un sens du succès dans une
grande variété d’entreprises
financières », quitta rapidement devant
les « perspectives de persécutions religieuses » pour s’installer… à Vichy,
« avant d’émigrer aux Etats-Unis en
1941 ». Précoce, Rich junior « passa une
grande partie de son enfance (childhood)
à aider son père dans plusieurs de ses
compagnies ». Adulte, il rejoint la célèbre
firme Philipp Brothers où il fait ses
classes dans le courtage des matières premières. Ayant épousé en1966 Denise
Eisenberg, il créa huit ans plus tard sa
propre firme, “MRAG” qui, basée en
Suisse, connut une totale réussite (tremendous success) puisqu’elle devint
bientôt « l’une des plus importantes du
monde » dans son champ d’activités —
internationales. Las, en 1983, « Marc
Rich et ses associés furent inculpés aux
Etats-Unis d’évasion fiscale,
de fausses déclarations et de
commerce illégal avec l’Iran
mais il ne fut jamais jugé ni
condamné » et, en janvier
2001, il fut gracié par le président Clinton, lequel était
« convaincu que Marc Rich
avait été poursuivi pour des
actes qui n’étaient pas des
crimes ». Il est vrai qu’« au
cours des années, les activités de Marc Rich étaient
devenues de plus en plus philanthropiques » puisqu’en
quarante ans, il a distribué
« plus de135 millions de dollars à diverses institutions
charitables et créé quatre
fondations ». Marc Rich,
conclut sa biographie officielle — que nous n’avons
aucune raison de mettre en
doute sur ce point au
moins —, est « aussi un
excellent joueur de tennis,
skieur, alpiniste et mécène ».
Bref, une personnalité à
tous égards exceptionnelle,
mais voyons maintenant — la
voici, notre “excuse” — ce
que dit de cet « homme d’affaires controversé » l’encyMarc Rich, philanthrope ou “criminel” ?
18-Juin : un beau succès révisionniste
NOUS savons tous que la désinformation est multiforme. Elle est
souvent issue d’une propagande
de guerre ou des besoins d’un endoctrinement discret. Chez nous, elle n’a
jamais baissé les bras. Elle fait de la
résistance passive.
Pendant plus de soixante ans, donc,
repris en toute bonne foi (mais pas toujours) par de belles âmes trompées (mais
pas toujours), on a avancé des demi-vérités ou des faux grossiers, car il est bien
connu qu’au plus c’est gros au mieux ça
passe. Que s’élève la voix timide d’un
contradicteur et l’imprudent, baptisé
révisionniste pour l’occasion, était vite
rappelé à la décence et son propos
étouffé. Le temps passe, les passions
auraient dû s’atténuer, mais il est toujours aussi difficile de remettre les
choses au point.
Voilà pourquoi le dénouement d’une
affaire menée par notre ami le général
le Groignec contre le musée de l’Ordre
de la Libération est des plus intéressants.
Ce musée exposait dans son entrée un
important placard dont les lettres gravées étaient censées reproduire l’appel
du général De Gaulle le 18 juin 1940.
On y lisait : « Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la
panique, oubliant l’honneur, livrant le
pays à la servitude. »
Or, comme le savent depuis 1951 nos
plus anciens lecteurs, il s’agit là d’un
faux. L’authentique appel n’avait
jamais utilisé de pareils termes, ni le
18 juin ni plus tard. Peut-être d’ailleurs
parce que la BBC ne l’avait pas autorisé.
Le 18 juin, on se battait toujours en
France. A preuve, la citation obtenue ce
jour-là par l’aviateur Jacques le Groignec, actuel président de l’Association
pour la Défense du Maréchal Pétain (1). A
preuve, tous ceux qui continuèrent à tomber au combat après cette date. Lors d’une
récente visite au cimetière Caucade de
Nice nous avons pu lire l’inscription suivante sur une tombe proche de l’entrée
principale, : « A la mémoire du Lieutenant
de Vaisseau aviateur Alain Le Roux mort
pour la France à l’âge de trente-deux ans
le 24 juin 1940. »
En outre, nous savons bien que nos gouvernants de l’époque n’avaient pas capitulé mais négocié un armistice qui préservait l’honneur de nos combattants et gardait libres d’occupation allemande les
deux tiers de notre territoire national.
Henri Amouroux, dans une interview
accordée à Valeurs Actuelles le
13 décembre 1993 déclara : « Le gaullisme a imposé l’idée qu’il ne fallait pas
signer cet armistice et que Vichy était
illégal. C’est fabuleux ! Mais ce n’est pas
sérieux ! »
A titre personnel (mais ses références
militaires pas plus que sa remise de décoration au P.C. du général Eisenhower le
15 juillet 1945 ne pouvaient être ignorées
de ceux à qui il s’adressait), le général
le Groignec — qui fut chef de notre
Défense aérienne de 1970 à 1974 —
avait lettres après lettres patiemment
demandé le retrait d’un texte qui non
seulement était un faux mais, en outre,
insultait les combattants et les morts
tombés après la date du 18 juin. Mais
le temps passait, on noyait le poisson
en réponses dilatoires et rien ne changeait.
Il a fallu la menace d’une
action judiciaire qui aurait
mis en évidence le fait que
le musée continuait, en
toute connaissance de
cause, à exhiber un faux
pour que, suite à la visite
de l’huissier venu déposer
une assignation en justice,
la direction du musée
fasse savoir par lettre du
26 juin 2006 à Me Damien
Challamel, avocat du
général, que l’Ordre de la
Libération « avait procédé
à des recherches » et
« avait effectivement
constaté que le texte de
l’affiche en question
n’était pas exactement
conforme » (sic). « En
conséquence, l’objet incriminé avait été
déposé ».
Tout est donc bien qui finit bien ?
Certes, une victoire importante a été arraché mais il reste que de nombreuses
affiches et affichettes de ce texte continuent à être exposées ici ou là, qu’elles
fleurissent sur Internet (voir ci-contre) et
que nombreux sont les livres scolaires
qui proposent cette version à nos enfants.
C’est néanmoins un magnifique succès
qu’a remporté le général Jacques le Groignec (2) et nous sommes tous très heureux
de pouvoir l’en féliciter.
Léon ARNOUX. _____
(1) ADMP, rue Larribe, 75008 Paris. Tél. 01-
43-87-58-48. Site : <www.admp.org>.
(2) Rappelons le dernier et très pertinent livre
de J. le Groignec : Réplique aux diffamateurs
de la France (40-44) paru aux Nouvelles Editions latines (188 pages, 20 €) et dont il a été
rendu compte dans notre n° du 8/9/06.
ton a gracié Marc Rich et n’hésite pas à incriminer une « Mossad Connection » ainsi qu’Abraham Foxman, directeur de l’Anti
Defamation League (ADL : la LICRA états-unienne) et le Rabbi
Eric Yoffee, animateur du Reform Jewish Movement.
Une du National Examiner du 27/2/01 où le
magazine américain affirme que c’est à la
suite d’un chantage (blackmail) portant sur
ses relations avec Monica Lewinsky que ClinLE PROCÈS DU MARÉCHAL
A NOUVEAU ACCESSIBLE
Très courageuse initiative de Jean-Gilles
Malliarakis : il réédite un document de base depuis
longtemps épuisé, Le Procès du
Maréchal Pétain, publication en
trois volumes de près de 500 pages
chacun du texte intégral du Journal
officiel, avec notes et index général des
noms cités. Une somme que
devraient se procurer d’urgence
toutes les universités françaises et
étrangères si elles étaient vraiment
libres… Prix global : 87 €. Ed. du
Trident, 39 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris. Fax :
01-47-63-32-04 ou <www.editions-du-trident.fr/>. Egalement en vente à la Librairie Duquesne, 27 av.
Duquesne, 75007 Paris.
N° 2783 — 27 OCTOBRE 2006 — RIVAROL 13
Dans les jardins de France, il y avait des
fleurs de lys,
la rose et l’espérance les veillaient jour et
nuit…
Chanson de Marie-Antoinette, au
Temple.
La douceur du ciel, la limpidité de l’air, le
calme des horizons d’un pays sans excès
qui s’est constitué son art culinaire à son
image et qui le reflète. Point de violence,
de goûts curieux, de tons accusés, de complications singulières, de combinaisons
exceptionnelles. Ce n’est pas du grand art,
c’est de l’ordinaire, mais du délicieux ordinaire, soigné, mijoté,
mitonné… Tout de l’âme du
paysan angevin, c’est sa tradition à lui qu’elle représente. Ami, la douceur angevine se retrouve dans sa cuisine. Curnonsky, prince des
gastronomes, né à Angers.
Il y a ici, chez la plupart des
hommes, un goût du potager
et du verger, et de pêche à la
ligne. Hervé Bazin.
I
CI, les moindres églises
semblent des cathédrales… Ce n’est pas une
vue de l’esprit ! Il y en a une,
imposante, harmonieuse, dans chaque village des Mauges, du Segréen (Anjou noir,
où l’on utilise l’ardoise), du Saumurois
(appelé Anjou blanc où domine le tuffeau,
utilisé pour la construction des châteaux et
des belles demeures du Val, si chers au Roi
René). Leurs vitraux illustrent les épisodes
de la « Guerre des Géants » sans que nul
“pataud” ne s’en émeuve.
Voici le pays de Bonchamps et des
« moulins qui parlent », voici la Loire, qui
connaît par ici de terribles histoires ! et
s’étend mélancoliquement en un ruban
changeant sur des lèvres de sable. La Loire
poissonneuse calme les ardeurs du
temps… Il fait doux, et cette douceur est
propice aux cultures, à la vigne, à l’élevage. Le pays et ses gens invitent à y
prendre son temps et à consommer un
ravouillon, entendu que le vin d’Anjou, et
le Layon en particulier, « rendent la goule
ben aise ».
AVEC LE ROI RENÉ
ET RABELAIS
« D’autres sont venus par ici, dont les
noms sur les murs noircis, se défont déjà et
s’écaillent… » Pas des gars qui « s’enflent
la bousine » (vaniteux). Non ! Des simples !
Gourmands à souhait, comme des pirons
(jeunes oies, mais aussi jeunes écervelés),
« à s’en faire péter la bousine ».
Le Roi René d’abord, natif du château
d’Angers, aimant la terre et jardiner, planter, élever des poissons, s’occuper de vin
dont il disait « De tous les vins de mon cellier : Anjou, Lorraine et Provence, le
meilleur est le premier ». Le prince aimant
la bonne chère et veillant à ce qu’elle ne
manque pour personne, l’Anjou lui doit d’y
avoir introduit des fruitiers de son comté de
Provence, des fleurs et la perdrix rouge.
Autres habitués des lieux : François Rabelais (étudiant à Angers et angevin par son
père, intendant de Fontevraud) et Ronsard,
ces deux amis de la bonne tablée et du vin.
Louis de Vilmorin, continuateur de l’œuvre
du Roi René, avec le succès que l’on sait.
Hervé Bazin le Segréen dont la maison,
hélas, semble bien tristement abandonnée
dans ce pays « nul pittoresque, aux prés
bas… Des chemins creux, d’innombrables
haies vives, des pommiers à cidre, quelques
landes à genêts et mille et une mare… Un
vrai paradis pour la bécassine, le lapin et
la chouette… ». (Vipère au poing). Et le
“gars” Lino qui délaissait fort bien la cuisine italienne pour ligérienne, pendant
toutes ses vacances à Baracé. (Voir RIV. du
30/06/06).
TOUT FRIPER !
A terre et climat agréables, gens de bonne
compagnie ! Avec eux, nous allons « tout friper » ! (manger avec gourmandise toute son
assiette), mais attention, hormis les rillauds,
et les galipettes (champignon de Paris arrivé
à maturité dont le chapeau se désolidarise du
pied et fait « la galipette », que l’on farcit
avec des rillauds pour le cuire au four —
spécialité du Saumurois), cette cuisine
comme les vins du cru est légère, peut-être
même la plus légère en toute France (l’Anjou est le paradis de la digestion paisible
selon Curnonsky) parce qu’elle fait la part
belle aux blancs culinaires, aux légumes,
aux poissons, aux fruits et même aux
roses… sans que les cuisiniers et les cuisinières y aillent pour autant « à la petite
darée » question beurre et crème.
Tiens ! On va quitter Saumur et son
superbe château (voir ci-dessus), direction
Brissac et déguster au bord du fleuve royal
un saumur pétillant.
Je tranche le pain, je tartine, laissez-moi
faire ! Des rillauds à cette heure ! A SaintHilaire, petite patrie du vin mousseux d’ici
(le vin de Saumur, même tranquille, a toujours manifesté une tendance naturelle à l’effervescence). Les
rillauds, rilleaux,
rillettes viennent de
l’ancien françois rille
qui signifie « morceau de porc cuisant dans
sa graisse » : c’était le plat de l’amitié, du
partage communautaire, que l’on dégustait
chaud ou froid, au petit déjeuner du
dimanche avec un verre de blanc ou lors de
rillaudées. Coupez en gros dés 3 kg de rouelles de
jambon, ajoutez 80 g de sel, laissez reposer
une nuit. Cuisez tout pendant 3 h à feu doux
dans une cocotte avec 800 g de saindoux,
colorez à la fin avec de l’arôme Patrelle, du
Viandox ou du caramel et mettez en bocaux.
La tradition des rillauds est perpétuée à
Brissac, lors d’une fête annuelle ; au pays
vous pourrez visiter le château qui possède
encore toutes ses cuisines d’époque en état
de service.
Au bord des coteaux, les pieds nus dans la
rivière du Layon, buvons donc de ce vin du
même nom, liquoreux à la
belle couleur d’ambre, doux,
onctueux, aux arômes floraux
et à vendange tardive qui peut
bénéficier de la mention
« sélection de grains nobles ».
Il va bien à l’apéro !
Ensuite, « de la légume pour
la soupe », la terre angevine est
maraîchère. Une « souplette
ligérienne » nous fera du bien
(haricots blancs, asperges,
chou, carottes, navets, petits
pois, estragon, oseille,
blette…). En première
assiette : un poisson de la Loire
au beurre blanc (sauce éminemment angevine, inventée
par Clémence Lefeuvre, propriétaire de l’estaminet La Chebuette, où l’on faisait « à
manger pour les mariniers et les promeneurs »), alose farcie, alose grillée à
l’oseille, anguille au vert, en bouilleture,
sandre ou brochet poché, brochetons au
bleu, lamproie à l’angevine, matelote des
tonneliers… avec, pour accompagnement,
des pommes de terre gralées (grâler = rôtir
sous la cendre ou dans une graloire, poêle
percée pour grâler les nouzillards, c’est-àdire les châtaignes, que l’on consomme au
lait ou à la bernache, jus de raisin en cours
de fermentation).
En Anjou, le veau a la cote et les recettes
pour le préparer sont bénédiction (synonyme : abondance). Côte de veau à l’angevine (côtes épaisses poêlées, nappées de
sauce au jaune d’œuf, vin blanc et vinaigre),
« cul de veau » ou indécence de veau si
vous êtes du genre à « mâcher châtaigne »
(quasi de veau braisé avec des carottes, des
légumes nouveaux), poitrine de veau à l’ail
et aux pommes de terre, poitrine de veau
farcie (angevine de poitrine).
Servir avec des “bichotes” ou des “piochons” au beurre (cœurs de choux), voire
une chouée des Mauges (chouannes,
comme il se doit) à base de chou-naveau
(navet), chou-boule (chou-rave), chouvache (chou vert), chou-minet (non
pommé), chou-fleur de Saintes-Gemmes et
des Ponts-de-Cé près Angers.
A défaut, choisissez un gibier, une volaille,
tels que la bécasse que l’on cuit aux navets,
la blanquette de poule, l’oie de Brissac, l’oiselle de Segré, le canard et le faisan rôtis,
farcis ou aux navets, le lièvre, le lapin en
civet et même, c’est une curiosité… du
ragondin en civet ou en pâté, vanté par la
docte confrérie des Ragondiniers de SaintLambert-des-Levées.
Servir avec des grenots (haricots blancs
vendéens) ou une gogue, pâté de bettes, de
laitue, d’épinards, d’oignon, de lard au sang
en crépinette ou baudruche de bœuf, c’est
une spécialité du Segréen et du pays d’Ancenis appelée parfois cogne (d’ailleurs,
après qu’il en eut pris, Monsieur de Charette
a dit à ceux d’Ancenis : « Cognez fort ! le
drapeau blanc défend contre la mort. »).
Escortez ces plats de saumur champigny
(vin rouge), un peu frais et bon avec tout.
FROMAGE ET FRUITAGE
Comme fromage et fruitage, un crémet (50
cl de crème battue, mélangée avec 4 blancs
d’œuf battus en neige mis à égoutter dans
des moules à faisselle) et une poire pochée
au vin ou une “bijane” (soupe aux fraises et
au vin) servie avec des “bottereaux” (beignets frits à l’huile composés de 400 g de
farine, 30 g de sucre, 2 œufs, 10 cl de lait,
5 cl de rhum, 100 g de beurre) ou des fouées
d’Anjou, fouaces des Mauges (recette
inchangée depuis Rabelais, les fouées peuvent se consommer salées, tièdes, garnies
de champignons, de crème, de grenots, de
rillauds ), voire des galettes sablées de
Doué-la-Fontaine.
Terminons avec un café, ou une camomille de Chemillé (capitale des plantes
médicinales et haut lieu du Souvenir Vendéen, lié au « Pardon d’Elbée ») où l’on
mettra un « sucre de pierre » (ou pierre de
sucre, ou sucre de Saint-Pierre, par opposition au sucre en poudre) et, si vous aimez
les liqueurs, un petit verre de cointreau
fabriqué à base d’orange amère depuis
1849 et inventé par les frères Adolphe et
Jean-Edouard Cointreau. Délaissez par pur
principe les élixirs républicains Combier,
mais vous pouvez opter pour un petit guignolet, inventé au XVIIIe siècle par les
Bénédictines de la Fidélité qui possédaient
les couvents de Saumur et d’Angers, un
doigt de liqueur de rose de Doué-la-Fontaine ou de la “Menthe-Pastille” du docteur
Giffar aux vertus digestives. Bon appétit
les “gâs” ! et au mois prochain en Artois !
Franck NICOLLE,
<nicollefranck@hotmail.com>. _____
Le 9 novembre sur France 3 Lorraine/Champagne-Ardennes, de 10h50 à 11h35, dans
l’émission de Didier Ohmer « C’est mieux le
matin », Franck Nicolle et Axel Claude présenteront quelques recettes (nonnettes de Remiremont et beignets sucrés et salés ainsi que leur
ouvrage touristique et culinaire « Saveurs et
Paysages des Vosges et d’Alsace ».
Anjou, jardin de France…
● Alors que de plus en plus de Français
(y compris les manifestants anti-CPE du
printemps dernier !) s’inquiètent pour
leurs vieux jours et que François Fillon a
fait rebondir la polémique sur les
régimes spéciaux de retraites au grand
scandale des syndicats, le trimestriel
Notre combat pour les retraités, édité par
le Cercle national des Préretraités et
retraités et dirigé par Jean-Louis Ravoux,
apporte de précieuses informations.
Dans son dernier n° (n° 60 : 2,30 €), il
commente ainsi les avantages et inconvénients du « Plan Seniors » présenté par
Villepin, évoque les « scandales les plus
flagrants » en matière de pensions
(Banque de France, EdF, Outre-Mer) et
la pusillanimité de l’Etat devant les indispensables réformes. Ce qui n’empêche
pas le magazine d’aborder des sujets
internationaux — la guerre du Liban —
ou pratiques : qualité de l’eau, télésurveillance, etc. (abonnement 1 an :
11,50 €. Adhésion au Cercle : à partir de
11,50 €. CNPR : 4 rue Vauguyon,
92210 St-Cloud ou <nc.cnpr@wanaoo.fr>).
● Marc Hanrez est un universitaire
belge qui a surtout enseigné aux EtatsUnis. En novembre 1961, il publia l’une
des premières monographies de Céline
chez Gallimard (la Bibliothèque Idéale),
suivie d’autres essais sur Abellio et
Drieu et, annoncé chez
Dualpha, Le Siècle de Céline.
Le Bulletin Célinien
(BP 70, B-1000
Bruxelles 22) lui consacre
son n° d’octobre (n°279).
Au sommaire : Entretien
avec Marc Laudelout —
Lettres de Roger Nimier à Marc
Hanrez — Retour à Meudon.
● Sur l’Algérie française puis indépendante circulent beaucoup de mensonges,
et de trucages. Le Clin d’œil est un précieux bulletin mensuel qui les relève, les
dénonce et les combat. Au sommaire du
n° 198 (octobre) : Camus et l’Algérie —
Les nouveaux “Historiens” — Le diktat
du MRAP — Hommage à Vladimir Volkoff. Abonnement pour 10 n°s : 20 €.
Formule internet : 18,50 €. A adresser
au Clin d’œil, 35 rue de la Libération, 76
880. Arques-la -Bataille. Tél. 02-35-04-
28-52 ou <bulletin76@yahoo.fr>.Chèques
à l’ordre de M. Kaberseli. Voir aussi le
site internet, <http://membres.lycos.fr/clindoeil26>.
Quoi de neuf ?
Voyage gourmand dans nos provinces
POT DE L’AMITIÉ
le SAMEDI 9 DÉCEMBRE
de 14 h 30 à 19 h 30 à l’Espace Dubail
18 passage Dubail 75010 Paris (angle 54 bd de Magenta)
Entrée : 10 € par personne
(15€ par couple).
GRATUIT pour les “AMIS DE RIVAROL”,
sur présentation de leur carte à jour de cotisation.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ASSOCIATION A 16 H
(Métro : Jacques-Bonsergent ou Gare de l’Est
bus 30, 31, 39, 54, 56, 65)
Parking (payant) passage Dubail
N° 2783 — 27 OCTOBRE 2006 — RIVAROL 14
Cinéma
Sous les effets pervers conjugués du néolibéralisme sauvage et de l’invasion-submersion hollywoodienne dans les salles
obscures du royaume, la production
annuelle du cinéma anglais est tombée à
un niveau bien bas, mais la qualité des
films et le talent des cinéastes survivants
suppléent à l’infime quantité. A preuve,
The Queen de Stephen Frears et Severance de Christopher Smith.
Par contraste avec les deux autres figures
historiques du cinéma anglais contemporain, Mike Leigh et Ken Loach, chantres
des couches populaires et des laissés-pourcompte de la société, Frears exerce aussi
sa verve satiriste aux dépens des classes
les plus élevées sur l’échelle sociale. Après
avoir dans son précédent film, Mrs Henderson présente, raconté la carrière haute
en couleurs d’une excentrique vieille dame
indigne de la gentry à l’origine de la première revue déshabillée outre-Manche, il
brosse avec intelligence et sensibilité dans
The Queen le portrait d’une autre old
lady, d’une dignité au-dessus de tout soupçon celle-ci. La première séquence où la
reine Elizabeth, incarnée de façon saisissante par Helen Mirren, grande dame du
théâtre, pose en mai 1997 pour une peinture officielle tout en échangeant des propos badins avec l’artiste sur les inconvénients de sa fonction (elle ne peut pas
voter) et en lorgnant du coin de l’œil la télé
qui annonce la victoire des travaillistes
aux élections, donne le ton du film : ironie
et finesse plutôt que charge virulente et
caricature. Ce parti pris de retenue et
d’understatement dans l’évocation de la
semaine d’hystérie populaire et médiatique
qui a suivi la mort de la « princesse du
peuple », dixit Tony Blair, le jeune et fringant dixième Premier ministre de son
règne, n’empêche pas Frears et son scénariste Peter Morgan de porter un regard
lucide et impertinent sur un protocole
archaïque et sur les rigidités et les ridicules de la famille royale en vacances à
Balmoral, figée dans son attitude “réservée” : la Reine manifestant plus d’émotion
devant la mort d’un cerf, le Prince Philip,
borné et colérique, la reine-mère portée
L’Auvergne, parent pauvre des régions
touristiques, réserve de bien belles surprises au voyageur curieux et amoureux
des traditions. Dans le Puy-de-Dôme, le
musée des Automates du Vernet-laVarenne (Tél : 04-73-71-27-71) est un
joyau du genre. Richesse musicale et
pyrotechnique du spectacle, diversité des
scènes présentées, accueil enthousiaste et
passionné de la maîtresse des lieux : tout
est réuni pour un voyage féerique à travers le monde des « Métiers
d’Autrefois ».
Jacqueline Giraud a tout créé, tout
construit, tout agencé. Férue de trains
électriques, son amour des michelines,
des ambiances de train et des paysages
ferroviaires l’a naturellement conduite
aux automates. Quoi
de mieux en effet,
pour décorer et animer les alentours
d’une locomotive
lancée à toute allure à
travers nos belles
campagnes, que ces
santons en costumes
d’autrefois si habilement transformés en
de vivants personnages ? Mis en branle
progressivement au
gré des explications
érudites de leur créatrice, chacun des 38
santons évoque qui
un paysan à la faux,
qui un menuisier et sa
varlope, qui un forgeron et son enclume, qui un boulanger au
fournil, qui une femme à la manivelle du
puits ou de la meule, et tant d’autres
métiers aujourd’hui disparus.
Regroupés sur une scène de 30 m2 illuminée par les réverbères scintillant le
long des voies ferrées, avec pour bruits
l’eau s’écoulant d’une fontaine sous le
regard paisible d’un couple de vieux assis
sur un banc et le sifflement régulier des
ailes d’un moulin, ces personnages évoquent avec nostalgie une époque bien
lointaine. Leur conceptrice et créatrice
nous raconte leurs origines, leur histoire
et leur rôle. Comment ne pas ressentir, à
l’évocation de ces métiers si variés et si
complémentaires, cette appartenance à
une communauté de vie que nos anciens
cultivaient avec tant de soins ? Comment
ne pas aussi percevoir, à l’opposé, le
néant où nous conduit l’évolution présente de notre société individualiste,
immense vide auquel nous renvoie irrémédiablement ce merveilleux spectacle
animé ?
Jacqueline Giraud est un artisan autant
qu’un artiste — mais l’un va-t-il sans
l’autre ? Ses automates, des santons
exclusivement en argile, sont tous équipés d’un moteur électrique, de rouages,
de bagues d’arrêt et autres biellettes en
laiton. Et, leur trentaine de centimètres de
hauteur oblige, la plupart des pièces utilisées proviennent de notre bon vieux
Mécano, seul à même de fournir la précision exigée. Un tel travail ne pouvait
qu’être reconnu et encouragé. C’est la
tâche que s’est fixée l’association du
Livradois-Forez, « La route des
métiers », dont le musée des Automates
fait partie, aux côtés d’une quarantaine
d’autres musées et curiosités passionnément développés et entretenus par des
artisans régionaux.
Face à une production industrielle de
poupées articulées qui alimente abondamment les rayons de nos hypermarchés, ce
merveilleux petit musée nous prouve qu’il
existe encore un véritable savoir-faire en
la matière et d’authentiques artisans pour
le préserver et le transmettre. Jacqueline
Giraud est de ceux-là.
Amoureux de l’Auvergne profonde et
de nos métiers d’antan, le musée du Vernet-la-Varenne vous attend !
Arnaud CHALLE.
Kant à travers
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